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Pourquoi la gauche doit s’intéresser aux Entreprises

Par Alain Loréal (D&E)

Aux même titre que la sécurité ou l'immigration, le thème des Entreprises est rarement intégré dans le discours de la gauche à l'exception notable des termes "PME innovantes" et autres "Fleurons de notre industrie" qui ressortent davantage des "éléments de langage", comme on dit à l'Elysée, que d'une réelle démarche d'appropriation des difficultés rencontrées par les secteurs concernés.

Les raisons de cette désaffection sont connues : un vieux fond de marxisme qui fait considérer le Chef d'Entreprise comme un "ennemi de classe" patenté, l'univers "Terra Incognita" des entreprises pour des élus majoritairement issus de l'Administration, la vision technocratique de décideurs formés à la macro-économie et plus rarement à la micro-économie, enfin le désintérêt électoral. En effet les sociétés ne votent pas et les entrepreneurs sont supposés être de fervents suppôts de la droite y compris la plus extrême.

En dépit du fait que ces images ont la vie dure, les choses bougent du coté des progressistes. Souvent du fait des entreprises elles mêmes. Des associations d'Entrepreneurs comme le "CJD", "Entrepreneurs d'Avenir", "Entreprendre au Féminin", "Démocratie & Entreprises" sont des mines de propositions qui vont majoritairement dans le sens d'une vision progressiste de l'Entreprise dont la gauche pourrait se saisir utilement, à l'inverse des positions idéologiques du MEDEF ou de la CGPME dont la représentativité reste à démontrer. La moisson est plus faible du coté des "Grands Partis" de gauche : Europe Ecologie avec ses "états Généraux pour l'Emploi & l'écologie" (..), le PS avec sa » Convention pour l'économie" ont entrebâillés la porte...Mais c'est du coté des "Endroits où on pense" qu'on peut trouver quelque matière : "Terra Nova" prépare une note définissant "l'Entreprise de Progrès", "La Fondation Jean Jaurès", sous la plume de JL Bianco vient d'éditer un opuscule au titre parlant : "Entreprise et Démocratie Sociale" même si l'ensemble reste très modéré trahissant le dilemme auquel se confronte la gauche de gouvernement sur ce thème : comment apparaître aussi bon gestionnaires que la droite sans donner l'impression de renoncer au "social" ?

Mais ce qui devrait faire définitivement basculer le thème "Entreprises" dans le discours électoral de 2012 vient de surgir au détour du dernier baromètre IFOP/Fiducial. Ce baromètre, trimestriel, mesure les attentes et prévisions des entrepreneurs de TPE dans les domaines de l'emploi, des finances, du climat des affaires et du gouvernement. Le tableau suivant à de quoi surprendre :

 4 ans de gestion sarkozienne des affaires ont fait retomber le soufflé, ouvrant un boulevard à la gauche de gouvernement.

Pour mémoire, les TPE (- de 20 salariés) sont 2.5 millions et représentent 97% du nombre de sociétés en France, près de 30% de la valeur ajoutée et 37% de l'emploi...

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Les réactions les plus appréciées

  • Par plancherDesVaches (xxx.xxx.xxx.127) 9 mars 2011 12:33

    Amusant, auteur de "gauche" que vous n’ayez pas parlé des entreprises qui ont le mieux résisté à la crise. Et qui sont les seules à continuer à y résister, car nous n’en sommes qu’au début.

    Dans ces entreprises, un ouvrier n’a quasiment pas besoin d’un encadrement pour être motivé.
    D’ailleurs, le dialogue avec l’encadrement est le plus productif qui existe, car l’encadrant ainsi que l’encadré ont un but on ne peut plus commun.
    L’encadré n’a de souci que de coordonner le travail de chacun. Aucune revendication salariale ne vient perturber son travail ni aucun conflit social, car chacun sait que ce serait au détriment de la société.
    Mieux, d’ailleurs, car en cas de charge de travail moins importante, le salarié décide par lui-même d’aller travailler dans un autre service.
    Cela pourrait ne paraître qu’un petit plus mais c’est aussi toute la différence.
    En effet, cela entraîne très rapidement que chacun sait ce que fait l’autre.
    Ainsi, les informations passent beaucoup plus vite et facilement.
    Si un ne trouve pas de solution à une situation complexe, un autre la trouvera.

    Si vous n’avez pas trouvé de quelle sorte d’entreprise je parle depuis 3 minutes, il serait temps de s’y intéresser.

    Alors ? Toujours pas.. ???

    Les SCOP.

    Elles ne sont pas soutenues par les banquiers, bien sûr. Car ces voleurs ne peuvent pas trop les asphyxier. smiley

  • Par easy (xxx.xxx.xxx.174) 9 mars 2011 11:39
    easy


    Ici, on parle des TPE.
    Un sondage auprès des grands patrons donnerait très probablement Sarkozy en tête.

    L’écart de mentalité, de moyens, d’objectifs, est très grand entre un patron de PME et un grand patron. Le cynisme est consubstantiel de la grande entreprise, elle est conçue pour être cynique alors qu’il n’apparaît dans les PME que si son patron l’est.

    Puisqu’en la journée de la femme il est question de sa discrimination au travail, je vais livrer ma propre expérience d’ex patron de TPE où l’on comprendra bien que le cynisme systématique de Sarko ne peut pas plaire.



    En tant que patron de TPE (menuiserie, ergonomie, CHR, rénovation, décoration), j’ai toujours pratiqué l’égalité des salaires sans même y penser. Toutes les annonces que je passais dans les journaux étaient ouvertes à tous et à toutes.

    Pour conclure un montant de salaire, il y avait deux cas. Soit le montant était proposé par moi et le candidat acceptait ou non, soit c’est lui qui énonçait son prix. Et c’est au moment de cet énoncé que ressortait le fait que les hommes sont vindicatifs, utilisons le mot prétentieux, pendant que les femmes, même quand elles demandent un prix élevé, prennent un ton plus humble.

    Les emplois n’étant de toutes manières pas prestigieux, les salaires n’étant de toutes manières pas mirobolants, je n’en voyais que mieux le fait que les candidats, surtout quand ils étaient souchiens, jouaient, lors de l’entretien d’embauche, une partition versant dans la boxe alors que les candidates jouaient le plus souvent d’une partition versant dans la compassion (elles venaient très vite à exposer leurs difficultés matérielles, ce qu’un homme ne fait que rarement). D’emblée elles culpabilisent (mais on peut poser que je sois très vulnérable à la culpabilisation). Certes, elles étaient face à un patron mais je crois que même face à une patronne, les candidates y vont surtout du trémolo. Ce que jamais au grand jamais elle n’avoueront.




    Face de plusieurs candidatures pour un même poste, toutes exprimant une misère, explicitement chez les femmes ou implicitement chez les hommes (Rejet de l’immigré, illettrisme, fichage judiciaire, HIV positifs, homosexualité, etc), je sélectionnais, on peut utiliser le mot "discriminais" avec lequel il peut se confondre, selon différents paramètres. D’abord le permis de conduire et l’aptitude à sauver. Dans une petite entreprise, s’il se produit un accident, son issue tragique ou non dépend de l’aptitude d’une poignée de personnes à réagir efficacement. Ma femme étant plus capable que moi de remonter un corps de 30 m de profondeur en apnée (épreuve du brevet de plongée) j’ai toujours intégré le fait qu’une femme peut, sur le terrain du sauvetage, être très efficace (on a vu des hommes être pétrifiés devant un accident). Il y avait aussi l’entregent ; l’urbanité. Je préférais les salariés capables de répondre au téléphone en mon absence et de s’exprimer au nom de l’entreprise en la représentant ou en me représentant bien. Il fallait donc des salariés capables d’aimer mon entreprise, aussi bien en tant que salariés qu’en tant que clients putatifs. Dans ce paramètre de l’urbanité, le physique comptait, je parle à la fois de la forme physique et de la beauté (pour les deux sexes et même pour un poste de plongeur). Il y avait aussi l’expérience des candidats qui comptait. Je vérifiais celle qu’ils annonçaient par un test d’un quart d’heure. Le paramètre de la femme enceinte avec son congé maternité était certes dans un recoin de ma tête (en pesant alors négativement pour le choix d’une femme) mais je me faisais un devoir d’en accepter le risque. Je dis bien le risque. Mot qui choque automatiquement quand on est du côté du futur père ou de la future mère. Il y a donc le risque du congé maternité quand on embauche une femme, mais il y a le risque bien plus courant et grave de l’ivrogneries quand on embauche un homme. Alors que je n’ai jamais eu d’employée enceinte, j’ai eu à faire face à bien des comportements dégradés de la part des hommes. 

    Au bilan, les femmes avaient finalement plus de chances que les hommes d’être retenues mais il y a toujours eu plus de candidats que de candidates.

    Les femmes sont très sélectives quand elles examinent les annonces. Il ne leur vient pas à l’idée de bosser dans une menuiserie et elles préfèrent les grandes entreprises. Elles vont bien plus volontiers vers un emploi de Blanche Neige chez Disney que vers un emploi de commerciale chez un artisan.

    Plus une entreprise est grande, plus elle se sait convoitée par les salariés, plus elle discrimine de manière automatique, rationnelle, froide, efficace. Pour une grande entreprise, les considérations éthiques ou morales ne sont plus portées par un patron mais par une Personne Morale qui échappe toujours à la condamnation morale. Quand une condamnation morale semble frapper une grande entreprise, un ou deux fusibles sautent et l’entreprise reste blanche comme neige. Par le biais de la personne morale qu’est une entreprise, son chef peut jouer d’un double discours. Dans les beaux moments, le PDG exprime ses propres sentiments (Cf. Tapie, Messier...) et dans les moments plus tendus, il se présente en porte-parole de la personne morale qu’est l’entreprise "l’entreprise est là pour faire des profits" "L’entreprise n’a pas d’a priori".


    Intervient le fait que si le patron d’une TPE est bien son unique propriétaire et décideur, le PDG d’une grande entreprise peu n’en être pas du tout propriétaire, et n’en être qu’un super salarié couvert d’or.

    Nonobstant qu’il soit ou non propriétaire de la grande entreprise, son PDG va parfois à faire accroire qu’elle tient complètement de lui, qu’elle est une autre forme de lui et parfois à dire que l’entreprise a ses besoins propres, ses désirs propres, et que lui, pauvre patron, n’est là que pour essayer de la servir au mieux.

    Ce double jeu se produit aussi en politique. 

    Ce double jeu correspond à une réalité car le patron a réellement ces deux visions ou préoccupations en lui. Mais la manipulation se produit dans le fait que face disons aux autres, il choisit opportunément d’exposer exclusivement une casquette plutôt qu’une autre. A l’heure des lauriers le MOI est surexposé, à l’heure des réclamations c’est le ELLE qui est surexposé. 
     

    Le patron d’une TPE ne peut pas jouer de cette double casquette et ne peut donc apprécier ni le double jeu des grands patrons, ni le double jeu des politiques et certainement pas le double jeu de Sarkozy.

    Tous les politiques, c’est lié à un choix psy profond, tiennent à pouvoir double jouer. Mais de tous les politiques, s’il y en a un qui balance constamment et aussi violemment du MOI JE au MOI PRESIDENT, c’est qui vous savez.

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