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Presque... 4.000 milliards de dollars !!!

Il ne faisait pas le fanfaron, contrairement à son habitude, notre Ministre du Budget Eric Woerth ce matin sur Europe1.

- Terminé l’injection systématique de capitaux dans le système bancaire sans aucun contrôle

- Terminé la France qui grâce à la loi TEPA "résiste mieux" que les autres pays du monde.

- Terminé les adaptations "nécessaires" du code du travail pour permettre la flexibilité des salariés

- Terminé le travailler plus ...

Parce que cette fois-ci, la sentence est tombée et elle vient du FMI sous forme d’un document daté d’Avril 2009 disponible sur son site et portant le nom de : "Rapport sur la stabilité financière dans le monde"

Extraits

Pour remettre le secteur financier d’aplomb, il faut adopter des politiques propres à dissiper les tensions sur les marchés de financement des banques et des entreprises, à assainir le bilan des banques, à rétablir les flux de capitaux internationaux (notamment vers les pays émergents), et à maîtriser les effets pervers des mesures adoptées pour combattre la crise.

Autant d’objectifs qui exigeront une farouche détermination politique dans une conjoncture éprouvante, ainsi qu’une coopération internationale plus énergique. À en juger d’après l’issue du sommet du G-20 du début du mois d’avril, cette volonté et cette détermination internationales à s’attaquer aux problèmes soulevés par la crise gagnent en intensité.

Si les bilans des banques ne sont pas assainis en profondeur, pour en purger les actifs compromis, et parallèlement restructurés, voire recapitalisés, les problèmes bancaires risquent de continuer à freiner l’activité économique. D’après nos meilleures estimations, certes fondées sur une série d’hypothèses, la dépréciation des actifs d’origine américaine depuis le début de la crise jusqu’en 2010, tous détenteurs confondus, passerait de 2.200 milliards de dollars (édition de janvier 2009 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde - Actualité des marchés financiers) à 2.700 milliards de dollars, principalement du fait de la dégradation du scénario de référence de croissance économique. Dans la présente édition, les estimations de dévalorisation s’étendent aux actifs provenant d’autres marchés matures, et si les données qui sous-tendent ces scénarios présentent une plus grande incertitude, il en ressort toutefois que les pertes de valeur pourraient atteindre près de 4.000 milliards de dollars, montant qui pour deux tiers concernerait les banques ... / ...

Même si des mesures sont prises sans tarder et exécutées à bon escient, l’inversion de l’effet de levier sera un processus lent et délicat et la reprise économique s’inscrira vraisemblablement dans la durée. L’inversion du levier financier et la contraction de l’activité devraient, à court terme, freiner la croissance du crédit aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans la zone euro, voire la rendre négative, et il faudrait vraisemblablement attendre plusieurs années pour observer une reprise.

Ces perspectives peu favorables appellent une mise en oeuvre résolue des politiques déjà établies et, le cas échéant, une plus grande détermination dans la définition de nouvelles orientations. Le soutien politique à ce type de mesures semble cependant s’essouffler, l’opinion publique étant découragée par certaines utilisations des fonds publics qu’elle juge abusive et dont la presse se fait l’écho. Il existe un risque réel que les gouvernements rechignent à mobiliser suffisamment de ressources pour résoudre le problème. Qui plus est, l’incertitude liée aux réactions politiques peut avoir un effet dissuasif sur le secteur privé dans la recherche constructive d’une solution ordonnée aux tensions financières. Autrement dit, pour rétablir la confiance il faudra impérativement que les ripostes soient claires, cohérentes et fiables. ... / ...

Nous avons enfin une estimation que les politiques se dispensaient de nous donner. Il est à noter que Monsieur Woerth ne la conteste pas. Un premier constat : Les mesures sont inadaptées et le retour hypothétique à une croissance correcte sera long et sans date, contrairement aux "joueurs de pipeau" du gouvernement qui nous annoncent la sortie du tunnel en ... 2010 !!! On notera au passage la phrase suivante : "Le soutien politique à ce type de mesures semble cependant s’essouffler, l’opinion publique étant découragée par certaines utilisations des fonds publics qu’elle juge abusive et dont la presse se fait l’écho. Il existe un risque réel que les gouvernements rechignent à mobiliser suffisamment de ressources pour résoudre le problème"

De quoi parle-t-on ? :

- Du bouclier fiscal abusif,

- De la défiscalisation des heures supplémentaires alors que le chômage explose

- Des primes de bienvenue,

- De l’argent public qui servira à verser des dividendes aux actionnaires,

- Des chantiers "miraculeux" qui vont tomber dans l’escarcelle des amis industriels

Bien que très interventionniste dans la première partie, le FMI n’oublie pas de rappeler qu’il ne demande SURTOUT pas la fin du capitalisme (ne rêvons pas !!!)

La restructuration peut exiger une prise de contrôle provisoire par l’État. L’impossibilité actuelle de mobiliser des fonds privés montre que la crise s’est aggravée au point d’exiger de l’État des mesures plus énergiques, quitte à injecter des capitaux sous la forme d’actions ordinaires, même si cela suppose une participation majoritaire au capital, voire un contrôle de l’institution. Une prise de contrôle temporaire par l’État peut donc être nécessaire, mais uniquement dans le but de restructurer l’institution, de sorte qu’elle puisse regagner le secteur privé dès que possible. Il faut surtout que les fonds propres ordinaires soient suffisants pour permettre à la banque de fonctionner de nouveau, car il s’agit là du type de capital que les marchés exigent pour parer à d’éventuelles dépréciations. ... / ...
 
Ben voyons ! Le contribuable qui n’a jamais connu les "joyeusetés" des marchés débridés aux rendements à deux chiffres, se doit de mettre la main à la poche au travers des ressources de l’état, puis donner à nouveau à ceux qui ont fait exploser le système le bonheur de recommencer à se goinfrer. Belle moralité ! De quoi a-t-on peur ? du retour des bolchéviques ? de l’interdiction du Caviar et du champagne aux assemblées d’actionnaires ? Les français comme tous les contribuables de la planète DOIVENT avoir, dans le futur, si ce n’est le contrôle, du moins un droit de regard sur une aventure qui leur coûte, pour l’instant : près de 4.000 milliards de dollars

Il est une autre solution qui consiste à placer les actifs dévalorisés dans une structure de cantonnement distincte (bad bank), comme l’a fait la Suisse dans le cas d’UBS et comme l’Irlande envisage de le faire. Cette technique a l’avantage d’être relativement transparente, et si le gros des actifs compromis est transféré à cette structure, les banques se retrouvent avec un bilan assaini. Les États-Unis ont fourni des garanties contre les pertes que pouvaient subir certains actifs compromis ou vulnérables de Citibank et Bank of America, et proposé d’établir des partenariats public/privé pour racheter les actifs dévalorisés des banques. La proposition actuelle présente des éléments propres à encourager la participation du secteur privé, mais il reste à savoir si les banques trouveront suffisamment d’intérêt à vendre ces actifs ... / ...

Une sorte de Crédit Lyonnais bis (CDR) mais à l’échelle mondiale ! Avec probablement quelques "dérives" comme nous les avons connues lors de l’opération, qui rappelons le a permis les manipulations suivantes


- La vente de la participation dans Artémis, holding de François Pinault, revendu à ce même François Pinault, pour un prix jugé par certains en deçà de sa valeur

- La gestion de l’affaire Executive Life, qui s’est soldée par la condamnation du CDR à verser 700 millions de dollars au actionnaires américains

Pour la petite histoire : Le CDR a cessé d’exister fin 2006 et les derniers actifs, environ 50 millions d’Euros, restant ont été repris par la Caisse des Dépôts. La perte sur les actifs transférés est estimée à environ 16 milliards d’Euros - Source Le Monde Et surtout : De permettre à Bernard Tapie de recevoir 240 millions au titre du manque à gagner, et 45 milions de préjudice personnel.

Sans règles précises (les citoyens contribuables n’étant pas en mesure d’en exiger) nous nous dirigeons droit vers une absolution pour beaucoup de responsables de la crise et quelques récompenses "bien méritées". Or le FMI qui reprend la suggestion d’Alan Greespan (dont nous vous parlions hier) semble prendre pour argent comptant l’idée du meilleur pyromane et auteur de la crise des subprimes. On craint le pire ...

À l’évidence, des politiques de relance s’imposent, mais il faut accorder une attention particulière à la viabilité budgétaire et aux conséquences qu’un plan de relance peut avoir pour les besoins en financement de l’État, compte tenu notamment des engagements conditionnels au compte de patrimoine des administrations publiques. Si les plans de relance tolèrent le non respect des objectifs budgétaires, ils doivent être accompagnés de cadres budgétaires crédibles à moyen terme afin de réduire les déficits et les niveaux d’endettement, faute de quoi la solvabilité de l’État peut être mise en doute ... / ...

En clair : Recourir au déficit public sans retenue risque de transformer les billets et avoirs en banque en monnaie de singe ! le Dollar et même l’Euro ne sont plus à l’abri. La solution s’impose donc aux états à court terme : Ressortir un train de réformes "restrictions" qui va directement s’attaquer aux dépenses sociales et aux services publics. Des budgets de disette qu’on justifiera par l’incurie et la soif de l’or de quelques-uns !

Pour mieux couvrir les risques systémiques les réglementations doivent pouvoir s’appliquer à un plus large éventail d’institutions et de marchés. Certes il n’est pas nécessaire de règlementer toutes les institutions financières, mais la réglementation prudentielle doit s’étendre à certains établissements dont on estimait par le passé qu’ils échappaient au noyau de base (par exemple, les banques d’investissement). En outre, certains métiers (tels les dérivés de crédit et les assurances) devront être soumis au contrôle des régulateurs quelle que soit leur structure légale ... / ... Intégralité du "Résumé analytique "

Allegro ma non troppo (vite mais pas trop) comme disent les musiciens. Cette partie de texte indique bien la notion de conditionnel des constats et mesures proposées dans le texte du FMI : "Doit s’étendre ... devront être ..."

Quant aux populations qui sont "découragée par certaines utilisations des fonds publics qu’elle juge abusive et dont la presse se fait l’écho", elles risquent de voir revenir un capitalisme financier "tout neuf" débarrassé des ses scories, qui pourra à nouveau les endetter à des taux frisant l’usure (voir notre article sur les taux bancaires) et qui ne manquera pas d’économistes thuriféraires, qui viendront nous expliquer qu’en fin de compte : le marché libre, il n’y a vraiment que ça de vrai !!!

A en croire les réactions actuelles et à venir des millions de gens jetés par brassées de leurs emplois et de leurs logements, nous ne croyons pas vraiment que le conte de fée du capitalisme "refondé" puisse aller à son terme ...


Crédit et copyright image
Lasserpe
par Jean Claude BENARD (son site) jeudi 23 avril 2009 - 33 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Serge (xxx.xxx.xxx.84) 23 avril 2009 11:31
    Serge

    à l’auteur...
    A la lecture de votre excellente analyse de la situation actuelle deux déclarations me reviennent en tête.
    Une très cocasse de la part du serviteur zélé du libéralisme qu’est A.Minc :
    octobre 2008..." LA CRISE EST GROTESQUEMENT PSYCHOLOGIQUE."
    Si le ridicule pouvait rendre muet !!!
     
    Une très sérieuse,au lendemain du G20,de la part de P.Krugman,prix Nobel d’économie :

    " C’est le contribuable qui ENDOSSE LES RISQUES et l’ECONOMIE DE MARCHE N’EN TIRE QUE LES BENEFICES."

    Excellente synthèse sur les finalités du libéralisme.

    Cela dit, je pense qu’il faut aussi tordre le cou à ce mythe de l’idéologie libérale qui veut que la crise c’est..." la faute à l’Etat qui est intervenu " au lieu de laisser faire" la main invisible du marché."D’où cette offensive des libéraux pour dire...la crise n’est pas celle du libéralisme mais du pas assez de libéralisme.Il y a trop d’Etat.

    Pour permettre la compréhension par tous de ce que vit la planète il est nécessaire d’expliquer au niveau historique le pourquoi de l’invention de l’Etat dans les sociétés humaines.
    Dit rapidement ( donc sans nuances ) la naissance des Etats est liée au fait que la classe dominante avait besoin d’une structure pour faire " régner l’ordre " et maintenir fermement son pouvoir.

    Sur la nocivité du libéralisme pour les peuples voir les élèments chiffrés que j’ai donné hier en réponse à l’article " Qui fait le marché ? " de W.Bunker

  • Par plancherDesVaches (xxx.xxx.xxx.195) 23 avril 2009 11:36

    Vous avez entièrement raison.
    Et les politiciens de tous bords et tous pays sont devenus les meilleurs VRP de toute la chaine de la finance. Du petit employé de banque, jusqu’au plus gros milliardaire.
    Sachant que ces politiciens gagnent le pouvoir grâce à ces mêmes financiers, comment leur en vouloir.. ??
    Ne vous laissez pas abuser par les chiffres annoncés : la socialisation des pertes va représenter des sommes bien plus élevées que celles annoncées.
    Et dans la série des infos de la planète finance, les US viennent de déréguler ENCORE plus en faisant sauter la règle du "mark-to-market" (valorisation des "actifs" au prix du marché). Leur banques pourront donc les revendre au prix qu’elles décideront... avec l’argent du contribuable. Car l’état "sponsorisera" ces ventes en prenant à sa charge les éventuels risques.
    Amusant, lorsqu’on sait que c’est JUSTEMENT le manque de régulation qui a entrainé le léger retournement actuel.
    Nous sommes pris en otage, comme d’habitude.

  • Par Serge (xxx.xxx.xxx.84) 23 avril 2009 18:14
    Serge

    Pendant que vous subissez de plein fouet la crise,vous la France d’en bas,les requins n’arrêtent pas leur prédation et continuent à se gaver.
    On apprend ce jour que la banque franco-belge Dexia, menée à la faillite par ses dirigeants,sauvée par la manne publique des Etats belge et français,reconnaît avoir distribué pour 8 millions d’euros de bonus à la partie française des dirigeants.Ce qui ne la gène pas pour annoncer la suppression de 900 emplois dont 250 en France !!!
    On apprend aussi que A.Miller,Pdg démissionnaire en septembre 2008,a perçu une indemnité de départ de 825 000 euros alors qu’il s’était engagé à ne rien percevoir !!!

    Mais où est passé " zoro Sarko " le pourfendeur en maintes déclarations les plus outrées les unes que les autres contre "les parachutes en or,les stock-options " pour passer du dire au faire ? Il joue au super flic, en espérant refaire le coup de la campagne présidentielle 2007, afin de faire dévier le débat sur " la sécurité " occultant ainsi son entière responsabilité dans la crise de part la politique mise en oeuvre depuis son élection.

  • Par Yannick Harrel (xxx.xxx.xxx.119) 23 avril 2009 14:38
    Yannick Harrel

    Bonjour,

    Merci à l’auteur de nous faire part de ce retour du FMI.

    Très honnêtement je pense que les dirigeants sont désemparés, ils récitent leur missel de libéraux comme ils l’ont fait depuis des années en croisant les doigts pour que "ça passe". Seulement la casse risque d’être bien plus sévère que ces dernières années. Et cette manie de lénifier l’aspect social dans les schémas économiques au mépris des avertissements de John M. Keynes (ce qui est logique d’une certaine façon puisque ce dernier était un adversaire d’Hayek, le héraut des néo-libéraux) c’est comme maintenir le couvercle de façon à hermétiquement fermer une marmite mijotant à grand feu... Je vous laisse deviner ce qu’il peut résulter d’un tel aveuglement.

    A l’heure où il faudrait des mesures énergiques en faveur de l’entreprenariat et des initiatives sociales évitant tout risque de débordement, on n’a rien trouvé de mieux que d’écoper à petite cuillère un paquebot prenant l’eau (!). Dépêchons-nous d’en rire avant de se voir obligés d’en pleurer...

    Cordialement

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