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Accueil du site > Actualités > Economie > Politique de rigueur, Hollande et De Gaulle

Politique de rigueur, Hollande et De Gaulle

1958, 2013… De Gaulle et Hollande ont tous deux inauguré leur élection à la Présidence par une politique de rigueur. Ressemblance superficielle, car les conditions de succès de cette politique ne sont pas rassemblées aujourd'hui, faute d'identifier les deux menaces principales de la période

Une stratégie de rigueur contre-productive

Le Président de la République François Hollande a confirmé lors de sa conférence de presse du 14 janvier dernier, faisant suite à son intervention télévisée du 28 mars 2013, la stratégie de rigueur voire d'austérité qu'il a choisie pour le pays, par un alignement qui ne dit pas son nom sur la stratégie générale de l'Union Européenne face aux crises des dettes souveraines qui se succèdent depuis 2010.

Mais cette stratégie de rigueur aura-t-elle les effets positifs qu'en espère le Président ? Les exemples de l'Italie, de l'Espagne, faisant suite à ceux du Portugal, de l'Irlande ou de la Grèce n'incitent guère à l'optimisme !

La politique de réduction des déficits et de "dévaluation interne" décidée et imposée par la Troïka (Commission européenne + Banque Centrale Européenne + Fonds Monétaire International) avait été mise en application en Italie par l'ancien commissaire européen Mario Monti, dont la nomination avait été imposée en novembre 2011 au Parlement italien par le gouverneur de la BCE Mario Draghi, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy. Elle a eu chez nos voisins transalpins les conséquences suivantes :

  • Entrée en récession et destruction accélérée des entreprises
  • Explosion du chômage de 8,5% à 11,6% en à peine plus d'un an (+ 800 000 chômeurs), tout particulièrement chez les jeunes (38% au chômage), lesquels commencent à émigrer pour s'en sortir

Tout cela en étant de plus contre-productive sur l'endettement public qui a augmenté encore plus rapidement du fait de cette politique : de 120% du PIB à la prise de fonctions de Mario Monti à 127% à fin 2012 !

Un exemple historique d'austérité salutaire

Pourtant la rigueur, synonyme de précision et de fermeté en même temps que d'intransigeance et de sévérité, est certainement nécessaire dans la gestion des deniers publics. Et l'austérité peut être un remède indispensable et salutaire, quoique certes déségréable.

Le Général de Gaulle avait inauguré son retour au pouvoir en 1958 par une politique de sévère rigueur, voire de franche austérité. La comparaison du Discours sur la politique de rigueur qu'il prononça le 28 décembre 1958 avec l'intervention de François Hollande le 28 mars 2013, laquelle était le prélude que le Président de la République n'a fait que prolonger le 14 janvier, est instructive :

Avec mon gouvernement, j'ai donc pris la décision de mettre nos affaires en ordre réellement et profondément. Le budget en est l'occasion, peut-être ultime, très bonne en tout cas. Nous avons adopté et, demain, nous appliquerons tout un ensemble de mesures financières, économiques, sociales, qui établit la nation sur une base de vérité et de sévérité, la seule qui puisse lui permettre de bâtir sa prospérité. Je ne cache pas que notre pays va se trouver quelque temps à l'épreuve. Mais le rétablissement visé est tel qu'il peut nous payer de tout.

(...)

A moins de recourir à la ruineuse inflation ou de faillir à la France, il n'y a rien d'autre à faire que de réduire de moitié le déficit menaçant. C'est ce qui est décidé.

(...)

Cet ensemble, dont toutes les parties se tiennent et se complètent, cet ensemble est grave mais essentiel. Sans l'effort de remise en ordre, avec les sacrifices qu'il requiert et les espoirs qu'il comporte, nous resterons un pays à la traîne, oscillant perpétuellement entre le drame et la médiocrité. Au contraire, si nous réussissons la grande entreprise nationale de redressement financier et économique, quelle étape sur la route qui nous mène vers les sommets !

Voilà qui donne à penser...

Austérité en 1958, austérité à partir de 2013, un parallélisme superficiel... et deux différences majeures !

Il y a naturellement une différence de clarté et de style, à l'avantage de Charles de Gaulle. Il serait malvenu de le reprocher trop durement à François Hollande : tout le monde n'est pas écrivain, ni en mesure d'écrire soi-même ses discours et éléments de langage, et sans doute ce n'est pas là l'essentiel de la charge d'un Président de la République.

Beaucoup plus important, la situation de la France en 2014 est fort différente de celle qui prévalait en 1958, au-delà de points communs évidents tels :

  • Creusement depuis plusieurs années du déficit du commerce extérieur : préoccupant à -2% du PIB en 1956 et 1957, nettement plus grave depuis 2007 avec chaque année -3,5% du PIB ou pire, et jusqu'à -5,7% du PIB en 2011
  • Creusement du déficit de l'Etat : significatif dans les années 1950 entre -2% et -1% du PIB , massif aujourd'hui avec -4,3% du PIB en 2012 après des déficits au-delà de -7% en 2009 et en 2010

Pour évaluer les chances de succès d'une politique d'austérité dans la situation actuelle, pour imaginer à quoi devrait ressembler l'actualisation d'une politique d'austérité salutaire telle que menée à partir de 1958, il faut tout d'abord tenir compte de deux différences majeures entre la situation d'alors, et celle d'aujourd'hui :

1) Pouvoir des banques et Gravité de la situation des finances publiques 

  • Dette publique à environ 32% du PIB en 1959, 90% aujourd'hui, d'où une lourde charge pour le paiement annuel des intérêts : 1,2% du PÏB en 1959, plus de 2% du PIB aujourd'hui en dépit des taux d'intérêt fort bas sur la dette souveraine française
  • Monnaie indépendante alors, non aujourd'hui, ce qui bloque tout ajustement de la balance commerciale et des taux d'intérêts par baisse du taux de change
  • Possibilité d'emprunt de l'Etat à la Banque de France alors, impossible aujourd'hui suite à la loi Pompidou-Giscard de 1973 qui l'interdit
  • L'essentiel du secteur bancaire alors sous contrôle public –les nationalisations de 1945 étaient un passé récent–, le secteur bancaire aujourd'hui massivement privé, tandis que ses risques restent garantis par l'Etat
  • Secteur bancaire tirant aujourd'hui une bonne part de ses profits et une part démesurée de ses risques de la spéculation, ou pour être plus précis de l'agiotage ("ventes à découvert", c'est-à-dire des paris sur l'évolution de la valeur d'actifs que l'on n'a pas acheté), lequel était incomparablement moins développé en 1958

2) Risques sur la croissance mondiale du fait des contraintes énergétiques et écologiques ainsi que des fragilités liées à l'interdépendance

  • Croissance européenne et mondiale forte en 1958, aujourd'hui très faiblarde et de plus dépendante de programmes massifs généralisés d' "assouplement quantitatif" (comprendre : la planche à billets), avec tous les risques qui y sont évidemment liés
  • Aujourd'hui, risque sérieux à court/moyen terme de nouveaux effondrements financiers et monétaires mondiaux, faisant entrer le monde en dépression. Pas de risque équivalent en 1958
  • Production pétrolière mondiale alors en expansion constante, avec découverte de nouveaux gisements massifs, permettant une croissance économique par simple mise en production suivant des méthodes déjà connues. Croissance mondiale aujourd'hui au contraire fortement contrainte à moyen/long terme par le plafonnement de la production pétrolière mondiale, prélude à sa décroissance, qui sera suivie plus tard par la décroissance de la production des autres sources d'énergie fossile (gaz, puis enfin charbon)
  • D'ores et déjà, lourde augmentation de la facture pétrolière, le prix moyen du baril ayant été multiplié par un facteur 2,5 entre 2004 et 2012, des environs de 30 euros jusqu'aux environs de 75 euros, ce qui n'a pas peu contribué au creusement de la balance commerciale, tandis que le pétrole était bon marché en 1958
  • Production de la plupart des biens alors largement auto-centrée en France ou du moins sur le continent européen, aujourd'hui largement internationalisée et de plus concentrée, donc à la fois plus efficace et plus fragile : inondations de 2011 en Thaïlande et la production mondiale de disques durs a des ratés d'où pénurie pendant plusieurs mois, tsunami au Japon et Peugeot-Citroën organise des débrayages par manque de pièces détachées...
  • Contrainte écologique au niveau mondial en 1958 encore lointaine dans l'avenir, aujourd'hui beaucoup plus proche. Nous approchons du moment où ces facteurs limiteront la croissance voire forceront une décroissance fort désagréable. Citons par exemple :

On peut naturellement trouver d'autres différences telles que des dépenses militaires alors énormes (guerre d'Algérie oblige), aujourd'hui petites voire faiblardes, ou encore un parti communiste alors massif, aujourd'hui fantômatique... Mais ce sont les deux différences majeures ci-dessus qui sont vraiment décisives.

L'austérité : salutaire aujourd'hui... à certaines conditions !

L'actualisation 2014 de la politique de redressement et d'austérité initiée en 1958 pourrait se penser suivant deux axes forts :

1) Dégager le pays des contraintes qui lui ont progressivement été imposées depuis plusieurs décennies

  • Mise au pas du secteur financier avec suppression de la garantie d'Etat sur les risques pris par des institutions privées, acceptation de la faillite des banques imprudentes ou au mieux s'il en est encore temps de leurs seules activités les plus dangereuses, éventuellement nationalisations à la 1945 des banques survivantes
  • Nouveau franc mis en place au taux de 1 NF = 1 ancien €, une réforme beaucoup plus simple qu'il n'y paraît à l'heure où l'essentiel de la monnaie est électronique. Toutes les dettes intérieures et extérieures passent au NF, au même taux de 1 NF pour 1 ancien €, de même que les dettes avaient été passées d'une monnaie à l'autre lors de l'instauration de l'euro dans la période 1999-2002
  • Primauté de la loi nationale sur les directives & règlements européens, permettant de sécuriser ces réformes financières et monétaires contre toute tentative de la superstructure européenne de déclarer irrecevable la législation française -ce que les traités actuellement en vigueur permettent bel et bien

2) Protéger l'économie contre un effondrement à moyen / long terme

  • Programme de transition énergétique hors des énergies fossiles, d'échelle massive type "projet Manhattan" ou "projet Apollo" :
    • A court terme en premier lieu par économies d'énergie, transfert volontariste à l'électricité nucléaire de rôles aujourd'hui dévolus à des sources fossiles (chauffage, énergie industrielle) et construction de réacteurs de nouvelle génération EPR... par packs de six, comme les canettes de bière !
    • A moyen terme recherche et développement pour mettre au point le nucléaire de quatrième génération (thorium), la biomasse de seconde génération (cellulose), l'extraction de l'uranium de l'eau de mer, le stockage de l'électricité
  • Programme financé par une taxe carbone augmentée régulièrement et décourageant de plus en plus l'utilisation d'énergies fossiles. Cette taxe devrait naturellement s'appliquer également au "contenu en carbone" des importations c'est-à-dire à l'énergie dépensée par le pays producteur en fonction de l'énergie fossile qu'utilise ce pays -une information publique et très difficile à maquiller. Elle constituerait également un protectionnisme idéologiquement défendable et vertueux contre tout dumping à base d'énergie sale, comme le charbon particulièrement polluant en CO2 et constituant une part significative de l'avantage compétitif de la Chine

C'est seulement à ces deux conditions qu'un programme d'austérité -équilibre budgétaire, Etat plus resserré, le moment venu désendettement- deviendrait possible et salutaire, plutôt que d'enfoncer les pays dans la crise comme cela a été l'effet systématique de l'austérité version Union Européenne dans tous les pays où elle a été appliquée depuis 2010.

Alors, et alors seulement, le Président de la République et son gouvernement pourraient à bon droit appeler les Français à l'effort et à se serrer la ceinture pour remonter la pente, sachant que les sacrifices ne seraient pas en vain.

La stabilité monétaire : bénéfique... à condition de l'établir au bon niveau !

Une phrase révélatrice du discours de De Gaulle :

Ce qu'il y a d'artificiel dans la valeur de notre monnaie provient, certes, du déséquilibre de nos affaires, mais n'en est pas moins une cause permanente de difficultés.

C'est pourquoi, tout en remédiant au désordre fondamental, nous devons placer notre franc sur une base telle qu'il soit inébranlable. Nous le faisons donc, regrettant d'en abaisser le taux, mais tirant les conséquences de négligences prolongées.

C'est dire qu'une politique de stabilité monétaire ne se conçoit qu'en tirant d'abord toutes les conséquences du passé. En 1958, cela signifiait la dévaluation du franc, décidée par De Gaulle en même temps que la politique d'austérité. En 2013, cela signifie la sortie du système de monnaie unique Euro, permettant le rééquilibrage de la valeur de la monnaie française par rapport à celle de l'Allemagne, à un taux plus bas.

Une fois ces conséquences acceptées ("regrettant d'en abaisser le taux"), il est possible et d'ailleurs bénéfique d'avoir une monnaie forte, ce qui sera la simple conséquence d'une économie performante et d'un budget sous contrôle. En 1965, De Gaulle pouvait se payer le luxe de proposer le retour à l'étalon-or qui avait été le système monétaire mondial jusqu'en 1914, provoquant la fureur des Etats-Unis ne voulant pas renoncer à leur "privilège exorbitant" de voir leur propre monnaie jouer le rôle autrefois dévolu au métal jaune... Quelle différence avec la situation trouvée en 1958 !

Si l'on veut une monnaie stable, il faut choisir un taux réaliste, et ensuite seulement s'y tenir mordicus. On peut discuter de savoir si un franc français devrait valoir 0,85 mark allemand, ou un peu plus, ou un peu moins ; il est quoi qu'il en soit certain qu'avoir le même euro de chaque côté du Rhin est totalement irréaliste compte tenu des différences d'inflation entre les deux pays durant la décennie passée et met notre économie en déséquilibre profond, déséquilibre qui ne peut de toutes façons que déboucher sur un bouleversement.

Il ne s'agit que de choisir entre le bouleversement maîtrisé résultant de réformes même profondes, et les bouleversements douloureux et stériles provoqués par la poursuite d'une politique Union Européenne dont l'échec est patent chez tous nos voisins qui l'ont subie.

 


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19 réactions à cet article    


  • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 22 février 2014 09:41

    Bonjour,
    La différence fondamentale, c’est que De Gaulle dirigeait un pays souverain.

    Pour retrouver les marges de manoeuvre, il faut non seulement sortir de l’euro, mais aussi de l’ UE.

    Les Traités ont enlevé les droits régaliens aux Etats européens.

    Il n’est plus possible de mener des politiques intérieures nationales.

    Pour dévaluer, ce qui n’est pas une fin en soi, mais une mise à niveau de la monnaie par rapport à la productivité de l’économie, il faut disposer de tous les droits régaliens.

    UPR « Programme de Libération Nationale »
    Bonne journée !


    • lsga lsga 22 février 2014 12:20

      Non : la différence fondamentale, c’est que DeGaulle dirigeait un empire néo-colonial solide. Ainsi, même quand il donne une pseudo-indépendance politique à l’Algérie, il se débrouille pour que les industries françaises puissent continuer à exploiter les ressources algériennes. 

       

    • CASS. CASS. 23 février 2014 23:52

      comparer De Gaulle aux sayanim impérialo sionistes umps et cie , faut vraiment être gonflé, y en a qui confonde le jour et la nuit , ce doit êtres des sourds et aveugles.


    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 22 février 2014 09:44

      Comparaison de l’industrie en France après De Gaulle 1968
      et ce qui reste de l’industrie française après 30 ans de politiques européennes. 2008

      « 1968- 2008 Extermination de l’industrie française »


      • lsga lsga 22 février 2014 11:44

        Française ?

         
        Pour rappel, la majorité de ces industries fonctionnent sur la base de l’impérialisme français en Afrique. La désindustrialisation de la France est avant tout la conséquence de l’affaiblissement du néo-colonialisme français en Afrique. 
         
        Maintenant que le marché africain s’ouvre au monde, et que les militaires français ne sont plus aussi puissant qu’avant, l’industrie française s’écroule. C’était prévisible. 

      • claude-michel claude-michel 22 février 2014 12:35

        C’est une insulte au général...De Gaulle à redresser la France...Hollande la coule.. !


        • lsga lsga 22 février 2014 13:31

          DeGaulle a fait la transition du colonialisme traditionnel de la France au néo-colonialisme impérialiste. 

           
          Aujourd’hui, l’impérialisme français en Afrique est remis en cause par le Capital Russe, Chinois, Brésilien, Indien, US... C’est donc toute l’économie française qui vacille. 

        • claude-michel claude-michel 22 février 2014 13:48

          Par lsga...et ma tante qui a des roubignoles...ben c’est mon tonton.. !


        • CASS. CASS. 24 février 2014 00:05

          Non De Gaulle était totalement contre l’impérialisme IMMONDE DICTATORIAL colonialiste zionistes Igsa cessez de mentir.


        • CASS. CASS. 24 février 2014 00:13

          giscard pompidou, les cohenbendits et cie sayanim ont commencé sarko hollande termine le travail et les veaux continuent de signer ; en effet c’est pire qu’une insulte vis à vis de Mr De Gaulle.


        • jaja jaja 24 février 2014 00:21

          Ah la légende d’un De Gaulle ami des peuples... en fait un authentique impérialiste massacreur des indigènes colonisés... Pour commencer, entre autres, parlons du Cameroun et du massacre en 1960 des Bamiléké (des centaines de milliers de morts) et déja Jacques foccart, spécialiste de tous les mauvais coups du général dans les colonies...

          http://le-blog-sam-la-touch.over-blog.com/gestapo-napalm-et-massacres-fran%C3%A7ais-au-cameroun-dans-la-plus-grande-indiff%C3%A9rence


        • CASS. CASS. 24 février 2014 00:52

          le 17 novembre 2013 Paul Krugman a tiré la sonnette d’alarme et dénoncé l’existence d’un « complot » contre la France. La raison : l’abaissement de la notation financière du pays gaulois par l’agence Standard & Poor.

          D’une part, il prenait note de la campagne initiée par des grands média économiques internationaux, qui qualifiaient la France d’authentique « bombe à retardement », potentiellement plus grave que l’Espagne, la Grèce et le Portugal ; d’autre part, il analysait ses plus importantes variables macroéconomiques sans trouver aucune raison pour tant de pessimisme et d’inquiétude, surtout par rapport à d’autres pays du soi-disant « noyau » européen. Sa conclusion ne pouvait pas être plus directe : « La France a commis le péché impardonnable d’être financièrement responsable sans faire souffrir les pauvres et les indigents. Elle doit être punie ».

          Deux mois plus tard, le célèbre prix Nobel d’économie revient sur le même sujet, cette fois avec un titre encore plus significatif : « Scandal in France ». Le centre de l’histoire : le changement radical de position du président Hollande vers des thèses néolibérales, la réduction de l’impôt des sociétés et des dépenses de l’État tout en revendiquant, ni plus ni moins, la fort connue loi de Say, « l’offre crée sa propre demande ». Il est probable que Marx et Keynes auront sursauté dans leurs tombes en se souvenant ironiquement que lorsque les théories des intellos coïncident avec les intérêts des tous puissants, elles perdent en échange la capacité d’analyse et de prévision.

          Le vieux révolutionnaire ajouterait sans doute que le système continue de s’enfoncer dans des contradictions et que la crise ne va pas s’arrêter ; quant au libéral, il se demanderait encore une fois qu’est-ce qui devrait se produire pour que les économistes et les politiques de droite prennent vraiment leçon du passé et cessent de mettre en danger le bien-être des gens et, surtout, la viabilité du capitalisme lui-même.

          Il faut cependant nier l’affirmation que Krugman fait sur Hollande, car le président français n’a pas changé de position : maintenant il est simplement en mesure de rendre public son « agenda caché ». Chez nous, en Espagne, le PSOE a beaucoup parlé ces dernières années de « l’agenda caché » du Parti Populaire en attirant l’attention sur la duplicité et l’hypocrisie d’une droite qui dit une chose en tant qu’opposition et une autre radicalement différente quand elle devient gouvernement. Le programme réel caché des anciens sociaux-démocrates français et des conservateurs espagnols n’est nul autre que le réseau de pouvoir néolibéral institutionnalisé et garanti par l’Europe allemande de l’euro.

          Lorsque le président français, encore en violation de ses promesses de campagne électorale, a approuvé le « Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union européenne » il a sciemment accepté de s’attacher les pieds et les mains aux règles et objectifs qui accentuent les traits « ordolibérales » du traité de Lisbonne et, de facto, font de celui-ci le vrai programme-cadre de gouvernement, en France et dans tous les pays de la zone euro.

          En juin dernier, avec sa clairvoyance habituelle, l’historien marxiste anglais Perry Anderson avait averti vers où se dirigeait vraiment le gouvernement français. Le virage à droite étant d’ores et déjà sous-entendu, il avait ajouté deux appréciations qui ont un grand intérêt pour nous les Espagnols. La première, que les socialistes étaient beaucoup mieux préparés que la droite pour mettre en œuvre le programme néolibéral, car ils auraient en face moins d’opposition syndicale et pourraient toujours utiliser l’épouvantail du retour de la droite au pouvoir pour apaiser sa base sociale et électorale.

          La deuxième appréciation était plus subtile : étant donné que les gouvernements – tous les gouvernements – mettent en œuvre des politique particulièrement négatives pour les citoyens, ils ont besoin d’un « supplément idéologique » pour polariser le débat public et souligner les différences. Le supplément idéologique de Sarkozy ayant été « l’identité nationale », celui de Hollande est le « mariage pour tous ». En Espagne il paraît qu’il sera l’avortement.

          Pour comprendre ce qui se passe et ce qui nous arrive il est essentiel de bien comprendre le rôle de l’UE dans le discours politique. L’Europe (confondue avec l’UE) est l’instrument, la justification et, finalement, la coercition nécessaire pour faire avancer le néolibéralisme dans tous et chacun des pays européens. Ce qui ne pourrait se faire sans grands conflits sociaux et politiques dans chacun des pays individuels, se fait dans toute l’Union sans nuire gravement à la gouvernance et à la stabilité du système.

          Le dispositif européen est extrêmement efficace : il sert d’alibi (l’Europe l’a déjà décidé), de justification (on ne peut pas revenir en arrière dans le processus d’intégration européenne, qui est une bonne chose en soi-même) et de coercition (ne pas respecter les traités est se condamner à sortir de l’euro et de l’UE). La clé : déconnecter la souveraineté populaire des décisions importantes qui affectent les populations. Voici l’autre face du processus d’intégration : de façon consciente et planifiée on cède des parties vitales de la souveraineté de l’État à des instances non démocratiques, structurellement liées aux groupes de pouvoir économique, qui prennent des décisions obligatoires pour les États et les personnes. La Troïka n’est que cela : les directeurs généraux des pouvoirs économiques unifiés derrière l’État allemand.

          Avec l’appui des employeurs et des institutions de l’Union, Hollande veut mettre fin à « l’anomalie française ». Ce que cela signifie est clair : mettre fin à un État fort, capable de contrôler le marché, de garantir les droits sociaux et d’assurer la citoyenneté pleine et intégrale. Au centre est la République, ses valeurs, ses institutions et, au-delà, la légitimité du système politique. Hollande fait face à un défi commun à tous les gouvernements de la zone euro : comment faire dans des conditions démocratiques que les populations acceptent la dégradation des services publics, la perte des droits syndicaux et du travail et la baisse substantielle des conditions de vie de la personne ?

          D’un autre point de vue, on peut dire que la grande tâche des gouvernements de l’UE et ses institutions est de conspirer systématiquement contre leurs citoyens. Pour atteindre cet objectif il est essentiel d’établir une forte alliance entre le capitalisme monopoliste-financier, les pouvoirs des médias et la classe politique.

          Dans ce contexte le rôle de l’Allemagne est une réalité qu’on ne peut pas oublier. On pourrait définir ce rôle comme suit : pour que l’État allemand puisse bâtir une hégémonie solide dans l’UE les autres États devraient devenir « moins États », c’est à dire, il doit y avoir un affaiblissement structurel des États-nations et de leurs instruments de régulation et contrôle. C’est là où apparaît la dimension géopolitique. La France est le seul pays qui est en mesure de s’opposer à la grande Allemagne et diriger les pays du Sud. La France républicaine, rebelle et nationale-populaire est encore la grande réserve spirituelle et matérielle de la démocratie plébéienne. Parler ici de Vichy, comme je l’ai fait tant de fois, est bien pertinent : à nouveau s’établit une alliance des pouvoirs économiques français et de l’État allemand pour mettre en échec le mouvement populaire et républicain qui existe vraiment à gauche. Hollande est au centre de cette alliance. Il ne faut pas s’étonner de sa politique étrangère agressive, de son étroit alignement avec les secteurs les plus durs de l’administration usaméricaine et sa subordination à l’État d’Israël.

          Est-il si étrange que dans un contexte caractérisé par la construction de démocraties « limitées et oligarchiques » avec dégradation des conditions de vie et perte radicale des droits, la croissance de l’extrême droite et le populisme nationaliste de Marine Le Pen gagnent du terrain ?

           Manolo Monereo Pérez

          Traduit par Manuel Talens
          Source : http://www.cuartopoder.es

          nationaliste Marine Le Pen très admiratrice de la Thatcher et toujours pro cette pute d ’UE de la dictature sionarde , la Marine, et des français confortent ça, vraiment des veaux décidemment De Gaulle avait tout à fait raison. En effet il n’y a que Mr Asselineau qui veuille vraiment que la France se dégage de cette putain d’ UE.


        • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 22 février 2014 18:38

          Isga,
          Si la France était le seul pays de la zone euro à avoir des soucis économiques, ça se saurait...
          La Grèce avait un Empire colonial ?

          L’Irlande avait un Empire colonial ?

          Vous racontez n’importe quoi pour protéger l’ UE et l’euro que vous ne mettez jamais en cause.

          La Suisse, non seulement n’a jamais eu d’Empire colonial, mais elle a une économie prospère sans l’ UE, ni l’euro. Comme l’ Islande.


            • zygzornifle zygzornifle 23 février 2014 10:16

              Hollande c’est du flan.....by


              • zygzornifle zygzornifle 23 février 2014 10:18

                L’austérité est pour le peuple et pas pour les gouvernants qui eux ne seront jamais touchés à moins d’une bonne révolution..... 


                • CASS. CASS. 24 février 2014 00:57

                  ben il faut aller les attendre à la sortie des studios télé etc etc ceux à empaler . nous savons où ils sont , bon.


                  • CASS. CASS. 24 février 2014 01:06

                    ça les dépenses à l’ élysée etc étaient plutôt très humbles du temps de De Gaulle (l’helleniste), ça a changer ensuite.merci à la salope giscard-pompidou pour commencé et aux sayanim cohenbendits et cie


                    • vigneron 21 mai 18:08

                      De Gaulle avec Rueff et Pinay sont juste arrivés à point pour appliquer le programme de rigueur concocté par Jacobsson pour le FMI en décembre 57 (avec la bénédiction des US, de la GB et de l’Allemagne) en échange d’un crédit de sauvetage de 650 millions de dollars venant de l’Allemagne, des US et du FMI. Les caisses étaient juste vides (restaient 30 millions de dollars seulement pour financer le déficit courant et un maigre reste de stock d’or déjà engagé contre des prêts us de 100 millions de dollars. Une humiliation dans les règles de l’art, à la grecque.

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