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Les services publics ont-ils encore un avenir ?

A l’heure où nos gouvernants appliquent aveuglément les préceptes de la commission européenne et libéralisent tous azimuts les secteurs confiés auparavant à la sphère publique, il est salubre de récuser quelques idées reçues largement entretenues par nos hommes politiques et autres aréopages d’experts économiques.

De la libéralisation - scandaleuse - des autoroutes, au secteur de l’énergie, en passant par celui de l’eau, l’impérialisme de la « concurrence libre et non faussée » chère à la commission européenne préempte toutes autres valeurs à la faveur d’une pseudo efficacité économique. L’absence de concurrence ne favoriserait ni l’innovation ni les gains de productivité ; le coût d’un service géré par la sphère publique serait ainsi plus élevé que celui géré par le privé.

Au delà de toute idéologie, il faut alors examiner scrupuleusement les faits. Le développement d’un marché concurrentiel est-il vraiment bénéfique aux consommateurs ? Est-il exact que la concurrence fasse baisser les coûts ?

Rappelons tout d’abord qu’un service public sert l’intérêt général. Il assure notamment la cohésion sociale d’un pays en permettant à tout à chacun de bénéficier de la même qualité de service quelque soit son origine sociale ou sa situation géographique et tente, autant que faire se peut, de minimiser le nombre de laissé-pour-compte. En effet, exclure l’accès à certaines populations, à cause du coût trop élevé ou de l’éloignement géographique, à certains droits fondamentaux tels que l’éducation, la santé, l’eau, ou l’électricité ne peut que favoriser la création de ghettos et attiser les animosités et rancœurs entre individus. C’est une vision humaniste de la société à opposer à la tendance actuelle d’individualisation et de stigmatisation, le chacun pour soi devenant la norme. Les violences urbaines toujours plus nombreuses initiées par une population s’estimant laissée-pour-compte sont là pour en témoigner.

L’intérêt général inclut également celui des entreprises. Plus un territoire bénéficie d’une infrastructure de qualité - qu’il s’agisse d’éducation, de système de santé performant, de réseau de transport efficace ou de qualité de vie, plus ce territoire sera attractif pour les investisseurs potentiels. Tordons le cou aux idées reçues : malgré tous les défauts que l’on nous prête, la France reste en 2008, une terre d’accueil privilégiée concernant le volume des investissements étrangers et se classe en deuxième position derrière les États-Unis ex-æquo avec le Royaume-Uni (2). Étonnant non ?

Les services publics gomment les défaillances d’un marché plus attaché à maximiser sa rentabilité en se concentrant sur les segments les plus rémunérateurs que d’assurer un service accessible à tous. La gestion privée de la santé américaine est sur ce point symptomatique : 50 millions d’américains, soit près de 1/5 de la population ne sont pas couverts par une assurance maladie et « le coût de la couverture médicale augmente dix fois plus vite que le salaire médian »(1). La crise « aidant », les choses ne risquent donc pas de s’améliorer à moyen terme. Les conséquences sont surprenantes pour un membre des pays les plus industrialisés : le taux de mortalité infantile est équivalent à celui de la Malaisie, 18000 personnes meurent prématurément chaque année d’absence de couverture santé, 13% des femmes enceintes ne sont pas régulièrement suivies, etc.

Attaquons-nous maintenant au cœur d’une croyance profondément enracinée : le public serait incapable de gérer de manière optimale ses coûts. Mais, le privé est-il vraiment exempt de tout reproche ?

Primo, il est nécessaire de rappeler - n’en déplaise aux libéraux - que la « concurrence libre et non faussée » n’existe pas. Sans régulation, un marché concurrentiel serait livré à une jungle et à une guérilla commerciales ; il est impératif d’établir des règles et de les faire respecter. Ainsi, l’état finance des organismes de régulation : l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP) pour les télécommunications, la Commission de Régulation des Énergies (CRE) pour le marché de l’électricité et du gaz, chaque secteur a son organisme, et bien entendu, tout cela à un coût, jamais pris en compte et bien souvent sous-estimé.

Secundo, le capitalisme étant basé sur la propriété individuelle, chaque opérateur doit posséder son propre réseau. C’est le cas par exemple pour les trois opérateurs français de téléphonie mobile. Pas d’économie d’échelle possible, on imagine le gaspillage. De la même manière, vouloir libéraliser les chemins de fer n’a aucun sens : difficile de multiplier les voies ou de permettre à plusieurs compagnies de se partager le Paris/Nantes. Cela relèverait du casse-tête.

Enfin, il ne faut pas oublier les coûts liés à la rémunération du capital (dividendes) et à la commercialisation des produits (marketing, publicité). On le voit, le gain pour le consommateur n’est pas évident et sans réel fondement. A titre d’exemple, citons une nouvelle fois le cas de la santé aux États-Unis. C’est le système le plus cher du monde : 16 % du PIB y est consacré, deux fois plus que la moyenne de l’OCDE avec des résultats pour le moins mitigés.

Affirmer urbi et orbi que la libéralisation d’un marché ne peut qu’être bénéfique au consommateur est proche d’un comportement délictueux. La vérité est beaucoup plus contrastée. Les services publics sont globalement bénéfiques à la société : le privé a besoin du public tout comme le public a besoin du privé. Il faut certes dénoncer certains corporatismes et rigidités bureaucratiques, et favoriser l’innovation technologique au sein de la sphère publique, mais de là à juger le secteur public totalement inefficace et le démanteler bon gré mal gré en vertu du primat de l’idéologie libérale, le chemin est long. En érigeant la rentabilité court-termiste comme seul critère de performance, on en oublie l’essentiel : la paix, la préservation de l’environnement, la dignité des personnes, la justice sociale, la satisfaction du consommateur ne sont plus pris en compte.

Le traité de Lisbonne signé en 2007 reconnaît enfin les services publics : la concurrence n’est plus une fin en soi et les états membres pourront les organiser et les financer. Reste à combattre les idées reçues et l’aveuglement dogmatique de certains... notamment chez nos élites dirigeantes...

(1) http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=13852

(2) http://www.minefe.gouv.fr/presse/dossiers_de_presse/090313bilan_afii/som_090313bilan_afii.php

par Raphaël (son site) mardi 28 juillet 2009 - 138 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Céphale (xxx.xxx.xxx.254) 28 juillet 2009 10:31
    Céphale

    Contrairement à une idée reçue, la concurrence n’est pas une condition de progrès. Le plus souvent, c’est un obstacle. D’ailleurs la « libre concurrence » du traité de Lisbonne est un mythe. Cela n’existe pas. Les dés sont pipés, comme le démontre par exemple la pagaille qui règne sur le marché des télécommunications. Cet article est un excellent réquisitoire contre l’idéologie qui anime la Commission européenne. Le progrès se construit dans la coopération.

  • Par ZEN (xxx.xxx.xxx.171) 28 juillet 2009 10:09
    ZEN

    Bonjour
    Article intéressant
    Les dogmes de l’ultralibéralisme où l’Etat représentait" le problème" (Reagan) ont montré leurs limites et leur vraie nature
    Mais le processus de déréglementation rampante continue, comme c’est le cas pour EDF notamment . Bruxelles reste encore rivé au sectarisme du tout marché, je suis moins optimiste que vous...

  • Par Krokodilo (xxx.xxx.xxx.147) 28 juillet 2009 09:57
    Krokodilo

    Excellente synthèse, vraiment. J’ignorais que le traité de Lisbonne avait fait un petit effort de reconnaissance des services publics.
    Je crois moi aussi qu’il faut les deux, de puissants services publics (ceux que l’on démolit sciemment depuis des années) et un espace concurrentiel où puissent s’exprimer l’innovation, l’énergie de ceux qui veulent créer une entreprise ou développer leur groupe.
    D’accord aussi que la concurrence libre et non faussée est bidon : la liste des ententes illégales dans le passé lointain et récent est très longue, la tendance naturelle à l’homme est certes de se concurrencer (notre esprit de chasseurs et de guerriers) mais aussi de s’entendre sur les prix pour éviter la concurrence et se partager paisiblement le marché, ce qui est assez paradoxal ! Le domaine militaire est un exemple caricatural de privé porté à bout de bras par l’Etat, aussi bien en France (le rafale) qu’aux USA (collusion et subventions public-privé.
    Le système de santé étasunien est effectivement un bon exemple d’un paradoxe, le pays le plus puissant au monde qui a le meilleur de la santé n’arrive pas à trouver une structure permettant un accès aux soins relativement égal...
    Il faut répéter les choses simples : le privé peut faire des merveilles, mais, par essence, l’intérêt public est le dernier de ses soucis, le premier étant d’être bénéficiare pour ses actionnaires.
    Depuis l’époque préhistorique, les civilisations sont des recherches permanentes d’organisation sociale, avec concurrence (le mérite, etc.) ET entraide.

  • Par ZEN (xxx.xxx.xxx.171) 28 juillet 2009 10:29
    ZEN

    Des pauvres, plus riches, oui...

    "...Durant l’année budgétaire débutée en octobre, 28 millions de personnes aux États-Unis utiliseront les coupons distribués par le gouvernement pour pouvoir acheter l’essentiel dans les commerces d’alimentation. C’est là le plus haut chiffre enregistré depuis que ce programme d’assistance alimentaire a été introduit dans les années 1960... Les saisies immobilières, l’augmentation des destructions d’emplois et la hausse rapide des prix ajoutent aux difficultés. Jusqu’à présent, le retournement de tendance s’est manifesté par une kyrielle de saisies à travers tout le pays, avec de nombreuses familles perdant leur domicile. Mais désormais, la crise commence à frapper le pays au coeur. Garnir la table de nourriture devient un défi que de nombreux Américains ont du mal à relever..."(D Usborne)

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