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Politique économique (2) : Quelles actions ?

Comment arriver à un rythme annuel de croissance économique d’au moins 3%+ ?
La réponse classique que nous fournissent les spécialistes français et internationaux tient à nouveau en deux mots : réformes structurelles. Et derrière ces deux mots, il y a toute une série d’actions à moyen et long terme dont les comparaisons avec les pays qui connaissent ou ont connu une croissance soutenue permettent d’établir la liste : réduction des impôts et de l’endettement, réforme de la sécurité sociale, réforme du marché du travail, réforme du système éducatif, réforme de l’Etat etc. Et, bien entendu, ces spécialistes ont raison !
Le problème, c’est que dans l’environnement dépressif actuel et avec la crise de confiance qui affecte notre pays, aucune de ces réformes indispensables n’a de chance d’être menée à son terme avec succès, le temps et les marges de main d’oeuvre nécessaires n’étant tout simplement pas disponibles. Il faut donc une stratégie à court terme qui remette la machine économique en marche de manière à retrouver une capacité d’agir à moyen et à long terme.
Or comme cela résulte clairement des données réunies par Thierry Breton, notre défaut de croissance a trois causes principales : l’insuffisance de nos exportations, l’insuffisance de l’investissement des entreprises, l’insuffisance de l’innovation.
Les actions à mener d’urgence en découlent.
En ce qui concerne les exportations (à peine 1% d’augmentation annuelle moyenne au cours des trois dernières années, nouvelle baisse au premier trimestre de 2005), l’initiative essentielle doit demeurer confidentielle et ne s’accommode pas des déclarations de tréteaux. A quelque chose malheur a été bon : le Non au projet de traité constitutionnel européen a amorcé une décrue de l’euro qui atteignait des niveaux absurdes, détruisant le potentiel d’exportation européen. Cette évolution doit être consolidée et accentuée. Quand les Etats-Unis ont voulu faire baisser le dollar, ils ont su le faire. Je ne doute pas que les autorités européennes compétentes peuvent faire de même. L’argument selon lequel un euro fort diminue la facture pétrolière, pour exact qu’il soit arithmétiquement, ne doit pas dissuader d’agir dans ce sens, son impact négatif sur les exportations et donc sur la croissance étant stratégiquement beaucoup plus important.
Parallèlement l’appareil de soutien aux exportations, démantelé au fil des années sous la pression anglo-saxonne via l’OCDE, alors que le gouvernement américain n’a cessé de soutenir massivement celles des Etats-Unis, doit être remobilisé. Une phrase sibylline figurant dans l’une des slides de Thierry Breton laisse penser que la prise de conscience de cette nécessité progresse : création d’une garantie Coface pour accompagner les risques pris par les banques.
En ce qui concerne l’investissement des entreprises (rythme d’augmentation moyenne annuelle pratiquement nul au cours des trois dernières années, rebond au cours du premier trimestre de 2005), au-delà des quelques mesures ponctuelles envisagées, une mesure fiscale significative, incitant les entreprises à accélérer leurs décisions d’investissement (par exemple en jouant sur les amortissements fiscaux) serait la bienvenue.
A l’évidence pour soutenir cet effort, c’est maintenant le moment ou jamais d’accélérer, au lieu d’étaler, les grands projets d’infrastructure déjà décidés et préparés et d’amplifier encore davantage les programmes de logements sociaux dans la ligne des actions déjà engagées.
En ce qui concerne l’innovation (2,19% du PIB en 2003, bien en-dessous de l’objectif de Lisbonne de 3%), il y a consensus sur notre retard dramatique et des mesures intéressantes sont confirmées ou annoncées, tels l’accroissement des moyens de l’agence pour l’innovation ou la mise en place des pôles de compétitivité. Cependant, ne nous leurrons pas, ce n’est qu’en recréant à notre façon l’équivalent du mode de financement de la recherche privée aux Etats-Unis par le canal du budget de la défense ou par le secrétariat à l’Energie, que des progrès vraiment décisifs pourront être réalisés. On oppose généralement à cette proposition l’argument selon lequel la recherche publique en France serait déjà très élevée et que l’effort doit être désormais celui du privé. Or le modèle américain, c’est un financement substantiel de la recherche privée, directement ou indirectement, par des fonds publics, seule méthode permettant d’éviter que la recherche privée ne soit inhibée par la myopie inévitable du marché. Espérons que l’agence pour l’innovation saura remédier à cette lacune fondamentale.
Par ailleurs un intense programme de recherche et d’initiatives dans le domaine énergétique, à l’image de ce qui fût fait dans les années 1970 dans notre pays, s’impose à la fois pour satisfaire aux exigences de réduction des émissions, dérivées de l’accord de Kyoto et pour réduire l’impact de la hausse des prix du pétrole dont tout laisse penser qu’elle sera durable. Ce programme devrait être massif et porter sur la production et l’approvisionnement en énergie autant que sur les économies d’énergie dans le transport, l’habitat et l’industrie.
La mise en oeuvre rapide et déterminée de ces trois catégories d’actions dont certaines, en nombre et en contenu encore insuffisants, sont déjà envisagées ou annoncées devrait permettre d’apporter les quelques dixièmes de point de croissance supplémentaires, créant les conditions économiques, financières et psychologiques, indispensables pour mener à leur terme les réformes structurelles nécessaires.

Prochaine et dernière note : (3) La part du rêve.


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