Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Economie > Les taux à zéro : béquilles ultralibérales ?

Les taux à zéro : béquilles ultralibérales ?

Bien sûr, les taux bas ont bien des avantages, dont celui de relancer l’économie, et finalement la réduction du coût de l’argent pour tous. Mais alors que les taux sont au plus bas depuis des décennies, on pourrait presque se demander si les problèmes qu’ils posent ne pourraient pas finir, au final, par dépasser tout ce qu’ils ont pu apporter depuis quelques années.

 

Euphorisants monétaires dangereux et inégalitaires ?
 
Depuis plusieurs années, je défends les politiques d’assouplissement monétaire, le moyen de relancer des économies qui en ont bien besoin, entre forts taux de chômage et pouvoir d’achat en berne. Après tout, la politique monétaire est bien la deuxième arme économique de l’Etat, avec le budget, pour agir et on ne peut pas dire que la conjoncture des dernières années n’impose pas d’utiliser à fond les marges de manœuvre qui existent. Déjà, se pose le problème de l’indépendance des banques centrales dans la plupart des Etats, qui sort du cadre démocratique un des instruments les plus puissants de l’action publique, seul le Japon ayant eu le bon sens de garder la banque centrale dans le périmètre politique. On a toujours un doute sur les motivations de leurs décisions, notamment la BCE.
 
Mais après tout, par leur contribution à la timide, imparfaite et insuffisante reprise économique, on peut considérer que les politiques monétaires des banques centrales bénéficient à tous, favorisant la création d’emplois et un léger mieux global. En allant plus loin, on peut même dire que l’effondrement des taux est une évolution sociale, puisque la chute du coût de l’argent pourrait en partie redistribuer les cartes, en réduisant les revenus du capital, donnant une bouffée d’air à ceux qui empruntent. Mais cette lecture est peut-être un peu idyllique. Déjà, comme sous Alan Greenspan, les banques centrales semblent être les otages des marchés, car, à force de pouvoir les déstabiliser par leurs choix, ne finissent-elles pas par calquer pas leurs politiques sur les désirs des marchés  ?
 
C’est ce qui est troublant avec les records boursiers qui ont suivi les annonces de la Fed ces derniers jours. Plus globalement, certains s’interrogent sur le bilan des politiques de la BCE, même s’il ne faut pas oublier qu’une banque centrale ne peut pas tout quand des pays s’auto-infligent une austérité dévastatrice depuis des années et ouvrent leurs frontières à tout ce qui vient des autres pays. Au final, on peut se demander si ces politiques profitent vraiment à la collectivité. D’abord, malgré l’effet sur les revenus du capital, je serais curieux d’avoir une évaluation complète des bénéfices de l’assouplissement monétaire. Cela ne profite-t-il pas aux actionnaires, en finançant à bas coûts rachats d’action ou fusions et acquisitions rémunératrices. Les principaux bénéficiaires ne sont-ils pas toujours les même ?
 
En outre, difficile de ne pas voir dans la période actuelle une nouvelle énorme bulle financière, dont on peut déjà anticiper qu’elle finira comme les précédentes : un nouveau krach. Tous les indicateurs traditionnels d’un krach se renforcent : profits des multinationales, montant des fusions et acquisitions, inégaités, prix de l’art, et on peut y ajouter les valorisations délirantes de la nouvelle économie, dont certaines dépassent de manière extravagante toute logique économique. Bref, le léger mieux actuel devrait finir par une nouvelle crise et on sait déjà qui paiera les pots cassés une nouvelle fois. Pire, ce léger mieux, ainsi que d’autres raisons sur lesquelles je reviendrai, apporte de l’eau au moulin ultralibéral, limitant la remise en cause des politiques menées depuis pourtant bien trop longtemps.
 

Bien sûr, il reste difficile de s’opposer aux politiques monétaires actuelles car, moins accommodantes, on sait qui en pâtirait, mais finalement, en prenant un peu de recul, on se demande si les bénéficiaires ne sont pas avant tout toujours les mêmes et si les miettes laissées à la majorité des citoyens ne sont pas une façon d’anesthésier quelque peu les velléités de changement.

 


Moyenne des avis sur cet article :  3/5   (4 votes)




Réagissez à l'article

12 réactions à cet article    


  • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 27 septembre 10:29

    Exact, la politique monétaire de la BCE est de plus en plus critiquée, 1140 milliards d’euros pour relancer une économie européenne qui s’enfonce inexorablement dans la déflation...


    L’échec de la BCE à atteindre ses objectifs grâce à sa politique s’explique d’abord par une perte de confiance des agents en la conjoncture économique. La confiance est primordiale.
    • Ainsi, un particulier doit avoir confiance en l’avenir et occuper un emploi stable pour contracter un crédit et dépenser cet argent.
    • Une entreprise doit être confiante en l’avenir et avoir un carnet de commande fourni pour se permettre de prendre le risque de contracter un crédit pour investir et se développer.
    • Et une banque commerciale, elle, doit avoir confiance en la conjoncture économique et en la croissance économique future pour prêter à l’économie réelle. Elle doit de plus avoir confiance dans le marché interbancaire, et se sentir capable d’y recourir pour couvrir le risque de liquidité que lui fait courir n’importe quel prêt. Faute de quoi, elle tend à thésauriser ses liquidités, au lieu de chercher à les prêter.
    Les politiques d’austérité budgétaires dans la zone euro ne font qu’aggraver les choses...
    « La zone euro est condamnée à une stagnation sans fin ... »

    • Armelle 28 septembre 17:33

      @Fifi Brind_acier
      "Et une banque commerciale, elle, doit avoir confiance en la conjoncture économique et en la croissance économique future pour prêter à l’économie réelle. Elle doit de plus avoir confiance dans le marché interbancaire, et se sentir capable d’y recourir pour couvrir le risque de liquidité que lui fait courir n’importe quel prêt.« 

      Ineptie totale Fifi, décidément !!!

      Ce serait exact si »les dépôts faisaient les crédits« or c’est faux, aujourd’hui ce sont »les crédits qui font les dépôts« 
      C’est le jeu des réserves fractionnaires, et il ne s’agit donc que de monnaie scripturale
      Le volume prêté n’a JAMAIS été couvert par l’épargne réelle, la patente dont disposent les banques commerciales leur permet de prêter 99 pour 1 de dépôts !!!

      Mais vous nous parlez de quoi là ???!?!??

      Si par hasard le programme économique de l’UPR se base sur des postulats de cet acabit, je comprends le phénomène »gobi" de ce parti fantasque et fantôme en même temps !!!


    • Daniel Roux Daniel Roux 27 septembre 12:31

      L’auteur se pose, nous pose, des questions sur la conséquence des taux zéro.

      La vraie utilité des taux zéro, est le permis de s’endetter à bon compte pour les états. Imaginer ce que coûte au budget 2100 milliards d’euros à 2% : 42 milliards d’euros, c’est à dire le deuxième poste budgétaire après l’éducation.

      Si ce taux, moyen, de 2% est ramené petit à petit à 1% puis à 0,5%, la dette peut continuer d’augmenter sans que les intérêts augmentent. Là, est l’astuce.

      Il faut bien comprendre que les hommes politiques sont au service des riches actionnaires des multinationales. Les déficits budgétaires, systématique, que la conjoncture soit défavorable ou favorable, ont deux avantages, maintenir les corrompus au pouvoir par le maintien d’une pseudo prospérité, et arroser de subventions et de marchés juteux, les entreprises détenues par les riches actionnaires qui sponsorisent nos élus au plus haut niveau.

      http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/les-boutiquiers-la-dette-et-le-161707

      Imaginez maintenant que les taux remontent.. les intérêts monteront, à 50 milliards, 60 milliards.. C’est impossible et cela conduira à la dénonciation de la dette publique, c’est à dire à l’effondrement du système bancaire, c’est à dire à la ruine de millions de gens par la grâce de la loi du Bail In entrée récemment en vigueur.

      Vous n’avez pas d’argent à la banque, comme vous le croyez, mais une créance sur votre banque. Si la banque fait faillite, vous perdez votre créance, c’est à dire, votre argent.

      Les taux d’intérêt négatif vont avoir un fort impact sur le revenu de vos assurances vies fondés sur les dettes souveraines, les obligations d’état. C’est si évident, que personne, surtout pas votre banquier vous préviendra. Pensez-vous qu’il vous permettra de retirer votre argent à ce moment là, surtout si tout le monde à la même idée...


      • Spartacus Spartacus 28 septembre 09:40

        Ultra-archi-méta-gammma-libérales..


        Qu’ils sont comiques ces anti-libéraux critiquer le libéralisme alors que leurs critiques sont tout sauf du libéralisme...

        Peut être faut il rappeler au souvraino-gauchiste-étatiste-Keynésien
        Que les libéraux prônent une autre politique Monétaire. C’est celle qui consiste a ne pas avoir de politique monétaire interventionniste.

        • JL JL 28 septembre 09:52

          @Spartacus
           

           ne pas avoir de politique monétaire interventionniste c’est ne pas avoir de politique monétaire tout court !
           
           Et ça, c’est pas possible. De fait, une politique monétaire est toujours interventionniste, par définition. Toute la question est de savoir qui dirige cette politique ; et les néolibéraux ne sont opposés qu’aux interventionnismes qui ne sont pas en leur faveur ! Mais il y existe potentiellement autant de politiques monétaires différentes qu’il y a d’intérêts différenciés qui en dépendent. Tout un chacun voyant midi à sa porte voudrait une politique monétaire en sa faveur !
           
           C’est pourquoi on en arrive à cette aporie qui consiste à réclamer une chose impossible, à savoir, une politique monétaire non interventionniste. Autant poursuivre une chimère.
           


        • Spartacus Spartacus 28 septembre 11:20

          @JL
          Mais si c’est possible ! 

          Il suffit de laisser faire l’offre et la demande de la monnaie. Tout simplement.

          Le marché seul détenteur de l’information en temps réel de l’information micro-économique ajuste sa valeur par rapport aux autre monnaies. 

          De laisser la création monétaire se faire par le crédit, sa destruction par les remboursements du crédit. Point.

          On pourrait aller plus loin en la considérant comme un consommable. 
          Démocratiser la monnaie et en utiliser plusieurs dans ses échanges de manière courante....
          Et ne plus laisser le monopole d’émission a des politiciens ou des états.

        • JL JL 28 septembre 11:27

          @Spartacus,

           
           Mais ça ce n’est pas une politique : c’est une absence de politique. 
           
          Vous connaissez l’adage : la mauvaise monnaie chasse la bonne. Bonjour les dégâts.

        • Spartacus Spartacus 28 septembre 12:17

          @JL
          Et bien c’est ça la demande libérale.....

          Pas de politique monétaire....

          La politique monétaire ne consiste qu’a donner une valeur artificielle à la monnaie. C’est le carburant des banquiers et des politiciens, étatistes, Keynésiens....

          Elle permet d’appauvrir les gens sans qu’ils s’en aperçoivent au présent, en handicapant leur avenir.

          Avec la politique monétaire, il y a 2 ans, il fallait 1.25 Franc Suisse pour un €uro. Aujourd’hui il faut à peine un Franc.
          Vous êtes tous moins riches de 20% que les Suisses.

          La politique monétaire est juste un attrape couillons, qui ne comprennent qu’ils le sont.

        • Onecinikiou 29 septembre 08:53

          @Spartacus


          La pensée libérale. Où l’art consommé de reduire le monde et les interactions humaines, les rapports de forces sociaux, qu’à la seule économie.

          Finalement le libéralisme et le marxisme sont les deux faces d’une même pièce, tout aussi réducteurs l’un comme l’autre, tout aussi idéologique et donc potentiellement totalitaire.

        • Spartacus Spartacus 29 septembre 10:32

          @Onecinikiou
          Le totalitarisme c’est « obliger » les autres.....
          Ou avez vous vu que les libéraux « obligent » les autres ?


        • Alainet Alainet 28 septembre 10:52

          - Je cite Herblay : Tous les indicateurs traditionnels d’un krach se renforcent : profits des multinationales, montant des fusions et acquisitions, inégaités, prix de l’art, et on peut y ajouter les valorisations délirantes de la nouvelle économie, dont certaines dépassent de manière extravagante toute logique économique... on se demande si les bénéficiaires ne sont pas avant tout toujours les mêmes et si les miettes laissées à la majorité des citoyens ne sont pas une façon d’anesthésier quelque peu les velléités de changement. (sic)
          - L’Histoire bégaie et le scénario ressemble étrangement au krak de 29, à la faillite de l’Ankstaldcresit en 1931 qui a mené tout droit à le 2e guerre mondiale ( http://lintegral.over-blog.com/-hitler-les-rothschild-et-la-banque-creditanstalt ).
          - Même BFM s’y met, en accusant franchement la création d’1 euro-or ( monnaie de secours au cas où l’€ exploserait ) en gestation, d’être 1 remède à la politique du QE & les taux négatifs menée par le BCE de Draghi : ce qui traduit 1 certaine panique des épargnants...
          http://bfmbusiness.bfmtv.com/observatoire/atterres-par-draghi-des-economistes-allemands-veulent-creer-un-euro-or-1036877.html
          - Meyssan accuse Davos, le bail-in & & la guerre menée contre les épargnants
          https://resistanceauthentique.net/tag/panama-papers/
          Selon un participant de Morgan Stanley, un sujet notable à l’ordre du jour était le besoin d’une « introduction rapide d’une société sans cash, afin de pouvoir introduire des taux d’intérêt sur les dépôts encore plus négatifs en Europe, pour contrebalancer une stagnation peut-être séculaire. » Si la Banque centrale européenne parvenait à réduire l’usage du cash physique, selon JP Morgan, elle pourrait alors faire baisser les taux à -4,5%...« La situation est pire qu’elle ne l’était en 2007. Notre arsenal macroéconomique pour s’attaquer aux faiblesses du système est essentiellement réduit à néant.Les banques européennes, qui ont déjà admis qu’elles avaient 1000 milliards de dollars de créances en souffrance dans leurs bilans, seront particulièrement vulnérables, et devront accepter des abandons de créance importants. Elles sont beaucoup exposées aux marchés émergents, et n’ont probablement pas révélé l’ampleur réelle de leurs créances à risque.Le système bancaire européen devra sans doute être recapitalisé à une échelle inimaginable, et les nouvelles règles de bail-in signifient que tout déposant possédant plus que les 100 000 euros garantis aura à en payer le prix. »
          - Une loi scélérate a été votée cet été avec l’art.21 de la loi Sapin2 , avec menace implicite sur les Assurances-Vie :
          https://resistanceauthentique.net/2016/09/20/le-canard-enchaine-et-dautres-medias-confirment-la-menace-de-confiscation-qui-plane-sur-lassurance-vie/
          « Les conséquences concrètes de cette disposition sont claires : du jour au lendemain, sur demande du gouverneur de la Banque de France, le HCSF pourra vous interdire de procéder à toutes les opérations qui vous sont contractuellement réservées.
          Bref, vos AVOIRS seront irrémédiablement GELÉS et pour une « période de 6 mois renouvelable  » (7°d du texte). Le temps nécessaire pour laisser passer la crise qui menacerait les assureurs si fragilisés par la baisse des obligations et les taux négatifs… Peut-être même vos contrats subiraient-ils une «  ponction » salvatrice pour les assureurs afin d’en éviter la faillite… »
          - J’ai entendu sur France-Info que les 2 grandes banques allemandes avaient décidé de fusionner suite à de graves difficultés financières.
          J’ai lu que
          Une banque coopérative allemande, Raiffeisenbank, a décidé cet été de taxer l’épargne des particuliers dont les avoirs dépassent cent mille euros...
          http://www.rfi.fr/hebdo/20160819-allemagne-raiffeisenbank-banque-allemande-taxe-comptes-clients
           et personne n’ébruite tout ça.. Attention, casse-cou !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès