• vendredi 10 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Economie > Petit manuel de la finance moderne à l’usage des médiocres et des (...)
10%
D'accord avec l'article ?
 
90%
(91 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Petit manuel de la finance moderne à l’usage des médiocres et des malcomprenants (dont je fais partie)

En mauvais jargon financier, un CDS ou un CDO, c’est en fait un contrat d’assurance un peu particulier. Mais pour moi qui ne parle pas le trader couramment, je dirai plutôt que c’est un pari, dans le sens le plus pur du jeu de casino. Et voici comment ça se passe.

Grace au valeureux travail de nos médias, tout le monde sait que la crise dans laquelle nous nous trouvons a pour déclencheur les subprimes, ces prêts hypothécaires consentis à des ménages qui ne pouvaient pas les rembourser. Mais hélas, nos experts économistes des plateaux télés sont restés très discrets sur les mécanismes légalement mis en place depuis quelques années et qui nous ont amené là. En me penchant sur ces questions, j’ai découvert dans ce monde de la finance un hallucinant bestiaire des produits dérivés, dont les effets dévastateurs risquent de faire passer les subprimes pour une légère brise. Je parlerai dans cet article des CDS (Collateralized Default Swaps) et des CDO (Collateralized Debt Obligations). La popularité de ces choses, quoique encore faible, risque de croître fortement bientôt, car potentiellement il y a là de quoi vaporiser les actifs de toutes les grandes compagnies qui ont joué à ça.
 
Pour comprendre cela, il convient de prendre un exemple simple. Votre voisin possède une voiture qu’il assure. Le weekend prochain, son fils qui vient juste d’avoir le permis a décidé d’aller fêter ça au bar. Imaginez maintenant que vous aussi, vous puissiez prendre une assurance sur cette voiture, que vous ne possédez pas et vous ne conduisez pas. Si le fils de votre voisin se casse la pipe, vous toucherez alors le montant de la prime d’assurance. Imaginez maintenant que, par l’intermédiaire d’un mécanisme financier appelé Swap, vous pouviez acheter autant de polices d’assurances sur la voiture de votre voisin que vous pouvez vous en offrir. Je viens de vous présenter ce qu’est un CDS.

Lorsque la voiture du voisin se crashera, si elle se crashe, c’est le pactole ! Plus vous aurez souscrit de CDS sur cette voiture, plus vous toucherez, à comparer à ce que votre voisin recevra de l’assurance normale - tout juste la valeur de l’argus. On comprend là très bien l’un des problèmes principaux des CDS - leur valeur est sans aucune commune mesure avec la valeur réelle du bien auquel ils sont adossés. C’est bien là le seul but du CDS : un objet financier destiné à la seule spéculation.

Mais il y a pire. Dans l’exemple, le CDS est adossé à une valeur réelle, en l’occurence une voiture, même si cette valeur ne représente qu’une infime fraction des engagements souscrits. Dans la sphère financière, il est possible de faire un tel contrat basé sur aucune valeur réelle ou tangible. On peut par exemple parier sur le temps qu’il fera dans 15 jours, et y associer la valeur que l’on souhaite. On peut même s’assurer contre le défaut de paiement de la dette d’une personne que l’on ne connait pas, si il ou elle ne peut plus payer, alors c’est jackpot !
Et c’est ce type de titre financier, basé sur un seul pari que l’on appelle CDO (Collateralized Debts Obligation).

Et c’est à partir de maintenant que l’on va tomber dans l’horreur. Depuis quelques années, tout ce qui a constitué une dette a pu se retrouver titrisé dans ce type de montage. Prêts faits à des entreprises, prêts immobiliers, prêts estudiantins, prêts à la consommation, prêts pour l’achat de voiture, etc etc, la liste ne s’arrête pas là : tous ces prêts ont pu se retrouver découpés, tronçonnés pour être financiarisés, à hauteur de plusieurs fois le montant du prêt initial. A terme, tous allaient s’y retrouver.

Là, on commence à bien comprendre qu’il s’agit en fait d’une économie fictive tellement vaste qu’elle a dépassé depuis bien longtemps l’économie réelle sur laquelle elle pèse de tout son poids. Et cette construction a été faite dans un but de discrétion. Il existe encore bien d’autres types de titres financier, dont le seul propos semble être de rajouter une couche d’obscurité supplémentaire à tout ce montage. Les CDS et les CDO sont souvent issus de contrats de gré à gré de droit privé, dont il n’existe aucune trace publiée en dehors des contractants. Il n’existe aucune règle ni obligation d’information, ce qui fait que lorsque ces produits arrivent sur le marché, rien ne permet à l’acheteur de savoir à qui ni à quoi ils sont adossés. Tout juste apparaissent-ils dans les livres de compte comme étant des "véhicules d’investissements structurés"

Cette construction volontairement opaque et destinée uniquement à la spéculation financière fait qu’il est à peu près impossible d’en estimer le montant. La banque pour les réglements internationaux (www.bis.org) s’est livrée à une estimation qui vaut ce qu’elle vaut, mais qui a le mérite d’exister. Les engagements pris seraient de l’ordre de 1.4 Quadrillions, (1,4 millions de milliards de $), soit plus d’argent qu’il n’en existe dans le monde, du moins celui avant que Ben Bernanke ne décide de refaire chauffer la planche à billets.

De retour à notre exemple, les spéculateurs n’avaient pas besoin d’attendre que la voiture du voisin se retrouve détruite pour faire de l’argent avec ces CDS. Si par exemple le voisin se fait flasher en excès de vitesse. Le fait de recevoir une amende augmentant le risque que le voisin casse sa voiture, la réalisation du CDS n’en est que plus probable, ce qui en augmente sa valeur. Et donc, sa revente peut vous occasionner une belle plus value !

Et c’est bien un des aspects les plus vicieux des CDS /CDO - en affaiblissant ce à quoi ils sont adossés, on augmente la probabilité d’une défaillance, donc de gains. Il s’agit clairement d’une spéculation à la baisse, ou le spéculateur a un intérêt objectif à affaiblir qui une société, lorsqu’il s’agit d’un crédit adossé à une entreprise, qui un état, lorsqu’il s’agit d’un pari sur le cours d’une monnaie. C’est donc l’outil financier parfait pour amasser des fortunes à l’aide de rumeurs ou de manipulations. Et ce n’est pas le moindre des problèmes : ces titres fonctionnent comme des prophéties auto-réalisatrices sur ce à quoi ils sont adossés.

Et pour finir ce tableau bien noir, ces titres sont des "assurances", ce qui veut dire que lorsque la condition de paiement est atteinte, l’assureur doit payer. Et, compte tenu des quantités mises en jeu, ça volatilise tout simplement toutes les provisions des banques et compagnies d’assurances qui ont eu l’imprudence de jouer à ce jeu qui en demande toujours plus.

Et aujourd’hui nous en sommes là : une montagne de titres dont la réalisation est déclenchée par des faillites, des défauts de paiements, des dettes irremboursables, et dont le montant dépasse de très loin tout l’argent disponible sur terre. Et c’est celà que les médias nous vendent depuis maintenant 30 ans comme le meilleur système de société.
La solution évidente consisterait à ce que les gouvernements décident d’annuler tout simplement ces paris fous qui n’auraient jamais dû être faits, ce qui aurait pour effet, en plus de laisser le fondement très douloureux à une certaine catégorie de spéculateurs, d’arrêter quasi-instantanément la crise.

Et si on disait chiche !
 
Référence :
* "Exclusive : Derivatives for Dummies by The Other" par Katherine Harris

* Banque des réglements internationaux (BRI)

* Illustration : Couverture du livre "l’économie pour les nuls"

par wesson mercredi 4 mars 2009 - 83 réactions
yahoo
10%
D'accord avec l'article ?
 
90%
(91 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par millesime (xxx.xxx.xxx.231) 4 mars 2009 12:42

    voici ce que propose NEWROPEANS (seul parti politique trans-européen) dont le président est Franck Biancheri à l’origine de la création d’Erasmus.
    1- les banques sont les "serviteurs" de l’économie "réelle" et NON les maitres.. ;
    2- interdiction aux banques de financer la spéculation et de spéculer pour leur propre compte
    3- interdiction aux banques de collaborer avec les "paradis fiscaux"
    4- obligation faite aux banques de respecter le ratio fonds propres/engagements

    nous verrons si le G20 est capable "d’imposer" aux milieu financier ces différents points, pour ma part c’est du genre "voeux pieux"... !

  • Par John Lloyds (xxx.xxx.xxx.73) 4 mars 2009 11:11
    John Lloyds

    Plus la crise avance, plus elle ressemble au 11 septembre, mais version planétaire, avec l’implication directe des gouvernements qui, au lieu de mettre les financiers au goulag, aggravent encore le hold-up en faisant tourner les planches à billets plein pot.

  • Par wesson (xxx.xxx.xxx.62) 4 mars 2009 12:41
    wesson

    Bonjour ahlen,

    "J’aurais aimé en apprendre plus de la clairevoyance de l’auteur en développant un peu sa suggestion d’annuler simplement "les paris fous" : Faisabilité ? Conséquences ? "

    tout d’abord merci pour ma "clairvoyance", cependant la solution consistant à annuler les CDS / CDO commence a être évoquée dans certaines tribunes, par des personnes peu suceptibles d’être d’affreux gauchistes. Par exemple, Paul Craight Roberts - qui fut un des conseiller économique de Ronald Reagan - ne préconise pas autre chose dans son article publié ici sur VDare (en Anglais), et disponible en Français sur ContreInfo

    Faisabilité : elle ne pose pas vraiment de problème, posant en préalable la nationalisation des banques et compagnies d’assurance. Comme cette nationalisation est de toute manière à peu près inévitable (malgrès la résistance acharnée de l’administration obama à le faire et le faire savoir), il ne restera plus qu’a envoyer paître les détenteurs de CDO/CDS qui se présenterait au tiroir caisse.

    Conséquences : La ruine de beaucoup de hedge funds, qui se sont gavés de ces produits financiers, et par extension, la misère pour l’ensemble des retraités qui ont un système par capitalisation basé sur le marché boursier !

    autrement dit, même si cette solution serait efficace, elle remets tellement en cause les dogmes établis qu’elle ne sera mise en oeuvre qu’en dernier recours, et si possible sans que cela se sache !

  • Par wesson (xxx.xxx.xxx.183) 4 mars 2009 14:28
    wesson

    @Anuk,

    "Assez bon article bien que vos chiffres soient un peu fantaisistes"

    j’admet bien volontier cette critique, d’autant que j’ai moi-même tiqué là dessus ...

    Cependant, la source cité en référence parle de "$ 1.4 Quadrillion", ce qui serait selon la définition wikipedia 1.400.000.000.000.000 $. La somme parait tellement énorme que ça m’as aussi posé un problème. C’est pourquoi j’ai assorti cette estimation du qualificatif "elle vaut ce qu’elle vaut", et d’en donner la provenance, la banque internationale des règlements, qui en matière d’estimation économique mets généralement dans le mille.

    dû à la difficulté de manipuler ces grands nombres, et à l’héroisme des hypothèses qu’il faut soulever pour arriver à cette estimation, on peut supposer probable une erreur d’un facteur 10, ce qui nous mettrait quand même la plaisanterie à 140.000 milliards de dollars - ça reste quand même totalement énorme.


Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox