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Accueil du site > Actualités > Economie > Pétrole : convergences et divergences franco-allemandes

Pétrole : convergences et divergences franco-allemandes

Après la « crise du gaz » déclenchée par le différent russo-ukrainien et la réunion des experts des 25 à Bruxelles, l’Union européenne reste préoccupée par un double impératif : réduire sa dépendance énergétique et se préparer à « l’après-pétrole ». Il est intéressant à ce propos de mettre en parallèle les déclarations françaises et allemandes. Des convergences d’analyses et d’objectifs : accroissement des économies d’énergie et développement des énergies renouvelables. Mais une divergence de fond : la place du nucléaire. Le conflit russo-ukrainien sur le gaz a contribué à relancer en Allemagne le débat énergétique. La chancelière Angela Merkel a fait savoir, par l’intermédiaire de son porte-parole, Thomas Steg, que le gouvernement agirait conformément à l’accord de coalition, c’est-à-dire qu’il maintiendrait la sortie du nucléaire (d’ici à 2021) engagée par le gouvernement précédent. Sur ce sujet resté sensible, des voix se sont élevées pour prolonger, à tout le moins, la durée de vie de certaines centrales. Le débat est loin d’être clos : Angela Merkel a annoncé la tenue, cette année, d’un sommet sur l’énergie, qui devra définir une stratégie énergétique. En attendant, le ministre de l’Environnement, Sigmar Gabriel (SPD), a appelé de ses voeux une réorientation de la politique énergétique allemande. En matière d’énergies renouvelables, il souhaite que l’Allemagne se fixe pour objectif de couvrir au moins 20 % de ses besoins en électricité à partir des énergies alternatives en 2020. En matière d’économies d’énergie, il a, notamment, appelé à ne plus accepter la consommation, même faible, que représente la mise en veille des appareils électriques. A l’échelle nationale, elle équivaudrait à la production de deux centrales nucléaires. Pour accroître l’efficacité énergétique, Sigmar Gabriel a aussi plaidé en faveur d’une concurrence accrue entre les fournisseurs. Il a évoqué en ce sens l’idée de renforcer l’ouverture des réseaux d’électricité au niveau européen, et celle d’une « régulation par incitation » au niveau national.

En France, c’est Jacques Chirac qui, tirant parti de ses vœux aux « forces vives », a « cadré » la politique énergétique de la France avec un nucléaire d’une nouvelle génération... qui ne rassure évidemment pas les écologistes, et laisse les « forces vives » sur leur faim. « Il faut préserver notre avance dans le nucléaire. Nous avons lancé l’EPR à Flamanville (Manche, Nord-Ouest), et c’est la France qui a été choisie pour implanter ITER. L’enjeu, c’est la domestication de l’énergie du Soleil d’ici à la fin du siècle, a déclaré le chef de l’Etat. Mais nous devons prendre, en attendant, de nouvelles initiatives. De nombreux pays travaillent sur la nouvelle génération de réacteurs, celle des années 2030-2040, qui produira moins de déchets et exploitera mieux les matières fossiles ». Le président de la République a également décidé de lancer « dès maintenant la conception au sein du Commissariat à l’énergie atomique d’un prototype de réacteur de quatrième génération qui devra entrer en service en 2020 », auquel des partenaires industriels ou internationaux pourront être associés. « Pour faire progresser encore la confiance, j’ai demandé au gouvernement de créer par la loi sur la transparence nucléaire, dès cette année, une autorité indépendante chargée du contrôle de la sécurité nucléaire, de la radioprotection et de l’information », a-t-il poursuivi en annonçant que le Parlement serait saisi « au cours du débat public en cours » d’un « projet de loi qui devra être voté avant la fin de l’été » sur les déchets nucléaires. Lors de ses vœux à la presse, le chef de l’Etat avait déjà annoncé qu’il détaillerait la politique énergétique de la France dans les trente années à venir, s’appuyant sur la loi de programme du 13 juillet 2005, qui fixe un cap pour l’action dans le domaine de la politique énergétique d’ici à 2035.

On le sait : la France veut réduire en moyenne de 2 % par an, d’ici à 2015, l’intensité énergétique finale (rapport entre la consommation d’énergie et la croissance économique), et de 2,5 % d’ici à 2030. Elle s’est aussi fixé l’objectif d’une production de 10 % de ses besoins énergétiques à partir d’énergies renouvelables à l’horizon 2010, avec une production d’électricité d’origine renouvelable à hauteur de 21 % de la consommation en 2010, contre 14 % actuellement. L’incorporation de biocarburants et autres carburants renouvelables devrait être à hauteur de 5,75 % d’ici au 31 décembre 2010. Des zones de développement d’éoliennes sont également prévues, ainsi que des mesures de simplification administrative pour le développement de l’hydroélectricité. « Pour faire face au changement climatique, consommer moins d’énergie, développer l’énergie du futur, il faut des ruptures technologiques. L’après-pétrole est un des enjeux majeurs du siècle. Nous avons des atouts maîtres », a lancé Jacques Chirac. Il est un pays européen (non membre de l’Union) qui croit encore au pétrole (qui contribue largement à sa prospérité depuis les années1970) : la Norvège. Elle mise sur les réserves de la mer de Barents qui, en zone arctique, regorgerait de gaz et de pétrole. Alors que la mer du Nord a déjà dépassé son pic de production, les Norvégiens se souviennent de ce qu’avait dit, en 2000, l’Institut géologique des Etats-Unis : 23,9 % des ressources non prouvées de pétrole et de gaz se trouveraient en zone arctique (un diagnostic qui concerne aussi la Russie, bien sûr). « De nombreuses compagnies sont très intéressées, assure Odd Roger Enoksen, le ministre norvégien du pétrole et de l’énergie. Le gouvernement publiera d’ici à Pâques un livre blanc sur le développement en Barents. Une trentaine de concessions ont été distribuées pour l’exploration. Nous verrons les résultats. L’Union européenne s’intéresse beaucoup à ce nous faisons là-haut, et l’intérêt s’est renforcé avec la crise ukrainienne. »

Daniel Riot est journaliste


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1 réactions à cet article    


  • Sy l vain Reboul (---.---.151.210) 10 janvier 2006 21:05

    En ce qui concerne l’Allemagne, pays dans lequel je vis aussi, sa sortie de nucléaire ne sera possible que parce que la France poursuit, voire développe, son programme et pourra vendre son électricité à l’Allemagne qui par contre se refuse à fermer ses centrales au lignite dont on sait qu’elle sont « généreuses » en CO2.

    Il y a donc quelque hypocrisie ou effet de masquage à opposer les deux politiques car elles sont parfaitement complémentaires : À la France le l’électricité nucléaire et à l’Allemagne le gaz ; les deux profitant aux deux. N’oublions pas aussi que Siemens est totalement allié à Areva dans la construction de centrales nucléaires...

    Comme quoi l’Europe franco-allemande se porte pas si mal.

    Mais que sont les verts devenus ?

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