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Quand le modèle asiatique contredit le consensus de Washington

C’est un article passionnant de The Economist sur le livre de Joe Studwell « Comment l’Asie fonctionne : réussite et échec dans la région la plus dynamique du monde » qui l’affirme : le modèle de développement économique des pays asiatiques contredit la plupart des préceptes néolibéraux.

Le secret du développement économique asiatique
 
Joe Studwell s’oppose fermement aux dix politiques économiques que John Williamson, un économiste britannique avait rassemblées en 1989 avec le concours du FMI, de la Banque Mondiale et de quelques pays d’Amérique Latine pour former le « consensus de Washington  », résumé par le tryptique « stabiliser, privatiser, libéraliser  ». Après de longues études et de nombreux écrits sur la région, cet économiste, qui a travaillé pour The Economist, propose une recette bien différente : « réforme agraire ; industrie qui exporte et est soutenue par l’Etat et une répression financière ».
 
L’hebdomadaire néolibéral ne donne son satisfecit qu’au premier point, même s’il explique les trois. La réforme agraire consiste à expulser les grands propriétaires terriens pour partager les terrains en petites fermes, avec le soutien financier et méthodologique de l’Etat. Le faible niveau de productivité donne du travail à la population, comme cela s’est passé dans les années 1950 à Taiwan et en Corée du Sud. Puis, l’Etat couve les industries naissantes, en les protégeant de la concurrence extérieure, mais en les poussant à exporter pour repérer les meilleurs et les perdants.
 
Pour Joe Studwell, le dernier ingrédient du succès est un système financier modeste et peu développé, où les épargnants, parqués par les contrôles de capitaux, fournissent une épargne à bon marché pour les banques qui l’utilisent pour financer les entreprises industrielles. Pour l’auteur, cette recette n’est pas nouvelle et remonte même au Japon de l’empereur Meji, à la fin du 19ème siècle. Malgré le désaccord avec son analyse, The Economist reconnaît que le livre est « frappant et éclairant » et regorge d’anecdotes qui démontrent la grande connaissance de la région par l’auteur.
 

Les dangers de l’anarchie commerciale et financière

Encore une fois, il faut sans doute faire attention aux mots que nous employons. En effet, quand on parle de libéralisation des échanges commerciaux ou de la finance, le terme « libéralisation  » a une connotation postiive qui donne un préjugé favorable. C’est pour cela qu’il vaut sans doute mieux employer le terme « anarchie  » qui capture mieux les problèmes que posent que la circulation anarchique des biens et la déréglementation financière. Car finalement, le modèle de développement asiatique tourne complètement le dos à ces deux piliers de l’idéologie néolibérale.
 
En effet, même si le Japon, la Corée du Sud et la Chine ont construit leur modèle de développement en exportant, ils l’ont fait de manière protectionniste, à savoir que s’ils ont obtenu de pouvoir exporter comme ils le souhaitent presque partout ailleurs, en revanche, ces trois pays modèles du développement économique en Asie, conservent des pratiques extrêmement protectionnistes, à mille lieues de la réciprocité que les pays qui se sont ouverts à leurs exportations auraient pu demander. Un exemple tout simple : plus de 95% des voitures vendus dans ces pays sont fabriquées localement.
 
L’agriculture japonaise est encore largement protégée car le pays ne serait sans doute pas compétitif du fait du niveau de ses salaires, quitte à ce que le prix du riz soit plus élevé qu’ailleurs. La protection de l’industrie et de l’agriculture locales est un pilier fondamental de leur modèle de développement. En revanche, il faut noter que la libéralisation financière a provoqué une énorme bulle au Japon dont l’explosion, il y a 20 ans, pèse encore sur l’économie, que la Corée du Sud a été emportée par la crise financière de la fin des années 1990 et que la spéculation se déchaîne aujourd’hui en Chine.
 

Ce qu’il y a d’intéressant avec le modèle de développement économique de l’Asie, c’est qu’hormis pour des cités Etat trop petites pour que leur modèle soit généralisable, c’est qu’il contredit l’idéologique dominante de l’anarchie commerciale et financière. Combien de temps nous faudra-t-il pour nous en rendre compte ?

 


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4 réactions à cet article    


  • Hervé Hum Hervé Hum 22 juillet 2013 17:45

    il me semble que vous confondez « anarchie » avec « chaos ».

    En effet, l’anarchie se fonde sur la responsabilité individuelle pour former la responsabilité collective et non sur le hasard des rapports de forces humains d’où on espère qu’il surgira la responsabilité collective, qui est le principe du chaos.

    Or, le libéralisme économique est basé sur lze laisser faire, le hasard et non la responsabilité où chacun doit assumer ses actes. Donc, c’est de chaos qu’il s’agit et non d’anarchie. CQFD


    • Mycroft 22 juillet 2013 17:53

      Plutôt qu’Anarchique, qui implique simplement l’inexistence d’une hiérarchie dans le monde la fiance (alors que cette hiérarchie existe en partie, les dirigeants de gros groupes bancaires sont de facto les plus puissant et dominent le marché), il faudrait employer le simple terme d’anti-démocratique.

      Car c’est exactement ce qui se passe dans le monde de la finance : il n’échape pas à tout contrôle mais à tout contrôle démocratique


      • non667 23 juillet 2013 14:41

        En effet, même si le Japon, la Corée du Sud et la Chine ont construit leur modèle de développement en exportant, ils l’ont fait de manière protectionniste,

        les barrières du coeur ( nationalisme ,chauvinisme ) sont les plus efficaces
        ou est passé le bon temps ou les ouvriers de chez renault ne pouvait se garer sur le parking de leur usine s’ils n’avaient pas une renault (pneus crevés ) (itou pour les autres marques ) sans compter le sabotage des autres marques dans les rues  !


        • lechoux 24 juillet 2013 14:57

          Vous présentez le néolibéralisme comme une référence, ce qui est un non sens.

          Qu’il soit omniprésent, qu’il soit enseigné, qu’il soit promu par d’imbéciles zélotes convaincus n’en fait pas une référence économique.

          On se souviendra de la période néolibérale comme du moyen âge économique, d’une période pendant laquelle les plus acculturés en économie ont dominé le monde.

          Cela renvoie à la responsabilité des peuples, à leur ignorance et à leur lâcheté.

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