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Patrons, responsabilité et morale

Perte record à la Société générale, scandale de l’UIMM, augmentation record des salaires des dirigeants du CAC 40, fraude discale en Allemagne et dans toute l’Europe : les patrons sont au coeur de l’actualité, et certainement pas pour les meilleures raisons. Ces événements particuliers doivent être l’occasion de poser certaines questions de fond sur la responsabilité des patrons, la moralité de leurs rémunérations ou leur loyauté envers leur nation. En effet, la mondialisation a profondément changé le contexte dans lequel évoluent les grands dirigeants : leurs sociétés sont de plus en plus internationales, leurs salaires ont considérablement augmenté et les opportunités se sont multipliées pour ces personnalités souvent hors du commun qui pouvaient se sentir à l’étroit dans le cadre national.

L’affaire Kerviel a relancé le débat sur la responsabilité des grands patrons. Beaucoup, le président de la République en tête, ont exigé la démission de Daniel Bouton, PDG de la Société générale. Leur argumentation peut se résumer ainsi : la rémunération très importante octroyée aux grands dirigeants d’entreprise sont la contrepartie de leur responsabilité et du fait qu’ils doivent pouvoir servir de fusible à tous moments. En d’autres termes, le niveau de leur salaire s’explique en partie par la "précarité" de leur poste. Cette façon de présenter les termes du débat doit être dénoncée et complètement renversée. En effet, reconnaître la responsabilité du PDG face aux agissements de l’ensemble de ses salariés, au motif qu’il aurait dû s’assurer que les systèmes de contrôle soient plus perfectionnés, c’est en fait célébrer un hymne à l’irresponsabilité généralisée. Il est trop commode de concentrer le poids de toutes les décisions sur une seule personne et de lui demander de prendre la porte une fois les dégâts causés, on manque ainsi une occasion de s’interroger sur les causes plus profondes des dysfonctionnements. De plus, il est moralement contestable de condamner une personne pour des actes dont elle n’est pas directement responsable, ce mode de fonctionnement s’oppose par exemple au fonctionnement de notre justice qui refuse de dissocier les notions de culpabilité et de responsabilité.

Mais ce qu’il faut surtout dénoncer, c’est l’idée que l’hyper-responsabilité couplée à la grande précarité du poste de patron justifie sa rémunération colossale. C’est une façon de reconnaître que, d’une manière ou d’une autre, le salaire d’un PDG est mérité. Or, quand on commence à parler en millions d’euros, les notions de mérite ou d’effort deviennent complètement caduques. Aucune qualité personnelle ne peut justifier de gagner 3,3 millions d’euros de salaire annuel comme ce fut le cas l’an passé pour Daniel Bouton. Pour le faire, il faudrait expliquer que cette différence d’un facteur proche de 300 par rapport à un salarié payé au Smic s’appuie sur un mérite 300 fois plus fort ou une charge de travail 300 fois plus importante : cela ne tient pas. Pour comprendre, et expliquer en partie, un tel niveau de rémunération, il faut admettre que l’économie et le capitalisme n’ont rien à voir avec la morale. Ainsi, plutôt que de se demander si un salaire est juste, il faut comprendre ce qui peut le justifier. Les acteurs économiques ne se définissent pas par leur moralité, mais par leur rationalité. Que se passe-t-il dans la tête d’un conseil d’administration qui accorde plusieurs millions de rémunération au dirigeant de la société ? Il se dit simplement que c’est le prix à payer pour attirer une personne qui sera capable de choisir la meilleure stratégie pour l’entreprise. Pour faire simple, si un "bon patron" permet de réaliser un résultat supérieur de quelques pourcents par rapport à un "patron moyen", ce qui peut se chiffrer en milliards d’euros, alors il est parfaitement rationnel et raisonnable de lui accorder une rémunération de plusieurs millions d’euros qui ne pèsera pas grand-chose par rapport au gain attendu. Bref, ce qui détermine le salaire des grands patrons, c’est avant tout la loi de l’offre et de la demande, et aucunement des questions de mérite personnel.

On comprend dès lors pourquoi Daniel Bouton doit rester à la tête de la Société générale, tant que sa responsabilité directe n’est pas mise en cause : d’une part il serait irresponsable de concentrer sur lui toute la responsabilité qui pèse au sein de l’entreprise et d’autre part le sacrifier serait une manière détournée de justifier sa rémunération sur le plan du mérite puisqu’elle serait la contrepartie à une grande responsabilité et à une grande précarité. Si on suivait une telle logique, on devrait accorder également des millions d’euros à un salarié à l’essai ou à un membre de cabinet ministériel puisque dans les deux cas ils peuvent être limogés du jour au lendemain. Plutôt que ces considérations morales inopérantes, préférons la froide réalité et la rationalité qui prévaut dans le monde économique : chacun doit pouvoir être reconnu coupable uniquement de ce dont il est directement responsable, et la rémunération d’un individu n’est pas la reconnaissance de ses mérites, de ses talents ou de ses efforts, mais le résultat d’un calcul économique rationnel quant au gain que cet individu peut générer pour son entreprise.

Concernant l’affaire Gautier-Sauvagnac et la fameuse "caisse noire de l’UIMM", il faut bien entendu prôner la plus grande transparence dans le fonctionnement des organisations patronales et mettre fin à des pratiques opaques qui appartiennent au passé. Les partenaires sociaux doivent de ce point de vue réaliser la même révolution que celle que se sont imposés les partis politiques après les divers scandales à propos de leur financement. Mais, dans ces deux cas, il faut se méfier de ceux qui s’érigent comme des procureurs et des représentants de la vertu sur Terre. Derrière les belles paroles, se cachent en effet des luttes de pouvoir, cette affaire est l’occasion pour le secteur des services de prendre le dessus sur l’industrie dans le patronat français. Des trois affaires évoquées dans l’introduction, celle-ci est donc paradoxalement celle dont il y a le moins de leçons générales et politiques à tirer.

Reste le scandale de la fraude fiscale qui a éclaté en Allemagne avant de s’étendre à l’Europe entière. D’après les premiers éléments de l’affaire, certaines grandes fortunes auraient contourné massivement le système fiscal de leur pays pour placer leur argent dans des paradis fiscaux européens au premier rang desquels figure la principauté du Liechtenstein. Cette fois, on sort du champ économique où seule compte la rationalité des acteurs pour entrer dans celui de la politique où on demande aux citoyens un minimum de morale et de respect des lois. A ce titre, ces actes doivent donc être dénoncés le plus vigoureusement possible, ils écoeurent et ils dégoûtent. Comment certains membres de la classe dirigeante peuvent se permettre de contourner la loi quand celle-ci s’applique avec fermeté sur le reste de la population ? Comment des milliardaires peuvent considérer que l’impôt qu’on leur demande leur est insupportable quand la totalité des smicards l’acquittent sans broncher  ? Une fois la lumière faite sur cette affaire, le bras de la justice devra se montrer ferme et sévère, il en va de la paix sociale et de l’ordre public. A cette occasion, il faudrait rappeler l’immoralité dans laquelle se complaisent tant d’artistes ou de sportifs qui choisissent de s’expatrier pour des raisons fiscales. Même s’ils n’enfreignent pas la loi, leur comportement est profondément choquant et insuffisamment dénoncé par l’opinion publique.

Le patronat doit sortir des eaux troubles dans lesquelles il navigue actuellement. Cela suppose de ne pas mélanger les genres : les grands dirigeants ont tout d’abord un devoir d’efficacité et de compétence au service de leur entreprise, car un bon patron c’est souvent plus d’emploi et plus de croissance pour le pays, mais ils ont également un devoir d’exemplarité et de moralité en tant que citoyen. Mettre la morale dans le champ économique, c’est prendre le risque de l’inefficacité, la soustraire au champ politique en invoquant uniquement la rationalité des acteurs, c’est choisir la voie du cynisme le plus complet.

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Les réactions les plus appréciées

  • Par LE CHAT (xxx.xxx.xxx.148) 10 mars 2008 14:04
    LE CHAT

    ce qui est immoral , c’est que certains s’octroient de colossales augmentations alors que leurs sociétés ont des résultats en berne ou sont carrèment déficitaires !

  • Par Lisa SION (xxx.xxx.xxx.160) 11 mars 2008 04:00
    Lisa SION 2

     Assez causé.

    Jeudi dernier, on a pu voir un reportage sur envoyé spécial intitulé : La route du coton. On a pu y apprendre, entre autre, qu’un grand patron feignait d’ignorer devant la caméra, d’où provenait le coton dont était fait ses pantalons. 

    En effet, le coton, ramassé par des enfants dont on a fermé l’école à l’heure de la récolte, part pour le Bengladesh, ou des mineurs travaillent plus de dix heures par jour, dans des ateliers sans lois syndicales ni acquis sociaux. Les matières premières, produits finis, emballés et transportés, sortent de chaine et arrivent chez nous à un prix autour des cinq centimes d’euros...

    Ce sont ces mêmes produits « de marque » que nous payons VINGT EUROS, dans ces boutiques qui rachètent, un par un, tous nos commerces de centre ville, et même les « Champs Elysée ».

    Une bouteille de boisson gazeuse bien connue coûte cinq centimes, livrée à l’étalage, le lait écrémé est à 96 % fait comme la boisson précédente, d’eau du robinet, le tabac, c’est du foin et le pétrole, de la merde...excusez moi.

    Comment et pourquoi voudriez vous instaurer un peu de morale dans vol manifeste général !

    Tous les comportements des acteurs de ce marché mondial est entièrement basé sur ce qu’on peut sommairement appeler, le syndrome millénariste : Dieu est mort, la terre va exploser, alors, chacun pour soi et merde pour tous. excusez moi encore une fois.

    Le pire à prévoir, est que tous ces acteurs ne voyant pas venir ce bug divin, peuvent entreprendre eux même de mettre fin à ce manège infernal dans lequel ils ont plongé notre paradis terrestre. Et plus ils s’enrichissent, et plus ils en ont les moyen...

    Jérôme Kerviel et l’employé de la banque royale du Liechtenstein sont les preuves que les grands patrons ne gèrent plus rien du tout dans les immenses structures bancaires.

    Leurs manoeuvres financières personnelles sont la preuve qu’ils abondent aux règles à la limite des pratiques mafieuses, et le dernier acte de ce formidable feuilleton... de cette palpitante série inter-mondialiste...
     

    est...un CD ROM codé ! Un listing bancaire avec plein de un et de zéro,  que seuls... nos deux héros... peuvent déchiffrer...

     

  • Par morice (xxx.xxx.xxx.37) 10 mars 2008 11:36
    morice

     C’est un faux débat : la capitalisme ne peut être moral : il EXPLOITE l’homme. En résumé, c’est un vol, mais permis. Et il n’y a donc qu’un DEGRE de pis aller : il y a des plus ou moins gros... voleurs. On n’en sort pas. Dans la Finance, on atteint plus facilement la seconde catégorie...

  • Par FYI (xxx.xxx.xxx.167) 10 mars 2008 13:54
    FYI

    Le droit de propriété et le capilatisme ont sonné le glas de la liberté de tout a chacun pour le profit que quelques-un, voilà où nous en sommes.

    On aura beau expliquer que le capitalisme à permis une envolée de la modernité humaine, j’en suis bcp moins persuadé.

    On ne se pose pas la question de savoir à qui appartient l’air qu’on respire, alors ne devrait-on pas faire de même pour tout besoin inaliénable que nous partageons tous ......

    Quand les peuples auront compris cece, là se sera une véritable Révolution. On en a les moyens politiques, économiques, sociales et humaine ...... alors on attend l’homme providentiel ou on l’exige ?

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