• mercredi 23 avril 2014
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
  Accueil du site > Actualités > Economie > Les tontines en Afrique : ancêtres du microcrédit
0%
D'accord avec l'article ?
 
100%
(17 votes) Votez cet article

Les tontines en Afrique : ancêtres du microcrédit

Les difficultés d’accès au système bancaire dans de nombreux pays en développement, ont mis en évidence le rôle extrêmement important et toujours croissant que jouent les circuits financiers informels, dont les tontines sont une des composantes essentielles, si ce n’est la plus importante.

Un prêt basé sur la parole donnée

L’idée est simple : un groupe de personnes décide de créer un pot commun où chacun versera la même somme d’argent régulièrement. Cette somme profite à chacun à tour de rôle sous forme d’un prêt sans intérêts donc. C’est donc l’opportunité pour les plus pauvres - qui n’ont pas accès au crédit bancaire - d’acheter un troupeau ou un véhicule par exemple.

Bouman donne en 1977 une définition plus générique (et plus sociale) de la tontine : pour lui les tontines sont des associations regroupant des membres d’un clan, d’une famille, des voisins ou des particuliers, qui décident de mettre en commun des biens ou des services au bénéfice de tout un chacun, et cela à tour de rôle. C’est pourquoi, il incorpora les tontines dans une catégorie plus large qu’il dénomma « associations rotatives d’épargne et de crédit ». L’idée sociale prédominante dans la tontine est donc que l’obligation de rendre est basée sur la morale associée à un groupe aux liens forts : famille, clan... Refuser d’honorer sa dette, c’est prendre le risque de l’exclusion sociale ! En un sens, on peut donc dire que la tontine est un encouragement au travail, puisque le récipiendaire se doit de rembourser.

Un lien social fort

Dans certaines régions d’Afrique, le taux de participation de la population à une tontine est proche de 100 % ! Cet engouement pour les tontines n’est pas seulement le résultat d’un manque d’accès au système bancaire. Ce sont aussi des motivations non financières qui l’expliquent : on y vient pour échanger des idées, communiquer une information, voir du monde, etc. Cela nous montre donc l’importance accordée à la tontine dans la vie sociale. Rien d’étonnant donc, qu’elle ait fait l’objet d’études approfondies, notamment au Cameroun où les femmes arborent un boubou spécial en signe d’appartenance à une tontine spécifique. L’on retient en général la classification de Bruno Bekolo-Ebe, qui donne un aperçu des différentes formes que peuvent prendre les tontines camerounaises, et du comportement d’épargne des agents économiques à l’intérieur de celles-ci.

Origines des tontines

Terminons par le commencement : d’où vient le mot tontine et quelles réalités a-t-il recouvertes dans l’histoire ? Le mot tontine vient de Lorenzo Tonti, banquier napolitain qui proposa ce système à Mazarin au XVIIe siècle. Chaque souscripteur verse une somme dans un fonds et touche les dividendes du capital investi. Quand un souscripteur meurt, sa part est répartie entre les survivants. Le dernier survivant récupère le capital. C’est donc un fonds d’épargne collective, ancêtre de la tontine décrite ci-dessus. Néanmoins, on pense que les premières tontines asiatiques sont apparues dès le IIe siècle après Jésus Christ. En effet, la définition de Bouman ne se résume pas qu’à l’aspect financier. Elle englobe aussi les services et les biens. Ainsi, par exemple en France, autrefois, les paysans avaient l’habitude de travailler ensemble dans le champ de chacun à tour de rôle, ou de réparer ensemble le toit des maisons, l’une après l’autre. Nous sommes donc bien dans la logique de tontine, mais sous une forme non financière.

Des critiques subsistent

Pour finir, il faut savoir que la tontine fait l’objet de nombreuses critiques en Afrique. Critiques de la part des gouvernements qui y voient un frein au développement du pays par la mise en place de financements parallèles. Critiques aussi de la part des banquiers qui y voient une fuite de liquidités. Le véritable reproche économique que l’on puisse faire à ce système, porte sur l’égalité des membres : le premier bénéficiaire profite d’un prêt gratuit immédiat, tandis que le dernier obtient un prêt lorsque tous les autres en auront profité. Ainsi, comme il ne touche pas d’intérêts durant cette attente et comme l’inflation risque d’éroder la cagnotte, l’égalité est rompue.

Mais au fond, n’est-ce pas la volonté d’unir et de tisser des liens sociaux qui est primordiale dans ce système ? Car un lien est déjà une grande richesse en soi !




par raphael57 (son site) lundi 14 janvier 2008 - 6 réactions
0%
D'accord avec l'article ?
 
100%
(17 votes) Votez cet article

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération