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Accueil du site > Actualités > Economie > Qui veut la peau d’Alcatel Lucent ?

Qui veut la peau d’Alcatel Lucent ?

Alcatel Lucent (Alu), entreprise franco-américaine d'équipements de téléphonie, dirigée par Ben Verwaayen, semble actuellement au centre de manoeuvres assez obscures, se traduisant par un dénigrement démesuré, et des attaques sur le cours de bourse menées sans relâche depuis mi-février par des hedge-funds en vente à découvert. On en arrive à s'interroger sur le but poursuivi avec un tel acharnement, d'autant plus que les attaquants semblent disposer de moyens illimités. Ne serait-ce que pour apprendre d'où viennent ces actions dont ils inondent le marché, une enquête ne serait pas superflue. Un site en anglais dénonce une possible opération de "stock killing".

Autres types d'attaques, avec ou sans rapport : le gestionnaire de fortune Sanford Bernstein suggère un démantèlement complet du groupe, cependant que des rumeurs en Asie prêtent à Samsung un intérêt pour l'entreprise, mais surtout pas dans son ensemble.

Il n'y a pas de raison de penser qu'une telle destruction complète soit recherchée par la direction, qui jusqu'ici n'a vendu que des activités périphériques, mais on est en droit d'attendre de celle-ci qu'elle se bouge un peu pour contre-attaquer.

L'avenir d'Alu vu par Sanford Bernstein

Viva la muerte ! Alu serait encore plus beau mort que vivant, s'il faut en croire cette analyse de Sanford Bernstein répercutée début décembre par les sites boursiers. Je cite :

"D'après l'intermédiaire, l'équipementier devrait se pencher sur le scénario d'un démantèlement. Constatant que le modèle du 'tout en un' à l'origine de la fusion en 2006 s'est soldé par un échec, l'analyste estime qu'Alcatel-Lucent devrait céder ses activités sans fil ('wireless') pour les intégrer dans un ensemble plus grand et se séparer de ses branches optique et télécommunications fixes.

Il ajoute que la division de services devrait parvenir sans peine à attirer des acquéreurs, et ce à un bon prix, tandis que l'activité IP - qu'il considère comme le 'joyau de la couronne' - peut aussi bien poursuivre ses activités en tant qu'entité indépendante que faire l'objet d'un rachat.

Au total, un démantèlement pourrait rapporter, d'après ses calculs, quelque 20 milliards de dollars, créant incontestablement de la valeur pour les actionnaires"

 

Le démantèlement préconisé est donc complet : Alu est invitée à se débarasser de ses activités tant dans le fixe que dans le mobile, sans oublier les services. Que reste-t-il d'un équipementier téléphonique une fois tout ceci enlevé ?

Il resterait le joyau de la couronne, l'activité IP (Internet Protocol, l'informatique qui est derrière les transmissions) ... laquelle pourrait d'ailleurs être rachetée.

En mars, Sanford Bernstein réitère ses conseils de démantèlement.

 

Les rumeurs asiatiques

Le site Telecom Lead a publié un article signé Michael Sopper et intitulé LTE deployments power Samsung Telecom revenue growth. L'article parle de Samsung, mais aussi d'Alcatel-Lucent, car il mentionne une "spéculation rampante" sur des intentions prêtées à Samsung d'acquérir un équipementier européen ("With major infrastructure players NSN and Alcatel-Lucent struggling to grow revenue and make a profit, speculation is rampant that Samsung will acquire one of the European vendors"). Spéculations que l'auteur de l'article juge peu crédibles, du moins s'agissant de l'acquisition d'une entreprise dans son ensemble ; en revanche, Samsung se serait dit interessé par des appliucations portant sur la santé ou l'énergie ("This is an unlikely scenario, as Samsung has stated that while it is open to acquiring, purchases would come in the fields of healthcare and energy"). Et peu désireux de reprendre des salariés européens ("The company would prefer to grow its Telecommunication Systems business organically and not manage the integration of thousands of European-based employees into its ranks.").

 

Les attaques sur le cours de bourse

Le 10 février 2012, Alcatel Lucent présente d'excellents résultats annuels 2011.

L'action monte en flèche pendant quelques jours, mais, très vite, elle fait un pas en avant un pas (ou deux) en arrière.

Le 26 avril 2012, l'entreprise présente ses comptes relatifs au premier trimestre de l'année, dont la médiocrité s'explique jusqu'à un certain point par le caractère tous les ans saisonnier des affaires engrangées.

Là, plus d'hésitations : l'action chute de près de 20 % en une seule journée, et continue de chuter ensuite.

La chute est mystérieuse. Les comptes du premier trimestre sont médiocres sans être catastrophiques, et d'ailleurs, la chute a commencé avant leur présentation. Les volumes sont gigantesques, possiblement supérieurs au flottant, si bien qu'on se demande d'où sortent les actions vendues. Beaucoup correspondent à des ventes à découvert de hedge funds anglo-saxons, comme on l'apprend après coup lors de la déclaration obligatoire à l'Autorité des marchés financiers.

Un site internet appelé Alcatel-shareholder.org, tenu par un actionnaire allemand, s'est interessé à tous ces mystères dans plusieurs article.

Le premier de ces articles est intitulé What's going on with Alcatel Lucent ? Il est daté du 23 avril 2012, donc antérieur au 26 avril, date de présentation des comptes du premier trimestre, dont la médiocrité aurait pu expliquer une certaine baisse du cours, mais dans certaines limites seulement et en tous cas après dévoilement des comptes et non avant.

Donc, avant même la présentation des comptes du premier trimestre, l'auteur de l'article remarque l'acharnement et les moyens des "vadeurs" (vendeurs à découvert), qui semblent disposer d'autant d'actions qu'ils veulent. L'auteur écrit :

"In Paris 1,66 billion shares have been traded and New York added another 1,245 billion. So in just 10 weeks a staggering 2,906 billion Alcatel shares have been traded.

The numbers are especially impressive if compared to share capital of about 2,25 billion and freefloat of about 1,62 billion, since it means that 50 consecutive days on average 3,6% of free float was traded (or if you will : dumped) for a grand total of 180% (!) of freefloat."

In french : pendant la période, 2, 906 milliards d'actions ont été échangées, alors que le capital d'Alu est divisé en 2, 25 milliards d'actions environ, dont à peu près 1, 62 milliard pour le flottant. C'est donc 180 % du flottant qui aurait été échangé.

Certes, dans ce genre de trading à très court terme, la même action est échangée plusieurs fois, mais quand même ...

L'auteur s'étonne aussi de voir à quel point les "vadeurs" sont surs d'eux, poursuivant leur attaque sans relâche alors même que l'action a beaucoup baissé. Nous préciserons ici que, bien entendu, moins la "vade" part de haut, plus elle est risquée (car le sol est plus proche ... mais dans l'affaire qui nous occupe, les attaquants semblent affranchis de cette loi de la nature).

L'auteur émet deux hypothèses :

La première est qu'il y ait eu une fuite d'informations négatives en provenance des services d'Alu.

La seconde hypothèse serait qu'on soit en face d'un cas de "stock killing" ("assassinat" d'action) intentionnel dans le but de s'approprier l'entreprise pour pas cher.

Il pense qu'on est peut-être dans une situation de "naked short selling" (vente à découvert "nue"), et nous explique ce que c'est :

"The unprecedented numbers of sold shares de facto could have its origin in (illegal) stock printing.. just for the purpose of dumping down pps further and further. Theoretically share printing or naked stock selling can drive pps down to any targeted level. An obvious final goal for such a scheme could be a dirt cheap takeover."

En français : la vente à découvert "nue" s'apparente à la fabrication d'actions et peut en théorie faire tomber le prix des actions jusqu'où l'on veut. Ensuite, il n'y a plus qu'à ramasser la proie pour pas cher. Les gains potentiels sont quasi illimités, d'autant plus qu'il n'y a pas que les actions mais aussi les dérivés :


"Over a final takeover bid all dumped shares can comfortably be recollected and the potential gains from such a scheme are hard to imagine.
One must bear in mind that in such a process also big value in long options, turbos, sprinters will be brought back to zero and on the other side derivatives on the short side can safely be driven to big value."

 

Alcatel Lucent, nous dit l'auteur, présente toute les caractéristiques de la proie rêvée :

- un flottant important 

- une action peu valorisée

- des raisons de penser que l'entreprise est en progrès tant du point de vue opérationnel que financier.


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4 réactions à cet article    


  • Al West 2 mai 2012 11:32

    Très intéressant, merci !
    Je suis ignare à ce propos, n’y a-t-il aucune règle qui empêche ce genre d’opérations frauduleuses ???


    • vivabolivar 2 mai 2012 14:40

      Merci pour ce rappel

      je n’ai pas grand chose à rajouter
      Le démantèle ment n’est pas d’aujourd’hui et a commencé fin des années 90 par le rapprochement de’Alcatel et Lucent (ce qui était autrefois ATT ) 
      On s’étonne de la désindustrialisation d e la France
      Qui s’est étonné à l’époque de la fin d’Alcatel , un des fleurons de l’industrie française
      En France tout le monde prétend vouloir parler d’économie mais personne ne s’intéresse aux vrais sujets

      • mbdx33 mbdx33 2 mai 2012 15:34

        @vivabolivar

         je suis bien d’accord avec vous


        • Montagnais Montagnais 2 mai 2012 15:45
          Alcatel-Lucent gagne deux contrats en Chine pour 1,3 milliard d’euros

          Que sont devenus ces contrats en cours ?

          Le monde des capitalistes est un jeu de monstres qui s’entre-dévorent..

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