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Accueil du site > Actualités > Economie > PIB : un objet comptable non identifié (suite)

PIB : un objet comptable non identifié (suite)

Le PIB s’est invité dans notre quotidien. Il est mystérieux. Il est sans cesse invoqué à l’appui d’affirmations contradictoires. Démasquons le en un premier article ; il sera passé au scanner dans l’article qui suivra. Ainsi, le peuple sera en mesure de ne plus s’en laisser conter.

B. Deuxième partie : Radiographie du PIB

En première partie a été examinée la structure du PIB présenté par l’Insee pour la France de l’année 2006. En cette deuxième partie, examinons l’adéquation du calcul de PIB à sa raison d’être. Pour éviter d’obscures discussions, il faut d’abord passer par une courte réflexion (a), peut-être un peu abstraite, avant de se lancer dans le diagnostic du calcul du PIB de 2006 (b). Le lecteur peut passer directement au diagnostic, quitte à revenir à cette réflexion s’il en éprouve la nécessité. Les comptes redressés du Produit intérieur sont présentés en c) à e). Toute discussion relative à l’économie dans son ensemble serait oiseuse faute d’avoir considéré les explications ici fournies.

a) Le PIB, comptage de quoi ?

Le PIB est exprimé au moyen d’un nombre qui compte quelque chose. C’est cette chose qui dit comment la compter. Elle est le moyen choisi d’observer le résultat obtenu par l’activité économique des résidents d’un pays. C’est exclusivement celle de produire les biens et les services jugés par eux capables de satisfaire leur désir d’améliorer leurs conditions matérielles d’existence. De nos jours, cette activité se déploie dans un système socialisé d’échanges à titre onéreux, l’économie de marché. Cette observation du marché vise à en comprendre le fonctionnement, et à repérer la source de ses dysfonctionnements éventuels. De plus, dans les pays développés les états en font le principal compteur de leur tableau de bord du pilotage de l’économie.

Ces échanges sur le marché consistent à fournir une chose à autrui contre remise par lui d’une certaine quantité de monnaie, dite en être le prix. Ainsi donc, le comptage peut soit porter sur les choses, soit sur la monnaie. Rappelons que la monnaie est l’instrument des échanges. C’est le moyen de se séparer d’un bien dont on n’a plus le besoin sans avoir ni à choisir ni à accepter dès le moment de l’échange un bien de remplacement (contrairement au troc). Seul Harpagon ne désirait la monnaie que pour elle-même. Les gens normaux ne s’y intéressent que comme moyen d’obtenir par échange d’autres biens. Pour eux, la monnaie est leur réserve de pouvoir d’achat.

Compter les choses produites elles-mêmes présente une difficulté insurmontable. Il n’existe pas d’instrument de commune mesure d’un tel nombre de choses tellement disparates. Mais puisque les agents économiques les échangent entre eux contre leur équivalent en monnaie, voici trouvée leur commune mesure : leur équivalent en monnaie. Hélas, les choses passent les frontières des zones monétaires, et dans ce cas l’échange d’une chose s’opère contre une monnaie qu’il faut elle-même changer contre une autre monnaie. Ces échanges de monnaie s’opèrent sur le marché des changes. Le taux de change mesure le rapport d’échange d’une monnaie contre une autre. Et ces taux de change ont leur vie propre. Ils sont même particulièrement volatiles, ce qui les rend impropres à constituer l’instrument de mesure des choses. Les statisticiens substituent donc aux taux de change du marché des taux de change calculés dits « en parité de pouvoir d’achat ». Leur calcul est éminemment obscur, leur exactitude est en pratique invérifiable. C’est pourtant le seul moyen d’opérer les comparaisons internationales.

Même au sein d’une même zone monétaire, compter les choses indirectement en comptant la monnaie contre lesquelles elles ont été échangées est faussé ; car le rapport entre la monnaie et les choses varie d’une année à l’autre (phénomène de dépréciation de la monnaie). Pour surmonter cet obstacle, les statisticiens calculent une « production en volume ». Pour ce faire, ils entrent dans un obscur processus de conversion des choses de l’année aux prix de l’année antérieure.

Il est étonnant que les statisticiens se soient obstinés à vouloir compter artificiellement les choses, alors que compter la monnaie contre lesquelles elles ont été échangées est bien plus naturel. Le fait observable et quantifiable est seulement la monnaie intervenue dans les échanges. En économie de marché, la monnaie est comme le sang dans le corps humain. Elle irrigue et nourrit toute l’économie. Et de même que la médecine arrive à opérer un diagnostic de santé très fourni au travers de ses analyses du sang, de même le diagnostic de santé d’une économie s’opère sans trop de détours au travers de l’analyse des échanges observés sous leur aspect monétaire. La conversion de la monnaie d’une année en celle d’une autre année au moyen des coefficients égalisant leur pouvoir d’achat semble plus directe et plus claire que le processus de calcul de la production en volume. C’est ce que nous faisons dans nos travaux personnels, au moyen des taux de conversion publiés par l’Insee.

b) Les erreurs d’addition du calcul du PIB.

1°. PIB et PIN, le brut et le net.

Le qualificatif « brut » du PIB signifie que n’est pas déduite la « consommation de capital fixe ». Elle n’est déduite ni de la formation de capital fixe, ni de l’excédent brut d’exploitation. Le qualificatif « net » signifie que la consommation de capital fixe est déduite.

Secteurs institutionnels, PIB 2006, milliards € Déduction consommation capital fixe

Totaux

Sociétés non financières

Sociétés financières

Administrations publiques

Ménages

Institutions sans but lucratif

Reste du monde

N° de compte INSEE

S11

S12

S13

S14

S15

S2

Form. brute cap. fixe

366

175

13

60

116

2

Consom. capital fixe

-237

-136

-10

-45

-44

-1

Form. Nette capital fixe

129

39

3

15

71

1

0

Excédent brut d’exploit.

617

275

25

45

271

1

0

Consom. capital fixe

-237

-136

-10

-45

-44

-1

Excédent net d’exploit.

380

138

15

0

227

0

0

PIB

1 792

863

71

529

315

18

-5

Consom. capital fixe

-237

-136

-10

-45

-44

-1

Produit Intérieur Net

1 555

727

61

484

270

17

-5

Cette consommation de capital fixe, c’est le coût de production afférent à l’utilisation du capital fixe (les investissements productifs). Ce coût n’est pas très différent de celui des « consommations intermédiaires » (matières premières, matières consommables, services extérieurs, etc.) déduites de la production brute dans le calcul de la valeur ajoutée, la vraie production de l’unité de production. La seule différence réside dans le fait que les consommations intermédiaires sont celles d’objets intégralement consommés au cours de la période de production, alors que la consommation de capital fixe est celle d’objets dont la consommation est seulement partielle au cours de la période de production ; elle est graduelle tout au long de la durée de vie de l’investissement avant usure complète ou mise au rebut.

L’omission de cette déduction mène à un double emploi dans le calcul du produit de l’activité économique. Les unités de production (entreprises et administrations) incorporent dans le prix de leurs produits, ou leur coût pour les administrations, tous leurs coûts, y compris ceux du capital fixe (sous la dénomination d’amortissement). Ajouter donc à ces produits contenant le coût du capital fixe consommé la formation brute de capital fixe, c’est compter deux fois ce capital fixe à concurrence de sa consommation omise.

2°. La production en prix de marché ou en coût des facteurs de production.

Le PIB est calculé en faisant la somme de tous les biens et services produits mesurés à leur prix de marché. Ce prix contient tous les impôts indirects payés par les producteurs, qui doivent bien, par nécessité vitale, en récupérer le montant auprès des acquéreurs de leurs produits (Taxe professionnelle, Taxe sur les produits pétroliers, TVA et une multitude d’autres impôts ou taxes). Ceux qui achètent ces produits et services ainsi grevés d’impôts paient en réalité deux choses distinctes : d’une part le produit ou le service lui-même, et d’autre part des impôts récupérés par le producteur qui les a payés à l’état.

Secteurs institutionnels acquéreurs, PIB 2006, milliards € BS acquis

Totaux

Sociétés non financières

Sociétés financières

Administrations publiques

Ménages

Institutions sans but lucratif

Reste du monde

N° de compte INSEE

S11

S12

S13

S14

S15

S2

Impôts s/BS acquis

281

18

1

57

202

5

-3

Subventions s/BS acquis

-36

-5

0

-7

-24

-1

1

Capital fixe consommé

213

126

9

38

39

1

BS acquis hors taxes

1 335

46

3

262

1 027

21

-24

BS TTC (PIB)

1 792

186

13

350

1 242

26

-26

Les impôts payés indirectement à l’état par l’acheteur des produits le sont par prélèvement sur les revenus primaires, directement ou indirectement. Et ces revenus primaires, y compris leur part dépensée en payant les impôts indirects travestis dans le prix des produits achetés, sont un élément du coût de production des produits et services, et donc de leur prix de marché. Ces coûts de production sont appelés « coût des facteurs ». Y ajouter les impôts sur la production net des subventions, c’est commettre un double emploi.

La question étant vue sous l’angle des revenus, il est quand même des plus curieux de porter ces impôts indirects dans la catégorie des revenus des administrations publiques obtenus en contrepartie d’une prétendue participation active à l’acte de production, au lieu de les porter dans la catégorie des prélèvements obligatoires directs ou indirects sur les revenus rémunérant une participation active à l’acte de production.

3°. Les coûts de fonctionnement des services publics (350 brut TTC au tableau des BS HT acquis).

Les coûts de fonctionnement des administrations publiques sont ici toutes leurs dépenses hors celles consistant à transférer directement des revenus d’un secteur institutionnel à l’autre (prestations sociales, etc.). Ces coûts de fonctionnements sont payés par les administrations publiques au moyen des recettes issues des prélèvements obligatoires et de celles issues des emprunts couvrant les déficits publics. Ils sont payés aux agents de l’état à titre de rémunération de leur travail, aux prêteurs souscrivant aux emprunts publics, et aux fournisseurs de biens et services. Les dépenses publiques financées par des prélèvements obligatoires sont ainsi réinjectées directement et indirectement (cas des achats de biens et services) dans les revenus des agents de l’économie. Elles constituent un transfert indirect de revenus, un prélèvement sur certains revenus redistribués aux uns et aux autres. Malgré leur nature de transfert, elles sont intégrées au calcul du PIB en les ajoutant aux biens et services acquis par les autres secteurs institutionnels.

Les prélèvements obligatoires fournissant le nécessaire pour payer ces dépenses publiques ont leur source, directe ou indirecte, dans les revenus primaires qui les contiennent. Ces revenus sont constitutifs des coûts de production des biens et services acquis par les autres secteurs institutionnels. En ajoutant aux biens et services acquis par les autres secteurs institutionnels ceux produits par les administrations publiques, à nouveau le calcul du PIB commet un double emploi.

Le montant du double emploi doit toutefois être calculé en corrigeant le montant des biens et services acquis par les administrations publiques. Ce calcul opère une nouvelle curieuse cabriole : celle exécutée à propos des « Prestations sociales en nature » (remboursements de soins ou de médicaments, etc.). Ces prestations (160 milliards € TTC, 134 milliards € HT) sont classées non pas en biens et services acquis par les ménages, mais en biens et services acquis par les administrations publiques puis fournis par elles gratuitement aux ménages. Et ces services fournis sont traités comme produits par les administrations publiques et consommés par elles-mêmes (oui, oui), sans être classés parmi les prestations sociales. Cette gymnastique comptable ne fausse pas le calcul du PIB, puisqu’elle consiste à minorer les services acquis par les ménages en les affectant aux services acquis par les administrations publiques. Nos rectifications du calcul du produit intérieur remettent ces biens acquis à leur place, celle des biens et services acquis par les ménages ; et les remboursements opérés à leur bénéfice par les administrations publiques dans la catégorie des prestations sociales

4°. Radiographie du PIB

Les doubles emplois discutés plus avant sont réunis dans le tableau précédent. Le produit intérieur corrigé de ces doubles emplois apparaît en ligne « BS acquis hors taxes » dont le total est de 1 335, duquel doit être déduit le montant de 262 porté en colonne « Administrations publiques », soit un montant de 1073.

c) Le produit intérieur corrigé

Les doubles emplois dans le calcul du PIB surévaluent la production intérieure réelle de 67%.

Corrections du PIB

2006

%

PIB

1 792

167%

Consom. Cap. fix HT ex APU

-175

-16%

Impôts s/production

-281

-26%

Subventions s/ produits

36

3%

BS Administ. Publiques

-300

-28%

Produit Intérieur corrigé

1 073

100%

Ces doubles emplois dans le système normalisé de comptabilité nationale ne sont de même proportion ni d’un pays à l’autre, ni d’une année à l’autre pour le même pays. Toutes le comparaisons internationales, comme tous les calculs d’évolution et de croissance du PIB d’un pays déterminé sont viciés. Et la plupart des données présentées en proportion du PIB ne reflètent pas les réalités, celles se référant à la valeur ajoutée également mais dans une moindre mesure.

d) Résumé des comptes de la nation corrigés.

Voici les comptes redressés des revenus de 2006

Secteurs institutionnels, PIB 2006, milliards € Revenus corrigés

Totaux

Non affecté

Sociétés non financières

Sociétés financières

Administrations publiques

Ménages

Institutions sans but lucratif

Reste du monde

N° de compte INSEE

S***

S11

S12

S13

S14

S15

S2

Rémunération des salariés

931

940

-9

Excédent Net d’exploit.

442

148

16

45

233

0

Coûts services publics

-300

-300

Revenus primaires

1 073

-300

148

16

45

1 173

0

-9

Revenus de la propriété

0

-106

19

-34

122

1

0

Rev. de transfert direct

-1

-20

-26

-526

532

25

15

Prélèvements obligatoires

1

-49

13

769

-735

-5

8

Revenus disponibles

1 073

-300

-27

21

254

1 091

22

13

Et voici les comptes redressés de l’emploi de ces revenus :

Secteurs institutionnels, PIB 2006, milliards € Emploi des revenus

Totaux

Sociétés non financières

Sociétés financières

Administrations publiques

Ménages

Institutions sans but lucratif

Reste du monde

N° de compte INSEE

S11

S12

S13

S14

S15

S2

Biens et services acquis

1 073

46

3

1 027

21

-24

Epagne (emprunts)

0

-73

18

-46

63

1

38

Totaux secteurs

1 073

-27

21

-46

1 090

22

14

Conclusion.

Les comptabilités nationales tenues à jour selon un système normalisé au plan international sont l’une des grandes conquêtes de l’humanité du dernier demi-siècle. Elles sont le seul moyen de comprendre concrètement le fonctionnement de nos économies, et d’apprécier la pertinence des politiques économiques et monétaires mises en œuvre par les pouvoirs publics. Ces derniers y trouvent leurs principaux instruments de pilotage de l’économie dans laquelle ils interviennent. Hélas, les erreurs de calcul, irréfutables puisque commises par double emploi de données, faussent considérablement ces instruments de bord. Est-ce l’explication des résultats absurdes des politiques économiques et monétaires ?

Roland Verhille, 16/02/2008


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9 réactions à cet article    


  • ronchonaire 14 février 2008 20:42

     

    Je me demande si vous ne venez pas de réinventer la roue, ou plus exactement le "circuit économique". Du coup, j’ai vraiment du mal à comprendre votre concept de "double emploi" des données.

    Où est le problème dans le fait que les administrations financent leurs dépenses par les impôts ? Que je sache, les ménages aussi financent leur consommation par leur revenu. Or d’un point de vue strictement comptable, ces deux cycles sont exactement les mêmes : les producteurs versent un revenu à un agent tiers qui utilise ce revenu pour consommer.

    Par ailleurs, je ne comprends pas pourquoi vous persistez à traiter les impôts sur la production et sur les produits conjointement alors qu’ils n’ont pas la même origine.

    Pour finir, votre premier paragraphe me semble un peu "olé-olé". Vous dites que les statisticiens se sont "obstinés à vouloir compter artificiellement les choses, alors que compter la monnaie contre lesquelles elles ont été échangées est bien plus naturel". Il me semble que les statisticiens passent leur temps à "compter la monnaie" ; c’est d’ailleurs bien ce que beaucoup de monde leur reproche car en agissant de la sorte, ils négligent toutes les activités qui ne font pas l’objet de transactions monétaires (travail domestique, autoconsommation).


    • Roland Verhille Roland Verhille 14 février 2008 22:35

      À ronchonaire,

      Je comprends parfaitement votre perplexité, et je vous suis très reconnaissant d’avoir lu attentivement mon texte qui n’est pas du tout facile, et de fournir votre commentaire. D’expérience, je constate qu’il est extrêmement difficile de convaincre quelqu’un, même bien disposé, de ces erreurs au moyen d’un texte de type « littéraire ». C’est parce qu’en lisant mes phrases, il faut en même temps conserver à l’esprit le déroulement de la mécanique des chiffres qui vont des revenus primaires aux revenus disponibles et à leur emploi, ce que vous désignez par circuit économique (ce n’est pas de mon invention, c’est le constat de la réalité des choses). La preuve catégorique plus facile de ces doubles emplois est fournie en une série de 25 égalités arithmétiques que j’ai publiées, mais preuve impossible à incorporer ici au moyen du logiciel d’AgoraVox.

      1°. Prenons le premier élément de votre réplique ; où est le problème etc. Le voici.

      Première étape de l’analyse : Les dépenses des ménages (des euros n’est-ce pas ?) sont financées par leurs revenus, également des euros. Ces revenus ont leur origine directe ou indirecte dans les revenus primaires. Ces revenus primaires sont la rémunération de leur contribution à la production des biens et services marchands. Ces biens et services qui ont coûté des euros à produire (les revenus primaires) sont acquis par les ménages en échange de leurs euros, ce qui reconstitue les euros dépensés par les producteurs qui peuvent ainsi continuer à produire. C’est le circuit classiquement décrit.

      Deuxième étape de l’analyse. Les dépenses des administrations publiques sont aussi des revenus directement ou indirectement versés en contrepartie de la participation de leurs bénéficiaires à la production des services publics.  Mais ces dépenses publiques (les euros versés) sont financées par les prélèvements obligatoires (les euros prélevés). Et ces prélèvements sont opérés directement ou indirectement sur les revenus primaires.

      Troisième étape de l’analyse : Ces revenus primaires du secteur marchand qui sont la source des euros dépensés par les administrations publiques constituent le PIB. Ce PIB contient donc déjà les euros de la partie des revenus primaires prélevés par les administrations publiques pour financer leurs dépenses. Les ajouter aux revenus primaires fait donc bien double emploi.

      Dans tout cela, il ne faut pas perdre de vue que tous les euros qui ne sortent pas de la planche à billets ont leur source dans les revenus primaires du secteur marchand, et que les phénomènes économiques ne sont, effectivement, que les circuits de tous ces euros. C’est cela que la comptabilité nationale a mission d’enregistrer.

      2°. Sur les impôts sur la production et sur les produits : Mais si, ils ont la même origine, les unités de production. Ce qui vous trompe, c’est que les impôts sur les produits sont, en comptabilité nationale, hélas, compris dans la production brute et dans les consommations intermédiaires, alors que les impôts sur les produits n’y sont pas. C’est pourquoi seuls les impôts sur les produits sont ajoutés à la valeur ajoutée pour former le PIB.

      3°. Sur la distinction du premier paragraphe entre compter les choses et compter la monnaie. Je vous accorde que c’est difficile à expliquer, « olé-olé » me dites vous. Comme vous me semblez pas mal connaître la comptabilité nationale, je peux formuler autrement ce que j’ai écrit. Vous connaissez le tableau des Entrées-sorties qui est la base des comptabilités nationales en France. C’est clairement un tableau qui, au niveau de son détail, piste les produits et services qui sont là mieux identifiables et saisissable puisque recensés aux niveaux les plus détaillés de l’économie. On pourrait presque dire que là, ce n’est qu’accessoirement que ces produits sont enregistrés en euros. Vous savez que son origine, c’est la planification de l’économie de guerre et d’après guerre où il s’agissait de maîtriser l’équilibre entre la production et les consommations non pas en monnaie, mais en biens physiques. Et bien, ce que j’ai voulu écrire, c’est que les statisticiens qui tiennent à jour la comptabilité nationale ont conservé cet état d’esprit. Ils comptent d’abord de biens physiques qu’ils convertissent en euros, au lieu de ne compter que des euros.

      4°. Sur votre dernière remarque (activités dépourvues de transaction monétaire) c’est un autre vaste débat qui n’est pas hors du sujet de mon article.

      Encore merci.


      • Roland Verhille Roland Verhille 14 février 2008 23:30

        À Léon,

        Oui, il y a un problème, mais il est chez vous alors que vous le logez systématiquement chez les autres, de plus en les dénigrant. Difficile dans ces conditions d’avoir un échange fructueux ; comme vous dites, qu’il puisse en sortir quoi que ce soit.

        D’abord, ce n’est pas en omettant d’aller dans les détails de ce dont on discute qu’il est possible de comprendre de ce dont on parle. Oui, je sais, vous trouvez vite que vous perdez votre temps. «  De minimis non curat pretor ».

        Et vous avez l’art de tout embrouiller en mélangeant tout, tout en soutenant que c’est le fait des autres.

        Si vous aviez pris le temps de porter votre attention sur le détail des tableaux chiffrés, vous auriez compris que la formation brute de capital fixe, partie effectivement des emplois des revenus dans l’acquisition de biens produits, est de même partie de la production. Alors, nous sommes d’accord, vous énoncez vous-mêmes qu’additionner la production (brute, qui contient la consommation de capital fixe) et la formation brute de capital fixe fait un double emploi évident. Vous voyez, on en sort quand même quelque chose !

        Je passe sur les impôts, c’est du même acabit.

        Même chose pour la distinction que vous faites entre valeur ajoutée et biens et services produits. Tous secteurs confondus, valeur ajoutée et biens et services produits, c’est la même chose !

        Pour la partie double, vous ne l’avez pas comprise, mais là vous n’y êtes pour rien, c’est faute par les comptables de savoir l’expliquer ; et vous être très loin d’être le seul dans ce cas, vous êtes au moins en compagnie ses statisticiens des comptabilités nationales. Chacune des deux parties de ce système de comptabilité décrit la même chose, sous un aspect différent. Il y a illusion d’exactitude fournie par la partie double lorsqu’on commet un double emploi de même montant dans chacune des deux parties. C’est le type d’erreur le plus redouté des comptables.

         


        • donino30 donino30 19 février 2008 11:55

          Cet article est en effet très complexe. J’ai quand même tenté de comprendre. Je ne suis pas tout à fait convaincu par les doubles emplois du capital fixe : si on prend la méthode de calcul des valeurs ajoutées, il ne semble pas aberrant d’y ajouter les investissements, qui sinon n’apparaitraient pas comme une augmentation de la richesse des dites-entreprises ? Je ne suis pas sur que le fait que les charges amortissables se répercutent sur les prix changent quelquechose à cela, puisque on utilise les valeurs ajoutées ? Enfin c’est plutôt le deuxième point qui m’intéresse, j’aimerais savoir si j’ai bien compris :

          Supposons qu’une entreprise E commercialise un produit pour 100 euros. Supposons que pour chaque exemplaire vendu, en retirant les coûts intermédiaires, la valeur ajoutée soit de 50 euros, et donne lieu à 20 euros de taxes. Si j’ai bien compris la notion de double emploi ici, la contribution au PIB d’une transaction sera :


          1/ VA du produit + Taxes = Contribution au PIB, soit :  50€ + 20€ = 70€.


          Roland conteste ces 20 euros en double emploi, et trouverait plus judicieuse une formule :

           
          2/ (VA de l’entreprise toutes taxes déduites )+ Taxes, soit : 30€ + 20€ = 50€


          Qui a raison ? Tentons un raisonnement par l’absurde : supposons que les taxes passent de 20€ à 40€.

          Avec la première formule, nous aurions : PIB = 50€ + 40€ = 90€. Chouette, le PIB a monté, on est en croissance (sic) ! Alors qu’aucune richesse supplémentaire n’a été créée, il y a "juste" eu un transert de revenu entre l’entreprise et l’état



          Avec la deuxième formule, nous aurions : PIB = 10€ + 40€ = 50€. le PIB n’a pas bougé, logique la masse monétaire reste identique.


          Alors si je n’ai rien compris, nul et non avenu, autant pour moi. Mais si j’ai bien compris, alors augmenter les taxes augmente mécaniquement le PIB du même montant !!!!  Très sincèrement je préfèrerais avoir tort, car sinon la situation de cet "indicateur" serait alors pire que ce que je pensais. On va voir.


          • donino30 donino30 19 février 2008 12:01

            Hum, tout compte fait plutôt nul et non avenu, puisque la formule par l’approche TVA est :

             

             

            PIB = Somme des Valeurs Ajoutées Hors Taxe + Taxe sur Valeur Ajoutée + Droits de Douanes

             

             

            Donc je n’ai rien compris et je retire donc mon post précédent


          • donino30 donino30 19 février 2008 12:08

            Toutefois ce serait peut être intéressant que Roland nous donne sur un exemple très simple de ce type là des cas de double emplois.


          • Roland Verhille Roland Verhille 19 février 2008 14:10

            À domino30 :

            1°. Infiniment merci d’avoir essayé de comprendre. Mon texte est effectivement très complexe, mais seulement de prime abord. Pour ne pas être trop long, ce texte est concis. Mais en réalité, c’est très simple, et se le dire au départ facilite déjà énormément sa compréhension. Il faut aussi se dire qu’avec les bureaucraties, on peut s’attendre à tout, et éviter donc de penser qu’on n’a pas compris parce que c’est incroyable. 

            2°. Félicitations, vous avez compris en n’osant pas y croire. Puisque vous écrivez : « augmenter les taxes augmente mécaniquement le PIB du même montant » (il s’agit des impôts indirects).

            3°. Reprenons votre exemple : Produit commercialisé TTC à 100€. Consommations intermédiaires, 50 €. Taxes sur la production, 8 € (taxe professionnelle, etc.). Taxes sur les produits (TVA), 12 €. Total des impôts indirects, 8 € + 12 € = 20 €.

            Valeur ajoutée : 100 € - 12 € - 50 € = 38 €, dont 8 € de taxes sur la production

            Calcul du PIB : 38 € + 12 € = 50 €.

            Le double emploi expliqué par moi se monte à 8 € + 12 € = 20 €.

            La production de cet article a alimenté le produit intérieur réel de seulement 30 €, montant de la valeur ajoutée hors tout impôt sur la production.

            Supposons qu’afin d’améliorer la compétitivité extérieure de nos productions, tous les impôts indirects (sur la production et sur les produits) soient remplacés par de l’impôts sur les revenus. Dans ce cas, le PIB deviendrait 30 €.

            Réciproquement, quand le gouvernement Juppé a accru de 2 points le taux de la TVA, la TVA supplémentaire est venue grossir le PIB.

            Alors, convaincu ? Oui, c’est pire que tout ce qu’on pourrait imaginer. Moi-même, il m’a fallu faire et refaire trente six fois les calculs de différentes manières avant d’y croire vraiment.

            Je reste à votre disposition, et à celle des autres.

             


            • donino30 donino30 19 février 2008 16:52

              Roland, merci pour l’exemple. Quand vous parlez de TVA sur le produit (12€), vous parlez de la TVA à récupérer sur les consommations intermédiaires ou de la TVA collectée ? Ceci dit je suis trop enfermé dans l’approche par valeur ajoutée du PIB, que j’arrive mieux à me représenter, que l’approche par dépenses / revenus sur lesquelles s’appuie votre article. Comme la somme des ces valeurs ajoutées est censée être nette de toutes taxes et de toutes les charges (donc sans les 8€+12€ de l’exemple, que l’on retrouverait par ailleurs en "valeur ajoutée" d’un service public, même si l’expression peut parfois prêter à sourire), je n’arrive pas à faire le rapprochement et à voir de double emploi. Je ne dis pas que je ne suis pas d’accord, mais je n’arrive pas à le voir, j’arrête de réfléchir avant que mon cerveau ne se mette à fumer !

               

              cdt


            • Roland Verhille Roland Verhille 19 février 2008 22:56

              à domino30,

              1°. La TVA payées par les fournisseurs des consommations intermédiaires est déduite de la TVA à payer (12 €) par celui qui a acheté ces produits consommés. Ainsi, toutes les TVA payées par les intervenants à chaque stade de la production fait le total de la TVA collectée avec le produit.

              2°. Approche par la valeur ajoutée, c’est la même chose que l’approche par les revenus. La valeur ajoutée est égale au montant des revenus primaires (rémunération des salariés, excédent d’exploitation, et impôts sur la production plus impôts sur les produits.

              3°. La valeur ajouté contient les 8 € d’impôts sur la production.

              4°. Quel est le double emploi que vous ne voyez pas, il y en a trois ? 

              Laissez reposer votre cerveau, relisez posément mon article. Et signalez moi ce qui n’est pas encore vu. Comprendre tout cela est à votre portée. 

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