Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Economie > Quand le marketing joue avec les mots

Quand le marketing joue avec les mots

 Dans un contexte de recherche d’équilibre des comptes de la Sécurité sociale, les pouvoirs publics modifient largement les habitudes des Français en termes de remboursement de soins. La question qui se pose alors  est : « Avez-vous une bonne mutuelle ? »

Cette nouvelle gestion du risque santé s’accompagne d’une prise en charge individuelle de plus en plus importante. Si la majorité des entreprises accordent une couverture complémentaire santé à leurs salariés, il est de plus en plus courant de voir des entreprises qui considèrent que c’est à leurs employés de prendre en charge individuellement ce poste.

Ignoré il y a encore quelques années, le sujet a pris un telle ampleur que certains analystes utilisent de plus en plus le terme « d’outil de paix sociale » lorsqu’ils évoquent la qualité de la couverture complémentaire santé proposée par certaines entreprises à leur salariés. Mais pour les autres ?

De plus en plus internautes, les Français font des recherches pour trouver les offres des sociétés d’assurances et sociétés mutuelles.

Peu imaginatifs ou ayant intégré le mot «  mutuelle » comme un vocable générique, ils plébiscitent ce mot dans leurs recherches de complémentaire santé.

Le résultat est le suivant : 95 % des annonceurs (liens commerciaux) sont des comparateurs (vrais ou faux), des sociétés d’assurances (non mutualistes) et des courtiers et agents généraux de compagnies d’assurances. Moins présentes dans le domaine du marketing du Web, quelques mutuelles toutefois sont présentes.

Mais au fait, le terme mutuelle est-il un générique comme « frigidaire » ou « formica » ?

Contrairement aux deux mots qui sont des marques commerciales dont le nom a fini par devenir un générique, le mot "mutuelle" n’est pas déposé. En revanche, les mutuelles sont toutes régies par un code spécifique : le Code de la mutualité.

Les mutuelles fonctionnent grâce à la solidarité et l’entraide de tous. Dans une mutuelle, le risque maladie est mutualisé et les coûts répartis de manière solidaire : chacun paie selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.

Les mutuelles ne peuvent réaliser aucun bénéfice, contrairement aux sociétés d’assurances, qui sont des sociétés de capitaux à but commercial.

Les mutuelles se caractérisent également par leur mode de fonctionnement démocratique : elles n’ont pas d’actionnaires à rémunérer et leurs représentants sont élus par des adhérents selon la base du fonctionnement démocratique : "Une personne, une voix".

Les garanties sont définies par l’assemblée générale des adhérents. Pour adhérer à une mutuelle, il n’y a pas de questionnaire de santé. Dès l’adhésion, votre garantie est viagère, c’est-à-dire sans limite de durée, quel que soit votre âge. L’accès à une mutuelle du Code de la mutualité ne vous sera donc jamais refusé pour des raisons de santé. Source : La Mutualité française

Sans pour cela faire le procès des sociétés d’assurances ni mettre en doute leur probité, il est étonnant de constater le recours à l’utilisation du vocable « mutuelle » pour attirer l’internaute.

Chacun doit pouvoir choisir selon ses propres critères à savoir : performances, proximité, qualité de la couverture et de services. « L’astuce » marketing qui consiste à utiliser des mots inscrits dans les esprits est-elle vraiment loyale ?

N’oublions pas que sur le principe, souscrire une complémentaire santé auprès d’une mutuelle, c’est devenir mutualiste. Le philosophe Alain Filkenkraut donne une très pertinente définition de celui-ci : “Le but d’une mutuelle est moins le profit que la solidarité. Que la rentabilité soit au service de la solidarité, c’est là une exception heureuse dans un système économique où l’inverse est la règle. Mais elle ne durera qu’aussi longtemps que les sociétaires y veilleront : à eux de voir s’ils veulent continuer à être autre chose, et plus que des clients et des actionnaires”

Internet est sans conteste le média qui se substituera à tous les autres pour faire des recherches dans le domaine commercial. Doit-on demander plus de rigueur aux régies des moteurs de recherche, afin de garantir la qualité de l’information des consommateurs ?

L’exemple que nous ont donné un certain nombre de candidats à la présidentielle, en achetant le droit d’utilisation temporaire de noms de partis et candidats adverses auprès de moteurs de recherche, ne laisse malheureusement pas augurer une réflexion en profondeur sur le sujet.

Ils ne reste plus à espérer que de consommateurs passifs, les Français deviennent «  consommacteurs », et rectifient eux-mêmes les excès ou impostures.


Moyenne des avis sur cet article :  4.59/5   (29 votes)




Réagissez à l'article

3 réactions à cet article    


  • gem (---.---.117.250) 27 septembre 2006 13:02

    bon rappel de principe.

    Seul reproche : vous propagez une image de la mutualité qui n’est pas conforme à la réalité. Il ne faut pas prendre la « mutualité française » pour autre chose que ce qu’elle est : un organe de propagande qui n’hésite pas à repeindre le décor.

    « chacun paie selon ses moyens et reçoit selon ses besoins », c’est du rève communisme, pas une réalité mutualiste. Une mutuelle encaisse et paye ce qui est prévu au contrat, point barre. C’est au sociétaire de savoir si c’est dans ses moyens et si ça correspond à ses besoins. (l’important c’est qu’une mutuelle ne produit pas de « clauses en tout petits caractères » et préfère payer plutôt que faire chier le client).

    Démocratie ? oui, formellement, et globalement oui dans l’esprit ... mais en pratique, les conseils d’administration se cooptent, avec des « listes présentées par le conseil » rarement désavouées par les assemblées générales. J’imagine (et j’approuve !) le tollé si le gouvernement faisait pareil pour les députés ! La différence c’est qu’il y a d’autres mutuelles, donc de la coucurrence, donc un frein aux abus

    Pas de bénéfice ? Ca, c’est l’idée géniale ! En fait, tous les actionnaires de la Terre se fiche du bénéfice de leurs entreprise, ce qu’ils veulent, c’est remplir leur portefeuille. Le bénéfice, c’est un artifice comptable et fiscal pour leur en piquer une part, et toutes les entreprises de la terre déploient des trésors d’imagination juridique pour réduire leur bénéfice au minimum. Et là, les mutuelle ont obtenu un privilège génial : pouvoir verser directement tout le profit aux actionnaires, sous forme de ristourne sur le prix de la prestation, sans passer par la case « bénéfice » et donc la case « impôt sur les société ». On voit l’avantage sur une société commerciale, surtout lorsqu’il s’agit de manipuler quantités d’argent ! Présenter ça comme une contrainte qu’on s’impose par « solidarité » (sic) et gentillesse, c’est un chef d’oeuvre de communication qu’on peut applaudir. Vraiment génial.

    un heureux mutualiste

    (note : C’est « Alain Finkielkraut » et non (sic) « Filkenkraut »)


    • JC BENARD (---.---.92.11) 27 septembre 2006 13:43

      Gem,

      « Il ne faut pas prendre la »mutualité française« pour autre chose que ce qu’elle est : un organe de propagande »

      La mutualité française fédère la quasi totalité des mutuelles et la traiter d’organisme de propagande est excessif. Qu’ils communiquent pour l’ensemble des adhérents s’apelle de la publicité. Ou bien alors faut-il selon vous dire : publicité = propagande ? Ceci est autre débat.

      Visiblement sur le reste, je vous conseille de relire le code de la mutualité qui est applicable à TOUTES les mutuelles.

      Ceci dit, l’article est destiné à montrer le « far west » qui règne sur le Web et que nos politiques ne prennent pas à sa juste mesure. Pourquoi être exigeant avec un commerçant qui tient boutique et si laxiste avec le NET ?

      P.S Merci d’avoir corrigé la faute sur le nom de la’uateur d’une des citations


    • gem (---.---.117.250) 27 septembre 2006 14:19

      La mutualité française prêche la bonne parole « gratis pro deo », son action relève de la foi ou de la politique. Ca me semble donc plutot de la propagande que de la publicité. Mais va pour publicité si vous préférez, avec ce que ça implique de contradictoire (publicité = commercial, beurk ).

      Pour le reste, je crois que c’est vous qui avez besoin de lire le code de la mutualité. « démocratie » est un mot absent du chapitre « principes mutualistes » ! significatif, non ? « solidarité » est un mot présent dans le chapitre « objet des mutuelle, mais seulement à titre de moyen »afin contribuer au développement culturel, moral, intellectuel et physique de leurs membres et à l’amélioration de leurs conditions de vie " : Faut pas prendre un moyen (parmi d’autres !) pour un but en soi !

      De même vous chercherez en vains « moyens » ou « besoins » dans la section qui traite des adhésions : « Les statuts définissent les règles de participation des membres au fonctionnement de la mutuelle ou de l’union. » : on ne saurait être plus clair dans la liberté la plus complete !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès