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Accueil du site > Actualités > Economie > RD Congo : l’or, toujours au cœur des conflits

RD Congo : l’or, toujours au cœur des conflits

La carte des conflits en RD Congo reproduit largement celle de l’or, du diamant et de l’uranium qui lui sont liés. Un pays qui réunit ces trois sources de richesse ou (au choix) de malédiction. Les conflits considérés comme un mode d’exploitation économique avec des soutiens logistiques et financiers fournis indirectement par les multinationales d’or aux groupes armés, à travers des circuits difficilement identifiables ; le choix pouvant changer du jour au lendemain, en échange d’un « pied-à-terre minier », hors de toute réglementation et à l’abri de tout regard extérieur.

Par Kilosho Barthélémy

Covalence Genève

« L’attrait de l’or fut au cœur de très nombreuses atrocités commises contre les droits humains dans la région du Nord-Est de la République Démocratique du Congo (RDC) », avait déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié en 2005. Des seigneurs de la guerre locaux et des compagnies internationales comptaient parmi les bénéficiaires de l’accès aux régions riches en or alors que les gens sur place étaient soumis à des massacres ethniques, des actes de torture et des viols.

 

Ce rapport de 159 pages, intitulé Le Fléau de l’or, apporta des informations sur la façon dont des groupes armés locaux qui s’affrontaient pour le contrôle des mines d’or et des voies commerciales, ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en utilisant les profits tirés de l’or pour financer leurs activités et acheter des armes. Un rapport détaillé sur la façon dont une entreprise minière de premier plan, le conglomérat minier international anglo-americain, avait développé des liens avec des groupes armés pour l’aider à accéder au site minier riche en or situé en Ituri, au nord est du pays. Le chemin emprunté par l’or souillé pour se rendre du Congo en Ouganda voisin d’où il était expédié vers les marchés mondiaux de l’or en Europe. Les pressions internationales furent dirigées contre des compagnies comme l’entreprise suisse Metalor Technologies, acheteur d’or en provenance de l’Ouganda, pour suspendre ses achats.

 

Plus de 2 ans se sont écoulés et les compagnies occidentales donnent l’impression d’avoir abandonné les achats de l’or entaché du sang. Mais ce n’est pas l’avis du chercheur et ethnologue suisse, Gilles Labarthe, cofondateur de l’agence Datas, qui vient de publier un livre intitulé L’Or africain. Pillages, trafics et commerce international, dans lequel il démontre que la poursuite des conflits en RDC, en particulier dans les provinces du Nord et Sud-Kivu, riches en or, a permis aux grands groupes d’agir en sous-main à travers les intermédiaires, des circuits opaques repartis dans cette région et qui continuent à alimenter les conflits. Selon le chercheur, ces conflits interminables démontrent que les multinationales n’ont jamais cessé d’agir en sous-main pour rentabiliser leurs activités au niveau mondial.

 

Jean Châtain du Quotidien français L’Humanité dans son article paru en novembre 2007, essaie de montrer comment les sociétés occidentales à travers une longue filière dont l’amont est composé des comptoirs d’achat d’or basés à Bukavu, à Goma, à Butembo, à Kigali et à Kampala, avec des ramification à Anvers en Belgique, fournissent de la logistique matérielle et financière aux différents groupes armés, le choix pouvant changer, selon l’auteur de l’article, du jour au lendemain, en échange d’un « pied-à-terre minier ».

 

Depuis 4 ans, un groupe d’experts des Nations-Unies avait adopté un projet d’ensemble de normes relatives aux droits humains et aux affaires, projet connu sous le nom de Normes des Nations-Unies, des normes relatives à la responsabilité des entreprises, mais ces normes n’ont pas encore été largement mises en œuvre par les compagnies, selon Gilles Labarthe. Il propose d’appliquer le principe de traçabilité comme celui qui est en vigueur dans le commerce du diamant pour évaluer la quantité de l’or en provenance du pays et commercialisé par trois majors d’or notamment le Sud-Africain AngloGold, le Canadien Barrick Gold et l’Américain Newmont Mining, présents en Afrique où les réserves de cette matière sont identifiables, où les mouvements syndicaux et les normes environnementales restent inexistants.

Pendant que les conflits perdurent à l’est, l’orpaillage se poursuit. Selon Human Rights Watch et la BBC, des associations locales de Goma et Bukavu, affirment que l’or continue à quitter illégalement le Congo chaque année. Et les pays voisins comme l’Ouganda et le Rwanda n’ayant pratiquement aucune réserve en or qui leur soit propre, une part significative de l’or acheté par les intermédiaires des compagnies internationales a très certainement été extrait au Congo.

Selon l’agence suisse Datas, les concessions aurifères de l’est du Congo, toujours en conflits, étant parmi les plus riches d’Afrique, les compagnies internationales ne peuvent en aucun cas s’en passer tant qu’il n’existe pas les règles internationales pour en déterminer la provenance. Sur une production d’orpaillage estimée à 50 tonnes par an en Afrique, près du tiers, voire la moitié, entre autres issue des zones de conflits congolais, échappe aux caisses de l’État, soit plusieurs milliards de dollars. Le secteur de l’or étant très opaque, les enquêteurs de l’ONU se sont aperçus que les principaux clients de cette filière venaient de Suisse, qui compte cinq entreprises de raffinage parmi les plus cotées au monde. Mais avec les relais politiques dont disposent ces sociétés, les sanctions s’avèrent de plus en plus difficilement applicables.

Les documentalistes belges Yvon Lammens et Colette Braeckman, du quotidien belge Le Soir, avaient réalisé un film sobre démontrant toute la détresse des populations de Kamituga, une région riche en or, située à plus de 180 km de Bukavu (à l’est du Congo) et devenue le théâtre de cette tragédie qu’est l’histoire économique du Congo. Des dizaines, des centaines de personnes, notamment les « artisans », c’est-à-dire les creuseurs soumis aux ponctions des chefs de guerre qui contrôlent le site... les installations pillées, les cartes géologiques volées. La misère, la violence et l’exploitation sont le lot quotidien de ces populations livrées à elles-mêmes avec cet espoir qu’elles gardent de retrouver leur vie d’autrefois.

L’archevêque Maroy, du diocèse de Bukavu, ne cesse de confirmer que la richesse de l’est de la RD Congo constitue toujours une menace importante pour la population dont des dizaines de milliers des personnes, femmes et enfants compris, vivent en dehors de leurs maisons pour fuir la guerre.


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1 réactions à cet article    


  • Crapulox 14 janvier 2008 17:58

    Tolingui Zaïre issanga : moko !

    Tatabo : moko !

    Papabo : moko !

    Ecologo : moko.................................................................. ........

     

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