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Accueil du site > Actualités > Economie > Libéralisme, crise financiére et transparence comptable

Libéralisme, crise financiére et transparence comptable

La plupart des auteurs libéraux l’ont écrit depuis longtemps : Pour que le libéralisme fonctionne il faut qu’il y ait responsabilité des investisseurs. Et pour qu’il y ait responsabilité il faut que l’information et notamment l’information comptable soit disponible de façon transparente. Alors que cette info comptable avait été sous les projecteurs lors de la crise ENRON, peu de choses ont changé. Et c’est un vrai problème. 

Pour bien comprendre, il faut savoir qu’une compta sert deux buts :

  • Aider à la prise de décision en interne : Est-il judicieux d’embaucher maintenant ? Doit-on faire un investissement important ? L’examen de la situation comptable permet d’apporter des réponses à ces questions que le seul examen de la trésorerie disponible ne permet pas d’apporter sérieusement. Et oui ! Ce que découvre rapidement un chef d’entreprise, c’est que si il a accès seulement à l’état de ses comptes en banques, dès que son entreprise grossit, il n’est plus capable de savoir si il gagne ou perd de l’argent. La compta c’est donc essentiel. 
  • Aider à la prise de décision externe : Votre bilan permet au FISC de savoir combien vous devez payer d’impôts mais il permet aussi à votre banque de décider si il est raisonable de vous faire crédit ou non. Cela permet à vos actionnaires ou investisseurs potentiels de savoir si ça vaut le coup d’investir chez vous. Et à vos clients de savoir si vous êtes une boite solide et digne de confiance.
Quand on vient d’énoncer à quoi sert une compta, on se rend bien compte que pour que le système fonctionne il est impératif qu’elle soit exacte. 

Or, la réalité est souvent plus floue que les chiffres. Et donc le droit permet certaines libertés quant à la tenue d’une comptabilité. Cela partait à la base d’un bon sentiment. Mais même les libertés les plus simples et consensuelles (je ne parle pas de techniques à la ENRON) peuvent être utilisées de façon discutable. Voici justement quelques techniques comptables simples :
  • La provision : A la base, l’idée c’est que vous avez une crasse qui vous arrive. Par exemple, un de vos clients fait faillite. A priori, il ne vous paiera pas. Mais pour l’instant vous avez facturé le boulot réalisé pour lui. Si vous ne voulez pas être indûment bénéficiaire, vous devez mettre une provision pour perte qui déclarera que vraisemblablement votre client est en faillite. Si au final le client réssuscite et vous paie, vous réintégrerez la provision dans votre bilan l’année suivante, sinon la perte sera consommée. Mais bien sûr vous pouvez faire des provisions pour dépréciation d’actifs (voir plus loin), ou pour toute une variété de motifs. 
  • L’amortissement : Vous achetez un bien durable (par exemple un avion pour une compagnie aérienne). Cet avion vous coûte 30 millions de dollars. Mais il doit vous durer 30 ans. L’amortissement vous permet de refléter ça dans votre compta. Plutôt que d’avoir une charge l’année d’achat de l’avion (et sûrement une année très déficitaire) et de gros bénéfices les années suivantes, vous lissez sur 30 ans l’achat de votre avion. En soit c’est logique. Sauf que la valeur résiduelle de votre avion au bout de 10 ans n’est probablement pas de 20 millions de dollars comme pourrait le laisser penser votre fonction d’amortissement.
  • La dépréciation d’actifs : Celle-là est mignone. Vous avez acheté un gros stock de cuivre qui vaut 10$ la tonne. Et là, l’année suivante il n’en vaut que 5$. Cela dit vous avez payé ce cuivre. Mais vous pouvez passer une dépréciation d’actifs disant que vous avez perdu la moitié de la valeur de votre cuivre (du moins celui qui était encore stocké). Sauf qu’au final soit le prix de vente de votre produit fini est complétement indexé sur le cours de la matière première et votre provision est neutre, soit ce n’est pas le cas. Et si ce n’est pas le cas, votre provision va diminuer votre résultat comptable alors que vous n’avez pas perdu d’argent. La manip inverse peut arriver si votre cuivre s’apprécie, votre bilan se trouve amélioré. On reviendra bientot sur la dépréciation ou l’appréciation d’actifs. 
Il existe d’autres manipulations mais ces 3 manipulations légales sont suffisantes pour vous montrer le principe. Bien sûr tout cela est encadré par la loi et vous ne pouvez pas faire n’importe quoi. Mais mine de rien, un bon comptable va parvenir tout en vous maintenant dans la légalité à modifier pas mal le résultat comptable dans le sens demandé. Mais il y a quelque chose qui préserve de tous les abus, ce sont les intérêts antagonistes vis-à-vis des partenaires extérieurs. Si l’entrepreneur peut être tenté de diminuer son résultat pour payer moins d’impôts, il sera dissuadé de le faire car cela pourrait compliquer ses relations avec sa banque (boite jugée peu fiable financièrement) ou avec ses clients. Donc l’entrepreneur est obligé de trouver un équilibre entre les deux. 

Mais revenons aux dépréciations et appréciations d’actifs. Cela revient souvent à faire entrer au bilan des entreprises des sommes "virtuelles". Pourquoi ? Parce que ce qui n’est pas vendu n’est pas perdu (le cours de l’actif peut remonter) et inversement ce qui n’est pas vendu n’est pas gagné (dans le cas d’une appréciation). Prenons maintenant nos banques. Pendant toute la bulle, elles ont pu à loisir déclarer que leurs actifs (immobillier, actions, titres) s’appréciaient. Ce qui a créé un bénéfice illusoire. Ce même bénéfice est ensuite déprécié lors de la crise des subprimes. Mais tout cela n’est que virtuel. (Sauf dans certains cas ou il devient évident que tel actif est mort). Et ce qui est gênant c’est que comme les investisseurs se basent sur ce virtuel pour prendre des décisions, la bourse ressemble à une montagne russe là où elle aurait dû monter moins haut (car une bonne partie des profits n’existaient pas) et chuter moins fort. (Parce qu’on a perdu de l’argent qui n’avait jamais été gagné). 

Il est donc évident que la non transparence de l’information est un obstacle au bon fonctionnement du système libéral et qu’il faut trouver un remède à ce problème épineux. Cela permettra aux investisseurs d’avoir une information beaucoup plus objective sur leur niveau de risque et au système de mieux fonctionner. 

Et il parait alors évident que des outils comme la titrisation poseront largement moins de risques. 

Bien sûr améliorer l’informaiton comptable est un problème complexe, affaire de spécialistes (que je ne suis pas). Mais c’est aussi le chantier qui devrait être mis en priorité lors des conférences internationales type G20. Car si l’on veut le libéralisme et le libre-échange, alors il faut une information irréprochable. Sans cela, des catastrophes analogues à celles que nous venons de connaitre se reproduiront. Et cette reproduction risque de ne pas attendre longtemps. Beaucoup de grosses entreprises américaines fortement endettées sont passées maitres dans l’art de la compta funky. Sauf que si la crise financière emporte ces boites, on va encore voir des foules de gens complétement hallucinés que de tels mastodontes jugés insubmersibles fassent faillite. Une bonne information comptable leur aurait fait faire faillite bien plus tôt. Mais aurait surtout évité que des gens leur prêtent de l’argent et partagent ainsi leur funeste destin. 


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21 réactions à cet article    


  • Mescalina Mescalina 25 novembre 2008 11:35

    Bon article qui rappelle une nécessité. La loi SOX qui a fait suite à Enron a montré sa lourdeur et son insuffisance. Trop compliquée, et finalement pas assez homogène.

    Comment avons nous pu rester si longtemps, dans une économie mondialisée et dans laquelle les flux sautent les frontières comme le cheval ses obstacles, sans une révolution comptable internationale ????

    Les IAS et autres IFRS n’ont été qu’un pas timide, une avancée dans la présentation des états financiers, et on sait aussi ce que la "fair value" a pu produire...

    Avez vous déjà vu la différence entre un bilan français et un bilan anglais ??? Il faut une vraie expertise pour s’y retrouver, et je ne parle même pas de la langue !

    IL FAUT UNE HARMONISATION INTERNATIONALES DES ETATS FINANCIERS, DES BILANS ET DES P&L.

    N’importe quel analyste lambda ou amateur ayant fait un peu de finance devrait pouvoir comprendre le bilan d’une société Norvégienne comme celui d’une société française.

    Il suffit juste d’un site internet reprenant les versions en différentes langues, sous une même présentation, un mémento internationale reprenant toutes les règles, les mêmes pour tous, dans toutes les langues, ce serait un grand pas pour une meilleure compréhension du système, et rendrait quasi impossible les magouilles et autres tartufferies qui se complaisent dans des systèmes et des règles (volontairement ?) obscures.


    • Marc Bruxman 25 novembre 2008 12:28

      Effectivement Sarabanes Oxley n’a rien réglé et a au contraire compliqué les choses. Et je vous suit dans le sens ou une harmonisation internationale des bilans est non seulement souhaitable mais nécéssaire pour que la mondialisation se passe dans de bonnes conditions. 

      Parce que sinon, essayez de lire le bilan d’une boite cotée à la bourse de shanghai vous allez pleurer ;) Et donc vous investissez en aveugle ou pire en croyant solide quelque chose qui repose sur du sable. 

      Cela dit, il y a des signes qui ne trompent pas : Une boite qui a un résultat d’exploitation négatif mais fait des profits par d’autres méthodes est généralement louche. Une boite qui vit uniquement d’un résultat financier est également louche et risquée. A moins bien sur que ce soit d’une boite de finance dont l’on parle. 

      Mais si l’on parle d’une boite industrielle ou d’une boite de service, ce sont les produits qui doivent driver les profits. C’est le cas pour une boite comme Apple dont les produits cartonnent au niveau des ventes. Ce n’était pas le cas de GM ou même quand ils fesaient des bénéfices c’était la branche de crédit qui faisait vivre la boite. 


    • JPC45 25 novembre 2008 12:58

      Je n’ai pas bien compris ou vous voulez aller dans votre article. Il y a toujours une part d’appréciation pour l’évaluation de certains éléments (une provision par exemple).

      De plus, l’harmonisation comptable actuelle (IFRS) se fait avec une vision anglo saxonne des choses, chose qui avec de notions comme la fair value, rend les comptes très volatiles et très artificiel : comment évaluer un actif lorsqu’il n’y a plus d’acheteur ?


    • Mescalina Mescalina 25 novembre 2008 17:18

      MAX : je rajouterai que les anglo-saxons ont une vraie culture "cash", une approche dynamique du bilan, qu’ils drivent pour la plupart comme leurs P&L. Ce qui n’est pas le cas en France, où le bilan est considéré à tort comme un état figé qu’on se coltine pour faire plaisir aux CAC.

      +10 % de CA est une chose, la capacité de financer ces 10% en est une autre. Arrétons de ne parler QUE de marges et de croissance du CA, c’est totalement insuffisant et dangereux pour l’économie.

      Il y a VRAIMENT du taf à faire à ce niveau, mais je tends à penser que nos responsables se satisfont assez du flou actuel.

       


    • S2ndreal 25 novembre 2008 11:38

      D’accord avec vous à un détail près. La catastrophe n’est pas terminée.


      • zelectron zelectron 25 novembre 2008 11:39

        La comptabilité ? un des arts(artifices) du mensonge légal !


        • Bernard Dugué Bernard Dugué 25 novembre 2008 11:47

          Intéressante mise au point

          C’est vrai que c’est étrange, ces comptabilités par très fiables alors que dès qu’un industriel met sur le marché un produit dont la composition est approximative, la direction des fraudes et l’UFC lui tombent dessus


          • Marc Bruxman 25 novembre 2008 12:20

            Je crois malheureusement que cela arrange beaucoup de politiques car ils savent très bien que sans cela, beaucoup de groupes industriels occidentaux se seraient déja éffondrés. 

            Dans beaucoup de grands comptes, le profit n’est plus issu de l’activité, il est purement financier ou pire comptable. (Et souvent un mélange des deux vu que dès que l’on parle de finance on peut apprécier et déprécier des actifs à tire-larigot). Que ce soit General Motors, General Electric et la plupart des vieux conglomérats industriels tout est aujourd’hui faux. Car la plupart de ces vieilles boites font 70% de leur profit via leur filliale spécialisée dans la finance. C’est ainsi que GM vendait des voitures à pertes pour se rattrapper sur les leasing. Mais le jour ou le cours de l’essence ont trop montés les gens ont ramenés les 4x4 qu’ils leasaient et la comme par miracle on s’est pris une dépréciation d’actifs sur le parc de 4x4 qui appartenait toujours à GM. 

            Et l’on ferme les yeux bien sur parce que ces vieilles boites ont encore beaucoup d’emplois chez nous. Et que politiquement la fraude était largement préférable aux réformes qu’il fallait faire pour remettre nos économies à flot et en compétition. Alors on a investit dans la manipulation de compte avec la bénédiction des régulateurs, espérant ainsi sauver une illusion de retraite et de douce vie pour les baby boomers. Le réveil risque d’être très difficile. Et faire les réformes dans ces conditions va être encore plus difficile. 



          • fhefhe fhefhe 25 novembre 2008 12:23

            Il fût un Temps ou le Chef Comptable était l’Oreille du Chef d’Entreprise....maintenant c’est le Directeur Financier voir le DAF " Directeur Administraif et Financier ".
            La différence est énorme !!!!!!
            Et que dire des "Commissaires Aux Comptes " ....
            Des cabinets d’Audits .....( Cf "Feu" Arthur Andersen et Enron )
            La comptabilité est et restera "un jeu d’écriture" avec des régles permettant de Gagner comme on le souhaite et surtout en Toute légalité .


            • geko 25 novembre 2008 14:16

              Il est de notoriété publique qu’on paie un expert comptable non pour écrire des lignes et donner des comptes équilibrés mais d’abord pour optimiser sa fiscalité !

              Je peux me tromper mais je pense que les grands groupes négocient les impôts avec les pouvoirs publics en "sous-main" ! Etant donnés qu’ils pratiquent allègrement le dumping social il n’y a pas de raison qu’ils ne mettent pas en oeuvre le dumping fiscal ! 

              Question ! Si les résultats (même consolidés) d’une entreprise sont principalement le fruit de placements financiés, l’entreprise n’a-t-elle pas obligation légale de changer de raison sociale ?


              • Forest Ent Forest Ent 25 novembre 2008 18:23

                On a déjà eu cette discussion.

                Le but de la compta est simplement de rendre compte du circuit du pognon. Ca n’a rien à voir avec la gestion ni la prise de décision. Faire de la compta un outil d’évaluation de la valeur d’une boîte est une absurdité. C’est un vague indicateur, que l’on ne peut utiliser que quand on sait précisément comment il est fabriqué.

                Si un actionnaire veut savoir combien vaut sa boîte, il faut qu’il aille voir dans le détail. S’il se contente de toucher des jetons de présence au CA, qu’il ne se plaigne pas de se faire entuber.

                Quand aux "petits actionnaires", ils font un placement très spéculatif à leurs risques et périls sans info ni moyen de contrôle. Sinon, ils prennent des obligations.

                Trop de gens en général et sur AV mélangent compta et gestion. C’est la profession des auditeurs qui a poussé à ça pour améliorer ses marges en faisant croire qu’elle pouvait tirer quelque chose d’intelligent de ses tableaux. C’est une illusion.

                Réagir à Enron en renforçant le rôle des commissaires revenait à nommer le gangster gardien de la banque. La seule solution, c’est de mettre en taule les administrateurs nommés qui n’ont pas fait leur boulot.


                • iris 25 novembre 2008 19:32

                  treès exact forest-
                  en étant actionnaire mème dans une petite boite il faut voir le détail des comptes-ce n’est pas facile-
                  et l’expert ciomptable et le comissaire au compte sont payé s par leur client !! et dans les sarl il n’ya pas de commmissaire aux comptes !!
                  et par les temps qui courent les clents se font rares alors si on leur demandent des trucs pas très normaux ou tarbiscotés ils le font-ce ne sont pas eux qui signent les déclarations fiscales !!
                  de toutes façon on peut arranger les comptes et les résultats de multiples façons-et les controles fiscaux ne sont font pas tous les ans !! on peut prendre des risques !!en connaissance de cause-
                  la bdf et les banques controlent un peu mais pas tout-


                  • JPC45 25 novembre 2008 21:21

                    actionnaire d’une SARL : c’est nouveau ?...

                    De mémoire les sociétés avec actions ont obligatoirement un CAC


                  • Marc Bruxman 25 novembre 2008 23:53

                    actionnaire d’une SARL : c’est nouveau ?...

                    De mémoire les sociétés avec actions ont obligatoirement un CAC


                    Non ce n’est pas nouveau. La seule différence entre une boite cotée en bourse et une SARL c’est que pour une boite cotée l’échange d’action est liquide (il se fait sur les marchés) alors que pour une SARL l’échange d’action nécéssite un acte écrit entre le vendeur et l’acheteur. Mais vous pouvez acheter ou revendre des parts dans une SARL comme bon vous semble moyennant ces contraintes. 

                    Cela dit ce genre de commentaires est triste et cela prouve combien l’école ne fait pas son boulot en matière d’économie. 


                  • JPC45 26 novembre 2008 06:41

                    Pour une Sarl, on parle comme vous le dites de part et non d’action : donc être actionnaire d’une SARL ce n’est pas possible, par définition ! car être actionnaire d’une entreprise et e^tre associé d’une SARL, ce n’est pas la même chose :la différence ne se situe pas seulement sur la liquidité ou non mais sur l’esprit du principe.


                  • finael finael 25 novembre 2008 21:18

                    "Transparence comptable" ne serait-ce pas un oxymore ?


                    • timiota 25 novembre 2008 23:59

                      Le compte d’exploitation n’est pas partie prenante de la compta accessible de dehors, n’est-ce pas ?
                      (ou je me trompe ?)


                      • Marc Bruxman 26 novembre 2008 00:17


                        Le but de la compta est simplement de rendre compte du circuit du pognon. Ca n’a rien à voir avec la gestion ni la prise de décision. Faire de la compta un outil d’évaluation de la valeur d’une boîte est une absurdité.

                        C’est un outil parmis d’autres, ce n’est pas le seul. Le goodwill est généralement évalué séparément et c’est plus ou moins une évaluation humaine. L’étude concurentielle est également importante. Bref plein d’autres choses. 

                        Mais la compta est censé permettre d’évaluer un truc important : la solvabilité. Et c’est quand même important que cet indicateur la soit fiable. 

                        C’est un vague indicateur, que l’on ne peut utiliser que quand on sait précisément comment il est fabriqué.

                        Oui c’est vrai qu’il faut déja connaitre la compta pour s’en servir ce que 99% des gens (moi compris) n’ont pas cette connaissance. 

                        Par contre, pour un usage interne, si votre système comptable peut vous aider à prendre certaines décisions et il le peut d’autant mieux que vous avez le comptable sous la main. Par usage interne, j’entends savoir si il faut réduire les coûts en urgence, si au contraire on a de la marge pour investir dans la R&D. Bref, savoir ou on se situe d’un strict point de vue financier. C’est mine de rien super important. 

                        Et pour un usage externe, ca m’est déja arrivé de montrer des bilans à des connaissances qui sont comptables pour avoir un avis rapide. Et ils peuvent généralement pointer quand ils voient des trucs qui leurs paraissent pas très orthodoxes. Etant bien entendu que ce n’est qu’une partie de la vision d’une boite.. 

                        Si un actionnaire veut savoir combien vaut sa boîte, il faut qu’il aille voir dans le détail. S’il se contente de toucher des jetons de présence au CA, qu’il ne se plaigne pas de se faire entuber.

                        Oui mais ca c’est parce qu’il y a plein de choses qui ne sont pas et ne seront jamais dans les chiffres. Par exemple, l’image de marque auprès des clients, le savoir faire du bureau d’études. 

                        Et surtout, pour valoriser une boite, il faut connaitre la concurrence. Vous pouvez être super rentable, si le concurrent sort un produit killer dans 3 mois votre rentabilité va souffrir et vous pouvez même être mis hors marché. Ce point la est particuliérement important dans mon secteur ou tout change tellement vite que le résultat purement comptable d’une boite a finalement peu d’importance tant qu’elle reste solvable à court terme. 

                        Quand aux "petits actionnaires", ils font un placement très spéculatif à leurs risques et périls sans info ni moyen de contrôle. Sinon, ils prennent des obligations.

                        Encore que, y’en a qui ont des obligations GM dans leur portefeuille qui risquent de couiner sévére prochainement. Une sodomie je vous dit ! A sec ! Avec gravillers !

                        Et pour les petits actionnaires je ne répéterai jamais assez ici qu’il faut investir dans un secteur que l’on connait. J’investis uniquement dans le secteur tech parce que je connais les boites et le marché et ca m’évite des déconvenues trop violentes. (Je perds aussi des fois comme tout le monde). Par contre je n’ai jamais touché aux matières premiéres même quand c’était tentant parce que c’est un coup à se faire ramoner le conduit. Et il faut aussi toujours rappeler, pas vendu, pas perdu ! (Par exemple je n’ai pas vendu mes actions Google et je ne considére pas encore avoir perdu de la thune avec, je pense même fortement que ca va remonter). Et dans tous les cas, même quand on connait bien un secteur d’activité, on peut se planter (J’ai un mauvais souvenir d’une action Mandriva après un tuyeau foireux) . Donc beware ! (Et n’oubliez pas de prendre réguliérement vos bénéfices quand ca monte même si votre stratégie est à long terme). 

                        Trop de gens en général et sur AV mélangent compta et gestion. C’est la profession des auditeurs qui a poussé à ça pour améliorer ses marges en faisant croire qu’elle pouvait tirer quelque chose d’intelligent de ses tableaux. C’est une illusion.

                        Je ne mélanges pas, la compta est un outil de gestion mais ce n’est pas le seul. Et il ne se suffit pas à lui tout seul. 

                        Réagir à Enron en renforçant le rôle des commissaires revenait à nommer le gangster gardien de la banque.

                        Je pensais plutot à réglementer plus strictement l’usage des appréciations et dépréciations d’actifs dans un bilan bref, plus à des changements sur la façon de présenter les bilans qui tendraient à diminuer les magouilles possibles. 

                        La seule solution, c’est de mettre en taule les administrateurs nommés qui n’ont pas fait leur boulot.

                        Oui mais je ne suis pas sur qu’ils y soient pour grand chose. Dans une grosse structure, les administrateurs sont parfois plus les pions de leur administration que l’inverse. Et c’est d’ailleurs souvent le problème. Et c’est aussi pour ca que souvent les grosses PME sont plus efficaces parce que leurs administrateurs savent alors ce qui se passe. 


                        • Forest Ent Forest Ent 26 novembre 2008 00:31

                          @ Marc

                          Dans l’ensemble d’accord avec tout cela. Une remarque quand même là-dessus :

                          Je pensais plutot à réglementer plus strictement l’usage des appréciations et dépréciations d’actifs dans un bilan bref, plus à des changements sur la façon de présenter les bilans qui tendraient à diminuer les magouilles possibles.

                          C’est déjà un vice d’imaginer que la comptabilité puisse donner la "valeur" d’un bien. Ce n’est pas son rôle. Que l’on puisse dans certains cas provisionner des pertes latentes, ok, en mark-to-market quand un marché réel existe, passe encore, mais il ne faut pas mélanger les métiers. L’IAS fait faire des FFT à des additionneurs. Ca ne sert à rien. Disons au mieux que c’est un indicateur encore plus subjectif que les autres.

                          A part ça, tu trouves toujours que le composite nasdaq évolue mieux que le dj industriel ?


                        • Marc Bruxman 26 novembre 2008 11:39


                          A part ça, tu trouves toujours que le composite nasdaq évolue mieux que le dj industriel ?

                          Dans le cours des actions non. Mais c’est étrange car on ne constate toujours pas de vrai ralentissement dans le secteur tech. Les produits continuent de bien se vendrent voir très bien se vendre. Et quand je compare aux secteurs plus touchés comme le batiment ou l’industrie automobile, je trouve le décalage entre la situation réelle et les cours suprenante. Je pense que cela vient du vieux réflexe des invests à se délester de tout ce qui est tech au début d’une crise parce que c’était traditionellement plus touché que le reste. Mais cela ne semble pas vrai cette fois ci. Cela pourrait bien se corriger par la suite. 

                          La seule inconnue c’est finalement le plan de relance artificiel qui sera fait aux US pour sauver l’industrie, mais en l’abscence de ca, je ne donne pas cher du Dow car l’industrie automobile n’est pas la seule à être fortement dans la merde aux USA. 



                        • S2ndreal 26 novembre 2008 00:50

                          @ l’auteur,

                          Je garde de votre article une notion : la comptabilité a une dimension subjective. Puisqu’il est possible d’augmenter ou de diminuer ses bénéfices selon que l’on s’adresse à une banque ou au fisc. Il est possible d’attribuer la même somme d’argent à plusieurs postes. C’est toutes les fois légal. Il est aussi possible d’avoir plusieurs normes comptables. Le fait de pleurer à essayer de lire la comptabilité d’une boîte chinoise va dans ce sens. Votre limitation des achats aux domaines que vous connaissez bien montre une comptabilité spécifique à chaque domaine. Cela me donne l’idée d’une subjectivité de la comptabilité.

                          Cette subjectivité ouvre de très grosses perspectives. Elle vont de la possibilité de trafiquer les comptes selon la situation et l’honnêteté du comptable, à l’expression d’écoles de pensées différentes. L’adoption d’une norme unique devient le triomphe d’une puissance sur les autres. L’idée de la nature rationnelle de la finance en souffre. J’en reste rêveur.

                          P. S. : Je ne suis pas comptable.

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