On nous explique que l’avenir du pays nécessite de prémunir nos entreprises contre des attaques hostiles. Certes. Mais regardons d’un peu plus près : les entreprises que nous défendons sont-elles si patriotes qu’on le dit ? Et les Français ont-ils bien tout compris ?
Sondage étonnant paru dans Le Figaro du 6 mars dernier. Interrogés sur la fusion entre Suez et Gaz de France, 67% des Français estimeraient que celle-ci est une bonne chose. 22% penseraient le contraire. Dans le même temps, 39% des Français seraient opposés à la privatisation de GDF, 32% y étant favorables. La fusion entre Suez et Gaz de France entraîne pourtant, de fait, une privatisation de GDF. Si bien qu’une partie des Français, selon ce sondage, seraient à la fois pour et contre... Comprendra qui veut.
Du reste, ce sondage n’est-il pas passé à côté de l’essentiel : pourquoi cette fusion ? Pour des raisons de patriotisme économique ? Parce que l’énergie est une question trop importante pour être laissée au marché ? Que vaut la loi qui prévoyait que l’Etat ne descende pas au-dessous de 70% du capital de GDF ? Une boulette de papier ? Que l’on soit ou non favorable à cette fusion, l’absence de débat, de discussion, d’explication ne peut qu’inquiéter. Les choses se font et se défont dans l’indifférence.
Et il y a plus surprenant encore. 69% des Français estimeraient que l’Etat doit intervenir pour empêcher les OPA d’entreprises étrangères sur les entreprises nationales. Sortons les fanions quand Danone menace de tomber entre les griffes d’un concurrent américain ; crions au loup quand Arcelor tombe dans l’escarcelle d’un groupe indien ; et chantons la Marseillaise, la main sur le cœur, pour célébrer la naissance du géant GDF-Suez.
Il serait intéressant, tout de même, d’expliquer aux Français que l’entreprise Arcelor a élu siège au Luxembourg (est-ce une question de desserte aéroportuaire, ou de fiscalité ?) ; que Renault-Nissan crèche aux Pays-Bas en compagnie d’EADS et d’Alcatel ; que Vivendi, Axa ou encore Total ont des filiales en des lieux aussi exotiques (et fiscalement laxistes) que, respectivement, le Delaware (Etats-Unis), sur l’île de Man, aux Bermudes Voir le dossier de Terra Economica « Savez-vous planquer les sous ? ».
Petite question : pourquoi l’Etat défendrait-il à tout prix des sociétés qui refusent de payer tout ou partie de leurs impôts sur leur territoire « national » ? Libéral le matin, interventionniste l’après-midi : cela ne s’appelle pas le patriotisme économique. Cela s’appelle l’opportunisme.

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08/03 23:05 - CopasIl y a un très bon livre qui vient de sortir qui remet les choses en place : l’auteur que (...)
08/03 20:59 - wwww.jean-brice.frJe rejoint l’auteur sur ce point de vue. Il faut savoir ce que l’on veut. Soit on (...)
08/03 19:40 -ou Patriotisme = libéralisme + opportunisme ? ou Liberalisme = patriotisme + opportunisme (...)
08/03 14:41 -Monsieur, Je vous remercie d’avoir apporté ces quelques précisions et j’espère que (...)
08/03 14:15 - ThomasCher monsieur, tout d’abord, cet article relève effectivement davantage de la tribune, et (...)
08/03 13:36 - Walter Bouvais
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