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Quel avenir pour la banque d’affaires de l’État ?

L’APE dit aussi Etat actionnaire, que pensez-vous de son parcours depuis 2003 ? Que penser de cette agence, un minimum de 57 agents continuant à contribuer à favoriser la richesse des entreprises publiques de l’Etat ou d’autres entreprises dont l’Etat détient quelques participations ? Bruno Bezard, depuis toujours, numéro 2 de l’agence, a contribué à sa grandeur. Bruno Bézard, major de sa promotion à l’ENA, a vite oublié sa condition de jeune élite diplômée pour favoriser les intérêts de l’Etat. Si monsieur Breton pouvait comprendre la grandeur des hommes, il aurait sans doute compris la grandeur de Bruno Bézard.

Thierry Breton tarde à nommer le directeur général de l’Agence des participations de l’État (APE), chargée de valoriser au mieux le patrimoine public. Avec la fin des grandes privatisations, et les échéances électorales, les marchés s’interrogent sur l’avenir de l’APE. Entre le suivi des participations de l’État et l’amélioration de la gouvernance dans les entreprises publiques, les gardiens du temple de l’État actionnaire ne manquent pourtant pas de missions.

Faut-il y voir un lien avec la fin des grandes privatisations ? Denis Samuel-Lajeunesse, le capitaine de l’Agence des participations de l’État (APE), a quitté le navire depuis près de trois mois, et n’a toujours pas été remplacé. Pourtant, la nomination d’un directeur général à la tête de cette émanation du Trésor chargée de veiller aux " intérêts patrimoniaux " de l’État actionnaire n’a rien de très complexe en soi. Surtout quand la tâche incombe à Thierry Breton, ministre de l’Économie et des Finances, et que ce dernier a été informé du départ de son collaborateur dès le printemps. Conçue pour être un vrai garant des intérêts publics, l’APE est certes née sous d’étranges augures. En 2003, à sa création, elle avait essuyé les quolibets de la presse anglosaxonne sur sa dénomination : en anglais " ape " signifie " singe "... Mais, depuis, ce bras armé de l’État actionnaire a montré beaucoup de zèle dans l’exécution de ses missions.

Depuis trois ans, l’agence a mené, tambour battant, cessions de titres et privatisations  : ouverture du capital de la Snecma suivie de la fusion avec la Sagem, cession des sociétés concessionnaires d’autoroutes françaises, vente de la majorité du capital de la SNCM, introduction en Bourse des mastodontes EDF ou GDF, d’ADP, cession de la part publique dans Alstom à Bouygues...

Un numéro deux au caractère trop trempé

Bilan des courses : plus de 35 milliards d’euros sont rentrés dans les caisses de l’État entre 2003 et 2006, contre 27,4 milliards durant la période 1997-2002, qui a précédé sa création. " Laisser cette agence sans tête serait extrêmement dommageable à sa réputation. Les entreprises publiques ont besoin d’avoir comme interlocuteur un actionnaire incarné, avec du répondant. Thales a récemment vu un conseil d’administration se dérouler sans représentant de l’État ", s’alarme un banquier conquis par l’APE.

Cette situation de vacance est d’autant plus étonnante que l’Agence des participations de l’État a un numéro deux très actif, en la personne de Bruno Bézard, grand commis de l’État et ancien chef du service des participations à la direction du Trésor. Chaudement recommandé par son ex-supérieur hiérarchique, il dispose, a priori, de la légitimité requise pour le poste. Pour Thierry Breton, cela semble moins évident. Le ministre cherche la perle rare, qui aurait fait carrière à la fois dans le public et dans le privé. Pour certains, ces tergiversations s’expliquent surtout par le fait que Bruno Bézard a travaillé comme conseiller technique au cabinet de Jospin. Il a été de surcroît administrateur de France Télécom quand Thierry Breton en était président. Et, " son caractère bien trempé ne serait pas du goût de tout le monde ", commente un observateur au fait des arcanes de Bercy.

Faute de nomination, les milieux financiers spéculent. Certains parient sur Sylvain de Forges, directeur depuis trois ans des opérations financières de Veolia Environnement. Mais, selon nos informations, ce dernier n’a jamais été candidat. D’autres évoquent Ross McInnes, cinquante-trois ans, ancien directeur financier de Thales et membre du conseil de surveillance de la Générale de Santé qui ferait ouvertement campagne. Dernier nom à circuler, celui de Jean Chodron de Courcel, directeur financier de Schneider de 1991 à 1995, ancien directeur adjoint du cabinet d’Alain Juppé à Matignon et cousin de Bernadette Chirac. Mais il s’est vu infliger un blâme par le Conseil des marchés financiers et une amende de 61 000 euros au titre de ses fonctions de président du Crédit agricole Indosuez Chevreux (CAIC). Il a donc peu de chances d’être nommé.

Pour l’APE, cette période est charnière. " Les grandes cessions appartiennent désormais au passé. L’APE est biodégradable car, par nature, elle scie la branche sur laquelle elle est assise ", reconnaît un haut fonctionnaire de Bercy. Avec les échéances électorales qui approchent, ce passage à vide, en termes d’opérations financières, coïncide avec une fuite des cerveaux. Des gens du privé dont les contrats ne sont pas renouvelés quittent leurs postes, tandis que d’autres, issus du public, évoluent dans l’administration ou démarrent une nouvelle carrière dans la banque. Depuis le début de l’année, les bureaux se vident et certains postes restent vacants. " En même temps, trois ans, c’est un délai normal pour occuper ce type de poste ", dit-on en interne. Depuis janvier, l’APE est par ailleurs soumise à un contrôle de la Cour des comptes. Ce contrôle n’a en soi rien d’anormal pour une entité du ministère qui n’a pas été auditée depuis sa création, mais il vient perturber son fonctionnement : l’agence a déjà dû fournir plus de 1600 notes au gendarme des finances publiques.

Un concept novateur

Alors, l’APE a-t-elle encore un avenir ? Pour les marchés financiers, le rôle de l’agence se résume aux privatisations, qu’elles aient été des francs succès comme la mise en Bourse d’ADP ou plus laborieuses comme l’ouverture du capital d’EDF. " L’APE a bien d’autres missions que de vendre ses participations ", commente un banquier d’affaires. En mars 2003, dans l’esprit de son créateur Francis Mer, alors ministre de l’Économie et des Finances, l’agence devait surtout incarner le rôle actionnarial de l’État. Un concept novateur qui rompait avec les modes de gestion du secteur public très centralisés au sein de la direction générale du Trésor. À l’époque, les esprits avaient été choqués par les pertes colossales de France Télécom et par les investissements hasardeux d’EDF en Italie. À Bercy, chacun a en mémoire le fameux fax du champion national électrique envoyé au Trésor un vendredi soir à 23 heures, qui plus est à un mauvais numéro, pour demander à l’État actionnaire de se prononcer in petto sur sa prise de participation dans Edison. Sous la pression des parlementaires et à la suite du rapport Barbier de la Serre, l’État a donc décidé d’en finir avec de telles pratiques.

Mandatés pour créer l’APE, Denis Samuel-Lajeunesse et Bruno Bézard se sont inspirés des holdings privées, de leurs méthodes en termes de management et de relations avec les entreprises. D’abord, la nouvelle entité a doublé les effectifs de l’ancien service des participations du Trésor en recrutant quarante-cinq cadres sur soixante fonctionnaires. Fait nouveau, elle a embauché, à côté des commis de l’État, des salariés du privé issus de la banque d’affaires, des fonds d’investissement et des cabinets d’avocats afin de " marier le meilleur des cultures du public et du privé ". Ensuite, elle s’est dotée de trois pôles métier (juridique, financier et comptable) pour internaliser des compétences, et s’est organisée en trois sous-directions pour couvrir un périmètre de compétence de soixante-dix sociétés et/ou établissements à participation publique.

L’APE a aussi mis en place une charte des relations entre l’État et les entreprises publiques. Parmi ses préoccupations : faire en sorte que les décisions importantes soient désormais réellement débattues en conseil d’administration. Au cours des trois dernières années, ce travail a payé. Dans l’ensemble, les conseils d’administration ne sont plus considérés comme de simples chambres d’enregistrement. Au sein des sociétés publiques, on a vu des comités d’audit, de stratégie et de rémunération se multiplier. " Bruno Bézard a fait exister l’APE auprès des entreprises publiques. Il a parfois été considéré comme un casse-pied par leurs dirigeants qui voient d’un mauvais oeil ce rôle renforcé de l’État actionnaire. Mais il a fait ce qu’il avait à faire avec courage ", explique un haut fonctionnaire de Bercy.

Mais certaines entreprises publiques, notamment EDF et GDF, résistent encore à ce qu’elles considèrent comme l’envahisseur. Les tensions ponctuelles avec des patrons affichant des velléités d’indépendance fortes ne sont pas rares. Et l’agence peine parfois à s’imposer auprès des grands patrons d’entreprises publiques qui ont été nommés en Conseil des ministres par le président de la République. Et regardent de haut ces administrateurs fonctionnaires. Récemment, Jean-François Cirelli, président de GDF, n’aurait pas hésité à transmettre au Trésor une version édulcorée de la lettre de griefs de la Commission européenne concernant la fusion du gazier avec Suez. Et en 2004, Rémi Chardon, président d’APRR, sillonnait tout Paris pour monter son propre consortium de reprise... L’APE a dû lui rappeler le principe de neutralité. " L’APE passe également beaucoup de temps à accompagner le développement des entreprises (comme cela a été le cas pour la Banque postale), à instruire les projets d’investissements, à les accepter ou à les refuser. Elle veille aussi à l’amélioration des aspects financiers" , indique un banquier. Entre 2004 et 2005, la rentabilité des entreprises qui ont l’État dans leur capital a progressé de 74 %, pour s’établir à 8,3 % du chiffre d’affaires.

Suspendue à la présidentielle

Au bout du compte, le périmètre de l’APE, qui comprend 52 sociétés, pourrait s’accroître. Un décret du 3 février 2006 a élargi la liste des entités suivies par l’APE après la cession de la participation résiduelle de l’État dans Bull. Il a inclus dans son périmètre le LFB (Laboratoire français du fractionnement des biotechnologies), la direction des Monnaies et Médailles. Et l’APE pourrait se voir confier d’autres missions.

Chacun y va de son idée : la cession du parc immobilier de l’État, la réforme des systèmes de santé ou des retraites à la RATP ou à la SNCF, la gestion du PMU. " L’APE fonctionne aujourd’hui car elle est dirigée de facto par Bruno Bézard, mais il ne faudrait pas attendre l’élection présidentielle pour nommer un directeur général, sinon elle risque de s’essouffler ", note un membre du cabinet de Thierry Breton. Une situation de faiblesse que certains sont tentés d’exploiter. Dans son projet pour la France, le PS propose de créer " à partir de la Caisse des dépôts et consignations un pôle financier public afin de renforcer le rôle de l’État dans la détermination de la stratégie des entreprises ". Ce qui reviendrait à une annexion pure et simple de l’APE par la CDC. La proposition ne manque pas d’étonner à Bercy. Après tout, la Caisse des dépôts et consignations est une institution qui gère d’importants portefeuilles d’actions mais dont la vocation est de gérer l’épargne et les retraites des Français, et non d’incarner l’État actionnaire. Une mission qui va comme un gant aux zélés fonctionnaires de l’APE.

Plus de grosses cessions à l’ordre du jour.
À qui le tour ? Le ministre de l’Économie, Thierry Breton, a annoncé hier, sans plus de précisions, que le gouvernement tablait sur " cinq à dix milliards de recettes de cessions d’actifs non stratégiques en 2007 ". Après la mise en Bourse d’Aéroports de Paris, le portefeuille des participations de l’État demeure de fait bien garni : il dépasse 134 milliards d’euros pour les sociétés cotées, sans oublier les non cotées comme Areva ou Giat. Mais avec la campagne électorale, les privatisations s’annoncent difficiles dans un avenir proche, comme le montre le couac de la fusion Suez-GDF. Le PDG d’Areva, Anne Lauvergeon, milite toujours pour la mise sur le marché de son groupe. Mais le gouvernement a réaffirmé qu’il n’était pas question d’ouvrir le capital du géant nucléaire. Quant à EDF, la récente ouverture de son capital au printemps 2004 a réduit la part de l’État à 87,33 %. Il y a encore de la marge par rapport au seuil minimum des 70 % fixés par la loi. Mais plus encore que GDF, le dossier de l’électricien risque d’être explosif. Restent les 32,46 % détenus dans France Télécom. À en croire l’APE, ils seraient stratégiques.


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3 réactions à cet article    


  • Arthur S. (---.---.66.240) 4 décembre 2006 17:27

    Article intéressant : l’auteur est-il acteur ou observateur de processus en cours ?


    • Salluste (---.---.152.83) 4 décembre 2006 19:22

      Je me permet deux remarques, l’agence n’est pas une banque d’affaire et je ne trouve pas la comparaison flatteuse. Je dois être suspicieux mais la promotion du numéro deux de l’agence qui semble être le fondement de l’article me semble pour le moins douteux,j’en suis à me demander si il n’y pas un peu d’intox... Quand à présenter la cession de 20% d’EDF comme une opportunité je trouve cela scandaleux, la hausse vertigineuse du cours souligne à quel point le titre a été introduit à une valeur discounté.

      Bien à vous Salluste


      • (---.---.200.56) 4 décembre 2006 20:28

        De nous donner tout son pognon... au moins,on sera en profiter..

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Zekri


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