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Les nouveaux défis du secteur public

A travers deux initiatives récentes (le premier PC à cent dollars pour aider à la diffusion du savoir dans le tiers monde, et les services de vélos à la carte mis en place dans plusieurs villes), une présentation des réformes à engager pour moderniser le secteur public.

Le premier prototype de "PC à cent dollars" arrive. Certes, il coûte encore 150 dollars, soit 117 euros. Certes, certains critiquent ses performances (notamment au sein des grands monopoles du secteur informatique). Ils critiquent également le fait même que les enfants des pays en voie de développement puissent avoir besoin d’un tel outil. Mais sans entrer dans ces polémiques, il faut noter un fait : des millions de personnes pourraient, grâce à cet outil, disposer d’un accès à la connaissance (soit en accédant à des encyclopédies en ligne du type Wikipedia, à des stocks de livre numérisés tels que ceux de Google Books, soit en accédant hors connexion à des copies de ces sites).

En France, où l’on affirme régulièrement l’accès à la culture pour tous, il suffirait de 60 millions par an pour doter tous les enfants d’un PC à cent dollars - qu’il serait possible de financer grâce aux économies réalisées si cet outil servait aux familles dans leurs télédéclarations : la seule télédéclaration d’impôt faisant économiser plus de vingt euros par an à l’administration.

De plus en plus de collectivités proposent des services de vélos à la carte, grâce auquel les usagers peuvent emprunter pour quelques euros un vélo sur une borne automatique, et le redéposer plus loin. Là encore, on peut débattre sur les détails de ce service comme son coût (1000 à 1500 euros par vélo et par an), ou ses modalités de gestion (des navettes en camion, souvent peu écologiques, sont nécessaires pour « équilibrer les flux de vélos », les usagers ayant tendance à partir des points hauts pour aller vers les points bas, et à revenir de leur shopping avec leurs paquets en transport en commun). Mais personne ne peut nier l’intérêt qu’il y a à disposer d’un service de ce type, ni le rôle de la collectivité pour l’organiser, dès lors que cette dernière subventionne fortement les autres moyens de transports et cherche à orienter les usagers vers des modes de transports « propres ».

Ces deux initiatives mettent en évidence un nouveau défi pour l’administration : être capable d’innover, dans des conditions de coûts réalistes, et d’une façon qui répondent aux besoins du public. Actuellement, le secteur public est capable d’innover - il suffit pour s’en convaincre de consulter la listes des aides aux ménages ou aux entreprises, et de faire la liste des annonces des élus nationaux ou locaux. Même si son système comptable ne l’y pousse pas, et si l’optimisation des coûts ne figure pas au centre de la formation des cadres de la fonction publique (centrée sur les concours administratifs), le secteur est capable de produire des services à coûts raisonnables - c’est notamment le cas de la santé. Il sait également s’adapter aux besoins. Mais il est rare de voir des projets alliant l’innovation, la maîtrise des coûts et l’adaptation aux besoins - l’exemple le plus flagrant étant la réponse au problème du chômage.

 

Pour que cela soit plus souvent le cas, il faudrait plusieurs choses :

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d’abord, organiser une concurrence « sur les résultats » plutôt que sur la "capacité à durer" pour l’accès aux fonctions de décision. Il est en effet difficile d’innover dans un monopole, ce que constitue le système du parti poussé à son extrême. Il est difficile de disposer d’une classe politique diversifiée si l’accès aux candidatures est déterminé par la capacité à abandonner toute autre activité pour se consacrer aux rouages internes d’une section ou d’un parti. Il s’agit là d’un équilibre complexe : on ne gère un Etat ni comme un parti, ni comme une administration, ni comme une entreprise - mais on ne le gère pas non plus de façon correcte si l’un de ces trois éléments dysfonctionne

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ensuite, il faut faire évoluer les formations publiques, et renoncer au gaspillage que constitue la concentration quasi exclusive des moyens de formation publique à la préparation aux concours - qui privilégient une approche conceptuelle et centralisée au détriment de la capacité à exécuter et à faire exécuter des objectifs en tenant compte des besoins (notamment ceux que seuls l’agent de base peut identifier)

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en arrêtant de séparer les rôles d’exécution (souvent jugés secondaires) et les rôles « nobles » de régulation ou d’administration. Il est impossible d’innover dans un système centralisé, dans lequel quelques-uns se partagent l’information, l’analyse et la décision, alors que les autres doivent exécuter ou administrer. Si les mots ont un sens, alors le fait que les fonctions les plus prestigieuses du secteur public soient celles d’inspecteur, d’auditeur, de conseiller ou d’administrateur doit nous interroger !

- en organisant un mouvement massif de décentralisation et de transparence, afin de rapprocher la décision des besoins et de donner une transparence plus forte au coût réel des promesses et des réalisations. Cela suppose un effort massif de formation, de cohérence (notamment en tranchant les responsabilités entre les différents niveaux de collectivités, ce qui n’empêche pas certaines d’entre elles de se regrouper en "syndics" pour réaliser les tâches qu’elles jugent appropriées en commun), et une évolution du mode de contrôle (qui allie actuellement un controle a priori impossible à réaliser, et des audits a posteriori relativement généralistes et centrés sur des vérifications juridiques) 

Enfin, à l’heure des annonces des "rupture", il faudrait surtout rompre avec les annonces : tant que les personnalités politiques seront jugées sur les annonces (qui alimentent leur plan média) plutôt que sur les résultats, il leur sera impossible de mettre en oeuvre des réformes qui suivraient un principe d’une triste banalité : ne dire ce que l’on fera, faire tout ce que l’on a dit.


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2 réactions à cet article    


  • Forest Ent Forest Ent 20 novembre 2006 14:51

    La décentralisation est sans doute souvent une bonne chose. Mais le processus actuel, qui est réellement « massif », se fait dans de très mauvaises conditions.

    On a plus l’impression que l’Etat « poubellise » les charges qu’il n’assume plus. Cela augmente les besoins des collectivités, dont le financement n’est pas clairement défini, et crée nombre de doublons.

    Et - puis disons le clairement - il y a trop de collectivités. Régions, départements, agglomérations, etc ... Le citoyen s’y perd, c’est confus et inefficace.


    • rjolly (---.---.227.38) 20 novembre 2006 15:52

      Le vélo à la carte est une mauvaise idée. En effet il est financé par la publicité (Decaux et Clear Channel sont en train de s’entre-dévorer pour avoir le contrat parisien, qui est dans le même paquet que le mobilier urbain, payé par la pub donc). Or je ne vois pas pourquoi cette démarche écologique devrait forcément être juteuse pour tel ou tel capitaliste. Ce n’est pas difficile d’acheter un vélo ou d’en retaper un (et ça permet comme vous dites de le ramener à son point de départ). Si le vélo ne se développe pas plus en ville, c’est parce qu’on risque à chaque instant de se faire assassiner par des boîtes en métal sur roues, qu’on se prend systématiquement les ondes rouges réglées à 50 km/h et que ça pue le gaz. Nous ne demandons même pas des pistes cyclables, qui servent essentiellement à dégager la voie aux automodébiles, ce que nous voulons c’est interdire les voitures en ville (et ailleurs). De cette manière il n’y aura plus à financer quoi que ce soit, faire du vélo sera une évidence (mais ça ne permettra pas de faire des effets d’annonce écologico-électorale, dommage) et on n’aura pas besoin de se faire vriller les cerveau à tous les coins de rue par des messages publicitaires débiles/formatants/sexistes/insultants/polluants et qui bouchent le passage.

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VV

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