• vendredi 10 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Economie > Purge de la bulle des subprime mortgages : un mécanisme naturel de (...)
29%
D'accord avec l'article ?
 
71%
(32 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Purge de la bulle des subprime mortgages : un mécanisme naturel de correction

Cela fait longtemps qu’observateurs et analystes expriment leurs inquiétudes au sujet de la bulle immobilière américaine, et particulièrement de ces dorénavant fameux « subprime mortgages ». Aujourd’hui, la purge a enfin lieu. Les banques centrales, en réagissant rapidement sur les échanges interbancaires à très court terme pour ne pas laisser un mouvement de panique se transformer en crise, devrait limiter les effets de cet assainissement aussi douloureux qu’attendu.

« Tout le monde a besoin d’un emploi pour acheter une maison, une voiture, etc. [...] Mais tout le monde n’a pas un emploi. Nous avons une solution pour vous. Nous proposons une assistance à ceux qui n’ont pas de travail, mais doivent répondre à une vérification d’emploi dans la perspective d’un achat. [...] Dans notre base de données, vous serez déclaré(e) comme contractant indépendant de notre société. Votre nom apparaîtra sur des feuilles de paye comme avance  ».

Le site http://www.verifyemployment.net/ propose ainsi de fausses feuilles de paye pour 55 $, et une ligne téléphonique qui confirme l’intox pour 25 $. Voilà un beau cas d’espèce du type de dérive qu’a connu le marché des «  subprime mortgages  ». Fraudes et excès à tous les niveaux ont mené ce secteur dans le mur.

Décortiquons le processus en cours. L’une des activités bancaires aux Etats-Unis consiste à financer l’achat de biens immobiliers par le crédit hypothécaire, les fameux mortgage loans. Contrairement à notre système de crédit immobilier, les banques restent propriétaires du logement jusqu’à expiration de la créance. Si l’emprunteur ne paye plus ses traites, le prêteur est chez lui. Il peut alors expulser l’occupant avant de mettre en vente le lot pour récupérer sa mise. Tant que le marché immobilier est porteur, le prêteur est rassuré par cette garantie dite « collatérale ». Lorsque la tendance est à la baisse, la valeur de l’actif sous-jacent devient inférieure au risque encouru. En cas de défaut de paiement de l’emprunteur, le créancier peut perdre une partie de son investissement.

Evidemment, la banque doit financer ce crédit et le porter à son bilan. Vu l’ampleur des besoins qui ont vite dépassé leur capacité de financement, les banques ont dû alléger le poids de ces mortgage loans dans leur bilan. La titrisation, innovation financière née dans les années 80, permet aux banques de sortir ces prêts de leur bilan et de les faire reprendre par d’autres investisseurs. La structure juridique générique de ces opérations de titrisation, ce sont les ABS (Asset Backed Securities) adossés à des actifs, au sens large, conservés en garantie. Les MBS (Mortgage Backed Securities) concernent spécifiquement les fonds regroupant des crédits immobiliers, peu liquides (le crédit peut durer trente ans), en garantie collatérale. Ils sont cédés à des investisseurs relais qui, en échange, détiennent des obligations bien plus liquides que les actifs en garantie (la maison de chaque emprunteur du lot). La même technique s’applique aux CDO (Collateralized Debt Obligation) qui regroupent divers titres, obligataires ou hypothécaires en garantie.

Plus récemment, des familles en situation précaire ont aussi cherché à acheter leur logement sans présenter de garanties de situation suffisantes. Les subprime mortgage loan sont nés, également titrisés sous la forme de MBS subprime à profil de risque plus élevé et, par conséquent, à rendement également plus élevé. Moins exigeants, un peu plus chers pour l’emprunteur, ils permettaient à une population exclue des mortgage loans classiques de devenir propriétaire. Mais rapidement, une partie de cette catégorie d’emprunteurs a commencé à surestimer ses revenus déclarés, parfois même incitée à la faire par des intermédiaires peu scrupuleux, rémunérés au volume de crédits octroyés, pour accéder à des montants plus élevés de crédit. Alors que le taux de défaillance des mortgages classiques tourne autour de 3 %, celui des subprime mortgages s’est retrouvé environ quatre fois plus élevé. Et dès la fin 2005, le taux de défauts de paiement a commencé à grimper dangereusement alors que la valeur du sous-jacent, l’immobilier, se stabilisait puis se mettait à décliner. A un niveau proche de 14 % (donc 86 % des ménages payent normalement leur crédit et sont d’heureux propriétaires sans histoires), les effets de ce credit crunch commencent à se faire sentir dès le début de 2007, surtout que ce marché pèse près de 800 milliards de dollars.

Pourtant, les structures MBS ou CDO présentent des profils de risque très variables, ce que reflète bien la notation attribuée par les agences de notation dont c’est le métier. Les banques, lorsqu’elles cèdent leur portefeuille de subprime loans à un MBS ou à un CDO, structurent souvent le fond afin qu’ils offrent de meilleures garanties aux investisseurs (le rendement étant alors plus faible). Selon le profil de l’opération, le portefeuille reçoit une notation qui va, pour Standard & Poor’s de « AAA » (la meilleure qualité, au rendement naturellement plus bas) à « BBB » (la plus basse qualité des « investissement raisonnable », aussi appelé « investment grade » au rendement plus élevé ; à partir de « BB » on est dans le « spéculatif »). Les banques initiatrices peuvent octroyer un prêt (ou une classe d’obligations) subordonné(es) à la structure afin de couvrir en premier les risques du montage. En cas de taux de défaillance supérieur aux estimations, les investisseurs sont couverts par le cédant, la banque qui a externalisé ses crédits, qui doit compenser les pertes de sa poche. Hélas dans la crise actuelle, les acteurs paniquent et ne font plus la différence.

Depuis la liquidation de deux fonds de Bear Stearns et l’annonce de pertes importantes de nombreux hedge funds, supports qui concernent essentiellement de grandes fortunes, la crise s’est étendue aux fonds de pension et même aux supports d’investissement universitaires. Harvard, réputée pour une gestion très agressive de sa dotation et pour sa performance au travers de plus de 10 000 fonds (valorisation de 26 milliards de dollars contre 5 milliards en 1990 !) a tout de même perdu 350 millions de dollars sur un fond de subprime loans à fort effet de levier. Le groupe allemand IKB s’est trouvé en grave difficulté il y a deux semaines, et les banques allemandes ont dû venir à son secours. En fait, la plupart des institutions, en diversifiant leurs placements, ont joué ce marché à rendement élevé. Alors que la panique gagne les esprits, de nombreux acteurs réagissent de manière irrationnelle et excessive. Dans ce marché totalement asséché, les organismes spécialisés dans la constitution de fonds subprime ont du soucis à se faire (Cf la faillite d’American Home Mortgage, institution spécialisée dans le financement immobilier), aucun investisseur n’ayant aujourd’hui envie de rentrer dans ce marché et d’apporter du capital frais pour financer cette activité.

Banques et investisseurs commencent enfin à comprendre qu’ils vont devoir régler une bonne partie de la facture. Et celle-ci va leur faire mal. Surtout, ils vont devoir porter leur fardeau jusqu’au retour d’une certaine confiance car personne n’a envie, en ces jours troublés, de racheter leurs titres, pourtant liquides jusque-là. Des conflits ont commencé à opposer les banques, qui tentent de rééchelonner les crédits des ménages en difficulté, aux fonds investisseurs qui exigent la saisie et la liquidation des biens pour éviter l’enlisement. Mais après tout, la prise de risque fait partie de leur mission. Cette correction douloureuse rappelle que tout investissement constitue une prise de risque qui légitime la rémunération négociée.

Le mécanisme qui nourrit une telle crise, c’est la friction entre les exigences d’investisseurs habitués à des titres liquides et la faible liquidité, voire la totale illiquidité des actifs sous-jacents. Un marché énervé (et il y a de quoi quand on pense que des pertes de l’ordre de 100 à 150 milliards de dollars sont en jeu selon la Federal reserve Bank) veut tout savoir sur son risque encouru, en temps réel et avec précision. Or, une telle évaluation n’est pas fiable car les modèles mathématiques suivent les statistiques de défaillance sur des périodes plutôt longues. Résultat : aucun acteur ne veut entrer dans ce marché dont il devient périlleux d’estimer le risque et le rendement. Lorsque BNP Paribas a annoncé, en fin de semaine, qu’elle gelait des fonds d’une valeur de 1.6 milliards d’euros, ce n’était pas pour prévenir un risque de liquidation mais celui de ventes paniques, décorrélées de la valorisation « raisonnable » des actifs sous-jacents et sans contrepartie acheteuse à prix raisonnable. Encore une fois, aucun investisseur n’a plus envie de racheter de tels titres à ceux qui voudraient céder les leurs. Les prochaines semaines nous réservent encore bien des surprises, même s’il est peu probable que les conséquences de cette crise affectent durablement le reste de l’économie.

Les grands gagnants de cette histoire seront sans doute les avocats spécialisés dans les titres privés. Ces nettoyeurs s’attaquent déjà à tous les échelons du processus. En cherchant à établir que les banques et les courtiers ont sciemment octroyé des crédits à des familles sans les ressources financières suffisantes, elles veulent les rendre solidaires des défaillances en cours au profit des investisseurs collés. Difficile de mettre en avant l’insuffisance d’information sur les risques, voire leur dissimulation, lorsqu’on sait à quel point l’évaluation d’actifs illiquides est difficile à tenir avec précision en temps réel. Par ailleurs, les banques leur rétorqueront certainement que les investisseurs, professionnels de la finance, ne peuvent jouer les ingénus lorsque leurs placements tournent mal. Leur cœur d’activité reste le risque, et le risque suppose le droit à l’échec. Ainsi en va l’imperfection naturelle des marchés.

Enfin, le vieux sage septuagénaire d’Omaha, Warren Buffet, sort à nouveau du lot en ayant investi depuis longtemps sur l’effondrement de cette bulle des subprime. Non seulement il ne semble pas avoir parié un dollar sur ce secteur, mais il aurait acheté plutôt discrètement des dérivés CDS (Credit Default Swap), pariant sur la dépréciation de ces fonds. Cette fortune finira dans la fondation Bill et Melinda...

par Aurelien (son site) jeudi 16 août 2007 - 47 réactions
29%
D'accord avec l'article ?
 
71%
(32 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.205) 16 août 2007 12:32
    Forest Ent

    Ce qui est écrit dans cet article est juste, mais ne décrit qu’une petite partie de la réalité.

    Il n’y a pas que les subprime comme créances douteuses. Il y a tout d’abord les alt-A, prêts immobiliers un petit peu moins aberrants. Ce qui n’est pas explicable par des dérives mineures, c’est que l’ensemble subprime+als-A représente la moitié des nouveaux prêts faits en 2005 et 2006. Il faut bien constater que l’ensemble du système bancaire US est devenu fou pendant 2 ans. Ce qui a été le cas aussi à l’époque de la bulle internet. Je ne vois pas que l’on puisse échapper à la recherche de causes structurelles.

    Et il y a un autre truc qui va être intéressant à regarder dans les mois qui viennent, c’est la dette des entreprises, qui a subi les mêmes dérives pendant la même période. Comment croyez-vous qu’ont été financés les 1500 milliards US$ de LBO de 2005 et 2006 ? Ils ont tous été titrisés, les banques n’ont rien gardé. Ces titres sont aujourd’hui invendables. Il y a quelques mois, Mme Merkel a proposé au G8 un contrôle renforcé des hedge funds. Elle a été renvoyée dans ses buts par MM Bush et Brown.

    Il ne s’agit pas d’une petite correction de quelques dérives. Il s’agit d’une tempête parfaite entre trois bulles jumelles : immobilier, actions, Asie. Ce sera dévastateur. J’en suis d’autant plus triste que c’était évitable.

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.205) 16 août 2007 13:21
    Forest Ent

    Mme Merkel n’avait pas été du tout soutenue par la France, quand elle avait parlé des hedge funds. Ce qui fait qu’elle vient de réagir très froidement à la déclaration d’aujourd’hui de Sarkozy sur la nécessité de surveiller les marchés financiers : "M Sarkozy semble rejoindre le débat". Il n’y a pas de raison que je n’en profite pas pour me foutre un peu, comme elle, de la gueule de Pinocchio, dont l’immense renommée internationale n’est connue que de TF1.

  • Par aurelien (xxx.xxx.xxx.8) 16 août 2007 12:31

    La complexification des outils boursiers à des fins uniquement spéculatives est un bel exemple de l’immoralité et de l’absurdité de ce système.

    Un niveau de complexité est obligatoire pour permettre une gestion la plus adéquat possible des actifs, cependant les objectifs de spéculation à court terme sont devenue LA Monnaie Courante des marchés boursiers.

    L’assistannat de ces marchés par les banques fédérales et les banques centrales montre à quel point l’économie n’est plu sune science mais une idéologie globale sans fondement autre que les siens propres, et dont les acteurs ne cessent de soutenir sous peine d’effondrement gloablisé.

    Cela n’a rien à voir avec du libéralisme... C’est un système boursouflé, incohérent, qui n’a de logique qu’en sa propre subsistance, dont les efforts de maintenance n’ont absolument rien de "naturel" pour reprendre un de vos termes.

    Il n’y a rien de plus artificiel, de plus dirigé et de plus assisté que le marché "unique fragmenté" des actifs financiers, au niveau mondial.

  • Par Alpo47 (xxx.xxx.xxx.151) 16 août 2007 12:59
    Alpo47

    @Forest Ent. D’accord avec vous, il ne s’agit pas d’une petite correction du marché, mais du début d’un effondrement total. Demain sera plus difficile qu’aujourd’hui.

    @ l’auteur. Vous faites une belle analyse des errements du marché spéculatif immobilier, omettant cependant certains aspects qui sont inhérents à cet aspect du capitalisme/spéculation/mondialisation. Or, le "chateau de cartes", totalement spéculatif,donc artificiel, est en train de s’écrouler. Complètement.

    @lerma. Vous êtes toujours aussi affligeant dans vos commentaires.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox