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Accueil du site > Actualités > Economie > Les solutions anti-crise... des nazis (IV)

Les solutions anti-crise... des nazis (IV)

L'Allemagne de 1934 ne peut plus emprunter sur les marchés, personne ne lui fait confiance. Aucun investisseur ne veut lui prêter, en effet elle a déjà eu un défaut de paiement, et les créanciers étrangers la pressent. Le paiement de la dette étrangère devient donc un enjeu pour Hjalmar Schacht. Suite à ses idées ingénieuses lors de la réforme bancaire. Il est nommé en 1934 Ministre de l'économie. A son apogée Schacht va retourner le système contre lui-même pour créer plusieurs millions d'emplois.

Quand les vautours meurent, la poule ne pleure pas.

Le nouveau plan de 1934 va s'attaquer au front commun des créanciers du reich. Après le refus définitif d'Hitler de payer les réparations de Versailles, il va quand même falloir s'aranger pour payer la dette. C'est de la crédibilité du Reich sur les marchés dont il dépend.

AUTARCIE... Voilà le premier mot du plan. Comment interpréter ce mot ? Autarcie est un mot inventé par les penseurs du mercantilisme, un néologisme de autos et de arkein signifiant respectivement soi-même, et se protéger ou se suffire. Tout un programme !

L'Allemagne doit se suffire à elle-même. Le premier pas pour la bataille de la dette est de limiter les importations au strict nécessaire. Fini la soie de Chine on va le remplacer par le cuir de vache de bavière, ceci expliquant les costumes sado-maso conçus par Hugo Boss de la SS entre autre. Les seules ressources importées sont celles qui sont indispensables à l'industrie de guerre et d'exportation et dont ne disposent pas l'Allemagne. Cela crée ce fameux marché intérieur dont parlait Hitler en 1933 mais amène aussi à des absurdités. Les industries d'arme ont pour obligation d'utiliser du fer allemand plus cher et de moins bonne qualité pour équiper l'armée allemande. Tandis que les armes exportées faites avec du fer scandinave sont beaucoup mieux conçues.

La politique d'importations au strict nécessaire du ministre s'accompagne aussi d'une augmentation des exportations. En bon mercantile il pousse les industries à vendre à l'étranger pour permettre à l'Allemagne d'augmenter sa balance commerciale et donc forcément son stock de devises. Pour ceux qui ne comprennent pas, dites vous que si vous vendez un kilos de patates aux USA, les américains ne vont pas vous donner des marks, non ils vont vous donner des dollars ; et ces dollars vont grossir la réserve de devises de votre entreprise, ce qui en Allemagne à cette époque revient à dire l'état. Pourquoi ? Pour par exemple payer votre dette moins cher sur les marchés financiers américains. Si une entreprise ou l'état américain vous a prêté en dollars et que le change est favorable je suis gagnant de lui rembourser dans sa valeur d'origine. A cette époque malgré une dévalorisation du dollar, en 1934, le reichmark valait 2,61 dollars. Pour 100 000 dollars empruntés je dois restituer 261 000 reichmarks. Par contre si j'ai des devises je paie 100 000 dollars. Sans compter que sur les marchés financiers le dollar est souvent la monnaie universelle, l'état allemand est donc obligé d'avoir des réserves en devises pour garantir ses emprunts. 

Il est important de comprendre ces notions car pour Schacht elles sont essentielles pour résoudre le problème de la dette. Un on limite les importations donc la fuite des devises. Deux on vend à l'étranger pour augmenter les stocks de devises et payer la dette. Sa politique mercantile ou bataille des devises est difficilement gagnée sur le terrain diplomatique. Comme un plan de bataille tout est pensé, il faut augmenter les réserves de devises, on l'a vu. Il faut ensuite forcer les créanciers à accepter les conditions de réglement du Reich. Par quels moyens me dites vous ? Imaginez la France, l'Angleterre, les Pays Bas, la Belgique, les USA, bref le monde entier qui frappe à votre porte vous réclamant de l'argent. Chacun comme un vautour désirant vous dépecer pour payer le plus rapidement ses propres dettes. Mais le nombre qui fait pression sur l'Allemagne va être justement le plus gros défaut des créanciers internationaux. L'Allemagne va jouer les fauchés. C'est à la foire de Leipzig d'Aout 1934 que Hjalmar Schacht annonce au monde que l'économie allemande ne se remettra jamais de la crise de 1929 qu'il faut faire une croix définitive sur les dettes étrangères. Il crée la panique. Alors qu'ils étaient unis, et décidés à presser l'Allemagne comme un citron, les différents créanciers comprennent alors qu'il faut prendre ce qu'il y a à prendre tant que l'on peut encore. Eux aussi ont subi de plein fouet la crise de 1929. Alors que jusqu'à présent les différentes conférences sur les réglements de la dette allemandes se faisaient avec tous les créanciers réunis, après cette annonce chacun va vouloir conclure des accords bilatéraux pour grapiller ce que l'Allemagne peut ou plutôt veut lui donner.

Le ministre a encore créé l'illusion, et a gagné. Il va alors faire un deal avec les créanciers. Durant la crise une monnaie de transfert avait été créée, le scrip. Le principe est de payer la moitié du prix demandé en devises, et l'autre moitié en "marks de transfert". Ces marks de transfert doivent être utilisés uniquement pour acheter des produits allemands. Absurde ? Pas vraiment, en tant que créancier on vous propose un titre hypothéquant une partie des biens, et des services allemands. Cependant les créanciers resteront méfiants jusqu'à la foire de Leipzig, et tout l'art de Schacht est de jouer sur le taux entre les devises, et les scrips. Finalement ce sera 50% de scrips. Rongés par la peur, les créanciers acceptent, et ce plan sert à la fois à favoriser les exportations allemandes, la boucle est bouclée. Il y eut bien des conférences avant Aout 1934 ; par exemple en Juin 1933 à la conférence de Londres, où les créanciers exigaient des remboursements immédiats à plus ou moins long terme. Problématique vitale pour Hitler, ces questions furent même la priorité du régime de 1933 à 1934. On peut presque dire qu'avant la Guerre Mondiale, il y eut une Guerre économique, gagné de peu par les Allemands. Les Anglais, et les Américains en garderont un goût amer.

C'est avec du sang et des larmes que Schacht résoud le problème de la dette. Ce dernier point lui permet de réemprunter sur les marchés en 1935. Il ne s'arrête pas là et pour continuer dans l'illusion il utilise la procédure indolore : l'état emprunte sur les marchés, va voir ses banques, et leur demandent combien elles ont d'épargne, échange cette épargne contre la dette, ce qui fait que les banques deviennent créancières du reich. Bien qu'absurde si on a le nez collé sur les chiffres de la dette Allemande on s'aperçoit qu'elle baisse, ce qui redonne confiance. Cette procédure est depuis la guerre interdite...

Etrange modèle que celui de l'Allemagne de 1935, il emprunte sur les marchés, possède une banque centrale nationalisée avec des banques privées, et des investisseurs étrangers. Effectivement on développe l'autarcie et il est clair que toutes les mesures prises ne sont faits que pour favoriser le pays. Mais il y a une vraie intelligence économique ou la nation toute entière doit travailler dans le but de rassurer les marchés. Bien que mercantile, Schacht connait aussi très bien le libéralisme. Il navigue entre deux eaux, et profite de l'opportunité d'une politique dictatoriale pour mettre au pas toute l'Allemagne et la diriger vers toujours plus de croissance. Penchons nous maintenant sur quelques unes de ces mesures.


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20 réactions à cet article    


  • « ARBEIT MACHT FREI » et LES amphétamines pour le peupla allemand...comme leurs troupes de choc...en 39.40...ce ne sont ni les camarades russes ni les yankees qui ont écrasé l’allemagne hitlériene.....CE SONT LES LABOS PHARMACEUTIQUES DE L’ ARMEE QUI N ARRIVAIENT PLUS
    A FOURNIR ASSEZ D4 AMPHETEMINES EN 1944...

    NOUS GAULOIS N AVIONS PAS DE POTION MAGIQUE ET ENCORE UNE FOIS DES ELUS MEDIOCRES...............

    PS un hommage aux camarades russes qi ont perdu 23 millions de femmes et d’hommes.sans eux les americains.LA PINCE DE CRABE N AURAIT PAS FONCTIONNE


    • HerveM HerveM 7 décembre 2011 11:39

      Il est certain que lutter contre des mecs chargés aux amphétes quand on a que du rouge avec un degré merdique à proposer à ses troupes, c’est pas gagné !
      Si l’on ajoute à celà les sabotages des communistes français à tous les étages pour préparer le terrain aux camarades de la wehrmacht qui venaient les libérer du joug des capitalistes, on obtient là la plus belle défaite des Francs contre leurs cousins Germains.
      Blum n’était pas clovis, je vous l’accorde.....et Pétain n’étant pas Staline on n’a pas eu la chance de pouvoir scorer comme les Russes....


    • @hervelt

      ce n’est pas faux quand vous parlier du gros « rouge » dans les tranchées ils en avaient a gogo et de la gnole par litres.. (idem a dien ben phu...pour les paras...)
      comment et dans quel état ils sont revenus...jusqu’a leur mort prématurée ils en ont porté les séquelles tout cela pour défendre les BANSKTERS COMME ROCKFELLER OU ROTCSCHILD et les les marchanDs de canonc comme krups ancetre de TAKKIEDINE...

      QUAND A LA TRAITRISE DES COMMUNISTES C’EST FAUX CE SONT LES FACHOS NATIONALISTES FRANCAIS QUI AVEC LA 5ème colonne ont balisé tels des gps tous les axes pour envahir vite la FRANCE..affiches « banania et chicoree leroux » sur les axes strategiques que devaient prendre les« boches »...

      comme vous le dites du gros rouge contre les amphétamines...nos bidasses n’ont pas eu le beau role mais en 14.18 les officiers souvent fils de riches ou de nobles ont bien combattu avec leurs troupes tandis qu’en39...ils faisaient la fete a paris ou chez leurs maitresses.certains ont mis 8 jours pour rejoindre leur commandement de leurs troupes


    • HerveM HerveM 7 décembre 2011 11:48

      Merci à l’auteur de nous éclairer sur cette période que nous ne pouvons habituellement regarder qu’avec des oeuillères.

      Vos sources permettent elles de confirmer ou d’infirmer la rumeur concernant l’obédience de Hjalmar Schacht ? D’avance, merci.


      • chantecler chantecler 7 décembre 2011 11:54

        Et en 1936 le réarmement de l’Allemagne avait déja commencé .

        Et surtout l’industrie de guerre relancée à un haut niveau .

        Ainsi l’Allemagne vend des armes aux Républicains engagés dans la guerre d’Espagne , contre les réserves d’or de ce pays .

        Des armes minimales et de mauvaise qualité .

        Et parallèlement elle arme les troupes nationalistes de Franco , comme d’ailleurs le fait Mussolini , avec des fusils, des mitrailleuses , des canons, des avions , des tanks , des bateaux ...

        Non seulement mais elle envoie aussi des troupes , comme Mussolini , combattre contre les républicains .

        Les divisions Condor et des dizaines d’autres . Ce qui permettra de mettre au point la guerre moderne , avec anéantissement de populations civiles .

        Goering s’enrichit effrontément dans ce trafic avec Franco .

        L’aviation , l’artillerie , les troupes allemandes font des ravages dans les villes, villages et chez les combattants (avions d’attaque , qui se perfectionnent au fur et à mesure , dans les tranchées et bombardiers pour terminer le travail .... ( combien de Guernica ?

        Et parallèlement :

        L’Allemagne achète à bas prix des matières premières indispensables ( fer, antimoine , et des dizaines d’autres..) dans des mines qu’elle exploite au fur et à mesure que Franco remet la main sur le pays , après avoir fusillé tous les prisonniers ...

        L’Italie fait un peu pareil : elle envoie ses sous marins pour parfaire le blocus .Des sous marins qui coulent des bateaux anglais . Ses troupes, ses avions, etc .... ;

        Et le plus fort : nos démocraties ( France, R.U ) refusent de reconnaître l ’intervention des forces de l’axe...Chamberlin ne veut pas indisposer Hitler ...Prône l’apaisement .

        Et exigent la non intervention pendant que la République Espagnole agonise , assassinée par les fascistes ...

        République qui a attendu éperdument l’aide des démocraties et qui a espéré que celle ci déclareraient la guerre à l’Allemagne au moment de l’invasion de la Tchécoslovaquie , par exemple .....

        Voilà aussi comment l’Allemagne s’est sortie d’affaire économiquement ....

        Cr.


        • chantecler chantecler 7 décembre 2011 16:07

          Je termine mon commentaire .
          Le RU voulait rester neutre .
          Léon Blum du Front Populaire a aussi décrété la non intervention .
          Lâcheté des démocraties ....
          Vous pensez que la Guerre d’Espagne ne nous concerne pas ?
          C’est un événement aussi important que la guerre 14/18 , le traité de Versailles, la crise de 29 , la guerre de 39/45 et l’ Etat Français , le CNR et le rélèvement de notre pays au 20 ème siècle .
          Tout était peut être écrit dans mein Kampf mais tout s’est organisé , coagulé en Espagne, en 36 .
          Aucun dirigeant ne peut dire qu’il a été surpris .
          Et c’est pour ça que l’on n’en parle jamais .
          http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d%27Espagne


        • Alois Frankenberger Alois Frankenberger 7 décembre 2011 16:12

          A l’époque les gens aspiraient à la PAIX , comme de nos jours.

          Seul Hitler désirait la guerre et personne n’avait envie de le prendre au sérieux vu les implications du raisonnement en matière de guerre préventive... comme de nos jours.




        • Alois Frankenberger Alois Frankenberger 7 décembre 2011 16:15

          D’ailleurs vous êtes toujours le premier à décrier les guerres préventives actuelles.

          Comprenne qui pourra !

          Hormis le fait que vous raisonnez de manière ultra idéologique comme tout marxiste qui se respecte.


        • lebreton 8 décembre 2011 01:29

          @chantecler


          votre réflection devrait apparaître dans les livres d’histoire aujourd’hui pour que nos enfants comprennent mieux les tenants et aboutissant de la seconde guerre mondiale ,hélas ce n’est pas le cas , mais il nous reste le web pour faire passer les messages !
          Beaucoup de gens savent faire ! pourvu que ce soit pas trop tard .A+

        • lloreen 7 décembre 2011 14:08

          La solution anticrise des ...islandais
          http://www.cadtm.org/Quand-l-Islande-reinvente-la


          • Prometheus Jeremy971 7 décembre 2011 14:18

            Beaucoup plus intéressant ce qui se passe en Islande que ce qui s’est passé en Allemagne, c’est évident.


          • brieli67 7 décembre 2011 15:31

            Une certaine France était aussi de la partie !

            La Minette DE WENDEL - maître-forges lorrains__ n’a jamais cessé d’ être uniquement transformée en Ruhr et Rhénanie trop dégueu les produits du sous-sol lorrain.

            Le Canal des Houillères  votre prochain plan de vacances ?


            • Richard Schneider Richard Schneider 7 décembre 2011 18:07

              @chantecler : 

              Vous connaissez bien cette période. Toutes vos informations paraissent fiables. 
              Cependant, à côté de la guerre civile espagnole, qui a joué un grand rôle dans la montée de la puissance du Reich d’Hitler, il y a aussi, et l’auteur de l’article l’explique fort bien, les tours de passe-passe de ce magicien de Schaht pour permettre à l’économie allemande de résorber son chômage et son économie.
              Vous avez raison de fustiger la mollesse des démocraties parlementaires de l’époque. Mais les peuples français et anglais ne voulaient pas entendre parler de conflit armé. Relisez « La trahison des clercs » de Julien Benda, vous verrez comment les « clercs » (les intellectuels de gauche), influencés par leur maître à penser Alain, étaient presque tous pacifistes « bêlants » - y compris Le Canard Enchaîné.
              Amicalement,
              RS

              • morice morice 7 décembre 2011 18:52

                Il a de bien étranges lectures, le Jeremy...


                tous les textes qu’il vient de nous proposer proviennent de forums néo-nazis, notamment celui intercepté en 2009 par la police française, dont le serveur était aux Philippines, et tenu par un demi-fou résidant dans les Flandres. Celui qui avait écrit un manuel du parfait petit nazi au lycée... !!!! 

                C’est extrait d’un livre de Léon Degrelle, présenté dans ce forum comme étant «  How Hitler Consolidated Power in Germany - Leon Degrelle »

                et c’est intégralement pompé....

                Dommage pour vous, hein, « Jeremy ».... quand je dis que les néo-nazis ici s’insinuent subrepticement, on en trouve un bon là...





                • Prometheus Jeremy971 7 décembre 2011 19:08

                  n’importe quoi, je vous montrerai mes sources à la fin de l’article.... Ce sont des thèses, et des mémoires d’universitaire belge ou français tout ce qu’il y a de plus correct, avec quelques sites d’histoires, et forcément wikipédia. Je hais les néos nazis, et l’ensemble de mes articles ont pour but de montrer les manipulations de partis « populaire » d’extrême type FN lors de crise économique.


                • Proudhon Proudhon 7 décembre 2011 19:18

                  @morice

                  Ce qui compte en histoire, ce n’est pas d’où viennent les textes, mais si il sont conformes à la réalité historique.

                  Je viens de finir le livre de Paul Rassinier « Le mensonge d’Ulysse », dont je conseil fortement la lecture. De quoi vous dégoûter de la nature humaine.
                  Cela ne veut pas dire que je suis révisioniste.


                • Prometheus Jeremy971 7 décembre 2011 19:20

                  Et je ne sais pas si vous avez remarqué cet article est imagé par les photographies de John Heartfield. Communiste anti-nazi qui tournait en ridicule le régime. Moi un néo nazi.... Mon Dieu... Je vous aimais bien morice...


                • Proudhon Proudhon 7 décembre 2011 19:13

                  L’ECONOMIE DU TROISIEME REICH

                  Pendant la première année, la politique économique nazie, essentiellement dirigée par le docteur Schacht — car Hitler ne s’intéressait pas à l’économie politique, dont il ignorait à peu près tout — s’attacha principalement à redonner du travail aux chômeurs en entreprenant de vastes travaux publics et en stimulant l’entreprise privée. Le gouvernement se procura du crédit en créant des fonds spéciaux de chômage, et on prodigua généreusement les allégements fiscaux aux firmes qui accroissaient leurs dépenses de capital et qui employaient davantage de personnel.

                  Mais la véritable base du redressement allemand, ce fut le réarmement, vers lequel le régime nazi canalisa, à partir de 1934, l’énergie des milieux d’affaires et des milieux ouvriers, aussi bien que celle des généraux. Tout l’ensemble de l’économie allemande ne tarda pas à être désigné en jargon nazi sous le nom de Wehrwirtschaft, ou économie de guerre, et elle était délibérément conçue pour fonctionner non seulement en temps de guerre, mais durant la période de paix qui préludait à la guerre.

                  Dans la loi secrète de défense du 21 mai 1935, il nomma Schacht plénipotentiaire général pour l’économie de guerre, lui ordonna « de commencer son œuvre dès le temps de paix » et lui donna l’autorité « de diriger les préparatifs économiques de la guerre ». L’inimitable docteur Schacht n’avait pas attendu le printemps de 1935 pour se mettre à adapter l’économie allemande à la guerre. Le 30 septembre 1934, moins de deux mois après être devenu ministre de l’Économie, il soumit au Führer un rapport intitulé « Rapport sur l’état des travaux pour la mobilisation en vue de la guerre économique à la date du 30 septembre 1934 », dans lequel il déclarait fièrement que son ministère « a été chargé de la préparation économique à la guerre ».
                  Le 3 mai 1935, quatre semaines avant d’être nommé plénipotentiaire pour l’économie de guerre, Schacht soumit à Hitler un mémorandum personnel, qui commençait par déclarer que « la réalisation du programme d’armement avec rapidité et en quantité est le (les italiques sont de lui) problème de la politique allemande ; tout le reste donc doit être subordonné à ce but »... Schacht expliquait à Hitler que, puisque « le réarmement devait être complètement camouflé jusqu’au 16 mars 1935 (date à laquelle Hitler annonça la conscription pour la constitution d’une armée de trente-six divisions), il était nécessaire d’utiliser la presse à billets » pour financer les débuts du programme. Il soulignait également avec un certain plaisir que les fonds confisqués aux ennemis de l’État (pour la plupart des Juifs) et d’autres fournis par les comptes étrangers bloqués avaient contribué à payer les canons d’Hitler. « Ainsi, déclarait-il ravi, nos armements sont en partie financés par les crédits de nos ennemis politiques (13). »

                  Tous les dons reconnus de Schacht en matière de finances furent mis à contribution pour préparer le Troisième Reich à la guerre. Imprimer des billets de banque n’était qu’un de ses procédés. Il manipula la monnaie allemande avec une telle habileté qu’elle eut à un moment, selon les estimations des économistes étrangers, jusqu’à 237 valeurs différentes. Il négocia des accords d’échanges étonnamment profitables (pour l’Allemagne) avec des douzaines de pays et, à la stupéfaction des économistes orthodoxes, démontra brillamment que plus on devait à un pays, plus on faisait d’affaires avec lui.

                  La façon dont il créa le crédit dans un pays qui avait peu de capitaux liquides et pratiquement pas de réserves financières fut l’œuvre d’un génie ou — comme le dirent certains — d’un maître manipulateur. Son invention des billets « Mefo » était un bon exemple. Il s’agissait simplement de billets émis par la Reichsbank, garantis par l’État et qui servaient à payer les fabricants d’armement. Ces billets étaient acceptés par toutes les banques allemandes et escomptés finalement par la Reichsbank. Comme ces billets n’apparaissaient ni dans les comptes publiés par la Banque Nationale, ni dans le budget du gouvernement, ils aidèrent à assurer le secret du réarmement allemand. De 1935 à 1938, ils servirent exclusivement à financer le réarmement et atteignirent un total de 12 milliards de marks. En expliquant un jour cette méthode à Hitler, le comte Schwerin von Krosigk, le malheureux ministre des Finances, observa que c’était simplement un moyen de « battre monnaie (14) ».

                  En septembre 1936, avec l’inauguration du plan de quatre ans sous le contrôle de fer de Gœring, qui remplaça Schacht comme dictateur économique, bien qu’il fût aussi ignorant en ce domaine que l’était Hitler, l’Allemagne passa à une économie de guerre totale. L’objectif de ce plan était de permettre à l’Allemagne de se suffire à elle-même en quatre ans, si bien qu’un blocus en temps de guerre ne l’étouffât pas. On réduisit au strict minimum les importations, on pratiqua un contrôle sévère des prix et des salaires, on limita les dividendes à 6 pour 100, on créa de vastes usines pour la fabrication de caoutchouc, de textile, de carburant synthétique et autres produits à partir des matières premières dont disposait l’Allemagne, et l’on construisit une gigantesque aciérie Hermann Gœring pour fabriquer de l’acier à partir de minerais à faible teneur.

                  Bref, l’économie fut mobilisée pour la guerre, et les hommes d’affaires, tout en voyant leurs bénéfices augmenter, devinrent de simples rouages dans une machine de guerre, leur action étant limitée par tant de restrictions, par tant de formulaires à remplir que le docteur Funk, qui succéda à Schacht en 1937 comme ministre de l’Économie et en 1939 comme président de la Reichsbank, fut contraint d’avouer que « les communications officielles occupent maintenant plus de la moitié de la correspondance totale d’un industriel allemand » et que « le commerce extérieur allemand implique chaque jour 40 000 transactions séparées ; et pourtant, pour une seule transaction, il faut remplir jusqu’à 40 formulaires différents ».

                  Au début pourtant, les hommes d’affaires essayaient de se persuader que le régime nazi était la réponse à toutes leurs prières. Bien sûr, l’ « inaltérable » programme du parti leur avait paru menaçant, avec ses promesses de nationalisation des trusts, de partage des bénéfices avec les grossistes, « de communalisation des grands magasins, qui seraient loués à bas prix à de petits commerçants » (comme l’expliquait le point 16), avec aussi sa réforme agraire et l’abolition de l’intérêt sur les hypothèques. Mais les industriels et les financiers ne tardèrent pas à apprendre qu’Hitler n’avait pas la moindre intention de respecter une seule des promesses économiques contenues dans le programme du parti : ces promesses radicales n’avaient été lancées que pour attirer des voix.

                  Durant les premiers mois de 1933, quelques radicaux du parti s’efforcèrent de mettre la main sur des groupes d’affaires, de s’emparer des grands magasins et de créer un État corporatif sur le modèle de celui que Mussolini s’efforçait d’instaurer. Mais ils furent rapidement contrés par Hitler et remplacés par des hommes d’affaires conservateurs. Gottfried Feder, le premier mentor d’Hitler en matière d’économie, l’illuminé qui voulait abolir « l’esclavage et l’intérêt », fut nommé sous-secrétaire au ministère de l’Économie, mais son supérieur, le docteur Karl Schmitt, le magnat de l’assurance, qui avait passé sa vie à prêter de l’argent et à percevoir des intérêts, ne lui donna rien à faire et, quand Schacht devint ministre, il décida de se passer des services de Feder.

                  Les petits hommes d’affaires, qui avaient constitué l’un des principaux soutiens du parti, et qui attendaient beaucoup du chancelier Hitler, ne tardèrent pas à se trouver nombreux à être anéantis et relégués au rang des salariés. Des lois promulguées en octobre 1937 décrétèrent la dissolution pure et simple de toutes les sociétés ayant un capital inférieur à 20 000 dollars et interdirent la création de nouvelles sociétés avec un capital inférieur à 200 000 dollars. Cela régla rapidement le sort d’un cinquième de toutes les petites entreprises. Par contre, les grands cartels, que même la République avait favorisés, furent encore renforcés par les nazis. En fait, aux termes d’une loi du 15 juillet 1933, ils furent rendus obligatoires. Le ministère de l’Économie avait pouvoir d’organiser de nouveaux cartels ou d’ordonner à des firmes d’adhérer à des cartels déjà existants.

                  Le système des multiples groupements commerciaux organisé sous la République fut maintenu par les nazis, mais la loi fondamentale du 27 février 1934 les réorganisa dans le cadre d’une hiérarchie bien ordonnée et les plaça sous le contrôle de l’État. Toutes les entreprises étaient obligées d’adhérer à ces groupements. A la tête d’une structure incroyablement complexe se trouvait la Chambre Économique du Reich, dont le président était nommé par l’État, et qui contrôlait 7 groupes économiques nationaux, 23 chambres économiques, 100 chambres de l’industrie et du commerce et 70 chambres des métiers.
                  Au milieu de cette organisation labyrinthienne, de cette multitude de bureaux et d’agences du ministère de l’Économie, du Plan de quatre ans et de l’avalanche de décrets et de lois particulières, même l’homme d’affaires le plus avisé était souvent perdu, et il fallait engager des avocats spécialisés pour permettre à une firme de fonctionner. Les pots-de-vin qu’il fallait verser pour trouver le moyen d’approcher les fonctionnaires capables de prendre les décisions dont on avait besoin ou pour tourner les règlements infinis du gouvernement et des associations commerciales, ces pots-de-vin finirent par devenir astronomiques. « C’était devenu une nécessité économique », déclara un homme d’affaires à l’auteur de ces lignes.

                  Pourtant, malgré toutes ces tracasseries, l’homme d’affaires réalisait d’appréciables bénéfices. Les industries lourdes, principales bénéficiaires du réarmement, augmentèrent leur marge bénéficiaire de 2 pour 100, chiffre de l’excellente année de 1926, à 6,5 pour 100 en 1938, la dernière année complète de paix. Même la loi limitant à 6 pour 100 les dividendes ne gênait pas les sociétés. Tout au contraire. Théoriquement, d’après la loi, toute somme supérieure à ce chiffre devait être investie en bons d’État : il n’était pas question de confiscation.

                  En fait, la plupart des firmes réinvestissaient dans leurs propres affaires les bénéfices non distribués, qui s’élevèrent de 175 millions de marks en 1932 à 5 milliards de marks en 1938, année où le total des dépôts dans les banques d’épargnes n’atteignait que 2 milliards, ou moins de la moitié des bénéfices non distribués, et durant laquelle les bénéfices distribués sous la forme de dividendes n’atteignaient que le chiffre de 1 milliard 200 millions de marks. Outre ses plaisants bénéfices, l’homme d’affaires avait tout lieu de se réjouir de la façon dont, sous le régime hitlérien, les ouvriers avaient été remis à leur place. Il n’y avait plus de revendications de salaires déraisonnables. En fait, les salaires se trouvèrent légèrement réduits, malgré une augmentation de 25 pour 100 du coût de la vie. Et, surtout, il n’y avait plus de grèves ruineuses. En fait, il n’y avait plus de grèves du tout. De telles manifestations de désordre étaient interdites dans le Troisième Reich.

                  WILLIAM L. SHIRER
                  Le troisième Reich
                  Des origines à la chute
                   
                  Tome I


                  • Richard Schneider Richard Schneider 7 décembre 2011 20:15

                    @Proudhon :

                    Très riche et très intéressante contribution à l’article de Jeremy.
                    Félicitations - et en plus vous avez eu la très bonne idée de citer William L. Schirer qui est tombé, injustement, dans l’oubli.

                  • Richard Schneider Richard Schneider 7 décembre 2011 20:12

                    @Jeremy :

                    Tout historien sérieux peut attester de la qualité de votre article, dans lequel il n’y aucune trace d’une quelconque apologie du IIIe Reich.
                    Les faits sont les faits, et, comme a dit l’autre, ils sont têtus  !

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