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Les vérités de John Kenneth Galbraith

Toute la vie intellectuelle de John Kenneth Galbraith aura été consacrée à vouloir mettre l’économie au service de l’homme, et non le contraire. Il se sera éteint sans voir son rêve se réaliser. Pire, la vision réductrice de l’économie, qu’il a combattue et dénoncée jusque dans les dernières années de sa vie, est plus que jamais triomphante.

Il n’y a pas que l’argent qui compte dans l’analyse de l’économie, rappelait Galbraith dans une entrevue accordée à Harry Kreisler en 1986 (Conversation with John Kenneth Galbraith). Trop souvent on oublie le rôle du pouvoir dans les choix économiques.

N’en déplaise aux orthodoxes du marché comme grand ajusteur de l’économie, au moins la moitié de toute l’économie est planifiée par les grandes corporations qui dominent le marché.

The modern corporation has extensive control over its prices and its costs, and even its ability to control (or at least influence) the tastes of its customer. They even have substantial influence over the sources of their supplies. And even major control over finance and their ability to attract credit.

Richard Lichty. Lecture from John K. Galbraith, "Power and the Useful Economist" (note pour le cours Radical Economics).

Un des piliers de la théorie économique dite néoclassique veut que seule la recherche du profit motive les décisions prises par ces « agents économiques » que sont les grandes corporations.

Il y a quelque chose de totalement absurde à prétendre que d’un côté, les gouvernements peuvent prendre des décisions « politiques » nuisibles au développement économique, mais que de l’autre les grandes corporations prennent des décisions « purement économiques » bénéfiques en soi.

Il y a quelque chose d’encore plus absurde à ne pas reconnaître l’influence énorme des grandes corporations sur les mêmes décisions « politiques » des gouvernements qui, curieusement, sont favorables à leur croissance.

Les grandes corporations ont des problèmes temporaires qui les empêchent de réaliser des profits, voire qui pourraient signifier à terme la faillite. Qu’à cela ne tienne. Les États volent à leur secours. Même l’aide internationale au développement est, en fait, une aide aux grandes corporations qui étendent leur influence dans le monde.

Dans son dernier ouvrage, Galbraith s’en prend à la « novlangue » des économistes et idéologues de tout crin, qui ont rebaptisé économie de marché ce qui est en fait capitalisme.

Galbraith dénonce aussi l’incroyable pouvoir des actuels dirigeants des grandes corporations. Aux États-Unis, ce pouvoir est doublé d’une interpénétration incestueuse entre l’administration publique et ces puissantes administrations privées qu’elles sont devenues.

Toute sa vie, Galbraith aura dénoncé ces « mensonges de l’économie » qui font croire que la consommation est l’arme absolue des individus contre les abus de pouvoir des grandes entreprises, qui faussent le jeu en leur faveur.

À son honneur, il pourra revendiquer de ne pas faire partie du panthéon de ces gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles.

Au moins n’aura-t-il pas vendu son âme d’économiste pour un plat de mathématiques.

NDLR : En hommage au décès de Galbraith, nous publions également ce jour un deuxième article


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7 réactions à cet article    


  • Carlo Revelli Carlo Revelli 2 mai 2006 12:36

    S’il y a un économiste qui m’a véritablement impressionné pendant ma jeunesse, c’est bien John Kenneth Galbraith surtout pour son charisme et sa modestie même si je ne partage pas toutes ses positions. Dés les temps du lycée j’étais très intrigué par son idée de technostructure selon laquelle "les individus qui prennent effectivement les décisions des entreprises n’appartiennent plus à la classe des détenteurs de capitaux mais à une catégorie nouvelle, qui se distingue et s’impose par ses connaissances technologiques et organisationnelles". Il s’agit là d’un concept assez révolutionnaire pour le milieu des années... ’60 !

    Mais Galbraith m’a aussi marqué pour son incroyable gentillesse et disponibilité. En 1991, j’avais à peine 22 ans, je décide de lui écrire par fax directement à Harvard pour avoir des conseils sur mon mémoire de fin d’études. Avec mon grand étonnement, il me répond directement quelques jours plus tard. Nous échangeons un peu et puis j’apprends qu’il allait venir en Italie pour une conférence. C’était en Toscane. Je décide de prendre le train et de m’y rendre sans hésiter. Dans ma naïveté je pensais que j’aurais pu l’approcher facilement et discuter avec lui. C’était sans compter avec un horde de journalistes, photographes, industriels, cadres, étudiants et simple curieux comme moi.

    Impossible de l’approcher avant le début de la conférence. Et vu que de plus en plus de personnes affluaient, j’ai vite compris que je n’aurais aucune chance de l’approcher même à la fin.... Mais soudainement, pendant qu’un autre conférencier prend la parole je vois qu’il se lève, s’éloigne du parloir et se dirige vers les toilettes pour une petite pause... Je ne sais pas ce qui m’a pris mais après avoir attendu quelques secondes, je le suis et je rentre aussi dans les toilettes. Il est train de se laver les mains. Très embarrassé, je cafouille quelques phrases avec un anglais fort approximatif pour me présenter. Il a l’air de se souvenir de nos échanges par fax. J’en profite pour lui remettre un document avec une théorie farfelue que j’avais élaboré après avoir lu son roman « A tenured professor ». Il prend mon manuscrit, me remercie et me signe un autographe sur son livre que j’avais avec moi. Et puis nous sortons ensemble tous les deux des toilettes... Scène surréaliste que je n’oublierais jamais et qui a du le déstabiliser un peu... En effet, en signant le livre il se trompe d’un an (1990 au lieu de 1991)... smiley

    Pour lui rendre un petit hommage, grâce aux superbes nouvelles archives de l’INA j’ai pu découvrir un débat passionnant dans le cadre de la célèbre émission Apostrophe (Bernard Pivot) de 1982 entre Galbraith et Raymond Aron (cliquer sur la première vidéo, ensuite sur l’image à droite et attendre un peu... nécessite quicktime).


    • Scipion (---.---.56.95) 2 mai 2006 12:36

      Et puis, concrètement, ce pur héros, il aura servi à quoi ?

      A rien du tout, si j’en crois les deux derniers tiers du chapeau : « Il se sera éteint sans voir son rêve se réaliser. Pire, la vision réductrice de l’économie, qu’il a combattue et dénoncée jusque dans les dernières années de sa vie, est plus que jamais triomphante. »

      Il n’y a peut-être que ça de définitivement triste dans la vie, les moulins qui survivent (toujours) à Don Quichotte... Parce qu’il est vraisemblable, qu’avec son intelligence, ce Galbraith aurait certainement pu être utile à son pays et à ses semblables...


      • Michel Monette 2 mai 2006 12:47

        Ma formation d’historien m’a appris qu’il ne faut jamais se fier au court terme. L’effet balancier fera bien redécouvrir les vérités de Galbraith, ainsi que de John Maynard Keynes d’ailleurs.

        Merci Carlo pour votre témoignage. Galbraith, malgré toute l’humanité qu’il dégageait, devait en effet passablement impressionner.


      • Ludovic Charpentier (---.---.68.98) 2 mai 2006 13:11

        Galbraith était surtout un critique de la spéculation déraisonnée à laquelle il attribuait la responsabilité de plusieurs krachs financiers, dont le célèbre krach de Wall Street de 1929... Je connais surtout son livre « Brève histoire de l’euphorie financière », une enquête sur la plupart des grandes spéculations (de la tulipe néerlandaise du XVIIe siècle au dernier krach de 1986). Le problème de Galbraith, c’est qu’il dégageait le sentiment de délivrer pas mal d’évidences sur le risque de la spéculation... sans être entendu.


        • herbe (---.---.145.177) 2 mai 2006 19:41

          Merci pour cet article ! Qui rétablit un certain équilibre à mon sens... Et attendons l’effet balancier...


          • éric (---.---.36.99) 2 mai 2006 20:21

            « Trop souvent on oublie le rôle du pouvoir dans les choix économiques. »

            Un des élements que je dénonce dans mon ouvrage :

            Qui veut détruire la classe moyenne ?


            • www ;jean-brice.fr (---.---.21.6) 3 mai 2006 17:15

              GALBRAITH est certainement de tous les économistes américains le plus humain ; néammoins, comme tous les économistes américains, il n’a jamais voulu reconnaitre la RESPONSABILITE DES ANGLO-SAXONS DANS LA CRISE DE 1929 : seul, RUEFF en a fait la démonstration irréfutable ...

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