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Plaidoyer pour un système monétaire sain


Cela fait quelques années qu’internet colporte une critique fondée sur la création monétaire. Aucune réelle infirmation de ce discours n’est réellement venue entacher la rigueur des travaux réalisés par les précurseurs de cette analyse : d’ailleurs, ces objections ne valent même pas la peine de s’y attarder.

Précisons que le contenu du présent article ne s’intéresse qu’au fonctionnement de l’eurozone, ou d’un système monétaire similaire.

Cependant, si l’analyse est bonne, les préconisations apportées ne sont peut-être pas les meilleures, même si elles sont, je tiens à le préciser, largement meilleures que notre système actuel, qui aggrave l’effet d’éviction de nos entreprises privées de nos territoires dans un cadre de mondialisation dont il est difficile de revenir :
- dépendance très forte de nos économies vis à vis de l’extérieur et imbrication de celles-ci ;
- risques extrêmement forts de rétorsions en cas de protectionnisme ou légitimement d’anti-dumping, etc
 
Distance vis-à-vis de la création monétaire étatique :

Les critiques de la création monétaire par l’état sont assez lourdes, de telle sorte que par exemple Frédéric Lordon (http://blog.mondediplo.net/2009-01-...) ne retient pas une telle option :
On pourra donc égréner les difficultés de limiter l’inflation, les problèmes de clientélisme au pied de la planche à billets, une allocation des capitaux qui risque de par trop favoriser l’étatisation de l’économie.

Le crédit social comme autre alternative :

Cette proposition est extrêmement simple et efficace. Cependant, il a hélas peu de chance d’aboutir pour quelques raisons :

- les défenseurs de cette alternative pensent intérêt commun avant intérêt individuel, sa promotion est donc autrement plus faible que notre fonctionnement actuel ;

- la rareté de la monnaie est indexée par exemple sur la croissance, et non sur le coût de la monnaie (intérêt) ; la rareté est donc extrêmement plus difficile à tenir, risquant de tomber dans les travers de l’hyper-inflation telle la création monétaire étatique ;

- il ne génère pas d’activité ou nettement moins dans les activités bancaires, et l’on conçoit mal aujourd’hui expliquer à nos banquiers que leurs métiers, c’est essentiellement être payé à creuser des trous pour ensuite, du moins partiellement, les reboucher ;

- il ne permet pas d’éviter ou de casser une surchauffe économique ;

Dès lors, sans chercher à vouloir mettre un coup de bull très hypothétique dans notre système bancaire, en rasant gratis, la pertinence de l’analyse se doit d’accoucher d’autres propositions. Et à la vue de la validité de la critique sur la création monétaire, il est possible de conjurer les critiques par l’innovation suivante. C’est l’objet de cet article, nous y venons.

Proposition :

Le système monétaire actuel se caractérise par son aspect pyramidal, la dette étant systématiquement supérieure à la monnaie en circulation, du fait de la non-monétisation des intérêts. Notre proposition doit donc répondre à un principe de "dépyramidation" de notre système monétaire en le ramenant à un jeu à somme nulle, la somme des dettes issues de l’emprunt bancaire étant strictement égale à la masse monétaire, et non pas supérieure comme aujourd’hui.

Le retour à un jeu à somme nulle que l’on a connu pendant les 30 glorieuses permet un cloisonnement de la finance qui lui empêche de s’approprier illégitimement la propriété d’autrui via de l’endettement strictement irrécouvrable (intérêts des emprunts non monétisés), ce qui, comme on le voit chez les agriculteurs dont certains ont des taux d’endettement de 90% (et encore, ils sont des nantis d’un certain point de vue, puisqu’au bout de 5 ans d’exercice de leur activité, seuls 4% d’entre eux font faillite alors que ce taux est de 50% dans le petit commerce), c’est à dire que 90% des propriétés de certains d’entre eux appartiennent à des banques, sont acculés à la violence, soulignant le fait comme précise Arnaud Montebourg (Ripostes sur Arte) que la finance a quelque chose à voir avec la sécurité.

Par ailleurs, ces dettes non monétisables se retrouvent in fine économiquement dans les comptes des seuls agents économiques dont l’insolvabilité n’est pas déterminante dans leurs viabilités, j’ai nommé les états.

Cependant, nous préconisons la conservation de l’intérêt, comme le souligne Frédéric Lordon (http://www.dailymotion.com/relevanc... 1 à 8), sa principale utilité étant de limiter la création monétaire. Il n’est donc pas ici question de critiquer la politique de taux centralisé de la BCE, ni des banques commerciales, quand bien même rien ne justifie de percevoir un loyer sur une chose dont on n’a pas à se priver (création ex-nihilo).

Dès lors, le produit de la monétisation de ces intérêts serait alloué aux déficits des états, permettant de contrecarrer la dime prélevée sur l’intérêt commun que représente le paiement des intérêts de la dette publique. Là encore, la proposition vise à offrir un certain cloisonnement entre univers de la finance et chose publique.

Evidemment, si un état perçoit les intérêts d’un emprunt émis par une banque, il ne peut par contre être l’initiateur d’une telle demande de prêts. Le cas des collectivités territoriales serait assimilable aux agents économiques hors états a priori.
 
Périphérie de la proposition :

D’un point de vue bancaire, si la proposition ci-dessus est en fait la réintroduction de monnaie permanente dans la masse monétaire, constituant alors une fuite, c’est à dire une limitation de ces revenus pour les banques, il s’agit également de la suppression de risques artificiellement générés par un système monétaire à somme négative.
 
D’un point de vue monétaire, si l’introduction d’un surplus de masse monétaire peut sembler inflationniste, il est probable qu’à terme, la "dépyramidation" de notre système monétaire entraine une limitation de l’emprunt et donc un retour rapide de la masse monétaire à la normale.

Conclusion :

Face à l’accroissement de nos déficits publics dus aux incohérences de notre système monétaire, Il semble urgent de réagir et de proposer afin de relever les défis du XXIème siècle :

- poids financier de la prise en charge du vieillissement de la population ;

- doctrines libérales accroissant la fragilité de nos économies et augmentant les coûts sociaux ;

- surcoût financier généré par notre système monétaire néfaste à la compétitivité de nos entreprises dans la mondialisation ;

- poids fiscal et social supporté par l’entreprise et in fine ses salariés, l’alternative proposée ci-dessus pouvant se transformer en contre-dumping si les recettes budgétaires sont en partie alloués à nos entreprises.
 
D’autres difficultés autour de la création monétaire ne sont pas traitées dans cet article, telle la réserve fractionnaire, c’est bel et bien parce que tout n’est pas toujours noir ou blanc.
 
 
par Claude Simon (son site) vendredi 19 juin 2009 - 12 réactions
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  • Par ffi (xxx.xxx.xxx.3) 19 juin 2009 23:31
    ffi

    Le débat mérite de continuer sur ces sujets. Même s’il est évident que les banquiers vont préférer laisser crever les gens que de remettre en cause les privilèges.

    Il y a un premier postulat que je voudrais questionner : il est dit

    "Cependant, nous préconisons la conservation de l’intérêt, sa principale utilité étant de limiter la création monétaire."

    A mon avis, une telle affirmation est inexacte car elle ne colle pas à la réalité. Pourquoi ?

    Les grandes crises monétaire ont en commun de se passer par deux grandes phases :

    1°) le prêt d’argent est extrêmement rémunérateur grâce aux taux d’intérêt, ce qui attire de nombreux acteurs financiers. Pour faire le maximum de profits, ceux-ci se font concurrence et par une politique commerciale agressive (publicité, taux alléchants, crédit révolving, subprime, ...) cherchent à prêter le maximum d’argent au maximum de clients. Puisqu’il n’y a aucune régulation de cette frénésie de crédit, la quantité de monnaie augmente d’une manière démesurée.
    2°) Quand vient le temps du remboursement, si les retours sur investissement des emprunteurs sont inférieurs aux traites des créances, alors les paiement font défauts et si ces défauts de paiement s’accumulent et que du remboursement des créances impayées dépendait d’autre remboursements de créance, alors plus personne ne parvient à rembourser personne et c’est le système de paiement se trouve bloqué.

    En fait, toute l’histoire le montre, le taux d’intérêt est un multiplicateur des opérations de crédit dans la société, par le fait qu’il couvre le risque pris par le prêteur, dans des conditions normales.

    En effet, quelle serait l’intérêt de prêter de l’argent pour des sociétés à but lucratif, si celles-ci ne pouvaient pas en retirer de l’argent grâce aux taux d’intérêt ? Pas-sûr qu’il y ait autant de candidat si le taux d’intérêt était nul ...

    A vrai dire, il y a peu de domaine de l’activité humaine ces dernières années qui ont pu sembler plus rémunérateurs avec tant de constance que le prêt d’argent contre intérêt. D’où la ruée sur le crédit et les conséquences que l’on voit.

    Le crédit contre taux d’intérêt apporte certes du pouvoir d’achat sur le moment (qui est utilisé pour émettre de nouveaux crédits), ce qui semble générateur d’inflation monétaire, mais le problème du fait que ce ne soit pas un jeu à somme nulle, mais négative, doublé qu’il soit orienté à la spéculation, implique que sur le long terme, le crédit créé ex-nihilo contre taux d’intérêt est générateur de dette (ce que l’on constate), puisqu’il ne provoque pas de gains économiques réels. La conséquence à long terme est donc une raréfaction monétaire doublée d’une appropriation par les prêteurs des biens des emprunteurs malchanceux (ceci est bien expliqué dans l’article).

    Quant aux arguments consistant à douter de l’intérêt pour l’état de recouvrer son droit de seigneuriage, je les trouve insuffisants.

    Déjà, en 1973, cette remise en cause d’un des éléments clé de la politique des 30 glorieuses, voulu par le conseil national de la résistance, n’a pas fait l’objet d’arguments clairs. On pourrait même penser à une oeuvre de corruption. Des signataires de la loi 73-7, Pompidou était ancien chargé d’affaire de la Banque Rotheschild, et Giscard d’Estaing semble assez proche du milieu financier puisque son neveu Nicolas Giscard d’Estaing est directeur de la clientèle privée de la Banque Rotheschild. Il ne me semble pas utile de répercuter des arguments qui pourraient plutôt être une justification habile d’une volonté éventuellement intéressée.

    Ensuite, nombre de Banques privées internationales sont d’ores et déjà plus puissantes que les 3/4 des pays de la planète.
    Ensuite, il ne faudrait pas négliger la corruption bancaire dans l’attribution des prêts : n’est-il pas étonnant de voir que les grandes fortunes récentes (François Pinault, Bernard Arnaud, Boloré) se sont réalisées par l’emprunt ? Bolloré lui-même a été formé à la finance à la banque Rotheschild. Les crédits bancaires sont-ils prêtés de manière si transparente ? Par exemple, je connais une personne au RMI qui a pu acquérir un logement grâce aux relations de ses parents avec une banque !

    J’ajouterais que le jeu ne doit pas forcément être à somme nulle : Tout dépend si plus ou moins de signes monétaires en circulation sont nécessaires. Si les potentialités d’échange augmentent, par exemple, il est normal d’augmenter le nombre de signes monétaires.

    Tout ceci est un débat très important, mais :
    - Il est visible que les gouvernements ne souhaitent rien changer du pouvoir des banques. Entre l’augmentation des pouvoirs du FMI et Obama qui accroit les pouvoirs de la FED, je ne vois pas de changement du système financier à brève échéance.

    La priorité est donc de réussir à montrer ce changement comme inéluctable et indispensable, au moins en France, de montrer la perversité intrinsèque du système actuel, afin de permettre une alternative politique l’incarnant. Les gens auront après tous le temps de discuter des menus détails et la nouvel organisation.

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