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Quel rôle pour la BPI ?

Le positionnement de la BPI est délicat : soit elle concurrence et affaiblit les banques privées sur le segment des bons clients, soit elle risque l'argent du contribuable sur la cause perdue des mauvais clients. La nature politique de sa gouvernance ne rassure pas sur ce point. Pourquoi ne pas utiliser cette banque pour développer la titrisation en France, et offrir ainsi des solutions de financement en dehors du système bancaire ?

La création de la BPI relève de la volonté gouvernementale de venir en aide aux entreprises en panne de financements. A peine lancée toutefois, cette banque est confrontée à une réalité économique incontournable, la récession et son cortège de faillites. On s’approche déjà des chiffres records de 6000 faillites mensuelles d’il y a quelques années.

Face à cette situation, les banques de crédit "classiques" prévoient d'ores et déjà des pertes. Pour des raisons bien compréhensibles, elles deviennent plus sélectives en ce qui concerne les nouveaux clients. Elles espèrent compenser ainsi en partie les pertes sur les crédits en cours par les revenus issus des "bons" crédits.

La BPI n'a pas de portefeuille de crédits en cours et n'aura donc pas à supporter les pertes éventuelles liées à des crédits déjà distribués. Mais on peut craindre que les pressions politiques locales la conduisent à financer des entreprises en situation difficile. Pour préserver l'équilibre de ses comptes, et donc l'argent du contribuable, la banque publique cherchera elle aussi les "bons" clients.

Ce qui se dessine par conséquent est une concurrence féroce sur ce segment d'emprunteurs et une fragilisation accrue des banques privées. Dans ce scénario inquiétant, la BPI va enregistrer des pertes et simultanément priver les banques classiques des moyens de diminuer les leurs.

On peut penser que la direction de la BPI fera alors son possible pour garder son autonomie de gestion et limiter les engagements douteux. Le partage des risques avec d'autres établissements prêteurs, via des schémas de garanties ou de co-financements est par ailleurs évoqué.

Il faut noter que la tendance des banques à réduire le volume des nouveaux crédits n’est pas seulement liée à l’anticipation d’une conjoncture dégradée. Elle résulte du strict respect des règles prudentielles, et notamment du multiple à ne pas dépasser entre crédits et fonds propres. Les pertes évoquées plus haut réduisent les fonds propres et donc, mécaniquement, la capacité à prêter. L’application prochaine des accords de Bâle III, plus restrictifs encore en matière prudentielle, va conduire à un trou béant dans l’enveloppe des crédits nécessaires à notre économie. On ne voit pas comment, à elle seule, la BPI pourrait le combler.

Le moment parait donc venu de chercher en dehors du système bancaire la solution aux immenses besoins de crédit des entreprises. Cette solution pourrait être le financement des crédits par le marché. La revue Banque et Stratégie le proposait déjà au début de 2012, rappelant que les mécanismes de la titrisation existent dans notre pays.

La qualité de la régulation bancaire en France devrait constituer un rempart suffisant contre toute dérive. Pour rassurer complètement les investisseurs, on pourrait imaginer l’implication de la BPI dans le dispositif, en lui confiant par exemple un rôle pivot dans l'animation du marché secondaire des crédits titrisés. Mais le plus difficile serait sans doute de conjurer le terrible souvenir de la titrisation des crédits immobiliers aux Etats-Unis.

Alain Lemasson - Auteur de « Crédit et Stratégie Commerciale » paru en 2011


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4 réactions à cet article    


  • Rensk Rensk 8 mars 2013 23:52

    On enregistre tous les ans, environ 4’000 faillites de sociétés et 20’000 radiations au registre du commerce, ce qui souligne l’importance de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et faillite (LP) dans la transformation que subit le monde de l’entreprise.

    Le Secrétariat d’Etat à l’économie (seco) a, par conséquent, soumis la LP à un test PME. Les auteurs ont eu, dans ce cadre, des entretiens avec onze (anciennes) entreprises, mais également avec deux services de consultants pour PME, la division crédit d’une grande banque, une société de « leasing » et un représentant d’un office cantonal des poursuites et faillites.

    Il semble, à première vue, paradoxal d’étudier l’attrait que la poursuite pour dettes et faillite peut représenter pour l’esprit entrepreneurial, alors que précisément l’ouverture d’une telle procédure signifie la « fin » de l’entreprise. La réglementation contenue dans la LP a, cependant, une influence décisive sur la possibilité de fonder, après une faillite, une nouvelle entreprise ou de réussir à assainir une entreprise qui s’enfoncerait dans des difficultés financières.
    ---------
    En 2010, le nombre record des faillites de sociétés ou de personnes se montait à plus de 11’970 cas avec une hausse par rapport aux faillites en Suisse de 2009 de près de 9,9%. La hausse des faillites de sociétés en Suisse pendant cette période a été d’un peu moins de 20% pour se stabiliser à 6’255 cas. Tous ses chiffres ceux ci-dessous, proviennent d’un institut de recouvrement ; Créditreform.
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    L’année 2011 a marqué un record historique du nombre de créations d’entreprises en Suisse. Durant cette période, 39’665 nouvelles firmes ont été inscrites au registre du commerce, un chiffre en hausse de 5%

    Il s’agit de trouver les faits... les S.A. (70’000.-) sont plus cher a crée que les Sarl (20’000.-) et donc ceux qui se risque sont souvent les plus pauvres... des « fin de droits au chômage »...


    • Rensk Rensk 9 mars 2013 00:02

      Encore un truc... Bâle III n’est, semble-t-il, pas admis dans l’UE (alors qu’ils étaient présent et ont voté pour...)

      Nous... les gauchistes de la droite... avons dépassée les demandes de Bâle III en imposant du 19% de fonds propre aux banques... Et selon vos cris concernant mon pays... c’est ce dernier qui aura, avant 2020 ,un vrai fond crédible en rapport aux 8% que vous ne voulez accepter...

      PS : Bàle II n’a jamais été accepté par les USA... a méditer... vu leurs revendications d’aujourd’hui face a nous européens...


      • spartacus spartacus 9 mars 2013 09:12

        La BPI est la suite logique de ANVAR OSEO.

        Un montage de dossier OSEO relève du coup de chance.

        Vous n’êtes jamais dans la « bonne case ». Trop ou pas assez de CA, Trop ou pas assez de bénéfices. En fonction de A qui doit être supérieur à B et inférieur à C à la condition que D et E soit conforme à la directive F.

        Vous montez le dossier, le temps d’attendre la réponse le projet est terminé, et vous êtes sur autre chose.

        Moralité, une majorité de PME ne franchit même plus la porte. Se sont toujours les copains des copains qui bénéficient ou les « informés ». C’est le cas aujourd’hui, ce sera le cas demain.

        Le mieux serait de faire participer les individus au financement des entreprises par le développement de structures de prêts direct.

        Aux USA, il existe prosper.com qui prête en direct. Quelque essais en France équivalent, mais on sent des limites et la faiblesse de soutien. On pourrait envisager dans quelques décennies le prêt direct comme principal soutien aux PME.

        • paul 9 mars 2013 11:29

          L’auteur qui semble être un grand défenseur des pauvres banques menacées par la concurrence de la BPI ( ! ), ne devrait pas s’inquiéter .
          Tout d’abord cette BPI , qui ne possède même pas de licence bancaire ( elle ne peut pas se refinancer auprès de la BCE ) manque considérablement de moyens : 42 Md au lieu des 200 qui seraient au minimum nécessaires . Pour info l’équivalent allemand, la banque KFW ,dispose d’un capital dix fois supérieur : 437 Md d’euros .

          Ensuite pas d’inquiétude avec son président Jouyet qui a déjà annoncé que la BPI n’a pas vocation à sauver « les canards boiteux » .
          Les PME sont aujourd’hui condamnées à l’asphyxie par manque de crédits et comme on ne prête qu’aux riches, seule une action publique d’envergure pourrait les sauver . Ce qui est lié, évidemment, à une véritable politique industrielle, pour la relance d’activités . Ce n’est pas le chemin de ce gouvernement . Donc simple promesse de campagne réalisée pour la forme .

          La « prudence » actuelle des banques résulterait du respect des règles prudentielles : c’est une plaisenterie, puisque elles ne sont toujours pas effectivement appliquées et parce que un minable ratio de 8,5 % n’empêche aucune des dérives connues depuis 2008 . Et ce n’est pas la réformette bancaire qui changera quoique ce soit , les dirigeants des banques françaises ont dit leur satisfaction après les négociations avec Moscovicci , l’ex-lieutenant ( et son élève à l’ENA) de DSK .

          Enfin proposer la titrisation « pour offrir des solutions de financement en dehors du système bancaire » relève, au mieux , d’une grave désinformation après le naufrage financier récent .

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