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Nous sommes les héritiers de Keynes

Keynes, la crise, le libéralisme. Faut-il croire tout ce que l’on nous dit ? Rien n’est plus sûr !

Trop tard ! Votre venue à la tête de l’Etat, Monsieur le Président, arrive en décalé par rapport à l’horaire ! C’est presque fini. Comme Saint Sébastien sous Dioclétien fut percé de flèches, le libéralisme sous l’égide même des néolibéraux et de leur ancien empereur de papier G.W Bush, est percé de flèche non pour les même causes, traîtrise, mais plutôt pour excès de confiance et de cupidité !

Cependant, force est de constater que nous ne sommes pas très éloigné de la traîtrise, qui, dans le contexte actuel est alimentée par l’excès et l’emballement du système. La crise a permis de révéler au grand jour la cupidité et l’immoralité qui trottine comme une hyène ébouriffée derrière le vertueux modèle libéral.

Pour les lecteurs avertis de l’hagiographie de Saint Sébastien, on sait que les soldats romains chargés de le cribler de flèches, ne visèrent pas le cœur. Et Sébastien se remit de ses blessures, avant que Dioclétien pour cette seconde mise à mort n’en termine une fois pour toute.

En sera-t-il de même pour le libéralisme ?

Alors que l’opinion publique dont on connaît le caractère capricieux, parfois la veulerie et l’empressement qu’elle met à cracher sur ses idoles d’hier, s’interroge enfin sur la moralité de cette doctrine, en France, le train des réformes à caractère libéral, court avec une suffisance et une détermination, qui laisse perplexe.

Alors que le libéralisme mondial et ses excès sont attaqués, je ne dirais pas de toute part, car ses nombreux chantres et icônes trompettent encore sur les remparts de la citadelle à la gloire de la doctrine, il résiste et colmate les brèches, continue à ajuster structurellement un peu partout dans le monde, aidé en cela par une nomenklatura internationale, fidèle et bien formée, citons pour exemple le Mont Pèlerin et sa garde néolibérale.

Le libéralisme triomphant du début de ce XXIe siècle, découvre enfin les méfaits dont il est intrinsèquement porteur. Nicolas Sarkozy aurait dû être Président il y a 5 ans, à l’époque où personne n’était averti des dégâts que pouvait causer le dogme. A la gloire du libéralisme triomphant, et non du capitalisme triomphant dont on sait qu’il est avant tout un fait social avant d’être une doctrine, notre président aurait pu faire passer le train des réformes avec moins de résistance et d’opposition. Aujourd’hui il en est tout autre. Le masque vertueux du néolibéralisme est tombé, montrant aux yeux de l’humanité ses travers et ses excès ! C’est la raison pour laquelle, il est grand temps de tuer la meute de hyènes qui a goûté au sang, pour excès de traîtrise et abus de confiance sociale.

Alors, héritiers de Keynes ? Oui ! Mais pourquoi ? Parce que la société française postérieure à la seconde guerre mondiale est le fruit d’une politique keynésienne volontaire et structurante. Une politique keynésienne structurante n’est pas seulement économique. Elle porte en germe un souffle social fort, et induit mécaniquement une attention permanente sur des notions d’équité et de justice dans une société moderne. Mais le keynésianisme c’est encore plus que cela. Il est également porteur d’une incontestable notion du rôle politique de l’Etat qui a, par le passé, porté durant trente ans le développement des économies occidentales et de la social- démocratie.

C’est la raison pour laquelle, vouloir démanteler, pas à pas, le système keynésien est non seulement criminel, mais totalement absurde. Actuellement les soubresauts économiques de la crise étalent enfin au grand jour les principes occultés qui veulent que l’idéologie néolibérale laissée à sa seule gouvernance produise des effets opposés aux principes keynésiens et aux fonctionnement des démocraties sociales. (cf économie de Pinochet au Chili et de Suarto en Indonésie). Pourtant, si le keynésianisme ne réfute pas l’idéologie libérale, il propose que le plus grand nombre profite de la richesse qu’elle permet de créer. Keynes est de nouveau d’actualité.

Alors quid des plans de relance ? Si ce keynésianisme retrouve une certaine jeunesse, nous devons pourtant le prendre avec prudence. L’hypothèse défendue ici, repose sur un constat historique. Le plan de relance keynésien des années trente prend en compte une relance par la consommation, mais dans un monde où le primo équipement est tout à réaliser et le principe économique est productiviste.

Or, les conditions économique sont très différentes aujourd’hui. Les sociétés modernes sont très bien équipées et la prise de conscience des effets néfastes de l’hyperconsommation sur l’environnement commence à trouver un écho favorable.

Tous orientés vers la consommation ou l’incitation à l’investissement, ces plans n’apportent pas de solutions nouvelles à une situation nouvelle. Ils apportent des solutions anciennes à une situation nouvelle. Nous ne sommes plus à l’ère bienheureuse de la production de masse. Nous ne sommes plus, loin s’en faut, aux lancements prometteurs de la massification de la consommation placée sous la férule du marketing, comme à l’époque du « new deal » ou à celui des trente glorieuses. Continuer à relancer la surconsommation de manière irrationnelle va à l’encontre d’une politique économique actuelle, moderne, qui tient compte des générations futures, qui se préoccupe de l’environnement, de la santé, de l’éducation, du partage et de l’équité en terme de richesses.

Retenons de Keynes, la leçon de l’intervention régulatrice de l’Etat, ainsi que la politique des aides publiques, celle des déficits publics et celle des grands travaux. Mais oublions cette fichue relance par la consommation qui ne veut pas s’appeler hyperconsommation et la stimulation de l’investissement privé sans contre partie (industrie automobile, banque). Tout cela n’est qu’un cataplasme sur une jambe de bois ; le corps est malade, et la planète n’est qu’un stock épuisable. Tout cela démontre l’irresponsabilité des dirigeants et des économistes. Ceux qui continuent à croire en l’irréductible et éternelle croissance brisent le mythe prométhéen qui tient lieu de principe envers les générations futures et démontrent que la réflexion et la sagesse ne sont, que les cadettes de leurs soucis.

N’est-il pas temps, Empereur(s) Dioclétien(s), de prononcer la seconde condamnation à mort ? Non celle du libéralisme, soyons réaliste, rien d’autre pour le moment ne permet de créer de la richesse et du bien être, mais celle de l’immoralité de la cupidité et de l’avidité qui traîne dans son sillage.

Revenons aux fondamentaux des politiques régulatrices et de justice distributive.

Finalement, nous ne sommes plus très loin des valeurs de la République. 

Restons les enfants de Keynes…et de la République !

 Patrick LOUART

 


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3 réactions à cet article    


  • MarcDS MarcDS 18 février 2009 11:28

    Vous oubliez un point essentiel dans votre petit historique du keynesianisme, c’est que celui-ci n’a pu prendre corps que grâce à la menace que représentait le communisme pour les intérêts capitalistes de l’époque. Si la Russie n’a pas eu le soutien de la finance internationale lorsque Eltsine a proclamé son indépendance, c’est bien parce que cette finance internationale ne voyait plus aucun intérêt à aider le seul pays qui ait pu l’obliger à mettre un frein à ses exigences de libéralisation des marchés.

    Votre conclusion reprend malheureusement le refrain de tous les néo-libéraux en mal d’amour avec l’opinion publique : il faudrait, paraît-il, moraliser le système. J’y vois pour ma part deux obstacles majeurs : 1° comment un système basé sur l’avidité et la cupidité pourrait-il être durablement moralisé ? 2° même moralisé, comment concevez-vous que le libéralisme puisse fonctionner sans croissance ?

    Gardons-nous de voir dans le keynésianisme la planche de salut à la crise systémique actuelle. S’engager dans cette voie serait le plus sûr moyen de voir tous les réflexes néo-libéraux refaire surface dès que la reprise économique s’amorcera. Ce serait aussi travailler à la survie de ce que vous appelez un fait social ; mais, fait social ou pas, je crois comme André Gorz que la sortie du capitalisme a déjà commencé. L’urgence est maintenant dans la construction de nouvelles bases de vie économique et sociale.



    • Kalki Kalki 18 février 2009 13:08

      	Je propose de commencer à ouvrir les horizons des possibles

      Sur Agoravox tv :


      Espoir : AUROVILLE, la ville dont la Terre a besoin


      http://www.agoravox.tv/article.php3?id_article=21905

      Depuis 1968, dans le Sud de l’Inde, une ville utopique se développe et attire des habitants de tous les pays du monde. Auroville est une expérience ambitieuse et unique, une sorte de laboratoire d’où sortira peut-être la ville du futur idéale.
      Depuis toujours, l’homme rêve de construire un monde meilleur, d’inventer une autre manière de vivre grâce à laquelle il pourrait s’affranchir du racisme, de la religion, de la politique, de la pollution, et surtout de l’argent.

      A voir au moin la première video, qui est la bande annonce.


      • ddacoudre ddacoudre 19 février 2009 09:52

        bonjour patrick

        bonne analyse que je partage sur le fond. le keynésianisme est à adapter au nouveau paradigme mondial avec les deux contrainte que tu soulèves, poussé a la consommation et à la production de produit propre, c’est à dire que la planète puissent absorbets nos déchets pour les recycles sans que nous soyons obliger de les consommer par l’intermédiaire de ce que nous appellons les pollutions que ce soit les cfc dans les poissons etc ou les vaches folle etc. cette transition exigera un autre modèle de décompte de la richesse que celui dont nous disposons et exigera aussi que la vanité humaine se transporte vers d’autres sources de considération sociale, comme par exemple le savoir car ceux qui nous dirigent contre vent et marée vers la tempète ne sont pas dénués d’intelligence.

        cordialement.

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