Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Economie > Mauvaise cuisine et capharnaüm

Mauvaise cuisine et capharnaüm

Par Jean-Pol DURAND et Rémy FROMENTIN

À lire la presse du monde au travers de ce que le Courrier International de cette semaine a bien voulu nous tamiser, notre président de la République, coiffé pour l’occasion d’une toque de grand-chef tricolore (la caricature à la une de l’hebdo nous vient d’un journal moscovite), est impitoyablement accusé de « mauvaise cuisine ».
Pourtant, à regarder de plus près à l’intérieur du journal, les commentaires allemands et anglo-saxons sur les recettes françaises seraient plutôt sympathiques. Les éloges d’un certain Paul Cohen, dans le Dissent, historien new-yorkais, ne manquent pas d’épices : la cuisine économique de notre pays aurait plutôt bon goût et les vertus du modèle français gagneraient même à être connues.

Il y a cependant unanimité pour déglacer le fond de sauce au vinaigre. Si le mironton anticrise a été plutôt performant en France, la relance économique risque cependant de manquer de poivre. En tout cas, c’est ce que The Economist, volontiers imprécateur ou donneur de leçons, promet à notre coq au vin pour l’année prochaine.

Rien de tel à Sarkozy pour s’activer sur la sécurité sociale qui place la France au premier rang des pays européens pour le poids des charges salariales.
Son discours prononcé la semaine dernière à l’hôpital flambant neuf de Perpignan joue prudemment sur ce double registre : vous aimez votre hôpital ? Alors préservez-le, faites des économies.
Un hommage appuyé, et probablement sincère, aux 2 millions de personnels de la santé via le personnel soignant et non soignant de l’établissement catalan. Et en même temps, un panégyrique sur l’intéressement, un dithyrambe des communautés hospitalières, l’apologie de la Loi HPST… au milieu d’une longue justification devenue inutile sur la gestion de la grippe, seule information au demeurant que les médias télévisés auront retenue.
Et le président de la République d’annoncer « à la fin du mois de janvier… une conférence sur le déficit qui évoquera la méthode pour rééquilibrer les comptes de l’assurance maladie puis pour maintenir cet équilibre dans le temps. » Les clairvoyantes mises en garde de feu Philippe Seguin viendraient-elles habiter les songes du chef de l’Etat ?

Le pavé jeté par Guy Vallancien dans la soupe hospitalière (Les Echos d’hier) ne pouvait tomber mieux. Genre de coups de gueule efficaces auxquels il nous a habitués par sa compréhension immédiate des choses complexes. Le monde hospitalier en effet coûte cher et n’est pas uniforme. « 1000 praticiens hospitaliers de plus chaque année depuis 25 ans », dit-il, un gouffre, un tonneau des Danaïdes et en même temps une réalité très contrastée : « Dans certains (établissements), on travaille à flux tendus, alors que dans d’autres, on ronronne ». Guy Vallancien ajoute : « comment certains professeurs parmi les plus connus peuvent-ils oser venir serrer la main de leur opéré payant en privé une somme rondelette pour ensuite filer faire autre chose en laissant leur assistant opérer à leur place mais en n’oubliant pas de signer le compte rendu. Quand une autorité remettra de l’ordre dans ce gigantesque capharnaüm ? »

L’économie de la santé relève effectivement moins de la haute couture que de la grande cuisine. Ce n’est pas pour déplaire à Gérard de Pouvourville1, son homo économicus est un fin gourmet. L’étude de l’IRDES sur l’influence du volume de soins sur la qualité montre à quel point le dosage est essentiel. Ce qui est important à retenir dans cette brillante analyse, ce n’est pas que la concentration des moyens hospitaliers soit plus efficiente (on le subodorait quand même un peu dans nos ARH moribondes), c’est que ce postulat économique ait une double limite : au-delà d’une certaine taille et selon les disciplines, il ne se vérifie plus.

La revue Réseau, Santé & Territoires consacre son n° 29 aux dérogations tarifaires. Le rapport réalisé par la CNAMTS sur l’utilisation des 190 millions d’euros du FIQCS en 2008 et sur l’hétérogénéité, d’une région à l’autre, des modes de distribution des 20 millions d’euros d’actes dérogatoires au droit commun, laisse leurs auteurs perplexes.

Il est vrai que les économistes de la santé ont un rôle pédagogique éminent à jouer vis-à-vis de nos dirigeants. Quelques séances collectives de cuisine économique seraient les bienvenues. Entre l’inefficacité, la générosité, le laisser-aller, l’excès et les avantages acquis, les marmitons de l’économie de la santé ont du pain sur la planche. La gestion de la grippe A, malgré le réconfort apporté publiquement par le président de la République à sa ministre, en est l’exemple le plus incompris. Le dessin de Plantu à la une du journal Le Monde du 19 janvier sur le principe de précaution se passe de commentaires.

 
(1) Gérard de Pouvourville – Traité du social, éditions de santé, Paris – 2009

 

Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (6 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès