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Quelle part de cinéma dans le psychodrame grec ? l’euro ne baisse pas sérieusement

L'hypothèse d'une sortie de la Grèce de la zone euro n'est plus un sujet tabou. Et, si le tabou est levé pour un pays, il l'est pour les autres aussi.

J'ai repensé à Marine Le Pen et à sa proposition de sortie négociée et ordonnée de l'euro. C'était le bon sens même, mais paradoxalement, cela a fait peur. Les électeurs n'ont pas voulu de son programme (pour le moment), et maintenant, ce qui pourrait se produire est pire, à savoir une sortie de l'euro dans le désordre.

Pour autant, il ne faut pas négliger la part de comédie dans ce psychodrame : l'euro est, nous dit-on, menacé d'éclatement sauvage, et pourtant il se porte comme un charme sur les marchés financiers.

Cherchez l'erreur ...

L'hypothèse d'une sortie de la Grèce de la zone euro est désormais envisagée à voix haute par certains, comme le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble pour qui 'la zone euro peut supporter une sortie de la Grèce'.

Signe que cette position est partagée par l'opinion publique dans son pays, l'influent hebdomadaire allemand 'Der Spiegel' titre en une 'Adieu l'Acropole !' et explique 'pourquoi la Grèce doit aujourd'hui quitter l'euro' (source).

L'agence d'évaluation financière Fitch analyse les conséquences possibles d'une telle sortie de l'euro pour les entreprises grecques (source).

En France, Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, affirme qu'un "scénario extrème" en Grèce ne menacerait pas les banques françaises. Jean-Pierre Jouyet, président de l'autorité des marchés financiers (AMF) parle de la sortie de la Grèce comme d'une hypothèse qui ne peut être écartée (source).

Donc, ça va turbuler.

Espérant qu'à quelque chose malheur soit bon (ce que j'appelle "malheur", ce n'est pas l'éclatement de l'euro, c'est son éclatement désordonné), je me suis dit : "L'euro a dû bien baisser face au dollar, c'est bon pour nos exportations".

Je me suis donc rendue avec quelque gourmandise sur l'onglet ad hoc de Boursorama, et, là, grosse déception : le 14 mai au soir, l'euro n'avait perdu qu'un petit 0,55 % face au dollar, et continuait quand même de valoir plus d'1,28 dollar. Sur l'année, il avait même fait une pique jusqu'à 1,45 dollar. Bref, quels que soient les soubresauts, il ne cesse de battre le dollar, pour notre plus grand malheur. Voir le tableau correspondant en document joint.

Cela finit par devenir suspect, ce catastrophisme généralisé de nos zélites sur le sort de l'euro, contredit en permanence par son cours sur les marchés financiers.

Est-ce qu'ils y croient, à cette nécessité de "sauver l'euro", ou est-ce que ça les arrange de le dire en danger pour faire avancer d'autres agendas, comme par exemple la généralisation de la rigueur, ou l'abandon par les Etats-membres d'encore plus de souveraineté ?

Un qui ne se laisse pas démonter par tout ce cirque, c'est l'économiste Jacques Sapir, spécialiste des économistes en transition (d'origine russe, il s'est interessé à l'éclatement de l'URSS et en particulier aux changements de monnaie qu'il a entraîné). Marine Le Pen lui a repris beaucoup d'idées.

Voici une vidéo dans laquelle il parle de la très éventuelle sortie de l'Espagne et de la Grèce :

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=EXmMYzlBVvs

Jacques Sapir commence par faire observer que l'Union européenne ne possède pas les instruments juridiques pour exclure un de ses membres de l'euro. Donc, quoi que fasse la Grèce, il est impossible de s'en débarrasser sans qu'elle le veuille, même si ...

Et là, Jacques Sapir, avec beaucoup de malice, développe ce que pourrait faire la Grèce (mais le raisonnement pourrait valoir pour d'autres pays) pour se défendre monétairement sans que l'Union Européenne y puisse rien. Si, nous dit-il, les Grecs décidaient de réquisitionner leur banque centrale et de lui ordonner de prêter à l'Etat à quasi-zéro %, il n'y aurait aucun moyen juridique de s'y opposer.

A bon entendeur ...

Cela dit, Jacques Sapir est aussi capable de proposition pacifiques et raisonnables pour sortir de l'euro sans casse.

J'avais résumé ces propositions pour Agoravox (article ; le plan in extenso).




par Catherine Segurane mardi 15 mai 2012 - 20 réactions
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  • Par Le Yeti (---.---.---.118) 15 mai 2012 12:17
    Le Yeti

    Et le 128 de Lisbonne.


    Pour ce qui est de la France, la question est vraiment très intéressante ...
    Primo, selon notre constitution (supra-légale) le peuple est la plus haute autorité de l’état donc le « non » exprimé par référendum rend illégal et caduque le « oui » signé par je ne sais plus qui... Ha oui ! Sarko. 
    Secundo, quand bien même les Français auraient répondu « oui », il aurait alors fallu modifier au préalable notre constitution afin d’y retirer la clause de souveraineté de la France ...

    On peut dès lors s’interroger d’autant plus sur la légitimité de l’union Européenne que dans bon nombre de ses pays membres, des articles similaires existent (notamment sur la souveraineté des états ...).

    Je ne sais pas de quoi 2012 sera l’année mais ce pourrait bien être du Rock’n Roll !
  • Par Loatse (---.---.---.42) 15 mai 2012 13:17
    Loatse

    tout à fait, yeti, à quoi bon faire un referendum si c’est pour ne pas tenir compte de la volonté du peuple... illégal sans doute, ca l’est...

    on parle de DOL, de dénoncer ces traités, voire de faire banqueroute... Des solutions existent certainement mais comment faire lorsque les fonds privés qui sont injectés dans des états en quasi faillite proviennent aussi des épargnes, assurances vies, fonds de retraites d’une bonne partie de nos populations qui ne sont pas aisées pour autant et auront certainement besoin de cette épargne pour vivre décemment leur vieillesse au train ou vont les choses.. certains retomberont toujours sur leurs pattes ; les plus priviégiés, ceux qui se trouve au sommet de la « pyramide » (sans jeu de mots, quoique.... ?)

    cela semble inextricable de prime abord... quoique, si elles se poursuivent, ces mesures d’austérité finiront par obliger certains états comme la grèce à faire défaut.. si s’en suivent l’espagne, le portugal, l’italie qui sont mal en point, on ne se posera plus la question..

    sans doute une question de temps...

  • Par Le Yeti (---.---.---.118) 15 mai 2012 16:37
    Le Yeti

    " L’idée de Marine le Pen d’une sortie « sortie négociée et ordonnée de l’euro » était une connerie. "


    C’est vrai, après tout, est-ce qu’on négocie avec un bébé pour qu’il sorte ? Non.
    N’empêche qu’avec ou sans obstétricien, il finit toujours sortir ...
  • Par Le Yeti (---.---.---.118) 15 mai 2012 11:11
    Le Yeti

    L’Euro se porte peut-être comme un charme (C’est le mot, un charme, un sort, un artifice ...) mais essayez donc de vendre un Eurobond à un chinois ...


    Quant à l’impact de l’explosion de la Grèce sur la France, c’est vrai qu’il ne faut rien exagérer, nous ne possédons que 60% de sa dette. Ce n’est pas comme si nous devions l’assumer à 100%. Quoi qu’avec les CDS ... Mais bon, si la Grêce coule, que risque-t-on avec un Noyer au gouvernail ?

    Et pour finir, avec tous les plans sociaux actuels (dont l’unité de mesure est le millier), les bénéfices et les actions des grandes sociétés devraient encore être bons en 2012.

    « All in all you’re justa 
    another brick in the wall-street. »

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