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Accueil du site > Actualités > Economie > Pour sauver les Européens, brisons les tabous

Pour sauver les Européens, brisons les tabous

Nous sommes témoins d’un spectacle aberrant où l’Irlande subit de la part de l’Union une intense pression pour emprunter plus et ce dans le seul but de rassurer des marchés qui ne forceraient ainsi pas à la hausse les coûts de refinancement des dettes portugaises et espagnoles. Car ce n’est pas tant la solvabilité de la dette souveraine irlandaise qui constitue l’urgence absolue que celle de son système bancaire. En persuadant l’Irlande de demander une aide de 100 milliards d’Euros, les responsables Européens espèrent en outre préserver certaines banques de l’Union qui subiraient une implosion en cas de banqueroute d’établissements financiers irlandais. Souvenons-nous en effet des fameux « stress tests » des banques Européennes dont la publication en Juillet dernier n’avait procuré que peu de réconfort quant à la solidité de notre système bancaire… 

N’est-il pourtant pas scandaleux d’exiger encore plus de sacrifices de la part du contribuable irlandais encore appelé à la rescousse car prié de recapitaliser ses établissements financiers ? Sauver un système bancaire et apaiser les marchés ne justifie en effet pas de contraindre ses citoyens à s’endetter plus dans le but de renflouer des banques ayant commis tous les excès. L’Irlande – et par extension l’Europe - devraient aujourd’hui sérieusement planifier la restructuration de leurs banques plutôt que d’hypothéquer l’avenir de leurs citoyens. Cet inéluctable assainissement épargnerait ainsi à certains Etats de creuser leurs déficits – et donc d’exacerber leur fragilité – en s’endettant plus afin de sauver certaines banques. Il est désormais malsain de temporiser car il est impératif d’interrompre sans tarder cette mécanique infernale qui veut que les nations d’Europe périphériques soient priées de s’endetter afin de renflouer des banques (locales et nationales) qui entraîneraient dans leur faillite d’importantes institutions financières appartenant au « noyau » Européen… De plus, il est immoral dans la conjoncture présente de favoriser les créanciers de ces banques au détriment du contribuable, les pertes latentes de ces établissements se devant ainsi d’être redistribuées sur l’ensemble de la chaîne dont bien-sûr l’actionnariat.

L’option choisie par l’Irlande de nationaliser les pertes de son système bancaire et d’en faire porter le fardeau à ses citoyens doit absolument être évitée par d’autres nations Européennes car elle aggrave inconsidérément les endettements et intensifie la pression sur une population déjà suffisamment sinistrée. Laissons plutôt les banques les plus fragiles disparaître tout en protégeant les petits et moyens épargnants car, en s’acharnant à sauver des établissements moribonds, un Etat va droit vers le défaut de paiement. En réalité, la faillite souveraine elle-même ne devrait plus être tabou, une restructuration bien organisée dans le paiement de la dette d’un pays n’étant pas susceptible de provoquer un effondrement généralisé… A cet égard, la comparaison avec la déconfiture cataclysmique de Lehman Brothers est fallacieuse car les débiteurs et créanciers d’un pays comme la Grèce sont bien connus alors que les interconnections des opérations et autres titrisations de Lehmann recouvraient potentiellement l’ensemble du spectre. 

Il est donc temps de sortir des sentiers battus et de rompre avec les formules éculées si nous voulons que notre Union se tire par le haut de cette crise grave.


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67 réactions à cet article    


  • JL JL 25 novembre 2010 10:13

    « Il est donc temps de sortir des sentiers battus et de rompre avec les formules éculées si nous voulons que notre Union se tire par le haut de cette crise grave. » (Michel Santi)

    Cette phrase me fait penser au baron de Münchausen, celui qui se sortait des sables mouvants en se tirant lui-même par les cheveux. Oui, je sais, cette comparaison est elle-même tirée par la chevelure. Néanmoins, on est dans l’ubuesque le plus cynique et cela serait risible si ce n’était aussi sinistre.

    Tout ça, si ce n’est pas concerté, ressemble pourtant à une vaste conspiration pour soumettre les populations et les générations futures à ce nouvel ordre mondial vers lequel on va à grands pas maintenant et dont Sarkozy avait dit : « et personne, je dis bien personne pourra s’y opposer. »

    Notre tour va venir, et sans doute plus vite qu’on ne pense : ce matin « on » (la voix de son maître ?) disait à la radio que l’Etat français n’avait pas d’argent en caisse pour la paie de décembre des fonctionnaires !

    La guerre n’est pas déclarée, elle fait rage, et les citoyens sont en train de la perdre face à l’hydre de la phynance. Et ce n’est pas un hercule de paccotille, qui plus est, inféodé aux puissances de l’argent qui y changera quelque chose dans la dernière ligne droite, une course contte la montre qu’ont entamée les maîtres du monde face à la grogne montante des citoyens qui commencent à comprendre le traquenard.


    • alberto alberto 25 novembre 2010 13:34

      Bonjour JL, ayant fini de lire l’article je m’apprêtais à rédiger le même commentaire !

      Mais pour résumer :

      • Le petit peuple (salariés, artisans, TPE) vont payer pour les conneries des hauts dirigeants (hauts fonctionnaires, dirigeants de grandes entreprises, élus des chambres hautes, banquiers...)
      • Nous, (les pays européens) allons tous y passer (à la casserole) !
      • Vu ce bordel, pourquoi ne pas re-nationaliser ces banque à l’origine de cette pagaille ?
      Bien à toi.

    • JL JL 25 novembre 2010 14:52

      Bonjour Alberto, je suis heureux de cette communauté de vue.

      L’argent c’est quoi ? C’est avant tout de la confiance. Donc l’argent est un bien commun. C’est le sang de l’économie, notre économie. Il ne doit pas être l’apanage d’intérêts particuliers.
       
      C’est une erreur historique qui nous a conduit là : les guerres entre nations européennes. C’est un sophisme, puisque ça ne nous protège pas contre les guerres à une autre échelle et qui pourraient bien être plus destructrices encore.


    • millesime 25 novembre 2010 15:40

      AIB banque du groupe bancaire Inter-Alpha de Lord Jacob Rothschild , est en état de faillite... !(lequel Lord contrôle la majeur partie de la finance en Europe et dans le monde occidental)
      Jean-Claude Trichet ne vient-il pas de déclarer : « l’ère westphalienne des Etats souverains doit être remplacée par une »gouvernance mondiale« .
      (qu’est-ce qu’une gouvernance mondiale au fait ???)
      mais la Chine, l’Inde,Le Brésil, le Vénézuela et tant d’autres pays n’en veulent pas de ce »nouvel ordre mondial" de sorte que ce n’est pas encore dans les tuyaux malgré les Sarkozy, Barroso, Attali et consors... !
      http://millesime.over-blog.com


    • Antoine Diederick 25 novembre 2010 20:31

      il faudrait nationaliser temporairement les banques....c’est ce qui aurait du être fait, les mettre sous tutelle de l’Etat.....et puis de voir venir car la crise va peut être durer 10 ans encore.


    • Echo Echo 25 novembre 2010 23:41

      Comme les prisons, l’Union européenne a été bâtie afin de n’être jamais réformable de l’intérieur.

      Mais vous pouvez toujours essayer.


    • plancherDesVaches 26 novembre 2010 15:03

      Comme aucun d’entre vous n’a mentionné ceci... :
      http://www.dailymotion.com/video/xfa8ah_economistes-atterres-frederic-lordo_news

      Désolé, il y a un peu de jgioh.. pub.
      Et rien de trop technique.


    • frugeky 25 novembre 2010 10:31

      Et pour sauver la finance irlandaise on lui fait emprunter de l’argent à d’autres institutions financières qui ont tout intérêt à ce que la note de l’Irlande se dégrade pour pouvoir prêter à des taux élevés.
      Oui JL, la guerre fait rage et c’est nous les méchants, les petits sans moyens, puisque ce sont les vainqueurs qui écrivent les livres d’histoire...


      • fwed fwed 25 novembre 2010 12:11

        Vive l’argent !
        Vive l’oligarchie des banquiers privées internationaux !
        Vive la soumission des républiques démocratiques !
        Vive le nouvel ordre mondial !

        On vit une décennie fascisante fascinante.


        • Triodus Triodus 25 novembre 2010 13:41

          @Parkway,

          La période d’avant la seconde guerre dépeinte dans ce docu ressemble énormément à la notre. C’était un peu.. hmm.. flippant !


        • non667 25 novembre 2010 19:39

          à parkway

          aujourd’hui, pourquoi s’étonner du niveau de connerie de nos dirigeants ???

          Je suis certain que beaucoup d’entre-eux sont sincères, archi—cons, mais sincères !

            NOS DIRIGEANTS SONT - ILS CONS ????????
          OU NOUS PRENNENT-ILS POUR DES CONS ???????????????????

           contrairement à vous je suis certain de la 2° solution
          réagir a la 1° c’est à dire de leur demander de se corriger ,nous mène à une impasse .

          réagir a la 2° c’est à dire « les pendre »et trouver une solution en dehors des leurs et contre leurs intérêts ,peut seule nous sortir de l’ impasse


        • Internaute Internaute 26 novembre 2010 09:18

          SI vous accordez le moindre crédit aux films historiques de la télé vous êtes mal parti. Il ne s’agit que de propagande de A à Z, souvent trés bien montée et crédible car mélangeant le vrai et le faux, escamotant ce qui ne doit pas se savoir et mettant sous le projecteur ce qu’ils veulent qu’on croit. Cela fait longtemps que je ne regarde plus une seule émission historique. Il vaut mieux se renseigner par les livres et par internet en choisissant des sources plurielles et contradictoires.


        • Triodus Triodus 26 novembre 2010 09:20

          Bonjour Internaute,

          Avez-vous quelques liens intéressants à proposer ?

          Cdt,


        • spartacus le vrai pas l'autres !!! spartacus 25 novembre 2010 13:36

          LA SEDITION EST LA SOLUTION


          • Tarouilan Tarouilan 25 novembre 2010 13:38

            La nébuleuse bancaire mondiale est le pouvoir........

            La cause de l’endettement de la France, c’est la loi Rothschild

            3 janvier 1973, réforme de la Banque de France

            Dans la loi portant sur la réforme des statuts de la banque de France, nous trouvons en particulier cet article 25 très court, qui bloque toute possibilité d’avance au trésor :

            « Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France. »

            Ce qui signifie que l’article 25 de la loi 73-7 du 3 janvier 1973 interdit à la Banque de France de faire crédit à l’État, condamnant la France à se tourner vers des banques privées et à payer des intérêts ; alors qu’avant cette loi, quand l’État empruntait de l’argent, il le faisait auprès de la banque de France qui, lui appartenant, lui prêtait sans intérêt.

            Autrement dit : auparavant, l’État français avait le droit de battre monnaie, et avec cette nouvelle loi, il perd ce droit qui est du même coup légué aux banques privées, qui en profitent pour s’enrichir aux dépends de l’État en lui prêtant avec intérêt l’argent dont il a besoin.

            Et c’est pareil aux USA avec la FED...

            La France doit le plus rapidement possible se débarasser de cet incroyable escroquerie !


            • Tarouilan Tarouilan 25 novembre 2010 13:42

              La dette à fin 1979 était de 239 milliards d’euros (*), déjà injustifiables ; la dette à fin 2008 s’établit à 1327 milliards d’euros ! Ainsi, entre 1980 et 2008, la dette a augmenté de 1088 milliards d’euros et nous avons payé 1306 milliards d’euros d’intérêts.

              1327 – 1306 = 21 Milliards d’Euros ! : Si nous avions pu créer notre monnaie — faire exactement ce qu’ont le droit de faire les banques privées —, la dette publique serait quasiment inexistante aujourd’hui.

              http://infoguerilla.fr/wp-content/uploads/2010/05/Dette_evolution_avec_et_sans_interets_G.jpg


            • Tarouilan Tarouilan 25 novembre 2010 13:52
              Georges Pompidou a été le directeur général de la banque Rothschild ; il en était le valet, il n’est par conséquent pas étonnant qu’il ait fait cette loi du 3 janvier 1973 qui interdit à l’État français de battre monnaie et qui a endetté la France d’une façon structurelle et incommensurable auprès de banques privées comme la banque Rothschild.

              Le problème est le pouvoir des banques...... qui est le vrai pouvoir mondial, qu’il faut immédiatement combattre et comprendre qu’il s’agit d’une gigantesque escroquerie d’état MONDIALISEE, le même système est installé aux USA... pour le $ qui est la référence mondiale en plus... !

            • lagabe 25 novembre 2010 14:53

              alors tu fais comme les US, 600 milliards de $ en ne sachant pas ce qui va se passer


            • sisyphe sisyphe 25 novembre 2010 20:01

              @ Tarouillan post de 13h 38 


              Pas mieux,

              Ceci joint, au niveau international, des accords de la Jamaique, en 1976, et complété par le traité de Masstricht. 

              C’est L’ARNAQUE du siècle (et suivant), qui a confié le monde aux banques, au détriment des états.

               et il faut le répéter et le répéter, jusqu’à ce que tout le monde l’ait bien compris

              @ Michel Santi 

              Entièrement d’accord ; je constate que vous avez modifié votre position ; tant mieux. 

            • fwed fwed 26 novembre 2010 11:16

              Special big up pour tarouilan.
              T’as trop raison copain.

              Je ne connaissais pas infoguerilla merci pour le lien.

              J’en rajoute pour le plaisir d’informer
              http://www.fauxmonnayeurs.org/


            • lagabe 25 novembre 2010 14:34

              Non , pour moi l’Irlande paie la politique de ses 15 dernières années (politique irlandaise acepter par les particuliers)
              Le Smic le plus élevé est le Smic irlandais, 1500 euros mensuel
              Ils avaient tous les ans une augmentation de salaire et donc une inflation au alentour de 8 % et ils empruntaient en Europe a des taux bien plus faible
              L’Irlande était une terre d’immigration et la elle devient une terre d’émigration
              C’est le pays d’europe ou l’impôt sur les sociétés est le plus faible , d’ou dumping
              et je pourrais parler d’autres choses mais je préfère en rester la


              • Daniel Roux Daniel Roux 25 novembre 2010 14:41

                Ce qui est paradoxale est que le capitalisme que l’on impose à tous comme seule idéologie naturelle et donc, acceptable prévoit à travers la concurrence entre les firmes, la disparition des plus faibles au profit des plus forts.

                Cela fait partie du système et il ne peut pas fonctionner correctement si on empêche par des interventions artificielles, la main invisible du marché d’exercer son droit divin.

                Donc, le capitalisme est bon pour expliquer au chômeur qu’il est inadapté au marché de l’emploi et qu’il doit accepter quelques sacrifices et le capitalisme n’est plus bon quand des banques ou des grosses entreprises font faillites. CQFD.


                • manusan 25 novembre 2010 14:42

                  Listes des banques exposées chez les PIGS :

                  http://av.r.ftdata.co.uk/files/2010/11/exposuretablebig.jpg

                  Et dire, qu’ils y en a qui critiquaient la Banque Postale il y a quelques années.


                  • kéké02360 25 novembre 2010 19:45

                    Ouais !!!!!

                    Le crédit agricole ! un état dans l’état !! le fossoyeur des agriculteurs !!!

                    Et si tous les citoyen(ne)s ordinaires fermaient leur compte au crédit agricole ( enfin celles et ceux qui le peuvent encore !!!! )

                    Juste histoire d’éliminer une brebis galleuse et de montrer aux << puissants >> que le peuple a le pouvoir de niquer leur système mafieux  smiley


                  • paoum 25 novembre 2010 20:56

                    j’ai pas une thune en liquide à ma banque, je la retire aussitôt qu’elle apparait sur mon compte...
                    c’est dérisoire, certes, mais le plus nombreux on sera...
                    serait-il vraiment possible de les mettre en faillite comme ça ?
                    on les tombe, et puis après on les rachète, 1929 à l’envers !!


                  • Loatse Loatse 25 novembre 2010 15:14

                    Bonjour Michel,

                    Vous dites, l’irlande se doit d’emprunter afin de rassure les marchés... ces fameux marchés qui décident finalement du droit de vie ou de mort d’un pays.

                    Les institutions de la finance ? des espèces de maisons de jeux pour lesquelles ne rentrent pas en compte le facteur humain mais ou des dieux en cravates s’essayent à des montages financiers tellement complexes qu’ils défient la logique...

                    Nos biens (maisons, travail, entreprises etc...) n’y ont plus de valeur intrinsèque mais seulement celle, très fluctuante, qui leur est donnée tel jour sur la base de la confiance ou non des actionnaires... chose pour le moins subjective..

                    Loin de toutes ces clameurs, le quidam lui pense que son bien vaut ce qu’il dépense ou a dépensé pour se le procurer..sans vraiment avoir conscience qu’il a remit sa vie entre les mains de ces alchimistes qui peuvent sans un clignement d’oeil, sans une once de remord transformer la somme de son travail de toute une vie (l’or) en plomb...

                    Fermons les bourses !


                    • LE CHAT LE CHAT 25 novembre 2010 15:14

                      il est scandaleux qu’aucun effort n’est demandé aux entreprises dont les benefs continueront à n’être taxés qu’12.5% !


                      • Loatse Loatse 25 novembre 2010 16:25

                        @le chat, c’est prévu il semblerait...

                        "La France estime que l’Irlande doit envisager d’augmenter ses impôts sur les sociétés, jusqu’ici très avantageux, en contrepartie d’une probable aide financière européenne à son système bancaire, a-t-on indiqué vendredi de source gouvernementale française.

                        « Un certain nombre d’Etats européens, dont la France par la voix de Christine Lagarde, ont fait remarquer que s’il fallait demander à l’Etat irlandais d’accroître ses recettes fiscales, de toute évidence le taux de l’impôt sur les sociétés en Irlande laisse des marges de progression », a déclaré à l’AFP un responsable de l’entourage de la ministre française de l’Economie."

                        sources : 24 heures


                      • sisyphe sisyphe 25 novembre 2010 22:05

                        Ce qui signe très précisément l’échec de la politique « libérale » de l’Irlande, ex « Tigre celtique » tant vantée par les libéraux....


                      • eugène wermelinger eugène wermelinger 25 novembre 2010 15:45

                        Le texte ci-dessous est traduit et communiqué par François Asselineau fondateur de l’UPR.

                        L’HORRIBLE VÉRITÉ COMMENCE À SE FAIRE JOUR SUR LES DIRIGEANTS EUROPÉENS

                        C’est désormais le projet européen en entier qui risque de se désintégrer, avec des conséquences stratégiques et économiques qui sont très difficiles à prévoir.

                        Dans un discours prononcé ce matin, le président de l’Union européenne Hermann Van Rompuy (par ailleurs poète et versificateur en japonais et en latin) a mis en garde : si les dirigeants européens ne traitent pas correctement la crise actuelle et laissent la zone euro se fracturer, ils détruiront l’Union européenne elle-même.

                        « Nous sommes dans une crise de survie. Nous devons tous travailler ensemble pour faire survivre la zone euro, parce que si nous n’arrivons pas à faire survivre la zone euro, nous n’arriverons pas non plus à faire survivre l’Union européenne » a-t-il lancé.

                        Bien, bien. Quoi qu’il s’agisse d’un thème on ne peut plus familier aux lecteurs du Daily Telegraph, cela n’en fait pas moins un choc que d’entendre une telle confession, après toutes ces années, dans la bouche même du président de l’Europe.

                        Il admet que le pari d’avoir lancé une monnaie prématurée et dysfonctionnelle, ne disposant ni d’un Trésor centralisé, ni d’une fusion des dettes nationales, ni d’un gouvernement économique pour la soutenir, - et d’avoir, qui plus est, opéré ce lancement avant que les économies, les systèmes légaux, les pratiques de négociation salariales, la croissance de la productivité, et l’élasticité des économies aux taux d’intérêt, soient parvenus à un degré de convergence suffisant du nord au sud de l’Europe – eh bien ce pari est maintenant susceptible de provoquer un horrible retour de flammes.

                        Jacques Delors et ses compères fondateurs de l’union économique et monétaire (UEM) avaient pourtant été mis en garde par des économistes de la Commission, au début des années 90, que cette aventure insouciante ne pourrait pas fonctionner et qu’elle mènerait à une crise traumatique. Ils ont écarté les avertissements.

                        Ils avaient également été prévenus que les unions monétaires n’éliminent nullement les risques : elles ne font que les transformer de risques sur les devises en risques sur les défauts de paiement. C’est pour cette raison qu’il était de la plus haute importance de disposer, dès le début, d’un mécanisme en état de fonctionnement pour résoudre les défauts sur les dettes souveraines ou les coupes obligataires, avec des règles claires pour établir la tarification appropriée à ce type de risque.

                        Mais non, les maîtres de l’UE n’ont rien voulu entendre. Ils ont considéré qu’il ne pourrait y avoir aucun défaut de paiement, et aucune mesure préparatoire n’a été prise, ni même autorisée, pour traiter une situation pourtant parfaitement prévisible. À leurs yeux, la foi politique seule suffisait.

                        Les investisseurs qui auraient dû être mieux informés sont tombés directement de plain pied dans le piège, en achetant de la dette souveraine grecque, portugaise et irlandaise à seulement 25-35 points de base au-dessus des Obligations de l’État allemand à 10 ans [Bunds]. Au plus haut du boom, les fonds achetaient des bons espagnols avec un écart d’à peine 4 points de base. Maintenant, nous voyons ce qu’il se produit quand on introduit un tel aléa dans le système, et que vous fermez en outre le thermostat d’alerte.

                        M. Delors avait raconté à ses collègues que n’importe quelle crise serait une « crise bénéfique », qu’elle permettrait à l’Union européenne de vaincre la résistance au fédéralisme fiscal et d’accumuler ainsi de nouveaux pouvoirs. Le but de l’union économique et monétaire était un but politique et non pas économique, et c’est pourquoi les objections des économistes pouvaient heureusement être passées par pertes et profits. Une fois que le monnaie unique existerait, les États membres de l’Union européenne abandonneraient leur souveraineté nationale pour lui permettre de fonctionner sur la durée. Elle conduirait ainsi inéluctablement au rêve de Jean Monnet d’un véritable État fédéral européen.

                        Faites donc entrer la crise !

                        Derrière ce pari, bien sûr, il était fait l’hypothèse que n’importe quelle crise pourrait être contenue à un coût supportable, une fois que les déséquilibres du système « une même taille qui ne convient à personne » typique de l’union monétaire européenne aurait déjà atteint des niveaux catastrophiques, et une fois que les bulles de crédit des pays du sud de l’Europe [baptisés le « Club Med »] et de l’Irlande se seraient effondrées. L’hypothèse était faite aussi que l’Allemagne, les Pays Bas, et la Finlande finiraient - sous l’avalanche des protestations – à se résoudre à payer la facture pour une « Transferunion ». [Union européenne fondée sur le transfert des richesses entre États membres].

                        Il se pourrait bien que nous soyons amenés à vérifier bientôt si ces deux hypothèses étaient correctes. Loin de lier tous ensemble les pays d’Europe, l’union monétaire mène à l’acrimonie et aux récriminations mutuelles. Nous avons assisté à une première éruption en début d’année, lorsque le vice Premier ministre grec a accusé les Allemands d’avoir volé l’or grec des chambres fortes de sa banque centrale et d’avoir tué 300.000 personnes sous l’Occupation nazie.

                        La Grèce est maintenant sous protectorat de l’Union européenne, ou plus pudiquement de « Mémorandum » puisque c’est ainsi qu’on l’appelle. Ce qui a donné naissance à des attaques terroristes piqûres d’épingle contre quiconque est lié de près ou de loin aux pouvoirs européens. L’Irlande et le Portugal sont un peu plus loin en arrière sur cette route qui conduit à la servitude mais ils sont déjà confrontés à des politiques dictées directement depuis Bruxelles et ils seront bientôt placés à leur tour sous des protectorats formels, et ce dans tous les cas.

                        L’Espagne a plus ou moins été forcée de réduire les salaires de la fonction publique de 5% pour se conformer aux exigences de l’Union européenne faites en mai. Tous doivent se plier au programme européen d’austérité, sans pouvoir compter sur le soulagement compensateur d’une dévaluation ou d’une politique monétaire plus accommodante.

                        Si tout cela continue l’année prochaine, avec un chômage à un niveau record de dépression ou même continuant à grimper encore plus haut, il va commencer à devenir important de s’interroger sur qui a la « propriété » politique sur l’ensemble de ces politiques. Est-ce vraiment le fruit d’un consentement pleinement démocratique ? Ou bien ces souffrances sont-elles imposées par des chefs suprêmes étrangers dans un but purement idéologique ? Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour prévoir les effets de tout cela sur l’entente en Europe.

                        Mon opinion personnelle est que l’Union européenne est devenue illégitime lorsqu’elle a refusé d’accepter le rejet de la Constitution européenne par les électeurs français et néerlandais en 2005. Il ne peut y avoir aucune justification pour faire revivre ce texte sous l’appellation de traité de Lisbonne et le faire adopter de force par une procédure parlementaire sans référendums, dans ce qui n’était au fond rien d’autre qu’un putsch autoritaire. (Oui, les parlements nationaux ont eux-mêmes été élus – il n’est pas utile de m’adresser des commentaires indignés pour le souligner - ; mais quel fut le motif pour que les gouvernements français et néerlandais refusent à leurs propres peuples de revoter dans ce cas précis ? Les chefs élus peuvent aussi violer la démocratie. Il y avait une fois un caporal autrichien…. mais n’entrons pas là dedans).

                        L’Irlande était le seul pays obligé par sa Constitution à organiser un référendum. Quand cet électorat seul a également voté Non, l’Union européenne a de nouveau négligé le résultat et a intimidé l’Irlande pour qu’elle vote une deuxième fois afin d’obtenir le « bon vote ».

                        C’est le comportement d’une organisation proto-Fasciste. Ainsi, si l’Irlande maintenant - par une ironie de l’histoire et au nom de représailles méritées – enclenche la réaction en chaîne qui va détruire la zone euro et l’Union européenne, il sera difficile de résister à la tentation d’ouvrir une bouteille de whiskey de Connemara de bouteille et de savourer le moment. Mais il faudra résister à cette tentation. Car le cataclysme ne sera pas joli.

                        Ma pensée personnelle, pour tous ces vieux amis qui travaillent toujours pour les institutions de l’Union européenne, est de savoir ce qui va arriver à leurs euro-retraites si ce qu’annonce M. Van Rompuy est exact.

                        Ambrose EVANS PRITCHARD

                        Daily Telegraph

                        16 novembre 2010



                        • Antoine Diederick 25 novembre 2010 19:17

                          L’Europe est illégitime, oui, disons à 75 %, ce qui suffit à ne pas voir en elle une panacée pour nous aider à constituer un bloc continental fort....

                          J’ai comme l’impression que nous porterions mieux sans elle....surtout en ce moment...

                          Je pense qu’elle va éclater , peut-être pas tout de suite, mais elle ne pourra plus se maintenir dans sa forme actuelle.


                        • Antoine Diederick 25 novembre 2010 19:21

                          ce qui est un comble, c’est que les programmes d’austérité, nous allons les subir alors que les 47 000 fonctionnaires européens vont voir leur salaire augmenter


                        • Antoine Diederick 25 novembre 2010 19:24

                          Europe c’est une idéologie , la voici (elle n’est pas nouvelle dans l’histoire humaine)


                        • Antoine Diederick 25 novembre 2010 19:31

                          mais évidemment ces trois singes ne sont pas la sagesse des temps modernes

                          en fait la sagesse, c’est voir, entendre et dire.....

                          et le mal nous sera épargné.....

                          et donc ....l’Europe n’a pas bcp de légitimité sauf celle que nous lui accordons par adhésion plus ou moins tacite, par effet de bonne volonté et d’ouverture d’esprit....mais d’un point vue institutionnel elle n’est pas trop légitime, en effet.

                          elle apporte de bonnes choses parfois comme cette première juridique en France sur la motivations d’un jugement au tribunal ce jour....

                          En fait l’Europe est pleine de lacunes graves et non constitutionnelles .


                        • millesime 25 novembre 2010 20:41

                          il est bon de se méfier des anglo-saxons qui alimentent les médias contre l’Europe, et comme dans la presse française il n’y a pas ou peu de journaliste d’investigation, nos médias ne font que reproduire (copie/collé) ce que la presse anglo-saxonne écrit.. !


                        • Antoine Diederick 25 novembre 2010 21:37

                          a Millesime,

                          Il est bon aussi de se méfier des medias européens qui alimentent une vision générale et partielle de nos cousins us.


                        • Triodus Triodus 25 novembre 2010 16:49

                          Tant que TOUS les européens ne sont pas au même niveau zéro de la merde absolue, personne ne bronchera se disant en ricanant que si le voisin est encore plus dans la merde que soi, c’est que c’est de sa faute à lui..


                        • perlseb 25 novembre 2010 17:46

                          Oui, sauf que ce décalage dans les plannings de mise en faillite des pays suivi par la cure d’austérité est diaboliquement génial : une fois que notre tour arrivera, les Irlandais ou Grecs n’auront qu’une envie, c’est que ça dure pour nous au moins autant qu’ils ont subi. DIVISER POUR REGNER.


                        • Dionysos Dionysos 25 novembre 2010 16:32

                          Le capitalisme est mort avec Lehman Brothers.
                          J’aimerais éprouvé de la compassion pour les irlandais, mais je ne les entendais pas se plaindre (au contraire) lorsqu’ils pensaient pouvoir profiter Ad vitam æternam des bienfaits de leur dumping social...

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