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Plaidoyer pro DOMO, sans Piketty

Les chantres de la relance par la demande ou par l'offre, tout en restant soumis à la toute puissance des marchés financiers, déblatèrent dans les médias avec leurs lots de "N'YAKA". Depuis 5 ans les résultats sont lamentables. La somme de Saint-Thomas Piketty, oeuvre magistrale appréciée à l'étranger et non lue en France par les commentateurs patentés, n'est pas la bible salvatrice. Alors, seul le DOMO peut soulever un réel espoir.

Les Autorités financières et économiques européennes pataugent. L'austérité provoque la récession et l'augmentation massive du chômage : tous les pays européens ne peuvent devenir exportateurs nets vis-à-vis de leurs voisins (principaux clients) et surtout vis-à-vis de l'Allemagne dont l'économie ne tient que par ses exportations massives et ses excédents commerciaux. L'économie est lourdement grevée par sa soumission aux incontournables marchés financiers accumulateurs de capitaux. Dans son pavé de plus de 900 pages Piketty dissèque, avec érudition, l'évolution de la notion de capital dans l'économie de 1720 à nos jours. Les déblateurs mediatiques français concentrent les résumés d'analyses faites par quelques vrais professionnels, en deux phrases lourdes de sens : le capital tend intrinsèquement à s'accumuler dans les mains des capitalistes et donc, pour éviter à la machinerie capitaliste de se coincer, il faut taxer fortement le capital, à savoir le capital matériel et immobilier, les capitaux immatériels mobiles et fuyants et aussi les capitalistes, même les exilés fiscaux ! Aïe, aïe ! Inepties, ce sont les riches qui investissent (pour arrondir leur magot en retour) et sans leurs investissements (délocalisés) c'est la dégringolade !

N'ayant pas lu la somme en question, j'ai donc toute compétence pour commenter et critiquer. Piketty aurait dû remonter à l'Egypte des pharaons, aux grecs et romains de l'antiquité : sans capitaux massifs, sans marchés financiers, quelles réalisations d'envergure, quelles splendeurs, que de richesses créées. Les richesses étaient l'oeuvre du travail des hommes, ceux qui taillaient les pierres, les transportaient, les édifiaient, et aussi tous les paysans qui dégageaient des surplus de nourriture pour le personnel des chantiers. La possession de travailleurs ou d'esclaves était la base de la création de richesses. Les châteaux forts du Moyen-âge, les cathédrales, les abbayes, les châteaux de la Renaissance, les hôtels particuliers sont l'oeuvre d'ouvriers, d'artisans et d'artistes : les coûts financiers de toutes ces constructions sont sortis de l'histoire économique ! Il reste heureusement des chefs-d'oeuvre d'architecture, de sculpture, de menuiserie, de peinture et de décoration. Aujourd'hui c'est la réduction des effectifs qui est source de profits !

Les plans de relance, objets des incantations, faisant appel aux investissements privés, aux fameux marchés financiers, restent des voeux pieux ! Si une activité nouvelle dans sa conception ou sa réalisation est rentable en soi, les cupides rapaces, les voraces de profits s'engouffreront dans la niche de profits sans attendre de longs et hypothétiques plans de relance. Ce qui n'empêche pas les mêmes de profiter des activités hypersubventionnées comme la production d'énergie photovoltaïque solaire : les subventions pour les panneaux solaires, provenant en grande partie de Chine, ne seront pas disponibles pour d'autres activités à fort taux d'emplois. De façon plus générale les incitations publiques déplacent les consommations sans vraiment développer la croissance.

Cependant, il a existé des périodes de plein emploi avec une forte production de richesses, comme celle de la seconde guerre mondiale où, aux USA, Angleterre, Allemagne, Japon et URSS, la production d'armements (munitions et équipements) tournait à plein régime pour détruire et être détruits : la demande n'était limitée que par les capacités de l'offre poussées au maximum. La période de reconstruction des logements, infrastructures et usines était aussi une période de plein emploi. Les USA, dans leurs diverses interventions militaires extérieures, ont ainsi injecté des milliers de milliards de dollars, à crédit pour la phase W-Bush, puis celle d'Obama, ce qui a contribué à une bonne marche de l'économie américaine. Les Européens, restant encore sensibles aux malheurs que font subir les guerres aux populations, (ils les ont trop bien connus et subis lors des deux guerres mondiales, beaucoup plus que les civils de nos alliés américains) rejettent la solution d'une nouvelle grande guerre militaire pour résoudre la question du chômage. Alors il nous reste à mener d'autres combats exigeant toutes nos énergies économiques. Pour la finance cela n'a jamais été un problème au cours des deux guerres mondiales : l'intendance et donc la finance suivent. C'est encore plus vrai aujourd'hui où les banques centrales créent de la monnaie ab nihilo !

Toutes les mesures classiques de tripatouillages de l'offre et de la demande ayant montré leurs insuffisances, il ne reste plus qu'à mettre en oeuvre le DOMO (Dispositif One More One, ou en français Dispositif 1+1) dont le but est un financement spécifique et spécial pour des réalisations, indispensables ou fortement souhaitables, dont la durée de vie est très longue (des siècles ou au moins 50 ans) et qui sont jugées insuffisamment rentables par les grands prêtres des marchés financiers, axés sur la forte rentabilité à court et moyen terme. Parmi ces réalisations citons la protection des territoires (plages, côtes, villes, villages, rives de rivières, espaces agricoles, réseaux électriques, réseaux de transports, infrastructure de communication...) contre les conséquences des aléas climatiques liés à l'augmentation de l'effet de serre. Les demandes sont fortes et importantes pour la transition énergétique vers la production d'énergies dites renouvelables (hydraulique, solaire, éolien, bois et végétaux, cultures microbiologiques de bactéries et d'algues, méthanisation...), pour la mise en oeuvre de réseaux de transports à très faible pollution (métros, tramways, bus électriques ou pneumatiques, télécabines à câbles, canaux fluviaux), pour la construction de nouveaux réseaux électriques entre les nouvelles zones de production et celles de consommation, pour la rénovation des infrastructures telles les ponts et les autoroutes en Allemagne.... Les moyens à mettre en oeuvre sont considérables, comparables aux dépenses engagées dans les grands conflits militaires. Ces moyens ne peuvent provenir, pour leur partie financière, des circuits lucratifs et prédateurs régnant sur le monde. Pour leur partie matérielle et humaine, tous les pays européens regorgent et débordent de moyens non utilisés, en personnels et en matériels. Et tous ont d'énormes besoins !

Du fait de la disparition de l'esclavage et des corvées au bénéfice de la communauté de vie, il est indispensable d'utiliser le dispositif comptable ordonnateur du monde : la finance et les flux financiers. Il faut les utiliser comme des moyens et non comme des finalités indépassables. La finance ne sera qu'une comptabilité virtuelle de ressources financières tout aussi virtuelles. Les banques centrales, en particulier la FeD américaine, la Banque du Japon (BoJ) sont coutumières de la création de monnaie nationale sans contre-partie à l'émission ; la Banque de Chine Populaire (BPOC) émet chaque année en yuans l'équivalent de plusieurs centaines de milliards de dollars ou euros : cette émission alimente l'économie chinoise. Elle serait gagée sur la masse d'excédents commerciaux exprimés en $ et en €, excédents constitués de dettes réelles qui ne peuvent être remboursées que par l'inversion de la balance commerciale chinoise (ce que ne souhaite pas la Chine afin de maintenir ses emplois) ou par l'achat des entreprises occidentales. A terme cette dernière politique économique ruinera les économies occidentales et supprimera leurs capacités de consommer des produits importés. Il est nécessaire de remarquer que la Banque Centrale Européenne (BCE) émet annuellement, au bénéfice de l'Allemagne, plusieurs dizaines de milliards d'euros, en compensation de ses excédents en zone dollars, la BCE se chargeant de gérer les paquets de dollars virtuels ainsi accumulés. La France l'aide par ses achats en $ de pétrole et de gaz.

La base du DOMO est l'émission d'euros pour la réalisation pratique d'infrastructures et de grands équipements à très longue durée de vie et dont la rentabilité à court et moyen terme est incompatible avec les circuits de financements classiques. Cette émission reste soumise à des contraintes réglementaires : elle ne peut servir à renflouer les budgets des nations et des collectivités publiques. L'utilisation des fonds et leur gestion sont du ressort de la BCE et des banques centrales nationales par délégation de la BCE. Par contre, l'organisation des travaux et leur suivi sont du ressort des autorités nationales, en particulier des cours des comptes. L'émission de monnaie par la BCE dans le cadre du DOMO, impose une participation financière au moins égale de la part des collectivités publiques nationales ou territoriales : à 1 Md€ de la BCE s'ajoute impérativement 1Md€ de la Collectivité Publique. La participation de la BCE, par son émission, est soit un don pur et simple dans des cas très particuliers d'intérêt européen, soit un prêt à intérêt nul, remboursable sur 50 ans, soit enfin un prêt toujours sur 50 ans, avec un très faible intérêt, inférieur à 1%, pour s'assimiler à un prêt bancaire. La BCE étant, in fine, remboursée, la création de monnaie n'est que transitoire et sera annulée : la comptabilité financière n'a pas à tenir compte de l'inflation. L'émission de monnaie est aussi gagée par la valeur des réalisations qui sont des richesses supplémentaires. Le remboursement s'effectue soit par l'établissement bénéficiaire des réalisations, comme la RATP dans le cadre du projet d'extension du RER du Grand Paris, soit par la collectivité publique co-contractante. Dans le cas de la France, où son taux de prélèvement public (impôts, taxes et diverses charges sociales) dépasse les 50%, sa contribution devient en quelque sorte gratuite, et même participe à l'amélioration de ses comptes publics. En effet, prenons l'exemple du projet d'extension du RER du Grand Paris, chiffré à une vingtaine de Md€, et en retenant pour les seules infrastructures fixes (tunnels, rails et leurs équipements) un montant de 20 Md€, alors 10 Md€ sont apportés par la BCE. L'État apporte aussi 10 Md€ qui seront amplement couverts par les prélèvements publics sur le montant total de 20 Md€ en travaux (création réelle de valeur ajoutée et de PIB). En emplois directs c'est 400 000 emplois sur un an et, en emplois induits c'est un total de un million d'emplois. Si les cotisations sociales de ces emplois sont déjà pris en compte dans la participation de l'État, par contre, l'assurance chômage versera moins d'allocations et percevra plus de cotisations, ce qui améliorera ses comptes. Les caisses de retraites et d'assurances maladies verront leurs déficits (couverts par la comptabilité publique) se réduire. La compensation versée auparavant par l'État sera alors utilisée pour l'apport de L'État au DOMO. Pour les remboursements, chaque année, pendant 50 ans, la RATP devra verser à la BCE 200 M€ (sans intérêts) ou 300 M€ (avec un intérêt de 1%). Le remboursement de tout ou partie de la contribution publique pouvant même être envisagé.

Avec des financements selon le DOMO, beaucoup de grands projets d'avenir deviennent "rentables et amortissables". De nombreuses collectivités territoriales sont intéressées pour le financement de tramways et autre grandes infrastructures ; elles accepteraient même de participer à la part publique de financement, soit directement, soit par remboursement partiel de la contribution de l'État.

Le DOMO ne peut être un guichet ouvert sans limitations : pour une première phase, un montant annuel de 1% du PIB de chaque nation sollicitante, (soit 2% du PIB en réalisations annuelles) couvrant la durée d'un mandat de l'Assemblée Européenne, pourrait être retenu et validé par les députés européens de la seule Eurozone soumise à la BCE. Les autres pays, telle l'Angleterre, disposent de leur banque centrale capable d'émettre de la monnaie locale : l'Angleterre ne s'en est pas privée massivement suite à la crise de 2008, au prix d'une dévaluation supérieure à 15%. Dans le DOMO, on reste à des valeurs de 1% par an.

La systématisation du DOMO améliorera les comptes publics des nations, leurs budgets seront équilibrés et même excédentaires pour certains ; les marchés financiers respireront, ils seront en train d'être remboursés et ne sauront que faire de leur excédents de liquidité ! Le chômage diminuera enfin, les jeunes auront plus de perspectives d'avenir et surtout les pays européens seront mieux protégés contre les aléas climatiques, contre les conséquences de la hausse de l'effet de serre. Le plus difficile sera de faire admettre le DOMO à tous les thuriféraires des marchés financiers, aux propagandistes d'un système à bout de souffle et inadapté dans un monde saturé de produits de consommation. Enfin, une véritable politique économique et financière à imposer et mettre en oeuvre !


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1 réactions à cet article    


  • christian pène 7 janvier 2015 08:58

    Piketty , je m’en fous......

    La dictature des marchés ? mais qui emprunte à tout va sur les marchés financiers pour leur donner cette faculté de faire pression sur les dirigeants ????????

    S’il y a eu crise comme cela nous a été dit , ce n’est que la faute des dirigeants dont la gestion est folle , mais les médias cherchent à nous chloroformer en mettant la crise sur le dos de la finance : un mensonge grossier de plus ......

    Les dirigeants pratiquent le clientélisme avec notre argent parce que ce sont des imbéciles incapables sauf mentir et voler ; sinon ils n’auraient pas fait main basse sur les médias et l’école.....Les dirigeants n’ont jamais été à l’école de formation de gestion de la société , ils n’ont que très rarement été décideurs d’entreprise : incompétents , ils truquent , ils volent, ils font des lois électorales imbéciles et scélérates.....pour garder la haute main sur le Trésor public qui comprend les ressources de la sécurité sociale (650 milliards à dépenser chaque année )......

    Les partis de gouvernement ne sont que des gangs , le président est le parrain principal ; il a tellement mis de désordre qu’il ne sait plus quoi faire , alors ils se pavanent à la télévision mais qui l’écoute ? incapable de monter un discours qui se tienne et qui soit crédible.....un visage qui révèle à chaque fois l’EMBARRAS ........

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Auteur de l'article

hugo BOTOPO


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