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Les réseaux de Pfizer (1/3)

Après avoir écrit sur les pratiques de lobbying et d'influence de GSK en France, c'est au tour du laboratoire américain Pfizer. Le numéro 1 mondial de la pharmacie n'est pas en reste dans l'hexagone pour faire avancer ses produits.

Lors d'une soirée thématique récente d'Arte consacrée à l'industrie pharmaceutique, je suis tombée sur un reportage intitulé "Maladies à vendre" ou comment le lobbying des sociétés pharmaceutiques leur permet d'étendre leur marché. Comme ce reportage est passé en seconde partie de soirée, il a certainement été éclipsé par le documentaire sur le Mediator diffusé juste avant. C'est bien dommage car les exemples développés montraient bien l'envers du décor de l'industrie du médicament. Un cas m'a notamment interpellée, celui de la campagne de communication sur la spondylarthrite ankylosante.

Du coup, après GSK, c'est à Pfizer que je vais consacrer quelques articles pour comprendre leur politique d'influence en France.

Revenons à la spondylarthrite ankylosante et à cette campagne de communication. Un spot télévisé, avec Franck Leboeuf, ancienne gloire du football tricolore, expliquait que même pour un jeune, un simple mal de dos pouvait cacher une spondylarthrite ankylosante. Et pour se rassurer le spot se terminait en indiquant un site Internet, www.dosaumur.com ou le téléspectateur pourrait se renseigner. Et si le soutien de Pfizer est mentionné, c'est en tant que partenaire de la Société française de rhumatologie, une société savante. En allant sur le site, si vous vous rendez sur la partie "Comprendre la spondylarthrite ankylosante" vous trouverez dans le texte un petit questionnaire en 4 questions destinés surtout au moins de 50 ans. Parmi ces questions deux d'entre elles appellent généralement une réponse positive : "votre dos est-il raide le matin pendant au moins 30 minutes ?" et "votre mal de dos est-il amélioré par l'exercice mais pas par le repos ?".

Effectivement, le stress, la fatigue, le manque d'activité sportive ou une mauvaise literie peuvent nous conduire à avoir le dos un peu raide au lever, et généralement la sensation disparaît dès que nos muscles s'échauffent. Mais le problème avec ce questionnaire c'est que si vous avez au moins deux réponses positives, on vous conseille (la Société française de rhumatologie en partenariat avec Pfizer) de consulter votre médecin car vous avez peut-être une maladie du dos de type inflammatoire. Heureusement, vous êtes vite rassuré sur le site, car si la spondylarthrite ankylosante est dépisté assez tôt, les traitements existants sont efficaces, notamment une nouvelle classe de médicaments, les anti-TNFa. Et vous serez certainement surpris d'apprendre que Pfizer en commercialise un, l'Enbrel (étanercept). Dans toute cette campagne, la Société française de rhumatologie, une société savante qui regroupe les rhumatologues français, est fortement présente. Comme le montre le reportage diffusé sur Arte, son secrétaire général, le professeur René-Marc Flipo, fait même un exposé savant pour encourager les gens à se faire dépister, et en arrière plan de la vidéo on aperçoit de nombreuses répétitions du logo de Pfizer.

Tout cela interroge évidemment sur les liens entre professionnels de santé et laboratoires pharmaceutiques, un des sujets ouverts par l'affaire du Médiator. Car en plus du fait que ces associations se prêtent, contre des subventions pour leurs associations, à des contournements de la réglementation sur la publicité des médicaments, on peut aussi s'interroger sur la perméabilité de ces médecins, leaders d'opinions dans leur domaine thérapeutique, aux thèses et arguments des firmes pharmaceutiques. Et pour rester sur le cas du professeur Flipo, en cherchant un peu sur le web on le découvre co-auteur, avec le professeur Bernard Combes, président de la Société française de rhumatologie, de recommandations à la Haute autorité de santé, sur la prise en charge et le traitement des polyarthrites rhumatoïdes, qui mettent en avant les anti-TNF. Et ce cher professeur Flipo oublie de joindre sa déclaration d'intérêts. Sa lecture aura pourtant été très instructive.

Dans le cas de Pfizer on peut parler de réelle stratégie d'entrisme dans les sociétés savantes ou les associations de patients. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder dans les annexes de l'excellent livre de Stéphane Roche, Les Médicamenteurs, pour constater que Pfize, en France, est le laboratoire pharmaceutique le plus présent comme partenaire financier de ces associations.

Une bonne façon de s'assurer des soutiens auprès de leaders d'opinion dont l'avis peut peser sur l'acceptation de l'enregistrement d'un médicament ou la détermination de son niveau de prix.


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2 réactions à cet article    


  • Y A T IL AUSSI UN CLUB DE LOBBYSTES PFIZER du genre hippocrate...merci de le radier...on a

    deja donné pour ETRE les cobayes de SERVIER....MEDIATOR 2000 MORTS.


    • Kléo 6 décembre 2011 11:33

      Bravo pour cet article, Lucie. Il pointe exactement le problème que posent un certain nombre d’associations ( concernant le diabète, la polyarthrite rhumatoïde...), dont on s’aperçoit qu’elles sont tellement dépendantes des labos pour leur survie qu’elles ressemblent plutôt à des relais publicitaires.
      Leur reconnaissance d’utilité publique ne tient qu’à la cécité du fisc : quand une association, par ex, reçoit une manne financière des labos qui est équivalente à celle des adhérents ( facile à vérifier  : ces labos sont obligés désormais de communiquer ces chiffres sur le site de la HAS et ces associations sont obligées de communiquer leurs comptes !) peut-on appeler encore ce genre de structure une association ?
      Et effectivement les fameuses biothérapies dont vous parlez font l’objet d’articles élogieux dans les revues de ces associations , citant des professeurs de médecine qui travaillent avec les labos, dont ils dépendent pour leurs essais cliniques et leur notoriété.
      La boucle est bouclée : certains de ces médecins sont donc juges et parties : concernant les effets secondaires, ceux ci sont donc trop souvent considérés comme secondaires au vu du « bénéfice » escompté. Et ils sont pourtant non négligeables.
      Le site pharmacritique explique très bien ce problème.
      Et c’est un vrai problème.
      Ce les labos ne peuvent faire d’un coté, ils vont le faire de l’autre, et certaines associations sont un relais idéale et très discret.
      .

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Lucie


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