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Redistribution des cartes dans le monde du jeu et des paris

Dans un message du 2 aôut, je vous faisais part de la bataille qui avait déjà commencé et se durcissait entre les nouvelles sociétés de paris sur Internet et les Etats qui, sous couvert de vouloir protéger l’ouvrier de ce qui était considéré comme un vice, le jeu, s’en était surtout approprié les revenus depuis des décennies. Revenus tout à fait confortables, et méthodes de marketing sophistiquées et tapageuses, pour attirer les joueurs et leur proposer toujours plus de jeux nouveaux.

Main-mise des Etats quasi universelle, aux Etats Unis comme dans les pays européens ou en Chine, et dans tous les compartiments des jeux, casinos, paris hippiques ou jeux de hasard. C’est l’arrivée d’Internet qui a bouleversé ce secteur d’activité, en permettant aux joueurs de faire des paris auprès de sociétés offshore ou implantées dans des pays à la législation sur les jeux libérale.

Les Etats-Unis viennent de rappeler récemment leur monopole sur les jeux en arrêtant à son arrivée à New York le dirigeant d’une société de paris basée à Londres. La France vient de faire de même, en arrêtant aussi deux dirigeants de la société autrichienne Bwin venus à Monaco discuter de leur nouveau sponsoring de l’AS Monaco, mais qui avaient commis l’imprudence de vouloir organiser une conférence de presse à ce sujet à La Turbie, en territoire français.

Bwin, initialement Bet and Win, Parier et Gagner, est un société cotée à la Bourse de Vienne depuis six ans et qui se développe à grande vitesse (une gazelle, donc) dans le domaine des paris sur les matchs de football. Vous avez déjà vu son sigle en Coupe d’Europe sur les maillots des joueurs du Milan AC, de Bordeaux ou de Barcelone. Elle verse aux clubs en contrat de sponsoring avec elle en Europe pas moins de 83 millions d’euros par an, qui leur servent à équilibrer des budgets des plus élevés et à payer des joueurs de plus en plus gourmands.

En France, vous trouverez le nom de Bwin sur les maillots des joueurs de Monaco, d’Auxerre, de Saint Etienne, du Mans et de Bordeaux, alors que vous trouverez celui de Gamebookers sur ceux de Nantes, de 888.com sur ceux de Toulouse, et celui de Sportingbet sur ceux de Lens, de Lorient, de Montpellier, Metz et Nice. C’est dire l’importance des revenus de ce sponsoring dans le football français, qui serait sévèrement touché si ces paris venaient à être interdits.

La nouveauté dans cette bataille, c’est l’intervention de Bruxelles dans le débat qui a déjà épinglé sept Etats membres pour entrave à la libre concurrence. Pour Bruxelles, en effet, les activités de paris sont des activités commerciales comme les autres, et les opérateurs publics dans ce domaine ne doivent pas bénéficier d’avantages indus par rapport à leurs concurrents du privé. Nul doute que dans le cas de Bwin, Bruxelles ne monte en charge pour défendre une société et des ressortissants d’un autre Etat membre.

L’affaire devra se résoudre en définitive sur le plan juridique, français et européen. D’ores et déjà, des plaintes en justice, croisées, ont été déposées par la Française des jeux et le PMU contre les nouveaux opérateurs Internet dont Bwin, et du Syndicat des casinos français contre la Française des jeux. La messe dans ce domaine est d’ailleurs déjà quasiment dite, car la Cour européenne, saisie par les autorités italiennes contre l’agent en Italie d’une société de paris anglaise, Gambelli, a déjà jugé la législation italienne- pas très différente de la législation française- comme contraire à la liberté fondamentale du marché commun, tout en reconnaissant néanmoins le droit des Etats à restreindre l’offre de paris pour des raisons d’intérêt général (la fameuse défense de "l’ouvrier" et de la protection des parieurs contre l’addiction au jeu), mais à condition que ce soit de manière identique pour tous les intervenants sur ce marché.

La bataille sera donc longue, mais du type guerre de retardement, pour que les Etats et les opérateurs publics conservent le plus lontemps possible leur privilège et les revenus qui y sont attachés. L’ issue en est néanmoins déjà quasiment sûre. C’est sans doute ce qui explique les pleines pages de publicité de Bwin dans les journaux français pour soutenir leur cas.

Vous en jugerez vous-même, suivant que vous êtes parieur ou contribuable.


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2 réactions à cet article    


  • (---.---.192.187) 4 octobre 2006 19:30

    Tout le problème vient de la taxation des bénéfices engrangés par ces sociétés (dont certaines se sont pris une sale claque avec la fermeture du marché américain).

    La solution sera surement un outil type TVA pris directement par l’état sur le pari à son dépot... joli pactole en perspective pour le budget de l’état :)


    • Forest Ent Forest Ent 4 octobre 2006 23:40

      Cet article est assez prémonitoire, puisqu’écrit avant l’interdiction US. Je ne vois toutefois pas ce qui empêche un citoyen US de transférer des sous dans un compte en Angleterre pour continuer à jouer. Moralité : l’évasion fiscale ne se pratique selon les règles de bon goût qu’en passant par les Bermudes.

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