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Quelle éthique dans la réglementation du prix de sucre au Burundi ?

Loin de favoriser l’accès au sucre des personnes les plus démunies, loin de protéger les emplois, la réglementation du prix de sucre, denrée stratégique, sert à enrichir les milieux proches du pouvoir.

Si, au Burundi, la politique constitue un des enjeux les plus importants de la stabilité de ce pays, il existe aussi un élement qui influe de plus en plus sur la stabilité de ce petit pays de Grands Lacs : le sucre.

En dehors du carburant,le sucre est l’un des produits que le gouvernement considère comme stratégique et capable d’influencer la politique économique nationale.

Le sucre est consommé par presque toute la population burundaise. On le trouve dans les tasses de thé que les ménages consomment quotidiennement, on le trouve aussi dans la production des limonades et de la bière.

Le sucre est produit par la Société sucrière du Moso, société publique dont l’Etat burundais détient 100% des parts. Pour permettre à tous les ménages d’avoir accès à ce produit, le gouvermnement avait decidé de réglementer le commerce de ce produit, de la production jusqu’à la commercialisation.

La production annuelle du sucre correspond à quinze millions de dollars américains de chiffre d’’affaires. Ce montant apparaît comme dérisoire sous d’autres cieux, notamment dans un pays comme la RD Congo, où le chiffre d’affaires dégagé par le trafic de minerais est de dix ou vingt fois supérieur.

Mais au Burundi, il n’existe pas de minérai, et le sucre fait partie des produits qui dégagent un chiffre d’affaire important.

En effet, les procédures de distribution de ce produit sont restées les mêmes d’un gouvernement à l’autre : quand le sucre quitte l’usine, il est acheminé par des camions appartenant à l’’Etat jusqu’aux points de distribution, les zones et communes réparties dans tout le pays. Le prix au gros est indiqué par l’Etat à travers les ondes de la radio et télévision nationale.

Au niveau des zones, ce sont les chefs des cellules des partis qui sont chargés de prélever les noms des grossistes et semi-grossistes, bénéficiaires du produit.

Le kilo de sucre au détail coûtait 750 Fbu, soit 0,8 dollar US, ce qui permettait au citoyen le plus démuni de s’en procurer. La production de plus de 15 000 tonnes suffisait à couvrir les besoins du pays, mais, comble de malheur, ce produit était et reste toujours introuvable sur le marché. Pour s’en procurer, il fallait soit corrompre les personnes chargées de confectionner des listes pour la distribution, soit être militant du parti ou proche du pouvoir.

Malgré les contrôles réguliers effectués au niveau des frontières voisines pour répérer les contrebandiers, le sucre traversait la frontière pour être écoulé en RD Congo et au Rwanda, où la demande de sucre est non seulemnt élevée mais aussi négociée en devises.

Le prix du sucre au détail au Rwanda avoisinait 5 dollars par kilo, de même qu’en RD Congo, où l’usine de sucre n’est toujours pas fonctionnelle dans la partie Est du pays ; le prix du sucre est négocié comme de l’or.

Finalement, tout le sucre produit au Burundi traversait les deux frontières pour être vendu en devises américaines, et le consommateur burundais se trouvait privé du produit qui constituait son gagne pain et sa raison d’être. Aussi, la plupart des détaillants, notamment les propriétaires de petites boutiques, tiraient-ils la majeure partie de leurs revenus de la vente du sucre.

Comme la demande du sucre était plus élevée dans les pays voisins et négociée en dollars, le gouvernement fermait les yeux sur la contrebande effectuée par les proches du pouvoir.

La remise en ordre dans le commerce du sucre a été un des enjeux électoraux de l’actuel pouvoir qui avait promis, pendant sa campagne électorale, d’assainir ce secteur et de freiner la sortie frauduleuse du sucre vers les pays voisins. Mais c’était oublier que l’argent n’a pas d’odeur. Ce sucre, à présent, se fait de plus en plus rare sur le marché burundais, alors que la production nationale est suffisante. Et puis, les systèmes de distribution de ce produit n’ont pas changé ; si l’ancien gouvernement octroyait le monopole de distribution aux zones et communes, l’actuel pouvoir accorde ce monopole aux militants du parti, qui continuent à écouler frauduleusement ce produit dans les pays voisins.

Dans un pays où le pouvoir n’accorde pas assez d’avantages financiers, moins que dans les pays voisins, les dirigeants préfèrent avoir un oeil sur ce secteur pourvoyeur de devises et source d’enrichissement facile.

Il n’est pas normal que ce secteur ne soit pas libéralisé, puisque non seulement cela créerait une abondance sur le marché, du fait que le sucre importé de la Zambie et du Malawi coûte deux fois moins cher que le sucre produit sur place, mais aussi parce que ce commerce permettrait aux détaillants et semi-grossistes d’écouler très facilement le produit dans tout le pays et à un prix inférieur à 400 Fbu par kilo, soit 0,35 dollar américain.

Mais le pouvoir en place n’est pas prêt à libéraliser ce secteur ô combien lucratif, en raison des personnes qui gravitent autour de lui.

L’exercice du pouvoir est ô combien éphémère et incertain dans ce pays, où il est très facile et simple de le perdre. Les dirigeants ont tendance à dire qu’il vaut mieux préparer son avenir et celui de ses enfants, pour ne pas se retrouver un jour sur le carreau, une fois éjecté du pouvoir.

Source : Kilosho Barthélemy Covalence Genève


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2 réactions à cet article    


  • (---.---.109.175) 15 septembre 2006 12:10

    Depuis quand les prix des produits sont censés permettre un accès facile à tous et non enrichir les producteurs ? Bienvenue chez l’homme. smiley


    • La Taverne des Poètes 16 septembre 2006 00:47

      N’allez pas croire, cher auteur, que si nous ne commentons pas, ce serait parce que nous serions à casser du sucre sur votre dos. Non ! C’est que le sujet est pointu et très circonstancié.
      Cette affaire me fait rappeler le film de Jacques Rouffio (1978 : Le sucre) avec Piccoli, Carmet et Depardieu qui montrait comment en créant délibérément la pénurie on agit sur la raréfaction de l’offre par rapport à la demande pour faire de la spéculation et faire monter les prix et donc les trafics.

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