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Pourquoi Paris est-elle devenue (et restera) la ville plus chère au monde ?

 Paris vient tout juste d’être couronnée la ville la plus chère du monde par le magazine "The economist". (sur 133 villes étudiées dans le monde)

Quand on mesure la gravité et l’ampleur de la crise économique que traverse notre pays on ne peut qu’être frappé par ce coût élevé de la vie à Paris, coût que rien ne devrait plus justifier.

De capitale plutôt bon marché il y a 20 ans, Paris est devenue une ville terriblement chère. Plus grave encore cette cherté semble installée pour longtemps alors même que la crise aurait justement dû permettre des ajustements de prix à la baisse. Des villes comme Londres ou Tokyo sont redescendues très fortement dans le classement des grandes capitales en ce qui concerne les prix alors que les français semblent s’être pourvus d’un système infernal qui se nourrit tout à la fois de la spéculation privée puis des aides d’un Etat social qui prend aussitôt le relais et occulte la réalité pour beaucoup de citoyens (ce pseudo "bouclier social" étant toujours financé par l’emprunt).

 

Pourquoi, quand on prend un café à Paris, même dans un modeste établissement ou dans un quartier excentré, paie-t-on le  petit noir près de 2 € ? alors que dans certains pays c’est presque le prix d’un repas. Pourquoi le prix des repas dans les restaurants n’a-t-il pas suivi la baisse du taux de la TVA conjuguée à une baisse évidente du pouvoir d’achat ? Pourquoi louer un studio à Paris coûte-t-il toujours les ¾ des revenus d’un smicard ? Pourquoi stationner à Paris coûte-t-il plus de 30 euros par jour, soit plus cher que la location d’un petit logement ?

Tout cela a une logique économique qu’il faut rechercher en remontant 30 ou 40 ans en arrière dans l’ex-URSS et ses « démocraties » populaires. Dans ces pays communistes au XX ème siècle le visiteur occidental découvrait un coût de la vie terriblement élevé pour des prestations la plupart du temps déclassées ou de piètre qualité.

La concurrence comme le souci de la satisfaction du consommateur n’existaient évidemment pas, celui-ci disposait en général d’un simili service ou d’ersatz de biens (songeons aux catastrophiques Traban ou Lada) et devait s’en satisfaire (à des conditions économiques qui auraient scandalisé la classe ouvrière des pays "capitalistes").

La France ne demeurerait-elle pas au final un des derniers pays bastion du communisme sur terre ?
Elle a certes opté pour un modèle communiste particulier (nous n’allons évidemment pas comparer notre pays à Cuba ou à la Corée du Nord). A l’exacte opposé de la Chine (qui a gardé un régime politique communiste mais déploie une économie libérale) nous nous débattons avec un régime politique libéral et démocratique (même si les aboiements de certains n’empêchent pas la démocratie française d’être bien vivante) mais dans une économie dirigiste et contrôlée qui emprunte toujours beaucoup au dogme communiste.

Mais revenons à Paris, pourquoi 2 ans après le déclenchement d’une inédite crise économique (la dernière de cette importance date de 1929) notre pays reste immobile, figé avec un système de prix et de salaire stables ou en hausse ?  La réponse est simple : nous avons construit depuis l’après guerre (et surtout depuis les années 70) une économie dirigée qui rigidifie les rapports sociaux et empêche toute adaptation (vers le haut comme vers le bas). On parlait autrefois du glacis soviétique, en France on peut parler d’une glaciation sociale et économique.

Dans une économie ouverte et libre (on n’ose écrire libérale sous peine d’être taxé d’ultra) les prix sont fixés par la loi éternelle de l’offre et de la demande.

Si par exemple les revenus des habitants d’un pays baissent fortement, les propriétaires bailleurs devraient inévitablement être poussés à baisser leurs prétentions et donc les loyers qu’ils réclament à leurs locataires. Mais ces mécanismes ne fonctionnent pas chez nous. Pourquoi baisser un loyer quand l’Etat, supposé providence, abreuve les citoyens d’aides ou de subventions au logement ?

Le logement voit désormais trois camps s’affronter en France

- Les accédants à la propriété ou les propriétaires bailleurs qui tentent de jouer le jeu du marché et achètent parfois (trop) cher des logements pour les occuper ou les louer,

- Les bénéficiaires d’aides ou de logements subventionnés qui parviennent de ce fait à tirer un réel et durable avantage financier  (occuper un logement HLM devient un droit pour la vie) sur la classe moyenne,

- Les outsiders : L’immense majorité de la classe moyenne qui au-dessus des minimas sociaux paie donc plein pot son logement sur le marché libre : elle se retrouve donc face à un marché inabordable parce que soutenu et alimenté artificiellement  par les subventions de l’Etat.

 

Notre illustration peut être appliquée à tout autre secteur économique et social.

Si nous vivions dans une vraie économie libérale, une économie où l’installation de nouveaux compétiteurs était ouverte et libre, la concurrence pourrait jouer réellement et les profits des uns ne seraient que temporaires puisqu’entamés rapidement par la concurrence qui devrait tenter de s’approprier de nouveaux marchés.

La vie est le mouvement et la mise en concurrence des entreprises privées (et publiques) apporte la circulation d’air, d’idées, de process nécessaires au renouvellement.

Notre système ne peut y parvenir. Il fige l’économie et assure aux opérateurs installés (historique) des positions et revenus élevés et quasi monopolistiques (que couterait un abonnement Internet si France telecom était restée seul sur ce marché ?)


Pour ouvrir un établissement public comme un café à Paris il faut :

- Trouver un nouvel emplacement et cela devient très difficile puisque les riverains s’opposent aux nuisances provoquées par ces établissements

- Obtenir de multiples licences et  autorisations administratives

- Ou racheter à prix d’or un établissement déjà existant celui-ci bénéficiant de la rareté des emplacements pour maintenir ses positions, ses prix mais aussi se vendre au plus offrant (et dans ce cas le nouvel arrivant ne peut lui aussi que pratiquer des prix élevés pour récupérer sa mise)

En France en 2010  si l’on ne crée pas son entreprise dans un secteur totalement neuf (l’Internet par exemple car là les emplacements sont illimités) les services de l’Etat, les collectivités locales, les riverains, les concurrents n’ont de cesse de vous empêcher d’entamer leur position (citadelle). Notre capitalisme (si capitalisme il y a) est un capitalisme de privilégiés et d’héritiers dans une société qui a largement fait le pari de l’assistance (y compris pour les entreprises qui ne savent souvent plus travailler et créer des richesses sans subventions).

Si une partie des français se sont placés sous la protection de l’Etat (aides, subventions, allocations diverses et permanentes) une autre partie bénéficie des extraordinaires avantages acquis au cours des temps (fonctionnaires, entreprises publiques, marchés captifs..). Quant aux outsiders, les jeunes, les peu diplômés, les étrangers ou les nouveaux entrepreneurs, ils tentent de vivre dans un pays où toutes les places sont réservées et fermées. Les insiders (qui se transmettent souvent leur charge par héritage financier ou éducatif) ont leur confort assuré au prix de la précarité d’une part grandissante de la population.

Nous nous ébattons donc dans un bassin très encadré avec une économie qui conjugue à la fois les défauts du communisme (ou du socialisme) :  des services publics dégradés, un coût du travail élevé, une qualité de produits et de services défaillantes (notre déficit du commerce extérieur le prouve à l’envie) et le pendant hexagonal de nos retards et archaïsmes : des citadelles et places fortes où des corporations maintiennent leurs mainmises sur des pans de l’économie, protégées par les règlementations et les Lois de la République (mal inspirée).

 Dans ces conditions la concurrence libre et ouverte est évidemment travestie et le jeu social biaisé : le consommateur (non subventionné) est perdant sur tous les tableaux : il est assailli de taxes et d’impôts mais constate qu’il reçoit de l’Etat de moins en moins de services dans cette société bloquée qui ne sait pas choisir entre le libéralisme (qui n’a pas que des avantages) et le communisme (qui a tous les défauts).

Cette situation était peut-être tenable dans une économie fermée où l’internet ne mettait pas en concurrence frontale les emplois, les entreprises et les personnes. Désormais nos petits bricolages et arrangements avec l’économie risquent de nous coûter très chers.

Le prétendu et lâche gagnant/gagnant d’autrefois pourrait très vite se transformer en un perdant/perdant définitif. Notre système social bloqué et figé ne fonctionne plus qu’en empruntant des sommes considérables tous les mois et deviendra à terme insoutenable.

Paris est donc condamnée à rester une ville coûteuse pour les français tant que ceux-ci n’aurons pas ouvert leur économie (et leur esprit) à la concurrence, que nous n’aurons pas abandonné nos conformismes, certitudes et zones de confort.


par Didier Cozin (son site) jeudi 18 mars 2010 - 49 réactions
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  • Par finael (xxx.xxx.xxx.108) 18 mars 2010 13:14
    finael

    L’ultra-libéralisme frappe encore.

    Pour avoir été il y a près de 38 ans dans les "démocraties" populaires (les guillemets au mot démocraties sont parfaitement à leur place, mais j’en mettrais aussi à "populaires"), je m’inscris totalement en faux avec l’auteur : la vie y était extraordinairement bon marché (y compris en tenant compte du niveau de vie).

    Bien sûr il n’y avait quasiment pas de voitures ni de tout ce que l’on considérait comme "la vie moderne", télévision, électro-ménager, et ... mais les transports en commun étaient gratuits, tout le monde avait un toit (même s’il fallait souvent s’entasser à 4 ou 5 dans un petit deux-pièces), un travail (parfois artificiel) et si l’on ne mangeait que rarement de la viande, tout le monde était convenablement nourri.

    Bien entendu, si l’auteur veut comparer avec le mode de vie "à l’occidentale" de l’époque, il fallait faire partie de la nomenklatura.

    Mais on ne dira jamais assez de mal de ces régimes, n’est-ce pas ?

    Quant aux coûts de la vie actuels, ils sont montés en flêche dans ces mêmes pays, ainsi que sont apparus chômeurs, sans abris, etc ...

    Et je ne sais pas ce que la revue "The economist" a pris en compte, mais le coût de la vie est aujourd’hui beaucoup plus élevé dans les pays du nord de l’Europe : Angleterre, Ecosse, ou encore dans lespays scandinaves, en Suisse ou au Japon qu’en France.
     il suffit d’y aller au lieu de répéter ce qu’a écrit une revue ... britannique bien sûr (et qui a inventé l’indice "big mac" pour mesurer ce coût) ! Etude reprise par "Le Figaro" en France. On ne se nourrit pas que de café et de "Big Macs" que je sache !

    Il existe bien d’autres études, et qui ne sont pas vraiment d’accord. En fait tout dépend des indicateurs choisis.

    Et tout ça pour que notre auteur prétende que la France vive en régime communiste ! Il faut le faire !

    Je lui suggère de voyager un peu.

  • Par Lisa SION 2 (xxx.xxx.xxx.192) 18 mars 2010 11:59
    Lisa SION 2

    Bonjour,

    Tout est question de spéculation immobilière et l’État est loin d’être innocent dans ce cas. Il profite même de la bulle immobilière pour vendre les plus belles pièces de son patrimoine en enchères aux domaines, et tout ça pour rembourser une dette fictive, alimentée par les niches fiscales, les remises de charges aux grandes entreprises, et aux divers boucliers fiscaux. et cela entraine évidemment tous les pauvres sur le pavé...mais on n’oublie pas qu’en vendant météo France aux russes, on va pouvoir leur demander de rembourser les emprunts russes. http://fr.wikipedia.org/wiki/Emprun...

    Merci Sarkrosemarie, on ne vous oubliera pas, même dans cent ans !

  • Par Fergus (xxx.xxx.xxx.49) 18 mars 2010 17:10
    Fergus

    Vous avez raison sur de nombreux points, Florent, et notamment pour KPMG qui, effectivement (je les ai déjàcités à plusieurs reprises ), préconise aux entreprises américaines de s’installer à Paris où le rapport entre les prix, la productivité et les infrastructures est quasiment le meilleur du monde.

    Sachant que KPMG n’est pas un groupuscule gauchiste franchouillard, mais l’un des plus grands cabinets d’audit et de conseil du monde libéral payé à prix d’or par ses clients, l’information gagne à être connue.

  • Par tokyoalien (xxx.xxx.xxx.139) 18 mars 2010 15:10

    Excellent article, bravo. Ayant vécu à Paris plus de 15 ans, c’est une assez bonne description de la situation. J’en parle plus volontiers car je vis désormais au Japon depuis plusieurs années, et que j’ai le loisir de comparer ma vie d’avant et celle d’aujourd’hui. A Tokyo précisement, vous savez, l’horrible capitale que nous décrivent les média occidentaux, polluée, surpeuplée, démesurée... Et pourtant, quelle ne fut pas ma surprise en arrivant de constater que la vie était bien moins chère ici que dans la ville lumière. Nourriture, vêtements, tabac (pas forcément le meilleur exemple). Repas de midi a 8 euros, paquet de cigarettes à 2,5 euros... Certes, il y a des secteur ou Tokyo n’a rien à envier à Paris en matière de prix : les transports, les loyers, les sorties. Mais le niveau de la qualité des services est tel, qu’on se dit qu’on paie un prix largement justifié. Et puis la crise est arrivée. Et là, deuxième surprise : les prix se sont mis à baisser. Les boissons dans les distributeurs par exemple sont passée de 120 yens à 100 yens voire parfois à 80 yens. Je croyais rêver. Moi qui depuis petit avait vu en France que des prix monter, de maniére inéluctable. Comme notre chère baguette que l’on payait 80 cts de francs il y a 20 ans, et que l’on paie désormais 1 euros, soit sept fois plus cher. Bref, cela rejoint le constat de cet article, auquel je me permets d’ajouter un élément. Si cela se passe ainsi au Japon, c’est simplement parce qu’il existe une véritable concurrence, saine et non faussée, dont le but final est la satisfaction du consommateur. Cela fait rêver n’est-ce-pas ? Alors revenons à la France, et à Paris. Pourquoi cela ne fonctionne pas ainsi ? Tout simplement parce que la France est le pays des situations acquises. Une fois que l’on est installé, réputé, syndiqué, plus rien ne doit bouger. Mitterand parlait des acquis sociaux. Il oubliait les acquis économiques, familiaux, financiers, politiques... Des acquis que l’on défend bec et ongles, que l’on soit de gauche ou de droite. Tout le jeu politique en France est organisé autour de cela. Résultat, tout est bloqué, rien n’est remis en question, et les situations d’oligopole ou de monopole s’accumulent, et ce toujours au détriment du consommateur. Il n’y a qu’a voir la difficulté qu’a rencontré free pour devenir opérateur de téléphonie mobile, dans un secteur pourtant théoriquement ouvert à la concurrence. Ou encore comment les syndicats défendent des secteurs industriels devenus obsolètes, au lieu de réfléchir à de vraies solutions d’avenir. Ou dernier exemple, comment les restaurateurs n’ont pas repercuté la baisse de la TVA malgré leur promesses.

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