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Accueil du site > Actualités > Economie > Qu’est devenue chez nous la jeunesse du Monde ?

Qu’est devenue chez nous la jeunesse du Monde ?

L’histoire a fait que « l’économie-monde » (Fernand Braudel) est aujourd’hui celle des États-Unis. C’est un fait que nous ne pouvons changer par des incantations, avec lequel nous devons composer. Que le futur soit autre est un espoir raisonnable - mais à nous d’agir pour qu’il le soit. Agir, c’est utiliser les outils de la puissance, qui sont surtout économiques dans un monde plus « apaisé » par les armes de destruction massives.

En effet, malgré les larmoiements des écrans de télé, malgré les "massacres", le terrorisme et les crimes, le monde est aujourd’hui plus sûr qu’hier. Cela aussi est une donnée de l’histoire. L’autre guerre "mondiale" paraît impossible, tant l’atome comme la biologie permettent de créer des armes suicidaires pour l’ensemble de la planète. Nous vivons - pour le futur prévisible - dans une ère de conflits et de fanatismes locaux. Le monde est plus calme, donc les techniques de production l’emportent sur les dépenses de survie.

Le "capitalisme" est l’allocation efficace des ressources en capital pour produire, régulée par les États à température "de mijotage", comme on le dit en cuisine pour rendre les plats savoureux. La société la mieux faite pour utiliser l’outil "capitalisme" est la société américaine, parce que la plus flexible et la plus réactive à tout ce qui survient. Cela tient à des normes culturelles plutôt anglosaxonnes (austérité protestante, individualisme familial, sentiment d’une destinée manifeste) et à une sociologie particulière de "pays neuf". Compte-tenu de leur taille, les États-Unis seront supplantés par la Chine dans une génération, ou deux peut-être, comme ils ont supplanté la Grande-Bretagne après la saignée de la première guerre mondiale et la Grande Dépression des années 1930.

Quant à l’Europe, elle est à la traîne, pour une génération au moins (le futur plus lointain reste invisible aux prévisionnistes). Pourquoi ? En premier lieu, en raison de son histoire, faite de conflits surmontés, ayant abouti à des équilibres précaires, que l’on répugne à changer. La construction européenne, préparée par l’histoire, qui a montré que nul pays ne pouvait acquérir la prééminence sur les autres, unit les pays dans un monde devenant global, parce que ce qui rapproche est plus fort que ce qui éloigne des autres ; mais cette construction est en panne, parce que l’extension indéfinie fait peur, et que l’identité de l’Union reste à construire. En second lieu, en raison de son anthropologie, très diverse, conduisant au conservatisme des équilibres péniblement atteints. Enfin, en raison de sa sociologie de pays vieillissants, désireux de ne pas remettre en cause les acquis, même au prix du bien-être des générations futures. Nous utilisons le "capitalisme" parce qu’il est devenu l’outil économique incontournable depuis l’échec des modèles alternatifs (plans autoritaires, tentatives d’autogestion, économie dite "mixte" qui n’était qu’un voile jeté sur les "zacquis" politiques au prix d’une inefficacité économique grave, voir la caricature SNCM). Mais nous utilisons cet outil comme une poule qui a trouvé un couteau. D’expérience personnelle, il y a trente ans à peine à Science Po, les étudiants ne connaissaient des marchés financiers QUE "le Budget de l’État" et "la Banque de France" (avec des majuscules s’il vous plaît). Quant à l’économie, l’étudiant était sommé d’étudier et de connaître "le 5e Plan". Tout était sensé être prévu, contrôlé, technocratisé (sinon étatisé). Comment ne pas comprendre que nos dirigeants d’aujourd’hui, d’âge canonique, soient impuissants à seulement concevoir ce qui se passe en Bourse, ou les déterminants de l’emploi ? Certains ont fait un effort, mais ils sont loin de constituer la majorité.

Le monde entier (hormis les franges archaïques des diverses "religions" qui ne sont que des paravents de pouvoir - communisme coréen ou cubain, wahhabisme saoudien, clans africains, junte birmane...) ne rêve que d’essor économique et de développement "capitaliste". Ce rêve comporte sa dose d’individualisme (sociologiquement issu de la modernité), son enthousiasme de sociétés jeunes pour entreprendre et bâtir, sa soif de consommer pour vivre mieux et donner à ses enfants un meilleur avenir, son espérance de participer d’un peu plus près aux destinées de son propre pays (démocratie - voir son succès en Palestine, en Afghanistan et en Irak). L’Europe, seule, rêve de "conserver" : sa richesse, sa quiétude, son mode de vie assisté.

Ne serions-nous pas en face d’une classique opposition de générations ? Les sociétés démographiquement jeunes sont dynamiques, expansionnistes, enthousiastes, inflationnistes ; les sociétés âgées sont conservatrices, protectionnistes, pessimistes, déflationnistes. Les économies des sociétés jeunes empruntent et créent des entreprises, elles consomment des biens d’équipement et travaillent à tout prix. Les économies des sociétés âgées privilégient la rente au risque, protègent les avantages, consomment des services et des loisirs, et ont une conception malthusienne du travail (donc de l’emploi). Il y a, sans doute, de la vérité dans cette analyse, mais elle n’est pas suffisante, l’exemple du Japon le prouve. Société vieillissante, plus que la société européenne, le Japon trouve une dynamique bien plus forte en termes économiques. Car sont en cause non seulement la démographie (base de toute société), mais aussi l’anthropologie et l’histoire. Ce qui prouve, une fois de plus, que l’économie n’est pas une science simple, ni simpliste, au point de la "modéliser" avec quelque succès. Elle reste une science "humaine", qui doit faire appel aux diverses disciplines qui étudient "l’humain".

Le malaise dans la civilisation européenne ne tient donc pas au "capitalisme" qui n’est qu’outil, mais plutôt au "désir", à son manque. Comme si, contrairement aux États-Unis ou au Japon, nous étions "fatigués" de créer, donc de vivre. La frénésie des années vingt (après la boucherie de 14-18) a masqué le profond "vide" de la société, qui s’est manifesté dans les années trente par le repli sur soi, la montée des conservatismes les plus archaïques, des mythes les plus délirants, le recours à l’État (ou à l’homme providentiel), à qui l’on déléguait la toute-puissance. L’Europe, la France, se sentent de même en "préretraite" - est-ce irréversible ?


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4 réactions à cet article    


  • colza (---.---.110.248) 2 novembre 2005 12:15

    Et si les français (sans majuscule, puisqu’elle a l’air de vous gêner) ayant une longue histoire derrière eux, avaient simplement envie d’autre chose, ni communisme, ni capitalisme.

    Simplement d’une vie faite d’échange, de solidarité, de respect de l’autre et de l’environnement.

    Je suis très pessimiste sur le devenir de la société capitaliste, qui ne vit que sur la consommation et le gaspillage de biens non revouvelables.

    Peut-être serait-il bon de se souvenir de la fable de l’homme au cerveau d’or.


    • Argoul Argoul 2 novembre 2005 12:36

      La non-majuscule est une erreur d’écriture, pas une prise de position philosophique, pourquoi cette agressivité ? Sur le fond, que les Français créent, je ne demande que ça. Mais regardez les intellos : c’est le silence radio. Sauf Finkielkraut qui réfléchit sur la modernité et quelques autres (Marcel Gauchet, Jacques Attali). Plus de projet politique, que de « vagues aspirations » à un âge d’or (révolu) ou à une utopie « mondiale » - donc on peut attendre. Que proposez-vous concrètement ?


      • colza (---.---.114.106) 2 novembre 2005 15:29

        Excusez-moi, je ne voulais pas paraître agressif, juste une mise en boite sur les majuscules à Budget de l’Etat et autres. Ceci dit, j’apprécie généralement vos contributions, même si je ne suis pas toujours d’accord.


        • moussa (---.---.192.245) 9 novembre 2005 20:52

          les usa,le japon et la chine sont des pays dynamiques par à rapport à l’europe car ce sont des pays qui veulent aller de l’avant car ils osent prendre des risques en ce qui concerne pour leur developpement alors qu’en europe dès qu’on parle d’un changement c’est la panique generale et en plus c’est une societé vieillissante:prenez l’exemple des usa,ils essaient de recruter toute personne susceptible de placer une pierre à leur edifice de developpement quelque soit sa nationalité !donc à vous de voir !!

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