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Nouvel Ordre Sino-Asiatique et Polycentrisme Géoéconomique au 21 ème Siècle

Une contribution significative de la récession de 2008-2009 aura sans doute été la prise de conscience brutale de la présence du dragon chinois dans la salle de banquet aussi bien des pays industrialisés que des pays en voie de développement. Le grand « entrepôt » de la planète comme on la surnommait non sans condescendance, s’est forgé un destin de banquier mondial à coup d’audace dans l’accumulation mercantiliste. La Chine est assise aujourd’hui sur le coffre fort de $900 milliards de dollars de bons du trésor américain en plus de ses $1400 milliards de réserves américaines qu’elle garde jalousement pour les besoins de sa sécurité financière. Avec son poids démographique non négligeable de 1.3 milliard de consommateurs, l’espace chinois s’étend comme le plus grand bazar mondial et la locomotive de la croissance économique asiatique. En 2009, elle occupait la deuxième place après les USA pour la vente des ordinateurs. Elle se positionne comme centre de la manufacture globale et le leader dans la vente des écrans plats. Au niveau mondial, elle produit 2/3 des machines à photocopier, des chaussures, des jouets, des fours à micro-onde. Elle produit ¼ des téléviseurs et téléphones portables. Mais cela n’enlève en rien le mérite chinois de rappeler que le moteur de la croissance chinoise s’appuie disproportionnellement sur les technologies importées. Seulement 0,03% des firmes chinoises jouissent des droits de titre de la propriété intellectuelle de ces technologies principales.

Le dragon chinois ne tire pas seulement avantage de sa capacité à inonder le marché de ses produits de consommation. Investir dans le capital financier mondial demeure son obsession majeure et cela même avec ses rivaux traditionnels. En mai 2009, la Chine a conclu avec Taiwan une clause de coopération bilatérale d’une enveloppe de $5.6 milliards de dollars. China Investment Corporations détient 45% des actions du Nobel Oil Group de Russie et 11% de la compagnie énergétique du Kazakhstan, 38% dans le géant canadien Tech Resources depuis 2009. Pékin a offert $15 milliards de dollars de crédit pour le financement de projets d’infrastructure dans les pays de l’APEC (Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam). Elle a octroyé un prêt de $10 milliards de dollars à la Compagnie Nationale de Pétrole du Brésil. En Afrique, elle a accordé près de $11.5 milliards de prêts concessionnels sans préalables de remboursement. La Banque Centrale de Chine et la Banque Populaire de Chine contrôlent près de 1/3 des devises monétaires au niveau mondial.

La croisade financière chinoise au niveau mondial n’est pas sans confirmer l’émergence incontournable du polycentrisme de la finance internationale au 21ème siècle. L’existence des fonds souverains de richesse prélevés autour de l’accumulation des excédents commerciaux par les pays exportateurs de pétrole nourrissait autour des années 2007 la suspicion quant à la naissance d’un nationalisme ou patriotisme géoéconomique de facture financière. Bien au contraire, les fonds souverains de richesse passent désormais pour le talisman indispensable de la finance mondiale. Les pays du Golfe sponsorisent au total 14 fonds souverains de richesse. Abu Dhabi Investment Authority avec ses $875 milliards de dollars se positionne comme le plus large fond souverain mondial. Ce groupe a racheté 4.99% des parts de la compagnie italienne Unicredit pour la valeur de $2.3 milliards de dollars. Dubaï Ports World Ltd gère 49 ports terminaux dans pas moins de 31 pays et s’est déjà positionné sur 5 continents. Koweit Investment Authority brasse $213 milliards de dollars. Le fond du Qatar Investment Authority s’élève à $52.7 milliards de dollars. Il a racheté le grand magasin londonien de luxe Harrods pour la valeur de $2.2 milliards de dollars et prend une part active dans les banques au Vietnam, dans le secteur des Télécoms en Zambie et dans Platinum Mining en Afrique du Sud. La Lybie avec $70 milliards de son fond souverain de richesse achetait des actions dans Télécom en Italie et injectait de l’argent dans les clubs de football. L’Inde a inauguré un fond de $ 11 milliards de dollars destiné aux financements des infrastructures diverses. Le Venezuela et l’Inde ambitionnent de créer un fond souverain de richesse de l’ordre de $100 milliards de dollars. Un fait qui n’est pas anodin c’est qu’en 2010, une part importante des investissements des fonds souverains de richesse de l’ordre de $25.2 milliards de dollars s’est davantage positionnée vers les pays de la région Asie-Pacifique. Les fonds souverains naviguent désormais en direction des zones économiques à croissance rapide. Parmi les 10 pays qui détiennent le plus grand poids de devises monétaires en réserve, 8 sont des pays de l’Asie. La géopolitique mondiale s’éclipse pour faire place aux impératifs géoéconomiques.

Les contours matériels d’un nouvel ordre sino-asiatique prennent forme. D’une part, l’Asie Centrale se pose comme le centre de gravité d’une importante alliance géoéconomique mondiale. L’Organisation de la Coopération de Shanghai avec la Chine, la Russie, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Kyrgyzstan, et le Tadjikistan comme membres fait résolument preuve d’un pragmatisme économique qui n’a pas emprunté des sentiers de travers. L’intégration économique au niveau régional semble se matérialiser. Depuis 2005, le pipeline pétrolier d Atasu au Kazakhstan dessert en pétrole Alashankou dans l’ouest de la Chine. En 2009 un accord de construction d’un pipeline de 1800 Kms ambitionne de transporter du gaz naturel du Turkménistan en transitant par l’Ouzbékistan et le Kazakhstan jusqu’en territoire chinois. Le projet de pipeline Nabucco, long de 3300 kms transportera du gaz naturel depuis la mer caspienne en Europe centrale et de l’est en transitant par la Russie.

D’autre part, la Chine se pose en moteur de l’intégration régionale par sa participation dans le dynamisme de l’APEC (Coopération Economique Asie-Pacifique) dont elle est le 4ème marché et le 2ème fournisseur. 10,6% des importations de l’APEC proviennent de la Chine. 8,1% des exportations totales de l’APEC vont en Chine. La zone de libre échange entre les pays de l’APEC et la Chine vise la création d’un marché de près de 2 milliards de consommateurs. Par conséquence, un ordre sino-asiatique est né autour de la constellation d’une zone économique asiatique caractéristique de plusieurs hubs impressionnants que représentent Shanghai, Hong Kong, Taipei, Tokyo, Seoul, Singapore, et Sydney. L’Asie harmonise ses transferts d’argent et ses réserves monétaires autour du Fond Monétaire Asiatique en même temps qu’elle met les bouchées doubles pour construire la Banque Asiatique de Développement. Une zone de libre échange, une banque de développement et un fond monétaire sont les réponses fondamentales pour l’avènement d’un ordre économique monétaire dont la Chine se pose en artisan et leader incontournable. Le dragon chinois a même conclu déjà un certain nombre d’accord de convertibilité monétaire entre la Corée du Sud, l’Argentine, et l’Indonésie.

Il va sans dire que Shanghai deviendra d’ici 2020 un centre financier mondial. Un consensus voit le jour. Le nouvel ordre est-asiatique sera essentiellement sino-centrique. L’Australie et la Nouvelle Zélande se rapprochent davantage de l’Asie de l’est en raison de leur dépendance prononcée par rapport à l’économie chinoise et aussi pour des raisons de convenance géographique. Depuis 1994, la Corée du Sud a supplanté les USA comme le second partenaire commercial de l’Australie après le Japon. Pour prévenir les effets néfastes d’une faillite économique dans sa périphérie, le jeudi 9 juin 2011, la Chine et la Corée du Nord ont formellement lancé le projet de construction de zones communes de libre échange sur le port de Rajin-Sonbong et sur les îles Coréennes de Hwanggumpyong et de Wihwa. La Chine est le fournisseur à 90% du pétrole Nord Coréen en plus qu’elle assure 80% des biens de consommation et 45% des denrées alimentaires de son voisin. Une faillite économique de la Corée du Nord n’est donc pas dans l’intérêt de Pékin. Hormis le décor de sa politique hautement cérémoniale, la Corée du Nord dépend en grande partie de la Chine pour sa survie. 

Le nouvel ordre sino-asiatique n’augure pas l’ère d’un béhémoth sans égal pour l’humanité. La Chine ne supplantera pas l’Oncle Sam. Pékin ne fera pas ombrage à Paris, Londres, Berlin ou Tokyo. Le Pacifique ne déplacera pas l’Atlantique. Il y aura plutôt une coexistence de polycentrisme géoéconomique et politico-diplomatique. Cette coexistence de centres géoéconomiques se signalera aussi par la présence d’une modernité hybride autant rurale qu’industrielle pour la Chine, le Brésil, l’Inde aussi bien que l’Indonésie. Sur les sentiers de son développement, le dragon chinois combinera autant les marques d’un pays développé que les stigmates d’un pays en voie de développement. D’ici 2015, la Chine atteindra le même standard de vie que la plupart des pays occidentaux ont atteint en 1960. Aussi, jusqu’en 2050, la Chine et l’Inde, en raison de leur poids démographique feront rang parmi le groupe de pays appartenant à la classe moyenne plutôt qu’au club des pays riches au regard de leur PIB per capita. Le revenu per capita en 2050 tournera autour de $ 90.000 dollars pour les USA, $89.000 pour la Corée du Sud, $81.000 pour la Grande Bretagne, $80.000 pour la Russie, $78.000 pour le Canada, $78.000 pour la France, $50.000 pour le Brésil, et $50.000 pour la Chine.

Le dragon chinois s’appuiera sur les ailes de ses industries high-tech pour se faire une place au soleil levant du club des pays industrialisés. Mais elle devra aussi combler les nids de poule de sa pauvreté rurale et payer un lourd tribut pour sa croissance tributaire d’une surexploitation accélérée des ressources naturelles. Près de la moitié de la population chinoise demeure rurale. Il faudra sans doute encore une vingtaine d’années au moins pour que la Chine parvienne à une réduction de 20% de sa population rurale. Pékin devra créer 8 millions d’emplois par an pour résorber la croissance de sa population urbaine. La stratégie de croissance chinoise de 10% n’est pas sans soulever de réels cauchemars pour le futur. Plus de la moitié des forêts chinoises a simplement été détruite depuis ces 40 dernières années. Le nord de la Chine est menacé de devenir le plus grand désert du monde alors que cette région abrite la moitié de la population. Un prix exorbitant à payer est la récession écologique et la pollution industrielle. La Chine renferme 16 parmi les 20 villes les plus polluées de la planète avec une pluie acide touchant 1/3 de son territoire. Même avec sa croissance actuelle de 8% par an, d’ici 2031 la Chine devrait consommer les 2/3 de grains mondiaux et aurait 1.1 milliard de voitures sur ses routes. Elle se retrouverait contrainte de consommer 99 million de barils de pétrole par jour. Cette croissance est simplement insoutenable.

L’émergence du nouvel ordre sino-asiatique autour d’un fond monétaire asiatique, d’une zone de libre échange et d’une banque de développement à l’image de l’Union Européenne donne le ton que le 21ème siècle sera celui des souverainetés régionales. Le 12 juin 2011 à Johannesburg, 26 pays de l’Afrique australe et de l’est ont jeté les bases de la création d’une zone de libre échange allant de Cape Town jusqu’au Caire, ranimant ainsi la vision de la « zone tripartite » de Cecil Rhodes. Cette zone géoéconomique représente environ près de $875 milliards de dollars du PIB de ces pays. Il serait tout aussi convenable qu’une autre zone économique parte du Congo jusqu’en Tunisie. Plus on accorde une adhésion au schéma des grandes souverainetés régionales et géoéconomiques, mieux cela vaudra pour le développement économique mondial et la sécurité internationale. Entretenir la concurrence étatique des pays avançant en silos rivaux et bureaucratiques dans les agences de développement et nourrir l’acharnement futile pour la sécurité individuelle des nations ne présente aucun gage viable pour ce siècle. Les blocs régionaux devraient tenir des sièges permanents au Conseil de Sécurité de l’ONU et réécrire les enjeux de sécurité au niveau régional pour le 21eme siècle. 

 

Source :

- Yannis G. Mostrous, Elliot H. Gue & David F. Dittman, The Rise of the State : Profitable Investing and Geopolitics in the 21st Century (Upper Saddle River, by Pearson Education, 2011)

- Edward Tse, The China Strategy : Harnessing the Power of the World’s Fastest Growing Economy (New York, Basic Books, 2010)

- Parag Khana, How to Run the World : Charting a Course to the Next Renaissance (New York, Random House, 2011)

- Martin Jacques, When China Rules the World : The End of the Western World and the Birth of a New Global Order (New York, The Penguin Press, 2009)

- Robert D. Kaplan, Monsoon : The Indian Ocean and the Future of American Power (New York, Random House, 2010)

- Kent E. Calder & Francis Fukuyama, eds., East Asian Multilateralism : Prospects for Regional Stability (Baltimore,The Johns Hopkins University Press, 2008)

- Michael G. Schechter, eds., Innovation in Multilateralism (New York, United Nations University Press, 1999)

- Eamonn Fingleton, In the Jaws of the Dragon : America’s Fate in the Coming Era of Chinese Hegemony (New York, St Martin Press, 2008)

- John Milligan-Whyte & Dai Min, China and America’s Emerging Partnership : A Realistic New Perspective (New York, S.P.I.Books, 2009)

- Guoguang Wu & Helen Lansdowne,eds., China Turns to Multilateralism : Foreign Policy and Regional Security (New York, Routledge, 2008)

- John English, Ramesh Thakur & Andrew F. Cooper, eds., Reforming From the Top : A Leaders’ 20 Summit (New York, United Nations university Press, 2005)

- Eric J. Weiner, The Shadow Market (New York, Scribner, 2010)


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6 réactions à cet article    


  • plancherDesVaches 30 juin 2011 13:20

    La Chine n’a fait que répondre à la demande du commerce international.
    Et cela a profiter aux oligarques chinois qui en ont profité pour vendre le modèle américain à leur peuple.
    « vous vivrez tous des des occidentaux.. »

    Par contre, oui, les US ont très envie de faire la guerre à la Chine.
    Autant ne pas entrer dans ce jeu dangereux.

    N.B. : je préfère deux Chinois vivants et dix cowboys morts.


    • Strawman Strawman 30 juin 2011 13:53

      Fichtre, pas moins de trois articles sur le Péril Jaune en une journée sur Agoravox, juste au moment où la communauté chinoise de Belleville se plaint de persécutions...

      Cela ressemble fort à la technique du bouc émissaire... Une communauté avide qui projette d’acheter le monde entier... J’entends d’ici le bruit des bottes...


      • Alexis_Barecq Alexis_Barecq 30 juin 2011 22:59


        Je ne peux pas approuver le ton condescendant, les procès d’intention, les jugements superficiels... Ce flot de mots est le fruit d’une pensée moisie.

        Hou hou... le péril jaune. Limite raciste.

        Et tout ça présenté comme une prise de conscience ? ha ha ha... réveillez-vous !!!


        • King Al Batar King Al Batar 1er juillet 2011 12:29

          Attendez bientot y aura les connards habituels d’AV qui vont venir nous dire que ce sont les sionistes qui tirent les ficelles et qui manipulent les chinois...
          C’est quand même marrant que les mecs qui foirent leur vie, et sont frustrès soient constamment obligés de chercher des responsables cachés et fourbes à leur problèmes...
          Y pas plus de complot bridé que de complot juif, la vie c’est chacun sa gueule, et s’il y a complot, c’est juste que ce sont les puissants qui décident. Mais les puissants n’appartienne ni à un peuple, ni à une religion, ni à une couleur. Ce sont des apatrides pétés de thunes qui entendent bien assoir leur pouvoir.

          Faudrait que les gens arretent de se pignoler un peu, et reviennent sur Terre. Les riches dominent le monde, et comme tout dominant ils font le necessaire pour faire perdurer leur domination. Que les dominants soient américains, chinois, juif, musulmans ou je ne sais quoi encore, ne changera rien au fait qu’il se serve du peuple pour s’enrichir.


          • Le péripate Le péripate 1er juillet 2011 12:35

            Vous connaissez un produit nouveau qui arrive de Chine ?

            Vous savez qu’une bulle immobilière couve, des millions de logements vides, et des gens à 10 dans une seule pièce ?

            Non, probablement pas.


            • elpepe elpepe 15 mars 2014 17:03

              Article interessant, en effet les nouveaux poles economiques shif de la vieille Europe vers les Emergeants, et cela dessine de nouveaux contours geopolitiques. Bien qu’en lisant certains commentaires, il ne faut plus penser que l’occident est le centre du monde, les asiatiques se désintéressent massivement de nos dettes souveraines, et n’investissent que dans les quelques industries qui nous restent, et représentent encore une vraie valeur ajoutée technologique. La problématique de la Chine est de créer d’autres marches pour se substituer a celui de l’Europe, dont ils ont sagement anticipe la fin, cette article le prouve, merci a son Auteur.

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