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Accueil du site > Actualités > Economie > My secretary is rich

My secretary is rich

On peut toujours envisager de laisser le champ libre aux économistes libéraux élevés en batterie. Ou, alors, on relève le gant du défi, on monte sa propre théorie des salaires et on leur rafle pour une fois le pactole du Nobel sous le nez. Surtout qu’on en a forcément plus besoin qu’eux !

Tout commence toujours par une discussion entre potes. Ce jour-là, nous formions un mini-sommet du Medef avec Elric, qui a lui aussi monté sa petite entreprise, même s’il est loin d’être un débutant dans cette catégorie.

  • Non, ce qui est vraiment chiant, c’est le temps que je perds en paperasses, me lance-t-il au détour d’une phrase.
  • Oui, je te comprends. En plus, je débute, je ne maîtrise pas grand-chose dans les déclarations diverses et je rame comme une galérienne pour compléter le moindre petit formulaire avec 5 champs ridicules à remplir, acquiesçais-je dans l’élan.
  • L’administratif prend beaucoup trop de temps dans mon activité, mais la France est un pays procédurier et les fonctionnaires n’ont que ça à foutre.
  • Heu... ouais... si tu veux... mais bon, ça va quand même. On n’y passe pas notre vie non plus et tout ne vient pas de l’administration publique. Il nous faut produire nos propres documents internes. C’est juste que c’est prise de tête et qu’on y laisse du temps qu’on ne peut pas consacrer à notre travail réel. Entre ça et mon bordel chronique, il me faudrait une secrétaire.
  • Une secrétaire ? Oui, je veux bien, mais même payée au Smic, elle sera toujours trop chère pour ce qu’elle me rapporte.
  • Comment ça ?
  • Ben, un commercial, ça fait rentrer de l’argent au moins, mais une secrétaire, c’est juste une charge salariale !

Et c’est à ce moment que j’ai compris qu’il y avait quelque chose de pourri dans le joyeux royaume des Forces vives de la nation.

D’un côté, mon pote concède que l’aspect administratif de la gestion de sa petite entreprise est chronophage et, de l’autre, il est convaincu que le personnel administratif n’est que valeur négative dans son bilan. Ce qui est contradictoire et pose d’entrée de jeu le problème de l’évaluation du salaire, de la valeur réelle du travail d’une personne.

Le marché de l’emploi

Déjà, en observant juste les pratiques, on peut avancer sans trop de risque que le mode de fixation du salaire n’a que peu de chose à voir avec la valeur du travail d’une personne. En gros, l’idée des libéraux, ou pour le moins celle qui s’applique le mieux sur le terrain actuel, c’est que la détermination du salaire est extérieure au candidat et aux spécificités du poste, puisque celui-ci est fixé de manière autonome par rapport à l’entreprise sur le marché du travail, via la bonne vieille méthode de l’offre et de la demande. En gros, le salaire pour telle ou telle fonction est fixé par le rapport entre le nombre de postes disponibles à l’instant "t" et le nombre de candidats.
Plus il y a de candidats pour un poste et moins le salaire est élevé. Ce qui implique que le salaire est donc complètement déconnecté de la réalité de l’entreprise. Et qu’une conjoncture de chômage de masse fait forcément pression sur les salaires. Jusqu’au point d’équilibre. Qui serait le moment où chaque poste trouve un unique candidat. Car, a contrario, en cas de pénurie de travailleurs sur un type de poste, les salaires devraient flamber. Comme dans les fameux métiers en tension où un poste peut rester longtemps vacant sans trouver preneur. Et sans flamber !

De manière totalement empirique, on observe facilement que si le chômage de masse est effectivement très efficace pour garder un maximum de salaires au plancher, la pénurie de candidats n’implique pas du tout un réajustement des salaires à la hausse vers un nouveau point d’équilibre. Ne serait-ce que parce que la politique du travail actuelle tend à forcer par tous les moyens les précaires à occuper ces postes pourris et mal payés [1] et que la politique des emplois aidés maintient de vastes populations de prolétaires dans un état de dépendance et de pauvreté qui permet de corriger à la baisse bien des salaires dans bien des secteurs.

La valeur ajoutée

Si l’on se place du point de vue l’entreprise elle-même, on peut la considérer comme une sorte de boîte noire[2] dans laquelle l’on injecte d’un côté du capital et de la main-d’œuvre et d’où ressort de l’autre de la valeur ajoutée, valeur ajoutée qui se prend donc auprès de l’utilisateur final du bien ou du service produit.
De ce point de vue-là, il suffirait de déterminer quelle est la part du capital et du travail dans la production de la valeur ajoutée, et de redistribuer proportionnellement. Sauf qu’il est très difficile de déterminer quelle est la part que chacun prend dans la création finale de richesse. Et que tout le monde a tendance à vouloir tirer la couverture à soi, ce qui n’est pas donné à Paul étant toujours ça de pris pour Pierre.
On peut toujours commencer par évaluer le capital injecté et les conditions de son renouvellement[3] et répartir le reste entre les salariés. Mais, là, se pose réellement la question de la valeur du travail de chacun. Laquelle est forcément biaisée par les salaires communément admis et plus ou moins fixés par le marché.

Ainsi, on admet facilement qu’un cadre supérieur peut valoir 4 ou 5 fois plus que l’ouvrier qualifié. Question d’abondance, paraît-il. Et qu’un PDG, ça peut facilement valoir 100 ou 200 Smic. Pourquoi ? Au nom de quoi ? Mystère et boules de gomme !
Pourtant, si l’on considère l’entreprise comme une entité à organisation organique[4], il est logique de penser que chacun vaut strictement la même chose que l’autre, indépendamment de sa tâche. Encore qu’on peut se dire qu’il est plus facile de produire en n’ayant que des ouvriers qu’en ne gardant que les patrons[5]. Ce qui tendrait à prouver que pour créer de la valeur ajoutée, il vaut mieux avoir des ouvriers plutôt que des contremaîtres et des contremaîtres plutôt que des patrons. Et que le salaire est aujourd’hui fixé de manière inversement proportionnelle à l’utilité économique de l’agent qui le perçoit.

Et ma secrétaire dans tout cela ?

Comment évaluer le vrai salaire de la secrétaire[6] d’Elric ou de la mienne ? Car je n’ai pas perdu de vue cette histoire de valeur négative du travail de la secrétaire selon mon pote.

L’entreprise d’Elric, comme la mienne, fonctionne sur la seule base de notre travail. De ce point de vue, on pourrait aussi bien s’amuser à considérer chaque salarié comme une entreprise individuelle. À client unique. Voire exclusif.
Nous sommes donc les seuls producteurs de valeur ajoutée de nos entreprises. Et nous tirons cette valeur ajoutée des services que nous facturons à nos clients.
Notre valeur ajoutée est donc limitée par la quantité de service que nous pouvons offrir et donc la quantité de travail que nous pouvons produire. Cette capacité de production dépend de notre efficacité propre, de nos compétences, de notre maîtrise, de nos outils et du temps que nous pouvons y consacrer. Notre temps d’entreprise se partage en trois grandes catégories : le démarchage de nos clients, la production de notre travail et la gestion de notre entreprise. Comme nous sommes seuls, nous faisons tout. Ce qui revient à dire que chaque heure que nous consacrons à notre entreprise est équivalente à une autre, quelle que soit la tâche en cours. Sauf que seules les heures de production sont des heures rémunératrices proprement dites, puisque ce sont elles qui créent la valeur ajoutée.

Par hypothèse substitutive, je peux dire que chaque heure que je libère pour la consacrer à la production est une nouvelle heure qui rapporte. Autrement dit, si je prends une secrétaire pour s’occuper de l’administratif à ma place, son temps de travail génère automatiquement le même équivalent-temps pour moi en plus[7]. Temps que je peux consacrer à démarcher et facturer des clients. Autrement dit, chaque heure de secrétaire vaut potentiellement le même prix que la mienne. Autrement dit, si je facture 40 € de l’heure mon travail à un client, chaque heure libérée par la secrétaire me permet de gagner 40 € de plus. En gros, je pourrais payer ma secrétaire 40 € de l’heure. Mais, en admettant simplement que chacune de ces heures facturées en plus ne peut exister que si nous travaillons toutes les deux, on peut tout simplement se mettre d’accord sur un moit’-moit’ tout à fait bénéfique des deux côtés, soit plus que le Smic, dans tous les cas.

En fait, juste en reprenant une partie de mon travail, ma secrétaire me permet de produire encore plus de valeur ajoutée. On ne peut donc, en aucun cas, considérer que son travail se limite à être une charge salariale.

Parce qu’elle se substitue à moi, on peut considérer que ma secrétaire vaut autant que moi.

Mais le paradoxe de la secrétaire va plus loin si on pense à l’échelle d’une entreprise plus importante.

Polyvalence, piège à con !

Tout le monde l’a forcément remarqué : les secrétaires se sont franchement raréfiées en entreprise ces dernières décennies et leur travail s’est singulièrement dévalorisé ! À une époque pas si lointaine, la plupart des cadres fonctionnaient en binôme avec une secrétaire, laquelle s’occupait de toutes les petites choses fastidieuses et désagréables induites par l’activité principale du cadre. Puis, l’informatisation aidant, on a considéré que de nombreuses tâches de secrétariat pouvaient directement être faites par les autres salariés et on a taillé dans le gras de ce corps d’assistantes efficaces. Et, au fur et à mesure que les secrétaires disparaissaient de l’entreprise, leur métier s’est dévalorisé.
Il y a encore trente ans, une fille qui sortait secrétaire de chez Pigier était en marche vers l’ascension sociale. Aujourd’hui, une secrétaire expérimentée, parlant une ou deux langues, maîtrisant la chaîne des logiciels bureautiques, peut toujours espérer décrocher un emploi aidé, à peine mieux payé que le RMI. Les secrétaires s’entassent et prennent la poussière sur les étagères de l’ANPE, comme des poupées démodées, vestiges de temps rieurs et désormais révolus.

La première fois que j’ai douté du bien-fondé du traitement contemporain des secrétaires, c’est en rendant visite à mon directeur de recherche dans son bureau. Imaginez un instant ce digne représentant du corps professoral de la prestigieuse université de la Sorbonne, en train de s’échiner comme un malheureux derrière son Mac. Il m’explique qu’il a un courrier à envoyer rapidement et que sa secrétaire n’est pas là. Comme la plupart du temps. Vu que sa secrétaire, de réorganisations en redéploiements, il se la partageait entre moult autres grosses têtes. Ce qui faisait qu’il devait se fader lui-même la majeure partie de l’administratif de son labo, ce qu’il faisait fort laborieusement.

C’est alors que je me suis demandé s’il était bien raisonnable de payer mon cher professeur à taper péniblement pendant une heure une malheureuse lettre que sa secrétaire aurait expédiée en cinq minutes.

Ben oui, secrétaire, c’est comme professeur à la Sorbonne, c’est un métier qui ne s’improvise pas.

Et tout au long de mon expérience professionnelle qui suivit, j’ai eu maintes occasions de voir le travail des secrétaires... en négatif ! En constatant les effets de leur disparition.
Chez la plupart des cadres et responsables de service, cela se traduit par la lenteur dans le travail et l’entropie galopante dans l’organisation. Les courriers et pneus administratifs arrivent et s’entassent sur la gauche du bureau. Les piles montent au ciel. Les rapports n’arrivent pas. Les courriers sont en retard. Il y en avait un qui avait développé une stratégie de la pile. Chaque fin de journée, il déposait la pile de papiers du jour dans le casier urgent de la semaine. Puis, le vendredi, il poussait sa Tour de Babel de la semaine vers le tas du mois. Et j’ai fini par découvrir derrière une double cloison l’enfer[8] de la paperasse de quelqu’un qui n’avait jamais appris la gestion documentaire.

Car le travail qu’abattaient les secrétaires n’a jamais disparu de l’entreprise. Il a juste été ajouté en une couche supplémentaire sur l’emploi du temps de tous les autres salariés.
Ainsi donc, les cadres dynamiques à 4 ou 5 000 € le mois se retrouvent-ils à taper leur courrier, gérer leurs rendez-vous, rédiger leur rapport... au lieu de faire leur boulot. Car tout comme moi, au début de cette histoire, ils sont limités dans le temps, quant à ce qu’ils peuvent produire comme travail. Supprimer les secrétaires revient donc à payer le boulot d’une secrétaire débutante et non qualifiée au prix d’un cadre sup’.

Est-ce vraiment raisonnable ?
Est-ce que la théorie actuelle des salaires n’a pas trouvé ici sa limite ?

Car la secrétaire, loin de n’être qu’une charge salariale, est précisément un facteur d’amélioration de la productivité des autres salariés. La logique libérale qui veut que l’on peut substituer un salarié par n’importe quel autre pour arriver au bout d’une tâche est carrément contre-productive. Puisqu’elle renchérit le coût de la tâche effectuée tout en baissant la productivité globale du salarié. Une lettre tapée en 5 minutes par une secrétaire de métier revient nettement moins cher que la même tapée en 20 minutes par un cadre. Lequel, au lieu de faire son boulot de cadre à plein temps, perd du temps en rédactionnel, gestion des documents, gestion de l’emploi du temps, gestion des appels téléphoniques et des mails. Tâches pour lesquelles il n’est en général pas formé. Qu’il ne fait donc pas très bien. Ni très efficacement.

Cette fausse polyvalence peut aujourd’hui s’appliquer à tous les niveaux de l’entreprise et génère en fait des économies de bout de chandelle à court terme et une baisse de productivité générale au final ! Un mauvais calcul qui débouche forcément sur de piètres résultats !

Notes

[1] c’est-à-dire en faussant le marché

[2] au sens bourdieusien

[3] en gros, les investissements nécessaires et sa rémunération

[4] chacun interdépend de tous les autres

[5] ceci a été empiriquement prouvé en Amérique du Sud, via les entreprises autogérées coopérativement par leurs ouvriers

[6] je tiens à préciser que ma secrétaire pourrait tout aussi bien être MON secrétaire, mais par facilité et afin de ne pas confondre ce métier avec un meuble, je conserve la féminisation de ce nom !

[7] et même plus. L’administratif étant son métier, on peut facilement penser qu’elle accomplira mes tâches administratives plus rapidement et plus efficacement que moi-même

[8] je fais ici allusion à l’Enfer du Vatican, endroit où sont reléguées les archives compromettantes qui doivent rester loin de la portée des infidèles et dont un de mes professeurs de la Sorbonne, historien, était friand !

 


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46 réactions à cet article    


  • rocla (haddock) rocla (haddock) 23 mai 2008 12:53

    Sinon on peut s’ amuser à écrire la suite après la virgule de 3,1416 parait y a pas de fin ...

     

    Tant pi


    • clostra 23 mai 2008 12:54

      Sympa cet article. Mais quel tourment ! Une véritable introduction pour un choix d’une société nouvelle !

      Déjà, on peut dire qu’une société est une entité, un organisme vivant, avec ses fonctions et ses organes. La fonction crée-t-elle l’organe ou l’inverse ? etc

      Mais vous ne m’aurez pas ! je ne rerentrerai plus jamais dans ce labyrinthe !

      Je me souviens d’un cours de management, d’organisation, en fait où nous examinions les organigrammes caractéristiques de différents pays. Exemple, en Italie, quelques noms étaient barrés, non remplacés (Paix ait leur âme), en France, il y avait un organigramme bien hiérarchisé et dans un petit coin, sans lien avec cet organigramme, un petit organigramme indépendant posé là ... l’organigramme horizontal était très très intéressant !

      Alors, ce qu’il est toujours bon de savoir est que quand on dirige, il y a tout avantage a avoir exercé le plus grand nombre des métiers de l’entreprise. Après, on sait de quoi on parle. Bravo pour le travail de secrétariat : indispensable à connaître ( de la secrétaire sténo dactylo au secrétariat de la Présidence...secrétaire-comptable, secrétaire juridique etc) après on doit pouvoir la rémunérer avec primes et avantages etc.

      Pour l’équipe, en fait personne n’est jamais trop bien payé...

      Bon courage ! et vive ce joujou sacré qu’est l’informatique et la sous traitance qui a fait disparaître ce beau métier pour qu’il renaisse sous une autre forme à définir.


      • Hal. Hal. 23 mai 2008 13:12

        L’oncle Albert avait déjà répondu à ces questions.... http://amidelegalite.free.fr/article.php3?id_article=53

        Pourquoi le socialisme ?

         Article écrit par Albert Einstein en 1949 pour une revue états-unienne

         

        • Mr Mimose Mr Mimose 23 mai 2008 13:13

          Excellent ! Mon frère bosse comme vendeur en informatique et la direction vient de lui demander de remplir les dossiers de crédits pour les clients, comme il n’y connais rien, il essaye de se démerder comme il peut, mais perd énornèment de temps du coup il vend moins. Idem pour son collègue qui est dans le meme cas !

          Bientot on va aussi lui demander de passer le balai et la serpillère dans la boite, ça économisera un poste de technicien de surface non ?

          On voit bien toute la betise d’une direction qui pensant économiser un poste, va finalement perdre plus d’argent !

          C’est pourtant évident, mais ils sont tellement pingres qui voient pas plus loin que le bout de leur nez !


          • Guilhem 24 mai 2008 11:04

            Les dossiers de financement sont forcément remplis par le commercial puisqu’ils doivent être signé par le client.

            Donc signature en même temps que le contrat (avec accord préalable du bailleur avant le RDV) pour éviter les aller retour chez le client et le ralentissement du processus de vente.

            Ce qui lui manque c’est une formation tout simplement, la société de crédit se fera un plaisir de venir former gratuitement les commerciaux au sein même de l’entreprise.

            Une1/2 journée de formation pour accélérer les vente et éviter les refus de financement à posteriori ça devrait intéresser son boss...


          • Mil 23 mai 2008 13:14

            Une démonstration intérressante bien que...

            Le "pôle administratif" d’une entreprise est autocatalytique : il a tendance à se créer du travail pour lui-même (en gros de la paperasse à remplir). Ce travail n’existant pas dans l’entreprise avant la création dudit "pôle administratif" il n’est pas vraiment productif puisqu’il ne soulage en rien les "créateurs de valeur".

             


            • Hal. Hal. 23 mai 2008 13:32

               

              Pourquoi le socialisme ?

              Article écrit par Albert Einstein en 1949 pour une revue états-unienne

              dimanche 4 février 2007.

               

               

               Est-il convenable qu’un homme qui n’est pas versé dans les questions économiques et sociales exprime des opinions au sujet du socialisme ? Pour de multiples raisons je crois que oui.

               

               Considérons d’abord la question au point de vue de la connaissance scientifique. Il pourrait paraître qu’il n’y ait pas de différences méthodologiques essentielles entre l’astronomie et l’économie : les savants dans les deux domaines essaient de découvrir les lois généralement acceptables d’un groupe déterminé de phénomènes, afin de rendre intelligibles, d’une manière aussi claire que possible, les relations réciproques existant entre eux. Mais en réalité de telles différences existent. La découverte de lois générales en économie est rendue difficile par la circonstance que les phénomènes économiques observés sont souvent influencés par beaucoup de facteurs qu’il est très difficile d’évaluer séparément. En outre, l’expérience accumulée depuis le commencement de la période de l’histoire humaine dite civilisée a été - comme on le sait bien - largement influencée et délimitée par des causes qui ne sont nullement de nature exclusivement économique. Par exemple, la plupart des grands États dans l’histoire doivent leur existence aux conquêtes. Les peuples conquérants se sont établis, légalement et économiquement, comme classe privilégiée du pays conquis. Ils se sont attribués le monopole de la terre et ont créé un corps de prêtres choisis dans leur propre rang. Les prêtres, en contrôlant l’éducation, érigèrent la division de la société en classes en une institution permanente et créèrent un système de valeurs par lequel le peuple fut dès lors, en grande partie inconsciemment, guidé dans son comportement social. 

               Mais la tradition historique date pour ainsi dire d’hier ; nulle part nous n’avons dépassé ce que Thorstein Veblen appelait la phase prédatrice du développement humain. Les faits économiques qu’on peut observer appartiennent à cette phase et les lois que nous pouvons en déduire ne sont pas applicables à d’autres phases. Puisque le but réel du socialisme est de surmonter et dépasser la phase prédatrice du développement humain et d’aller de l’avant, la science économique dans son état actuel ne peut projeter que peu de lumière sur la société socialiste de l’avenir. 

               En second lieu, le socialisme est orienté vers un but éthico-social. Mais la science ne peut pas créer des buts, et peut encore moins les inculquer aux êtres humains ; la science peut tout au plus fournir les moyens par lesquels certains buts peuvent être atteints. Mais les buts eux-mêmes sont conçus par des personnalités animées d’un idéal moral élevé et - si ces buts ne sont pas mort-nés, mais vivants et vigoureux - ils sont adoptés et portés en avant par ces innombrables êtres humains qui, à demi inconscients, déterminent la lente évolution de la société. 

               Pour ces raisons nous devons prendre garde de ne pas surestimer la science et les méthodes scientifiques quand il s’agit de problèmes humains ; et nous ne devons pas admettre que les spécialistes soient les seuls qui aient le droit de s’exprimer sur des questions qui touchent à l’organisation de la société. 

               D’innombrables voix ont affirmé, il y a quelques temps, que la société humaine traverse une crise, que sa stabilité a été gravement troublée. Il est caractéristique d’une telle situation que des individus manifestent de l’indifférence, ou même de l’hostilité, à l’égard du groupe, petit ou grand, auquel ils appartiennent. Pour illustrer mon opinion je veux évoquer ici une expérience personnelle. J’ai récemment discuté avec un homme intelligent et d’un bon naturel sur la menace d’une autre guerre, qui, à mon avis, mettrait sérieusement en danger l’existence du genre humain, et je faisais remarquer que seule une organisation supranationale offrirait une protection contre ce danger. Là-dessus mon visiteur me dit tranquillement et froidement : Pourquoi êtes-vous si profondément opposé à la disparition de la race humaine ? 

               Je suis sûr qu’il y a un siècle, personne n’aurait si légèrement fait une telle affirmation. C’est l’affirmation d’un homme qui a vainement fait des efforts pour établir un équilibre dans son intérieur et qui a plus ou moins perdu l’espoir d’y réussir. C’est l’expression d’une solitude et d’un isolement pénibles dont tant de gens souffrent de nos jours. Quelle en est la cause ? Y a-t-il un moyen d’en sortir ? 

               Il est facile de poser de telles questions, mais il est difficile d’y répondre avec un tant soit peu de certitude. Je dois pourtant essayer de le faire aussi bien que je le peux, bien que je me rende parfaitement compte que nos sentiments et nos tendances sont souvent contradictoires et obscurs et qu’ils ne peuvent pas être exprimés dans des formules aisées et simples. 

               L’homme est un être à la fois solitaire et social. Comme être solitaire il s’efforce de protéger sa propre existence et celle des êtres qui lui sont le plus proches, de satisfaire ses désirs personnels et de développer ses facultés innées. Comme être social il cherche à gagner la reconnaissance et l’affection de ses semblables, de partager leurs plaisirs, de les consoler dans leurs tristesses et d’améliorer leurs conditions de vie. C’est seulement l’existence de ces tendances variées, souvent contradictoires, qui explique le caractère particulier d’un homme, et leur combinaison spécifique détermine dans quelle mesure un individu peut établir son équilibre intérieur et contribuer au bien-être de la société. Il est fort possible que la force relative de ces deux tendances soit principalement fixée par l’hérédité. Mais la personnalité qui finalement apparaît est largement formée par le milieu dans lequel le hasard l’a placé pendant son développement, par la structure de la société dans laquelle elle se développe, par la tradition de cette société et son appréciation de certains genres de comportement. Le concept abstrait de société signifie pour l’individu humain la somme totale des relations directes et indirectes qu’il entretient avec ses contemporains et avec l’ensemble des générations passées. L’individu est capable de penser, de sentir, de lutter et de travailler par lui-même, mais il dépend tellement de la société - dans son existence physique, intellectuelle et émotionnelle - qu’il est impossible de penser à lui ou de le comprendre en dehors du cadre de la société. C’est la société qui fournit à l’homme la nourriture, les vêtements, l’habitation, les outils de travail, le langage, les formes de la pensée et la plus grande partie du contenu de la pensée ; sa vie est rendue possible par le labeur et les talents de millions d’individus du passé et du présent, qui se cachent sous ce petit mot de société. 

               Il est évident par conséquent que l’indépendance de l’individu par rapport à la société est un fait de nature qui ne peut pas être aboli - et les fourmis et les abeilles sont exactement dans le même cas. Cependant, tandis que le processus entier de la vie des fourmis et des abeilles est fixé, jusque dans ses infimes détails, par des instincts héréditaires rigides, le modèle social et les relations réciproques entre les êtres humains sont très variables et susceptibles de changer. La mémoire, la capacité de faire de nouvelles combinaisons, le don de communication orale ont rendu possibles des développements parmi les êtres humains qui ne sont pas dictés par des nécessités biologiques. De tels développements se manifestent dans les traditions, dans les institutions, dans les organisations, dans la littérature ; dans les réalisations scientifiques et techniques et dans les œuvres d’art. Cela explique comment l’homme peut, dans un certain sens, influencer sa vie par sa propre conduite, et que la pensée et le désir conscients peuvent jouer un rôle dans ce processus. 

               L’homme possède à sa naissance, par hérédité, une constitution biologique que nous devons considérer comme fixe et immuable, y compris les impulsions naturelles qui caractérisent l’espèce humaine. De plus, pendant sa vie il acquiert une constitution culturelle qu’il reçoit de la société par la communication et par beaucoup d’autres voies. C’est cette constitution culturelle qui, dans le cours du temps, est sujette au changement et qui détermine, à un très haut degré, les rapports entre l’individu et la société. L’anthropologie moderne nous a appris, par l’investigation des cultures dites primitives, que les grandes différences que peut présenter le comportement social des êtres humains dépendent des schémas culturels et des types d’organisation qui prédominent dans la société. C’est là-dessus que peuvent fonder leurs espérances tous ceux qui s’efforcent d’améliorer le sort de l’homme : la constitution biologique des êtres humains ne les condamne pas à se détruire mutuellement ou à s’infliger eux-mêmes un sort cruel. 

               Si nous nous demandons comment la structure de la société et l’attitude culturelle de l’homme devraient être changées pour rendre la vie humaine aussi satisfaisante que possible, nous devons constamment tenir compte du fait qu’il y a certaines conditions que nous ne sommes pas capables de modifier. Comme nous l’avons mentionné plus haut, la nature biologique de l’homme n’est pas susceptible d’être changée selon une intention pratique. De plus, les développements technologiques et démographiques de ces derniers siècles ont créé des conditions qui doivent continuer. Là où la population est relativement dense et possède les biens indispensables à son existence, une extrême division du travail et un appareil de production très centralisé sont absolument nécessaires. Le temps où des individus ou des groupes relativement petits pouvaient se suffire complètement à eux-mêmes, qui paraît si idyllique lorsqu’on se retourne pour le regarder, ce temps est disparu pour toujours. On n’exagère pas beaucoup en disant que l’humanité constitue à présent une communauté planétaire de production et de consommation. 

               


              • Hal. Hal. 23 mai 2008 13:34

                La suite... 

                 Je suis maintenant arrivé au point où je peux indiquer brièvement ce qui constitue pour moi l’essence de la crise de notre temps. Il s’agit du rapport entre l’individu et la société. L’individu est devenu plus conscient que jamais de ce qu’il dépend de la société. Mais il n’inscrit pas cette dépendance à son actif, comme un lien organique, comme une force protectrice, mais plutôt comme une menace pour ses droits naturels, ou même pour son existence économique. En outre, sa position sociale est telle que ses appétits égoïstes sont constamment mis en avant, tandis que ses tendances sociales qui, par nature, sont plus faibles, se dégradent progressivement. Tous les êtres humains, quelle que soit leur position sociale, souffrent de ce processus de dégradation. Prisonniers sans le savoir de leur propre égoïsme, ils se sentent en état d’insécurité, isolés et privés de la naïve, simple et pure joie de vivre. L’homme ne peut trouver de sens à la vie, brève et périlleuse comme elle est, qu’en se dévouant à la société. 

                 L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon avis, la source réelle du mal. Nous voyons devant nous une immense société de producteurs dont les membres cherchent sans cesse à se priver mutuellement du fruit de leur travail collectif - non pas par la force, mais, en somme, conformément aux règles légalement établies. Sous ce rapport, il est important de se rendre compte que les moyens de production - c’est-à-dire toute la capacité productive nécessaire pour produire et les biens de consommation et les biens en capital - peuvent légalement être, et même, pour la plus grande part, sont la propriété privée de certains individus. 
                 Pour simplifier la discussion qui va suivre, j’appellerai ouvriers tous ceux qui n’ont aucune part à la propriété des moyens de production, bien que cela ne corresponde pas exactement à l’emploi ordinaire du terme. Le propriétaire des moyens de production est en état d’acheter la force de travail de l’ouvrier. En se servant des moyens de production, l’ouvrier produit de nouveaux biens qui deviennent la propriété du capitaliste. Le point essentiel dans ce processus est le rapport entre ce que l’ouvrier produit et ce qu’il reçoit comme salaire, les deux choses étant évaluées en termes de valeur réelle. Dans la mesure où le contrat de travail est libre, ce que l’ouvrier reçoit est déterminé, non pas par la valeur réelle des biens qu’il produit, mais par le minimum de ses besoins et par le rapport des besoins du capitaliste en force de travail au nombre d’ouvriers demandeurs d’un emploi. Il est important de comprendre que même en théorie le salaire de l’ouvrier n’est pas déterminé par la valeur de son produit. 
                 Le capital privé tend à se concentrer dans un petit nombre de mains, en partie à cause de la compétition entre les capitalistes, en partie parce que le développement technologique et la division croissante du travail encouragent la formation de plus grandes unités de production aux dépens des plus petites. Le résultat de ces développements est une oligarchie de capital privé dont la formidable puissance ne peut pas être réellement contrôlée, pas même par une société démocratiquement organisée. Ceci résulte de ce que les membres du corps législatif sont choisis par des partis politiques largement financés ou autrement influencés par les capitalistes privés qui s’interposent entre le corps électoral et le corps légiférant. La conséquence est que, en fait, les représentants du peuple ne protègent pas suffisamment les intérêts des parties les moins privilégiés de la population. De plus, dans les conditions actuelles, les capitalistes contrôlent inévitablement, d’une manière directe ou indirecte, les principales sources d’information (presse, radio, éducation). Il est ainsi extrêmement difficile, et en vérité, dans la plupart des cas tout à fait impossible, que le citoyen arrive à des conclusions objectives et fasse un usage intelligent de ses droits politiques. 
                 La situation qui prévaut dans une économie basée sur la propriété privée du capital est ainsi marquée par deux caractères principaux : premièrement, les moyens de production (le capital) sont sous propriété privée et les propriétaires en disposent à leur convenance ; secondement, le contrat de travail est libre. Bien entendu, il n’existe pas de société purement capitaliste dans ce sens. Il faut noter en particulier que les ouvriers, après de longues et âpres luttes politiques, ont réussi à obtenir pour certaines catégories d’entre eux une meilleure forme de contrat de travail libre. Mais, prise dans son ensemble, l’économie d’aujourd’hui ne diffère pas beaucoup du capitalisme pur. 
                 Le but de la production est le profit, non l’utilité. Rien ne permet de prévoir que tous ceux qui sont capables et désireux de travailler pourront toujours trouver un emploi ; une armée de chômeurs existe déjà. L’ouvrier est constamment dans la crainte de perdre son emploi. Et puisque les chômeurs et les ouvriers mal payés ne constituent pas un marché profitable, la production des biens de consommation est restreinte, de quoi résultent de grands inconvénients. Le progrès technologique a souvent pour résultat d’accroitre le nombre des chômeurs plutôt que d’alléger la charge de travail de chacun. La recherche du profit en conjonction avec la compétition entre les capitalistes est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et dans l’utilisation du capital, qui amène des dépressions économiques de plus en plus graves. La compétition illimitée conduit à un gaspillage considérable de travail et à la paralysie de la conscience sociale des individus dont j’ai fait mention plus haut. 
                 Je considère cette paralysie des individus comme le pire mal du capitalisme. Tout notre système d’éducation souffre de ce mal. Une attitude de compétition exagérée est inculquée à l’étudiant, qui est entraîné à se préparer à sa carrière future en sacrifiant à la réussite dans l’acquisition. 
                 Je suis convaincu que le seul moyen d’éliminer ces maux graves est l’établissement d’une économie socialiste, accompagnée d’un système d’éducation orienté vers les buts sociaux. Dans une telle économie, les moyens de production appartiennent à la société elle-même et leur utilisation est planifiée. Une économie planifiée, qui adapte la production aux besoins de la collectivité, distribue le travail à faire entre tous ceux qui sont capables de travailler et doit garantir les moyens d’existence à chaque homme, à chaque femme, à chaque enfant. L’éducation de l’individu doit favoriser le développement de ses facultés innées et en outre, tâcher de développer en lui le sens de la responsabilité envers ses semblables, au lieu de glorifier le pouvoir et le succès, comme le fait la société actuelle. 
                 Il est cependant nécessaire de rappeler qu’une économie planifiée n’est pas encore le socialisme. Une telle économie peut être accompagnée d’un complet asservissement de l’individu. L’accomplissement du socialisme exige la solution de quelques problèmes socio-politiques extrêmement difficiles : comment, devant une centralisation extrême du pouvoir politique et économique, peut-on empêcher la bureaucratie de devenir toute-puissante et présomptueuse ? Comment peut-on protéger les droits de l’individu de manière à assurer un contrepoids démocratique au pouvoir de la bureaucratie ? 
                 Faire la clarté sur les buts et les problèmes du socialisme est de la plus grande importance à notre époque de transition. Mais dans les circonstances présentes, une discussion libre et sans entraves de ces problèmes est frappée d’un grand tabou. Pour cette raison, je considère que la fondation de cette revue est un grand service rendu au public.
                 
                 La revue dont parle Albert Einstein dans sa conclusion est la revue états-unienne fondée en 1949 sous le nom de "Monthly Review", pour laquelle il avait écrit cet article. 
                 Je prie le lecteur qui voudrait lire le texte anglais de cet article de se reporter au site de cette revue (www.monthlyreview.org).
                 

              • Monolecte Monolecte 23 mai 2008 14:34

                Merci beaucouppour nous avoir fait partager tout cela !


              • Hal. Hal. 23 mai 2008 18:28

                 | Vous auriez pu en faire un article à lui tout seul ?

                 |es modérateurs on-t-ils été encore immodéré ? ? ?

                J’avais fait un article pour agoravox mais il avait été refusé pour "copyright", il y avait pourtant les sources. Je vous laisse le publier vous aurez peut-etre plus de chances que moi.

                J’ai aussi une vidéo sur l’affaire Roche accompagnée d’une discution entre la prostitué Partica et les enfants Roches que j’ai envoyé trois fois ce mois ci qui ne passe pas. Ell n’a meme pas été relue. J’ai envoyé un mail a agoravox pour signaler qu’il y avait certainement un problème technique et je n’ai toujours pas de réponse.

                Vidéo :

                http://video.google.com/videosearch?client=safari&rls=en-us&q=affaire%20roche&ie=UTF-8&oe=UTF-8&um=1&sa=N&tab=wv#

                 

                 

                 


              • Mr Mimose Mr Mimose 23 mai 2008 23:31

                J’ai regardé cette vidéo, c’est carrément hallucinant !!!!!!

                Je me demande si c’est vrai, comment les enfants de ce magistrat peuvent-ils etre en vie et surtout comment cette vidéo peut passer sur le net ????

                 Je me doutais bien que l’affaire Alègre avait été etouffé, mais la c’est carrément une bombe à retardement leurs déclarations !


              • Hal. Hal. 24 mai 2008 03:21

                 Il y a plus impressionnant que cela.. Je vais poster tout cela sur agoravox. 

                En attendant vous pouvez regarder cet article !

                http://www.politiquedevie.net/Justice/AlegreBaudisPerbenRoche101105.htm

                 

                 


              • bj33 23 mai 2008 14:20

                Que j’aimerais faire lire cet article à certains de mes chefs....

                et en plus, les secrétaires faisaient moins de fautes de francais et d’orthographe que la moyenne des cadres (je le sais, j’en suis un....)

                Dans ma boîte, sur un site de 300 personnes, il n’y a plus que 3 assistantes de direction. Le moindre responsble d’équippe et/ou de service est obligé de taper tous ses rapports (à 2 doigts)...

                 

                D’accord sur la polyvalence : AUCUN métier ne s’imrovise (quoique, polticien.....)


                • wiztricks 25 mai 2008 12:30

                  La plupart des cadres sont au forfait.

                  Si vous passez 2/3 heures de votre journée de travail à faire l’administratif cela s’ajoutera aux heures nécessaire à la réalisation des activités dont vous avez la charge.

                  Et si vous n’êtes pas efficace pour cela parce que vous tapez avec 1,5 doigts ou que vous suez lorsqu’il faut corriger des fautes,... vous y passerez plus de temps et c’est tant pis pour vous car votre patron ne vous donnera rien de plus que le forfait.

                  Vous pouvez toujours raler... La plupart des boîtes fonctionnent ainsi.

                  A votre compte, ce ne sera que lorsque vous aurez les garanties d’un certain chiffre d’affaire que vous allez pouvoir ’sous-traiter’, ’déléguer’, ’faire-faire’, un certain nombre d’activités ....

                  -W

                   

                   


                • Martin Lucas Martin Lucas 23 mai 2008 14:39

                  Je suis tout à fait d’accord, mais je n’ai pas le temps de m’occuper de réfléchir à ça, il faut que j’envoie 15 lettres cet après-midi !

                  Article très intéressant, qui va à l’encontre de la tendance actuelle qui veut à tout prix hiérarchiser les professions (ben oui, une secrétaire, c’est forcément un cadre raté, n’est-ce pas, et un cadre, c’est forcément un patron raté !).

                  Cependant vous auriez pu parler aussi du problème du genre de la profession. Pourquoi les hommes n’auraient-ils pas droit au poste de secrétaire ?

                   


                  • Monolecte Monolecte 23 mai 2008 14:54

                    Ts, ts, ts : note de bas de page n°6

                     je tiens à préciser que ma secrétaire pourrait tout aussi bien être MON secrétaire, mais par facilité et afin de ne pas confondre ce métier avec un meuble, je conserve la féminisation de ce nom !


                  • ronchonaire 23 mai 2008 15:08

                    Bon, passons sur l’insulte gratuite envers les économistes dès la première ligne pour aller à l’essentiel.

                    Primo, votre ami n’a rien compris et il devrait sérieusement songer à suivre une formation sinon je ne donne pas cher de son entreprise à terme. Secundo, même si vous semblez avoir un peu mieux compris que votre ami, votre article reste quand même truffé de raccourcis et d’approximations.

                    Les "économistes libéraux élevés en batterie", qui pour la plupart se sont fait chier (je me permets un peu de vulgarité et je pense que vous ne m’en voudrez pas vu votre article précédent) à faire 10 ans d’études pour en arriver là, vous expliqueront que la rémunération du travail dépend avant tout de sa productivité marginale. La question est donc dans le cas présent : comment évaluer la productivité marginale d’une secrétaire ? Là-dessus, la réponse que vous apportez dans votre article est en partie correcte : on peut mesurer sa productivité marginale par le supplément de production induit par le temps que la secrétaire libère pour que son patron puisse se consacrer à son vrai métier. En revanche, votre phrase "le salaire est aujourd’hui fixé de manière inversement proportionnelle à l’utilité économique de celui qui le perçoit" est archi-fausse ; c’est en fait tout le contraire et cela n’a d’ailleurs rien de scandaleux : à partir du moment où le patron génère plus de valeur ajoutée pour la firme que sa sécretaire, il est normal qu’il gagne plus d’argent qu’elle.

                    On peut aussi prendre le problème dans l’autre sens et votre ami devrait se poser la question suivante : étant donné que la "paperasse" est inévitable, et étant donné qu’une secrétaire qualifiée sera a priori plus efficace que lui pour s’en occuper, ne serait-ce pas plus rentable pour lui d’embaûcher une bonne secrétaire plutôt que de s’en occuper lui-même ? Dit autrement : combien d’argent perd-il à cause du temps qu’il passe à faire de la paperasse au lieu de faire son vrai métier ? Si cela dépasse le coût pour lui d’embaûcher une secrétaire, le choix est vite fait. On retombe sur la question de la productivité marginale du travail.

                    Il est donc totalement faux de prêter aux "économistes libéraux élevés en batterie" des arguments selon lesquelles les secrétaires ne créent pas de richesse pour l’entreprise et ne sont finalement qu’un fardeau. Les secrétaires ont un coût, certes (comme tout salarié d’ailleurs), mais elles permettent aussi de gagner en productivité, toute la question est de savoir si ces gains dépassent leur coût. Les "économistes libéraux élevés en batterie" appellent cela une "analyse coût-bénéfice" ; c’est plutôt pas mal, cela permet à de nombreuses entreprises d’éviter la faillite parce qu’elles sont gérées n’importe comment et, par incidence, cela évite à de très nombreux salariés de perdre leur boulot parce que leur patron n’a pas la moindre idée de ce que je viens de vous expliquer. Finalement, ils ne sont peut-être pas aussi inutiles que cela, ces "économistes libéraux élevés en batterie"...

                     


                    • Monolecte Monolecte 23 mai 2008 15:26

                      Prenons l’éboueur et le commercial en téléphones portables. Pour tout le monde, c’est une évidence : l’éboueur est nettement moins bien payé que le commercial en téléphone portables. Parce que le commercial fait du chiffre, lui !

                      Bon, point de vue utilitaire ou la loi du trou du cul.

                      Si je supprime d’un coup tous les commerciaux en téléphones portables... ben, tu vas juste garder ton téléphone qui téléphone plus longtemps, puisque tu ne seras pas tenté de le changer tous les 6 mois pour le dernier super modèle qui clignotte et fait le café. Tu économises ton temps, ton argent et tu limites la pollution de notre écosystème.

                      Si je supprime les éboueurs... il faudra que chacun aille porter ses ordures à la déchèterie du coin. Dans mon bled ravitaillé par les corbeaux, c’est presque fait, mais il en reste encore pour ramasser les super-conteneurs à la croisée des chemins. Mais en ville ? Chacun prend le bus avec ses poubelles ? Hummm... y a des chances que la plupart des gens laissent les ordures en bas de chez eux.

                      Dans un premier temps, ça pue et ça fait moche. Mais bientôt, c’est le bordel, avec des mouches, des rats... et les parasites qui vont avec les rats... propagation de maladies... puanteurs.

                      Je pense qu’au bout d’un mois, tu supplies les éboueurs de revenir en rampant !

                      Tu peux aussi comparer l’utilité et le salaire d’une infirmière et d’un vendeur de bagnoles...


                    • rocla (haddock) rocla (haddock) 23 mai 2008 15:28

                      J ’ étais artisan , je faisais  :

                       

                      ma paperasse , fabriquais ma marchandise , pour la vendre je faisais chauffeur , ensuite étalagiste , après vendeur , emballeur , caissier , monteur de parasols , demandeur d’ emplacement sur les foires , dégustateur , parleur-de discours pour faire plaisir , calculeur de prix de revient , acheteur de matières premières , laveur de vaisselle intelocuteur avec les impots , j’ en passe et beaucoup ,

                       

                      arrêtez de faire rire avec vos élucubrations d’ un commercial ne pourrait pas faire son rapport , vous êtes neu-neu ou + si affinité ?

                       

                      Un boulot c ’est pas d’ la politique ,


                      • jerome 23 mai 2008 16:04

                        @ l ’ Auteur : Heu ... c ’ est quoi votre profession à vous exactement ??? Je serais curieux de le savoir ? avant d ’ aller plus avant dans les commentaires ...


                        • rocla (haddock) rocla (haddock) 25 mai 2008 17:37

                          Jérome ,

                           

                          M’ enfin qu’ est-ce qui vous autorise à poser une question aussi directe à laquelle l’ auteur n’ a pas envie de répondre ? tu rends compte ton audacement !

                           

                          Monolecte , pensez-vous que ça vous arracherait la gueule de répondre à vos lecteurs ?


                        • rocla (haddock) rocla (haddock) 25 mai 2008 17:43

                          Cette fausse polyvalence peut aujourd’hui s’appliquer à tous les niveaux de l’entreprise et génère en fait des économies de bout de chandelle à court terme et une baisse de productivité générale au final ! Un mauvais calcul qui débouche forcément sur de piètres résultats !

                           

                           

                           

                          Bavardage : action de bavarder .


                        • Monolecte Monolecte 25 mai 2008 17:46

                          Le Monolecte a une vraie vie en dehors du net et il répond quand il a le temps !


                        • rocla (haddock) rocla (haddock) 25 mai 2008 19:05

                          verbiage prolixe , réponse langue de bois , érudition de façade , culture de bimbeloterie , mots creux ,

                          bonjour l’ autre vie ....


                        • Monolecte Monolecte 25 mai 2008 21:15

                          @ Jerome : graphiste indépendante.

                          Ce qui implique que je fais tout moi-même, un peu comme un artisan.


                        • rocla (haddock) rocla (haddock) 25 mai 2008 21:26

                          Gaffe Monolecte , d’ après Emile , si tu délègues pas , tu resteras petite , par méconnaissance et la peur de gagner moins en embauchant plus , un genre de couardise , lâcheté , poltronnerie , pleutrerie voir les mots des amis de nos amis qui sont nos amis ...

                           

                           

                          Rocla est l’exemple même du vieil artisan qui est resté petit par méconnaissance de la délégation et la peur de gagner moins en embauchant plus.... On connait la couardise de l’artisan, pire que celle du petit fonctionnaire tu délègues pas


                        • Emile Red Emile Red 25 mai 2008 19:06

                          Bien vu pour les stages Le fructif oupssss.... Furtif.

                          Pour les tomates, l’ouvrier passant ses loisirs au jardinage prouve à son patron sa valeur en concurençant Fauchon....


                        • Emile Red Emile Red 25 mai 2008 19:25

                          Bien aimé votre article Monolecte, il ne m’a pas convaincu parceque je l’étais déjà, mon épouse étant assistante de direction d’une entreprise qui voit chaque jour la nécessité du poste.

                          Dans les domaines de l’export, des aptitudes linguistiques, de la gestion des services généraux, des liaisons inter-services, un patron ou un cadre n’a aucune compétence et ne peut en aucun cas improviser au risque de désagréments excessivement couteux.

                          La vision du tertiaire comme un fardeau est en train de muter, le patronat se rend compte de sa non-polyvalence, il n’y a plus qu’à attendre la reconnaissance salariale qui tardera longtemps au vu du "travailler plus pour gagner moins".

                          Rocla est l’exemple même du vieil artisan qui est resté petit par méconnaissance de la délégation et la peur de gagner moins en embauchant plus.... On connait la couardise de l’artisan, pire que celle du petit fonctionnaire.


                        • rocla (haddock) rocla (haddock) 23 mai 2008 17:32

                          faut pas aller à l’ école , on devient bête , faut faire un apprentissage et savoir se servir de ses deux mains , trop réfléchir flingue le cerveau .


                          • Yohan Yohan 23 mai 2008 18:30

                            Captain

                            Non il faut aller à l’école pour acquérir parfaitement les savoirs de base et la réflexion. Mais il faut savoir la quitter un jour et pas trop tard non plus. Une fois les bases acquises, nous avons toute la vie pour continuer d’apprendre et de nous enrichir.

                            Je connais des BAC + 5 qui une fois sortis des études n’évoluent plus, stagnent et deviennent des boulets en entreprise. Inversement, des petits gars sortis avec un CAP continuent de grandir, prennent en main les destinées d’une entreprise et réalisent de grandes choses dans leur vie


                          • JL JL 25 mai 2008 10:14

                            Et la masse de ceux qui n’ont pas été éveillés continuent de dormir devant TF1.


                          • rocla (haddock) rocla (haddock) 23 mai 2008 18:43

                            Salut Johann,

                             

                            J’ ai un pote , il a un CAP boulanger , en 73 il s’ est mis à son compte dans une boulangerie de quartier , aujourd’hui il doit avoir une cinquantaine de magasins , emploie 500 personnes , et il arrête pas de continuer , quand je vois ici tous les gens qui se plaignent de çi de ça ... faut savoir s’ arracher de sa condition , cela demande une motivation de tous les instants ...

                             

                            Ca ne l’ inquiète pas de savoir s’il a raison ou tort dans une conversation il sait ce qu’ il veut ...

                             

                             


                            • Annie 23 mai 2008 20:12

                              Un sujet qui m’intéresse et Monolecte, vous décrivez fort bien la situation avec tellement de détails que j’ai du mal à faire la synthèse (mon problème pas le vôtre). Mais pour reprendre le commentaire de Hal, qui parle d’un système très centralisé et d’une extrême division du travail, je dirai que ce que l’on fabrique aujourd’hui ce sont des généralistes extrêmement spécialisés. Je cherche le mot en français, deskilling, un nivellement par le bas des compétences autrefois relativement généralisées.

                              Je blâme les anglo-saxons pour cela et leur modèle d’entreprise. Et là où je vous rejoindrais tout à fait Monolecte, est que la rentabilité n’est plus totalement l’objectif dans ce cas. Et c’est là que je ne suis plus sûre de comprendre : est-ce une manière plus coûteuse mais plus facile de gérer l’entreprise ? Une manière plus rigide de tenir la main d’oeuvre en laisse ?

                              Il doit y avoir une raison pour sacrifier la rentabilité, qui est par essence l’objectif de toute entreprise.

                              Ma propre explication, pour ce qu’elle vaut, est que l’extrême structuration des entreprises est inversement proportionnelle au chaos qui secoue de plus en plus le monde. Peut-être faudrait-il déchiffrer cette évolution avec une grille de lecture plus psychologique que commerciale.

                              Quant au Furtif, je suis d’accord avec lui ; je cultive mes tomates, mais cela me coûterait tellement moins cher de les acheter sur le marché ou dans un supermarché !! Reconnaissons quand même qu’elles ont un goût ..... différent (quand elles n’ont pas le mildiou) !


                              • masuyer masuyer 23 mai 2008 23:30

                                Bonsoir Monolecte.

                                 

                                La réflexion est pertinente comme toujours, surtout sur le fond. Hélas elle se heurte à une difficulté car elle oublie une donnée. C’est que l’entrepreneur ne fixe pas réellement son prix de prestation.

                                Votre secrétaire vous permet effectivement de gagner du "temps productif", au sens où productif signifie travail qui vous est payé. Pour que l’équation fonctionne, il faut que le prix du travail productif soit suffisant pour rémunérer deux personnes.

                                Ce qui n’enlève rien à l’intérêt du travail de secrétaire. Pour l’assumer, il faut grossir et prélever une part du "travail productif" de chacun afin de la rémunérer. Les pistes étant le groupement d’employeurs (type GIE) ou pourquoi pas une SCOP pour tenter de rester dans une démarche, disons, "éthique".

                                Cordialement

                                 


                                • Yohan Yohan 23 mai 2008 23:53

                                  Aujourd’hui, embaucher une assistante exige une certaine taille. Généralement, au début, les start up imaginent pouvoir s’en passer. Mais très vite, dès que la boîte décolle, les cadors changent d’avis. Les opérationnels ne maîtrisent pas tout (l’écrit, l’organisation,...) et puis, une entreprise sans secrétaire, c’est comme un bâtiment sans ascenseur....et les clients n’aiment pas prendre l’escalier

                                   


                                  • rocla (haddock) rocla (haddock) 24 mai 2008 09:41

                                    Yohann ,

                                    Erreur , il y a des assistantes de pas très grande taille qui sont très comi faut , question taille ....


                                  • Le péripate Le péripate 24 mai 2008 00:07

                                    Super ! Un monde où tout le monde aurait sa secrétaire.Perso, ça me ferait gagner une heure de plus à la vigne, je pourrait donc lui donner une moitié de l’heure d’un smicard... Il y a quelqu’un ?

                                    Non ?

                                    Une solution comme celle-ci n’est rien d’autre qu’une association. Mais, généralement, des associés libres s’assurent que bénéfices et risques soient également partagés entre tous. Imaginons que la secrétaire fasse perdre de l’argent, à la suite d’une bévue par exemple. Aura-t-elle un salaire négatif ?

                                    Comment se fixent le cout des choses et du travail ? Les néo-classiques font l’hypothèse de l’offre et de la demande. Ils négligent très probablement les phénomènes mimétiques, les conventions sociales, et tant d’autres aspects. Les libéraux ne disent que les prix doivent être libres. Et seulement ça. Les raisons à ceci est que si une quelquonque autorité décidait mettons des prix des salaires, elle finirait aussi par décider de qui ferait quoi, pour finir par décider de tout.


                                    • Le péripate Le péripate 24 mai 2008 10:12

                                       Dire que la liberté, c’est l’absence de règles, ou la jungle, est la plus grande des hypocrisies. Ce n’est pas parce que on ne connait pas vraiment comment les prix se forment qu’il faut en conclure qu’il faille les fixer arbitrairement.

                                      Si nous avions un syndicalisme réellement libre, avec des adhérents en nombre, les syndicats pourraient négocier pour leurs adhérents (et pas pour tout le monde indisctinctement sous l’égide de l’Etat) des accords qui satisferaient toutes les parties.

                                      Il faudrait commencer par retirer ce privilège injustifiable qui font que certains syndicats soient dit représentatifs (quelle rigolade !).

                                      Ensuite, que les accords passés par un syndicat aient valeur juridique pour les adhérents du dit syndicat.

                                      Que les syndicats puissent proposer des services : offres d’emploi, mutualisation des risques chomage, maladie, ....

                                      Et au lieu d’avoir des syndicats au ordre composés de quelques "fonctionnaires" toujours en réunion, nous aurions un fort mouvement associatif capable de peser face aux employeurs.


                                    • Le péripate Le péripate 24 mai 2008 18:27

                                      Reneve, t’es trop c...

                                      Association, et libre. Si tel secteur de métier décidait de s’associer, pourquoi l’interdire ? Ou les paysans du Causse Méjean ? Ou les emplyés de supermarché ? Ou même les professeurs à la retraite qui trollent sur Avox ?

                                      Si la forme d’une association est libre, elle devient ce qu’elle veut, mais pour exister, elle a besoin d’adhérents, de ressources.

                                       


                                    • Emile Red Emile Red 25 mai 2008 19:29

                                      La syndicalisation devrait être obligatoire comme la sécu ou la retraite et mieux que l’assurance veuvage....

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