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Accueil du site > Actualités > Economie > Les salaires fous des monarques de Pharmaland

Les salaires fous des monarques de Pharmaland

Alors que l’on est choqué des rémunérations des footballeurs, des golfeurs, des pilotes de courses, des acteurs, des chanteurs et de Jean-Philippe Smet, alors que l’on est scandalisé de découvrir que Mamie Zinzin (1) a omis 3 ducats et 2 pistoles dans sa dernière déclaration de revenus et alors que l’on hurle de voir des violeurs présumés innocents se pavaner en Porsche (2), on oublie un peu de regarder combien gagnent certains chefs d’entreprise. Certes de temps à autre la presse s’indigne du confortable salaire du patron français d’une entreprise qui tourne bien. Mais intéressons-nous à ces entreprises étrangères, qui plus elles vont mal, mieux elles paient leur capitaine.

J’étais en effet interpelé la semaine dernière par trois nouvelles. Trois informations étrangement similaires. Trois patrons de laboratoires (deux américains et un britannique) qui ont vu leur argent de poche atteindre des sommes étourdissantes, malgré une situation qui prête à discussions.

Alors que l’on est choqué des rémunérations des footballeurs, des golfeurs, des pilotes de courses, des acteurs, des chanteurs et de Jean-Philippe Smet, alors que l’on est scandalisé de découvrir que Mamie Zinzin (1) a omis 3 ducats et 2 pistoles dans sa dernière déclaration de revenus et alors que l’on hurle de voir des violeurs se pavaner en Porsche (2), on oublie un peu de regarder combien gagnent certains chefs d’entreprise. Certes de temps à autre la presse s’indigne du confortable salaire du patron français d’une entreprise qui tourne bien. Mais intéressons-nous à ces entreprises étrangères, qui plus elles vont mal, mieux elles paient leur capitaine.

J’étais en effet interpelé cette semaine par trois nouvelles. Trois informations étrangement similaires. Trois patrons de laboratoires (deux américains et un britannique) qui ont vu leur argent de poche atteindre des sommes étourdissantes, malgré une situation qui prête parfois à discussions.

Salaire doublé pour le sir

Andrew Witty, le directeur général de GlaxoSmithKline, a vu son salaire pratiquement doubler en un an. Je doute que ce soit le cas des salariés du groupe… Ainsi, de 3,7 millions de livres, le butin annuel du boss de GSK est passé à 6,8 millions (soit une hausse de 84% pour être exact), et une hausse supplémentaire pour 2012 est déjà programmée (+4% en salaire de base et 20% de stock-options en plus). (3)

Cela dit, et contrairement aux exemples qui suivent, GSK va relativement bien. L’entreprise s’est débarrassée de ses poids morts (salariés qui demandent un salaire (4), médicaments qui soignent (5) ).

En plus, argument suprême, le pauvre sir (dirais-je le triste ?) n’est pas assez bien payé. Il risquerait d’aller voir ailleurs. Alors il faut faire aussi bien que ce que pourrait proposer un concurrent. Parce que maintenant que le patron est anobli, tout le monde voudra se l’arracher.

En fait, ce qui me dérange, ce n’est pas tant le montant du salaire en lui-même. Ce qui me dérange, c’est ce montant comparé à l’indemnité misérable versée aux victimes du laboratoire. (6) A ce jeu, il ne faut pas être surpris si le laboratoire est la cible privilégié des manifestants argentins dans le cadre de la crise des Malouines. (7)

Promotion à 18 millions

Ian Read est un petit nouveau dans le cercle très fermé des directeurs généraux de Big Pharma. Pensez-vous, il n’était jusqu’alors « que » directeur financier. La belle promotion qu’il a eue l’année dernière s’est traduite par un TRIPLEMENT de sa rémunération : (8)

  • Un salaire de base de 1,7 millions de dollars (+42%) ;
  • Des stock-options pour 12,5 millions de dollars ;
  • Un bonus de 3,5 millions de dollars ;
  • Divers rétributions à hauteur de 319 000 dollars (ben voyons ! Quitte à se payer nos tête, ils pouvaient arrondir à 320, voire à 1 million).

Pour mériter son steak, M. Read a mis les grands moyens : fermeture d’usine, fermeture de centre de recherche, licenciement à la pelle… et surtout la promesse d’économiser 1 milliards de dollars sur le budget de la recherche ! Du bel œuvre pour un groupe qui se transforme de plus en plus en distributeur et tient de moins en moins du laboratoire. A ce rythme, Pfizer ne sera bientôt plus qu’une grosse pharmacie, mais tellement incontournable que les dirigeants pourront continuer de se payer en millions.

Pourtant, Pfizer n’est pas une entreprise qui va bien. Sa recherche n’a pas enregistré de succès majeur depuis longtemps, et le meilleur produit du groupe, le vaccin Prevenar, a été inventé par Wyeth (rachetée depuis par Pfizer). C’est d’ailleurs ce qui avait couté sa place au prédécesseur d’Ian Read, Jeff Kindler. Kindler n’avait pourtant pas démérité outre mesure. Mais il a du faire face à un lourd passif, et s’est heurté aux problèmes qui lui ont été légués : une recherche en perte de vitesse, des scandales prêt à éclater... En voulant réformer le mammouth, il s’est fait des ennemis (9), ses actionnaires.

Au contraire, Ian Read, en promettant 1 milliards d’économie, a fait de ces actionnaires des amis, puisque c’est dans leur poche que doit se trouver ce milliard. Et après eux, le déluge.

Parachute dorée, incrusté de diamants, chez J&J

Bill Weldon, le PDG de Johnson & Johnson, abandonne la direction générale (mais pas la présidence) du groupe à la fin avril. Il recevra suite à cela 143 500 000 dollars (cent quarante trois millions et cinq cent milles) (10) :

  • 48,8 millions par le système de retraite déductible, qui seront versés par mensualité au cours de sa retraite. A noter que le système américain repose sur une retraite par capitalisation, au contraire du système par répartition que l’on a en France : on récupère ce que l’on a cotisé.
  • 95,1 millions par un système de retraite imposable.

De plus, il touchera pour l’année 2011-2012 un bonus de 3, 1 millions de dollars, en hausse de 55%, malgré un exercice marqué par d’importants problèmes et un capital confiance de la part du consommateur en chute libre, comme je l’avais détaillé précédemment (11). Et tandis que l’on engraisse un PDG passablement peu compétent, on licencie le personnel expérimenté, qualifié mais démotivé.

On ne peut que se demander si ces énormes sommes n’auraient pas été mieux investies pour corriger les graves problèmes rencontrés par Johnson & Johnson… Mais voilà : Bill Weldon reste président et conserve, à ce titre, un pouvoir décisionnel important, y compris sur son propre salaire. Les autres décideurs sont les actionnaires, qui ne voient que la hausse du cours de J&J, qui a gagné 8 points en 2 ans… très loin de la hausse moyenne de 24 points enregistré par le Dow Jones, et certainement moins que si l’entreprise avait été bien gérée…

Qu’est-ce que ça peut être bête un actionnaire !

 

1 : Nicolas Sarkozy et la carte Mamie Zinzin, Les Guignols de l’Info, Septembre 2010

2 : DSK et la Porsche : la photo qui emballe le Web et ravit l'UMP, Alex Marché, Le Post, 4 Mai 2011

3 : Witty well Worth his wages and more – GSK, Kevin Grogan, Pharma Times, 14 Mars 2012

4 : Big Pharma, la machine à chômeurs, Pharmafox, Agoravox, 2 Mars 2012

 5 : GSK vend pour E470 mlns de médicaments sans ordonnance à Omega, Les Echos, 15 Mars 2012

6 : Longue vie à GlaxoSmithKline !, Pharmafox, Agoravox, 21 Janvier 2012

7 : El Gobierno argentino llama al boicot de productos británicos por las Malvinas, El Pais, 29 Février 2012

8 : Triple Pay : Pfizer CEO Ian Read Is An $18M Man, Ed Silverman, Pharmalot, 16 Mars 2012

 9 : Inside Pfizer's palace coup, Petr Elkind et Jennifer Reingold, Fortune, 15 Août 2011

10 : J&J CEO Weldon gets $143,5M for retirement, Ed Silverman, Pharmalot, 15 Mars 2012

11 : Comment J&J a perdu sa bonne réputation, Pharmafox, Agoravox, 24 Février 2012


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1 réactions à cet article    


  • viko 31 mars 2012 18:08

    Dans l’ensemble je suis d’accord. En ce qui concerne votre introduction il en est du mélange des genres. Les médias se plaisent à le dire car il est de bon ton de faire que le peuple s’offusque, réagisse. Ca fait du buzz et de l’audimat . Mais autant je suis obligé d’aller travailler et potentiellement, à mon insu, j’engraisse l’actionnaire qui n’en a jamais assez, autant le sportif, l’artiste, n’existent que parce-que je le veux bien. De plus je ne suis pas obligé d’aller les voir. Et si j’y vais c’est pour me distraire. On voit donc bien que cette tranche de la population n’a rien a voir avec ceux qui nous pondent des plans de restructuration vecteur de chômage tout en s’en mettant davantage dans les fouilles. smiley

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