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Accueil du site > Actualités > Economie > LME : la grande distribution plutôt que les producteurs

LME : la grande distribution plutôt que les producteurs

Un mot d’abord sur le titre de cette loi qui doit venir en discussion devant l’Assemblée nationale ces jours-ci et qui réglemente les rapports entre producteurs et distributeurs : LME, loi de modernisation de l’Economie ce qui sous-entend que notre économie n’est pas moderne d’abord et surtout que le gouvernement a le pouvoir de la rendre moderne ! Canalblog046Comme si la croissance se décrétait et comme si nous n’assistions pas tous les jours au déni justement de la puissance politique sur l’économique ! Un peu de modestie, Messieurs, ce que vous allez mettre en place n’est qu’un énième déplacement de curseur dans les rapports difficiles entre les producteurs et la grande distribution.

Suivant les époques, les descentes dans la rue des producteurs (petits de préférence) ou l’intérêt des gouvernements pour maîtriser la hausse des prix, on a favorisé historiquement la grande distribution, puis le producteur (toujours petit) contre la grande distribution devenue prédateur, et aujourd’hui à nouveau la grande distribution qui devrait pouvoir intégrer désormais les marges arrière dans le calcul de ses prix. Entre-temps, nos politiques ont créé la limitation des possibilités de création de nouvelles grandes surfaces et son corollaire la disparition des centres-villes et l’enlaidissement des entrées de villes, et entériné les fameuses marges arrière qui ne sont qu’un moyen abusif de "tirer les prix" accordés aux producteurs.

Une erreur dans le débat médiatique qui reprend l’affirmation de M. Leclerc selon laquelle la grande distribution ne pourrait pas discuter des prix avec ses fournisseurs et qu’elle exige donc de pouvoir le faire. Ce ne sont pas les prix qu’elle ne peut pas discuter, mais les tarifs officiels (une obligation légale, me semble-t-il ?). Elle discute par contre parfaitement le montant des remises sur ces prix tarifs ou encore les prix nets si la discussion commerciale se passe sur des prix nets. C’est donc un abus de langage d’affirmer que la grande distribution ne peut arriver à négocier les prix que lui font les producteurs et tous ceux qui ont eu affaire à ses acheteurs ne démentiront pas.

La loi LME est donc prévu permettre à la grande distribution de rediscuter âprement les tarifs de base avec les producteurs ce qui effectivement devrait permettre d’abaisser les prix d’achat et donc de vente. Par contre, l’intégration des marges arrière se traduira, via une bataille de prix plus active, par une diminution des marges et par contrecoup par une diminution des frais et des effectifs. Heureusement le départ des baby-boomers va permettre d’absorber ces diminutions d’effectifs tout en poursuivant la diminution du taux de chômage.

Les producteurs par contre espéraient qu’ils pourraient obtenir une contrepartie en ce que la nouvelle loi reconnaisse que la grande distribution devait, elle, pouvoir justifier les prestations qu’elle fournissait face aux primes diverses, de gondole, de coopération commerciale, de fin d’année, d’objectifs, etc., qui en général ne recouvrent pas de vraie contrepartie. Pas de chance pour eux, il semble que l’on s’oriente plutôt vers une loi unilatéralement favorable à tout ce qui peut faire baisser les prix et donc donner du pouvoir d’achat.

Le gouvernement a choisi le camp de la grande distribution, celui qui peut faire baisser les prix, au détriment de celui des producteurs, petits ou grands. Le camp d’Edouard Leclerc plutôt que celui du producteur de fraises ou de tomates. Seul inconvénient, nous risquons d’avoir un été très chaud avec cette fois les producteurs dans les rues pour se plaindre, comme tous les ans des conditions léonines de la grande distribution.

Tout ceci va-t-il se traduire, in fine, par de la baisse des prix et surtout de la croissance ? De la baisse des prix sans doute un peu et à condition que pétrole et matières premières ne continuent pas de flamber. De la croissance par contre, c’est plus douteux car la plus grande activité de la grande distribution sera compensée par le serrage des coûts pour accroître la productivité qui s’ensuivra chez les producteurs, petits et grands. Enfin, il n’y a rien de fondamentalement changé dans la compétitivité de notre industrie dont la plus lourde charge est constituée par le coût de l’Etat et des charges sociales. Et comme augmenter le pouvoir d’achat se traduit par plus d’importations...

Et, là, force est de constater qu’il n’y a toujours pas eu, un an après l’élection de notre nouveau président, de début de commencement de restriction des dépenses du monstrueux Molloch qu’est devenu notre Etat


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8 réactions à cet article    


  • JL JL 29 avril 2008 12:35

    Sarkozy semble avoir un certain talent : dans le dsicours de son interlocuteur, il perçoit plus vite et mieux que quiconque comment il pourra en tirer profit. Ainsi il a inventé ce "jeux des chaises musicales entre les acteurs sociaux" qui lui permet de modifier les indicateurs. Il lui suffira au moment des campagnes électorales à venir de mettre en avant les indicateurs qui afficheront un mieux et de taire ceux qui diront le contraire.


    • Forest Ent Forest Ent 29 avril 2008 14:14

      L’Etat, un Moloch ? Que dire de ce secteur, alors ?

      L’auteur rate un point central : l’absence de concurrence réelle entre distributeurs. Et entre grossistes aussi, d’ailleurs.

      Rappelons que ce sont toujours des gouvernements de droite qui ont imposé des restrictions à l’établissement de commerces pour protéger leur électorat de petits commerçants. Ca n’a eu aucun succès, mais a contribué à financer harmonieusement les partis politiques pendant bien longtemps. Vous souvient-il de la première loi, la "loi Royer" ?

      Le sujet des rapports producteurs/distributeurs n’est pas négligeable, mais vient loin derrière celui de la concurrence entre intermédiaires et entre distributeurs. Ce gouvernement semble avoir des tas d’idées nouvelles, mais pas celle d’appliquer les lois existantes concernant la concurrence. Ce n’est pas demain semble-t-il que l’on verra en France des sanctions pénales pour pratiques anticoncurrentielles.


      • impots-utiles.com 29 avril 2008 17:51

        le président de l’ union française des consommateurs Que Choisir a d’ailleurs exprimé ses reserves quant à ce nouveau projet de réforme hier au journal de france 2

        Selon lui , cette loi n’entrainerai pas de baisse des prix dans la grande distribution et donc n’aurait aucune conséquence positive sur le pouvoir d’achat des français

        http://www.impots-utiles.com/loi-de-modernisation-de-leconomie-lavis-de-l-ufc-que-choisir.php


        • JPC45 30 avril 2008 10:48

          Sur la loi TEPA renseignez vous avant de dire que c’est 15 milliars pour les plus riches (heures sup, crédit d’impot en cas d’achat immobilier, etc)


        • HELIOS HELIOS 29 avril 2008 19:48

          discuter les prix ne fera jamais baisser les étiquettes au supermarché, tout simplement parce que la concurrence n’est pas au rendez vous !

          De plus, il n’est pas du role du gouvernement de s’immiscer dans ce genre de pratique, sauf a bloquer les prix... ce qui est un autre domaine d’action.

          mais le rôle d’un gouvernement, comme cela est de plus ecrit dans le traité de Lisbonne, est de s’assurer que la concurrence est libre et non faussée. Que dire dans ce cas d’un producteur contraint de vendre ses produits bon marchés aux grands groupes et cher aux petits ?

          Le gouvernement se doit donc de faire respecter la concurrence c’est a dire obliger les producteurs a definir un tarif unique, avec remise sur la quantité si nécessaire, applicable à tous, Auchan, Carrefour ou l’epicier du coin.

          Naturellement "l’association" de produits differents dans le calcul du volume ne doit pas être autorisé, exactement comme la vente conjointe.

          Quand aux "marges arrieres" et autres têtes de gondoles, cela ne doit pas être incorporé au prix des produits, mais traités comme des services, payables, non obligatoires.

           

          Juste un peu assainir le fonctionnement, avant de donner plus de pouvoir aux grands prédateurs du marché.


          • Dark-Vador Dark-Vador 29 avril 2008 21:12

            c’est amusant comme "la grande distribution" est corveable et taxable a plus soif ! c’est vrai qu’ils

            ont un résultat net de 3 pour cent alors que les industriels sont plutot sur du 10 %.

            mais il est vrai aussi que les industriels peuvent argumenter :

            tu me casse les oreilles et je delocalise en chine !!

            emporter son hyper est un peu plus complexe .

            comme d’habitude on trouve un bouc emissaire pour payer les péchés du monde et les moutons

            suivent : beheeeeeeeee !

             


            • René Déhère René Déhère 30 avril 2008 12:21

              Le papier me semble passer à coté d’au moins trois sujets très actuel.

              D’abord la volonté du gouvernement est de ne surtout pas augmenter les salaires, mais au contraire de les "contenir". Politique constante depuis vingt ans (et transpartidaire bien sûr), et politique victorieuse : pendant ces vingt ans 10% du PIB ont glissé du travail vers le capital. Soit 100 milliards d’euros par an. Cela représente (en suppossant que la moitié de la populalation soit active, et que les actifs soit tous salariés, hypothèse défavorable à mon calcul) environ 200 euros par mois qui passent de la poche du salariat à la poche du capital !

              Le refus d’augmenter les salaires est un tel dogme, que cela joue sur les retraites (refus à priori d’augmenter les cotisations pour faire face à son financement dans le cadre de la retraite par répartition), l’augmentation des cotisations (de moins de 1% selon certains économistes) induisant une augmentation de salaire. Idem pour la Sécurité Sociale.

              Alors on nous explique que pour augmenter le "pouvoir d’achat" sans augmenter les salaires, il faut faire baisser les prix. Poudre aux yeux : si un salarié sait lire sa fiche de paye, il n’a aucune lisibilité sur la fabrication des prix. Tiens, d’ailleurs, ils montent !

              Deuxièmement, la concurrence comme facteur de baisse des prix est aussi une illussion. En effet, si la concurrence joue effectivement pour chacun d’entre nous qui avons notre circuit de magasins préférés (mais pas uniquement sur les prix, plutôt dans un rapport, proximité, qualité de la relation avec le commerçant, qualité des produits, prix), elle existe surtout entre salariés (être ou ne pas être au chômage, mon salaire et celui du voisin, les salaires d’ici et ceux de la-bas).

              La concurrence existe aussi entre sous traitants des groupes, et elle joue en effet à la baisse des prix des fournisseurs, mais alimentant plutôt les marges des groupes plutôt que la baisse des prix de vente au public.

              Mais il y a belle lurette que les groupes ont réglé entre eux le problème de la concurrence ! Par deux moyens : l’un, soi-disant illégal, mais pourtant bien réel qui est l’entente monopolistique. L’autre est la création de filiale à part égale entre les groupes. La Générale des Eaux et La Lyonnaise des eaux sont des experts dans ce domaine (aujourd’hui Véolia et Suez). Les sociétés qui accaparent les services publics au niveau local fournissent de nombreux exemples (tranports collectifs, distribution de l’eau, assainissement, etc.).

              Troisièmement, on observe un affrontement vif entre le capital financier et le capital industriel. Ce dernier, qui est en train de perdre la partie, avait des "habitudes" de régles dans les rapports sociaux, Le capital financier ne reconnait que sa rentabilité immédiate. Ce conflit apparait au sein même du Medef entre l’UIMM et les services versus Parisot (pour l’essentiel les banques : c’est d’ailleurs la banque de l’UIMM qui balance !), aussi dans EADS (les industriels ont un problème de cablage, les financiers répondent en vendant leurs actions !), et encore dans cette loi de "modernisation sociale", où les grands distributeurs (qui s’apparentent au capital financier : ils font ont leurs propres cartes de crédit, agence de voyage, assurance, etc.) ont enfin les mains libres face au industriels producteurs.

              On est libre de croire que cette stratégie est favorable au pouvoir d’achat, autant qu’on est libre de croire au Père Noël !

               


              • tomper 26 juin 2008 00:02

                Bon , j’arrive un peu apreès la bataille, donc seul l’auteur me lira ...peut être...

                 

                Donc, @ l’auteur :

                SVP ne parlez pas de ce que vous ne maitrisez pas le moins du monde vous tombez sur les poncifs les plus courus, cela en devient lassant...voir mes interventions précédentes sur ce sujet..

                 

                Un directeur de magasin

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