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Pourquoi restaurer la TIPP flottante serait une erreur

La TIPP flottante a prouvé son efficacité en tant que mécanisme d’écrétage, ou de lissage, des prix des carburants lorsqu’ils sont fixés par un système de marché spéculatif, dont les réactions à la conjoncture sont par nature imprévisibles et chaotiques. Dans un contexte où les prix du baril peuvent ainsi augmenter ou baisser, ce mécanisme offre l’avantage, pour les usagers professionnels (agriculteurs, pêcheurs, transporteurs, PME) d’une meilleure visibilité sur leurs charges à venir, et leur permet d’être moins sensibles à ces variations brutales de prix, sans pour autant compromettre les ressources fiscales à long terme pour l’Etat puisque ce dernier récupère lors des périodes de baisse ce qu’il avait concédé lors des périodes de hausse. C’était donc un bon exemple de système gagnant.

Bien sûr, pour que le système fonctionne, il faut que les périodes de baisse et celles de hausse s’équilibrent à long terme.

Mais il faut bien à un moment donné cesser de se cacher la vérité. Si les prix élevés du brut aujourd’hui sont partiellement l’effet de causes conjoncturelles (conflit en Irak, risque d’attentat, croissance américaine, chinoise ou indienne), ils sont surtout l’effet d’une limite physique vers laquelle nous nous orientons inexorablement. Ce n’est pas l’épuisement des stocks qui est en vue, mais la baisse du débit annuel. Celui-ci a augmenté régulièrement depuis la révolution industrielle, simplement en suivant la courbe de la demande. Pour ce faire, nous sommes allés chercher le pétrole là où il était facile à extraire, et là où les débits étaient importants. Mais nous avons mangé notre pain blanc. Les puits situés géographiquement près des principales zones de consommation ont commencé à décliner. Les Etats-Unis et la Chine, actuellement les plus grands consommateurs, ont atteint il y a quelques années leur pic de production (le fameux pic de Hubert ?), et le pic de production mondial sera atteint, selon des estimations raisonnables, entre 2007 et 2025. Nous approchons de la zone de turbulence. Ce que les marchés semblaient vouloir ignorer jusqu’à présent est maintenant une évidence. Il n’y a pas que la loi de l’offre et de la demande et la géopolitique mondiale qui régissent les prix du baril, il y a aussi, et surtout, des raisons géologiques, et structurelles (même si c’est plus un problème de robinet qu’un problème de réservoir, c’est le débit annuel maximum qui compte pour répondre à la demande mondiale. Et il n’y a plus aujourd’hui de marge de manoeuvre).

Le prix du baril est donc bel et bien parti pour rester durablement élevé, et orienté à la hausse. Dans ce contexte, un système de taxe flottante impliquera qu’il y ait un perdant, et un gagnant. Doit-on demander à l’Etat de se priver d’une rentrée fiscale indispensable ? Alors que la nécessaire conversion de notre économie demandera au contraire des investissements considérables ?

Dans l’absolu, c’est un système inverse qu’il conviendrait de mettre en place : augmenter progressivement, à l’approche du pic de production, la taxation du carburant. Pas pour persécuter encore plus l’usager, mais au contraire pour anticiper la phase de déclin de la production, et réorienter notre économie vers d’autres modes de consommation, et vers d’autres sources d’énergie. Ce qui suppose que ces rentrées fiscales supplémentaires soient redistribuées sélectivement aux usagers et affectées à l’amélioration de notre efficacité énergétique, à la réorganisation de filières entières, à la reconversion des professions sinistrées et au développement des énergies renouvelables. Et cela, dans le cadre d’un vrai partenariat public / privé (aides conditionnelles, recherche et développement, formation et sensibilisation, ...). En zone de turbulence, les mécanismes de marché ne suffiront pas. Nous ne pouvons pas attendre de leur capacité d’anticipation autre chose qu’un "sauve-qui-peut" conduisant à des mouvement chaotiques des capitaux vers des filières supposées plus sûres et plus rentables, au moins à court terme. Et pas mal de dommages collatéraux. Seule une réappropriation par les collectivités (Etat, régions, instances supranationales) des enjeux énergétiques permettra de rééquilibrer les choix, et de limiter les dégâts sociaux, voire environnementaux (Par exemple, les réserves de charbon étant abondantes, une ruée vers le charbon comme source énergétique serait, d’un point de vue purement capitalistique, une solution attractive, mais représenterait aussi un désastre écologique).

Pour en savoir plus, voir notamment le livre de Jean-Luc Wingert : "La vie après le pétrole", chez Autrement - frontières.


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1 réactions à cet article    


  • CaDerange (---.---.184.177) 8 septembre 2005 17:52

    Incidemment, l’Indonesie, gros producteur de pétrole pourtant, est tombée dans ce piège en établissant un prix public garanti des carburants à un niveau faible pour satisfaire les besoins de ses populations et son développement économique.Un mécanisme semblable à celui que devait assurer la TIPP flottante.

    Malheureusement, ce prix garanti a été fixé bien avant la crise pétrolière que nous vivons. Résultat, le prix garanti coute aujourd’hui les yeux de la Tête à l’Etat indonesien. Si il le montait au niveau du marché actuel, cela créerait des troubles immédiats dans le pays mais ferait diminuer la consommation, de mémoire de 100 000 Barils/jours ce qui est considérable. Cruel dilemne dont je ne sais pas comment ils sortiront.

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