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Accueil du site > Actualités > Economie > Pourquoi les entreprises ont-elles besoin de lobbyistes maintenant plus que (...)

Pourquoi les entreprises ont-elles besoin de lobbyistes maintenant plus que jamais ? I. L’exemple Uber.

« Uber se trouve en plein milieu d'une campagne qu'elle ne mène pas » constatait Travis Kalanick, co-fondateur et Directeur général de la société Uber.(1) « Cela change aujourd'hui » ajoutait-il alors qu'il annonçait le recrutement d'un nouveau cadre, le Vice Président en charge des affaires réglementaires et de la stratégie, David Plouffe.(2) Celui-ci a aussitôt indiqué vouloir changer « le point de vue des politiciens en place »(3)

(1) ENTIS Laura. Uber Hires Former Obama Campaign Manager to Battle the 'Big Taxi Cartel' [en ligne]. 19 août 2014. Entrepreneur. <http://www.entrepreneur.com/article/236656> consulté le 09.10.2014

(2) Ibidem

(3) Ibidem

 

1. Uber, le trouble-fête.

Après avoir géré les campagnes de nombreuses figures politiques aux États-Unis, y compris celle du Président Obama, M. Plouffe a donc choisi de mettre son expérience au service d'Uber. Cette société privée a été créée il y a cinq ans pour remplir une « mission simple : le transport aussi fiable que l'eau courante, partout, pour tout le monde. »1 Uber est active aujourd'hui dans 45 pays.2

Cette expansion a suscité les oppositions d’entreprises déjà opérationnelles et proposant également des services privés de transport. Parmi celles-ci, les entreprises de taxis ont été les plus remarquées et les plus efficaces. Elles ont invoqué la concurrence déloyale d'une société qui engage des conducteurs particuliers sans les obligations auxquelles les professionnels sont tenus. Leur opposition n'a pas été totalement vaine.3 Et Travis Kalanick de réaliser que « cette controverse existe parce que nous sommes en pleine campagne politique et il se trouve que le candidat est Uber. Son opposant – le Grand cartel des Taxis – a utilisé des décennies de contribution et d'influence politiques pour restreindre la concurrence, réduire le choix pour les consommateurs, et étouffer les opportunités économiques pour ses conducteurs. »4 Ces paroles traduisent de façon implicite toute l'importance du lobbying que devra développer David Plouffe.5

 

2. Le lobbying, activité séculaire.

« D'un point de vue général, (…) le lobbying représente la tentative par quiconque, pour une quelconque raison, de persuader un agent public de prendre une décision précise sur un sujet donné (de l'adoption ou rejet d'une loi ou d'un règlement, au financement d'un certain projet, la nomination d'une personne pour une charge publique, etc). »6 Quand cette activité d'influence et de pression sur les décideurs publics devient une occupation quotidienne, à plein temps, alors elle est menée par des professionnels, les lobbyistes.

Ces derniers ont d'abord prospéré aux États-Unis, où, pendant plusieurs décennies, la réglementation sur le lobbying était parcellaire. « (…) la Cour Suprême a eu l'opportunité d'exprimer sa position sur cette activité dans une série d'affaires entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème. (…) en 1946, la première véritable loi sur le lobbying a été adoptée, la Federal Regulation of Lobbying Act (FRLA). La FLRA imposait aux lobbyistes des obligations de déclaration d'activité et de transparence. »7 Plus d'un demi-siècle après, un seul État européen a pris des mesures claires et contraignantes en direction des professionnels du lobbying.

En 2014, le Royaume-Uni a adopté la Transparency of Lobbying, Non-Party Campaigning and Trade Union Administration Act 2014. Les modalités pratiques de cette loi doivent encore être effectivement mises en place. En octobre 2014, le Gouvernement britannique s'applique à constituer le Registre légal des consultants lobbyistes, notamment en cherchant le responsable de cette administration indépendante.

 

3. Le lobbying, activité économiquement nécessaire.

Le Royaume-Uni est le premier État du continent à prendre en compte la nécessité de réguler un terrain qui échappe à l'encadrement strict de la loi. Ce terrain est celui d'une activité économique en perpétuelle accélération, découplée du rythme lent de la sanction juridique. Il accueille non seulement les entreprises en décalage avec les modèles établis mais aussi les professionnels capables d'y opérer.

Certains de ces professionnels sont de fins spécialistes du droit en mesure de monter, à l'aide des règles en vigueur, des structures pertinentes pour des espaces juridiquement mal dotés. Ils n'appartiennent à aucun corps de métier parfaitement précis, contrairement aux lobbyistes. Ceux-ci assurent que les activités menées sur les terrains qui échappent à la loi puissent ne pas en être exclues une fois que le droit s'y exercera pleinement. À défaut d'envisager des situations économiques qui n'existent pas encore et qui échappent donc souvent à la loi, le législateur a entrepris d'encadrer la profession de ceux qui participent activement à la normalisation de ces situations économiques inédites.

Le Directeur général et co-fondateur de Uber reconnaît que les racines de sa société « sont les nouvelles technologies, pas la politique (…). Le résultat est que trop peu de gens (…) aux États-Unis et dans le reste du monde connaissent notre histoire, notre mission, et l'impact positif que nous avons. »8 Dans un article pour Entrepreneur, Ray Hennessey, directeur éditorial, rappelle que l' « histoire est remplie d’exemples où les sociétés ont réalisé que leur sourde oreille aux priorités du gouvernement avait contribué à de lourdes sanctions et de fortes pertes. L'exemple le plus évident est Microsoft, qui n'avait même pas de bureau à Washington, D.C., quand elle s'est trouvée aux prises avec les autorités fédérales » concernant la position monopolistique de son navigateur Internet Explorer à la fin des années 1990. « (…) Microsoft a évité de peu le démembrement en plusieurs sociétés (…). Finalement, la lutte avec le gouvernement s'est résolue en une diminution drastique de la part de marché de son navigateur. »9

Aujourd'hui, Uber est également aux prises avec les autorités. Cette société est l'élément visible de toute une série d'entreprises dont l'activité trouble les modèles économiques et/ou juridiques établis. Chacune de ces entreprises innovantes doit désormais pouvoir compter sur les services d'une personne capable d'opérer au sein d'environnements troubles (II)10 dans le respect de la loi (III)11.

 

 

1KALANICK Travis. A leader for the Uber campaign. [en ligne]. 19 août 2014. Uber. <http://blog.uber.com/davidplouffe> consulté le 10.10.2014

2Uber. 45 pays – Présence locale, expansion globale. Uber. <https://www.uber.com/cities> consulté le 13.10.2014

3MILLER Ron. Airbnb and Uber Face Some Harsh Realities [en ligne]. 08 octobre 2014. TechCrunch. <http://techcrunch.com/2014/10/08/airbnb-and-uber-face-some-harsh-realities/?ncid=rss> consulté le 14.10.2014

4KALANICK Travis. A leader for the Uber campaign. [en ligne]. 19 août 2014. Uber. <http://blog.uber.com/davidplouffe> consulté le 10.10.2014

5ENTIS Laura. Uber Hires Former Obama Campaign Manager to Battle the 'Big Taxi Cartel' [en ligne]. 19 août 2014. Entrepreneur. <http://www.entrepreneur.com/article/236656> consulté le 09.10.2014

6De CARIA Riccardo. The constitutional right to lobby on the two sides of the Atlantic : between freedom and democracy. Cambridge Journal of International and Comparative Law, 2013, 2(3), p. 455

7De CARIA Riccardo. The constitutional right to lobby on the two sides of the Atlantic : between freedom and democracy. Cambridge Journal of International and Comparative Law, 2013, 2(3), pp. 458-459

8KALANICK Travis. A leader for the Uber campaign. [en ligne]. 19 août 2014. Uber. <http://blog.uber.com/davidplouffe> consulté le 10.10.2014

9HENNESSEY Ray. The One Executive Position Every Startup Now Needs to Fill Today [en ligne]. 20 août 2014. Entrepreneur. <http://www.entrepreneur.com/article/236683> consulté le 05.10.2014

10UMUCYO Alan-Patrick. Pourquoi les entreprises ont-elles besoin de lobbyistes maintenant plus que jamais - II. Les lobbyistes, opérateurs en territoires troubles. <https://bitly.com/bundles/alainpatrickumucyo/d> consulté le 24.10.2014

11UMUCYO Alain-Patrick. Pourquoi les entreprises ont-elles besoin de lobbyistes maintenant plus que jamais - III. Les lobbyistes, opérateurs reconnus par la loi . <https://bitly.com/bundles/alainpatrickumucyo/e> consulté le 24.10.2014


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5 réactions à cet article    


  • howahkan howahkan Hotah 24 octobre 2014 10:26

    meme le vendeur de papier cul fait du lobbying auprès des distributeurs...un grand mot pour un truc tres simple

    alors on n’est pas dans la « merde » !!


    • diogène diogène 24 octobre 2014 10:42

      « lobbying » est l’euphémisme le plus souvent utilisé pour remplacer « corruption », moins élégant.

      C’est effectivement une activité séculaire, voire millénaire, mais pas forcément nécessaire !

      • JL JL 24 octobre 2014 12:01

        Le lobbying c’est la seule différence entre le libéralisme de l’anarchie.

        Et qui dit lobbying, dit institutions politiques maitrisant la force publique et l’impôt.

        Conclusion : le libéralisme a besoin de l’État comme un parasite a besoin de son hôte.

        CQFD.


        • JL JL 24 octobre 2014 12:08

          correction :

          Le lobbying c’est la seule différence entre le libéralisme et l’anarchie.

          Et qui dit lobbying, dit institutions politiques maitrisant la force publique et l’impôt.

          Conclusion : le libéralisme a besoin de l’État comme un parasite a besoin de son hôte.

          Un site très intéressant : Lobycratie : In lobbies we trust


        • christophe nicolas christophe nicolas 25 octobre 2014 10:47

          Tout chef d’entreprise est lobbyiste. Maintenant, un chef d’entreprise doit accepter de voir une activité obsolète disparaître s’il ne comprend par à temps qu’il faut la reconvertir. A la fin d’une guerre, il faut bien faire baisser la production des armes et il y a plein d’exemple.


          Par exemple, d’après mes théories, RTE devrait disparaître un jour, le « nucléaire chaud » devrait disparaître, les voies ferrées électrifiées devraient disparaître, les canalisations électriques longue distance devraient disparaître, etc... mais il ne faut pas s’inquiéter car les métiers de l’électricité ont de l’avenir.

          Refuser cela sera suicidaire , dès lors qu’il sera établi que ce sont bien les canalisations électriques, avec les terrassements des milieux rocheux, qui sont à l’origine de la baisse du champ magnétique terrestre qui est créé en surface par la rotation de la terre.

          Faire du lobbying pour défendre une activité viable, d’accord. Faire du lobbying pour des activités néfastes, c’est dévorer les richesses. Faire du lobbying pour étouffer la vérité, c’est de la prévarication qui relève de la justice. Le lobbyiste doit travailler dan le sens de la vérité, là, son action est salutaire, là, son activité assure l’avenir.

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