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Accueil du site > Actualités > Economie > Redonner à l’Etat son pouvoir de régulation

Redonner à l’Etat son pouvoir de régulation

François Bayrou nous propose de mettre de la transparence dans l’Etat, dans le rôle des médias. La question qui se pose est : comment y parvenir ? Des modes de régulations puissants existent mais sont peu connus qui permettent d’aller vers cette transparence. On les nomme les « safety cases » et ils sont utilisés pour les banques, l’industrie chimique et le monde offshore, notamment par les anglo-saxons... et la Commissiion européenne avec Bâle II et Reach. Alors pourquoi pas en France pour aider à la réforme des comportements des entreprises et de l’Etat ?

Dans les années 80, les Anglaise et les Norvégiens ont mis en oeuvre un nouveau mode de régulation de la gestion des risques pour l’expoitation du pétrole offshore en mer du Nord.

Hier les députés européens ont ratifié le traité Reach sur les substances chimiques.

Depuis le 1er janvier 2007, Bâle 2 est actif pour toutes les banques européennes et plus largement du G10.

Quel lien existe-t-il entre le pétrole offshore, Reach et Bâle 2 ?

Réponse : ils obéissent tous les trois à un nouveau modèle de régulation imposé par le régulateur et à destination des acteurs d’un marché.

Qu’est-ce que cela veut dire  ?

Traditionnellement dans les pays latins, aux USA et dans d’autres pays, lorsque le gendarme d’un marché produit un règlement, les acteurs de ce marché doivent obligatoirement respecter la règle, sous peine de se faire sanctionner.

Quand on dit régulateur, on parle aussi de gendarme d’un marché. Pour les banques, le gendarme est la commission bancaire qui est un service de la Banque de France. Pour la bourse, c’est l’ancienne COB qui est devenue l’AMF (autorité des marchés financiers), qui s’appelle la SEC aux USA.

Exemple :

Quand une entreprise décide d’ouvrir une banque, elle doit respecter un règlement et les conditions qui font que le régulateur va lui accorder le droit d’exercer le métier de banquier. De la même manière que chacun de nous passe son permis de conduire pour avoir le droit de circuler sur les routes...

Depuis des années, les régulateurs édictent des règles qui doivent être appliquées par les acteurs du marché. Depuis des années les régulateurs font évoluer leurs règles parce que soit les acteurs ne les respectent pas ou plus, soit elles ne sont plus adaptées.

Du point de vue du régulateur, une règle sort et doit être appliquée, mais le plus souvent, dés qu’elle est sortie, elle devient preque caduque.

Du point de vue des acteurs, savoir qu’on doit respecter une règle implique que cette règle possède des limites. Chercher les limites de la règle devient donc un sport. Quelle entreprise accepterait de respecter toutes les règles scrupuleusement, acceptant ainsi de payer plus cher que ses concurrents le fait "d’être plus conforme" ?

Chacun sourit déjà et c’est normal.

Mais en 1982, la plate-forme Piper Alpha a flambé dans la mer du Nord, tuant plus de 180 personnes.

Le régulateur anglais de l’époque fit faire une enquête par l’enquêteur indépendant Lord Cullen, et après la lecture des conclusions, celui-ci décida de changer "de mode de régulation". Dans le jargon on appelle cela les "safety cases".


En quoi ce principe était-il différent ?

Quand on regarde sur plusieurs années les actions du régulateur et des acteurs du marché, on se rend compte que chaque fois que le régulateur édicte une nouvelle règle, les acteurs cherchent à la respecter a minima.

On assiste donc à une escalade où plus le régulateur en rajoute, plus l’acteur invente des nouvelles formes de business, des nouveaux produits qui placent systématiquement le régulateur en retard sur les innovations du marché.

Les régulateurs ont tout essayé : faire des règles plus précises, adaptées au plus près de chaque acteur. Mais rien n’y fait. Au bout d’un moment la réglementation devient si complexe que personne, pas même le régulateur, ne peut se souvenir de toutes ses exceptions et cette règle devient inapplicable.


Que faire alors ?

Le principe des Safety Cases est différent car il envisage la position du régulateur de façon à ce que « quels que soient les choix pris par les acteurs, l’intérêt de ces derniers est de respecter la règle ou alors, ils risquent de subir de grosses amendes pouvant aller jusqu’à l’interdiction d’exercer sur cedit marché.

Comment cela marche-t-il ?

Huit étapes sont nécessaires :

1 Monsieur l’acteur, vous êtes un expert de votre marché et parce que vous êtes un expert, vous connaissez les risques que vous prenez et que vous pouvez faire prendre à vos consommateurs, clients, usagers...

2 Parce que vous êtes même le mieux placé pour savoir quels sont les différents risques que vous prenez, vous allez me décrire (par écrit) comment vous pensez qu’il faut les réduire.

3 Mais je vous impose des prérequis (directives) dans lesquelles j’exige que vous vous inscriviez.

4 Une fois que nous nous serons mis d’accord, vous allez mettre en œuvre ce que vous m’avez dit que vous devez faire.

5 Je garde le droit de vous contrôler quand je le désire. Si vous ne respectez pas ce que vous avez dit que vous alliez faire, je vous sanctionne.

6 Si vous développez de nouveaux produits ou de nouveaux services, de nouvelles activités, vous devez continuer à appliquer le principe de gestion de vos risques, que nous avons définis ensemble pour vos activités actuelles.

7 Si vous n’appliquez pas ce que vous avez décrit et que vous devez mettre en œuvre, je vous sanctionne.

8 Les sanctions vont d’amendes à des pénalités très lourdes qui vont influer sur vos bénéfices et enfin jusqu’à une interdiction d’exercer votre activité sur mon territoire.

Comme nous sommes dans une période où les régulateurs ont tendance à avoir une vision globale, qu’ils échangent entre eux des informations dans le monde entier, la transparence devient un outil très fort de coercition contre les contrevenants. Car l’information de non-respect des règles du régulateur devient une arme a détentes multiples :

Quels sont les choix possibles des acteurs du marché dans cette nouvelle forme de régulation ?

  • Refuser de se plier aux exigences = amendes > sanctions > interdiction d’exercer> information connue des marchés financiers qui sanctionnent aussi l’acteur récalcitrant. (Risque de réputation, risque d’image en plus des autres risques sanitaires, financiers...) et avoir à gérer une pression des parties prenantes (consommateurs, « consommacteurs » qui rajoutent au risque d’image ou de réputation qui peut coûter très cher)
  • Ne faire que respecter les règles = stratégie à court terme d’allocation de ressources sur la réduction de leurs risques qui peut les obliger à renouveler ces budgets s’ils n’ont pas été vigilants et proactifs. Car le régulateur dans sa nouvelle position devient titulaire d’informations qui lui permettent de « benchmarker chaque acteur » en exigent de lui un minimum. Aussi, avoir à gérer une pression des parties prenantes (consommateurs, consommacteurs qui rajoutent au risque d’image ou de réputation qui peut coûter très cher (boycott d’une marque !)

Le respect du principe dans un esprit de proactivité devient le choix le plus rentable dans l’analyse coût/bénéfices que font les acteurs qui ont une vision à long terme, car le plus pérenne, le moins coûteux sur du moyen terme, le moins risqué en termes d’amendes, pénalités, informations négatives qui circulent sur les marchés et auprès des consommateurs.

Il n’est plus possible pour l’acteur de vouloir s’inscrire dans « ce qui n’est pas interdit est autorisé » au risque de se faire sanctionner puisqu’il sortira du cadre instauré par le régulateur.

La négociation des industries chimiques dans leur volonté de limiter à 30 000 produits (100 000 initialement) pour les exigences de traçabilité, de documentation vient de ce mode de régulation au sein des accord Reach.

L’exemple de Reach couvre l’ensemble de l’UE. Si un acteur ne respecte pas Reach, il peut se trouver exclu du marché de l’UE, ce qui devient pour lui un risque majeur inacceptable !

Mais pour toutes les banques, Bâle II, qui émane du comité de Bâl, rassemble les régulateurs de toutes les banques centrales du G10 (USA, Canada, Australie, Japon, UE, Suisse,....)

Ce mode de régulation est responsable, car il contraint les entreprises et les acteurs à une proactivité indispensable au maintien de la rentabilité de leurs opérations. Or, quelle est la motivation réelle d’une entreprise ? C’est de gagner de l’argent. Donc toucher à son modèle économique par les risques qu’elle encourt à cause d’une mauvaise appréhension de sa relation avec son régulateur devient alors un risque majeur pour elle, donc une motivation à changer de comportement...

références : http://csidoc.insa-lyon.fr/these/2006/chantelauve/these.pdf


Moyenne des avis sur cet article :  3.86/5   (21 votes)




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16 réactions à cet article    


  • fredm fredm 9 mars 2007 12:45

    Article très intéressant et fondamental.

    Il apparait d’ailleurs que les régulateurs les plus efficaces ne sont pas les Etats mais les acteurs du marché eux-mêmes (ex avec Bale II).

    Il faut encourager ce mode de fonctionnement qui sous-entend bien évidemment que l’on fasse confiance à l’économie de marché...

    Pour l’instant, la majorité des gens semblent privilégier la réglementation telle qu’on la connait en France à la régulation décrite ici.

    Bravo pour votre article.


    • idoric (---.---.239.57) 9 mars 2007 17:14

      J’ai voté négativement sur cet article, non pas que je juge son propos non pertinent, mais parce que je ne suis pas capable de juger de celui-ci, et j’ai tendance à penser que le problème vient du côté brouillon de l’article...

      Je n’ai eu à aucun moment la certitude d’avoir saisi l’aspect fondamental de l’ancienne façon de faire et la nouveauté primordiale de la nouvelle.

      Vous dites qu’on s’adresse aux personnes concernées par le réglement pour voir ce qu’elles en pensent, une idée heureusement aussi vieille que la démocracie ! Ou alors il s’agit de faire pondre le réglement par les acteurs eux-même ? Mais alors ce serait pire, ils proposeraient certainement un réglement au rabais (qui ne gêne pas leur business ni ne leur fait dépenser des sous « inutilement » dans la sécurité), et quand un accident se produirait inévitablement, ils auraient bon dos de dire qu’ils ont scrupuleusement respecté les règles en vigueurs.

      Non, décidément, je n’ai rien compris à cet article.


      • (---.---.152.245) 10 mars 2007 00:58

        Pareil...


      • fredm fredm 10 mars 2007 18:06

        Mais alors ce serait pire, ils proposeraient certainement un réglement au rabais

        Au contraire. Les accords de Bale II, par exemple, sont très stricts et ont eu des conséquences extrêmement couteuses pour les banques qui ont dû mettre en place des moyens accrus pour couvrir tous leurs risques (financiers, opérationnels, mafieux, etc...).

        Le but de ces accords n’est pas de limiter les profits mais de limiter tout risque de catastrophe financière. Si un grand groupe bancaire venait à faire faillite, cela risquerait de provoquer une réaction en chaine sur tout le système bancaire et donc sur les autres groupes.

        Les acteurs d’un même secteur ont tout intérêt à se doter d’une autorité de controle et de régulation parce que cette autorité leur garantit les meilleures conditions de concurrence. Comme la négociation est publique et les accords largement diffusés, il n’y a pas de possibilité d’ententes illicites comme le sous-entend votre propos.

        Il est souhaitable qu’une telle autorité soit suscitée par les acteurs du marché parce qu’elle en sera d’autant plus légitime et donc efficace. C’est souhaitable, ça ne veut pas dire que c’est toujours possible.


      • idoric (---.---.239.57) 10 mars 2007 19:30

        « Il est souhaitable qu’une telle autorité soit suscitée par les acteurs du marché parce qu’elle en sera d’autant plus légitime et donc efficace. »

        Bref, une association à but lucratif mélangée à du syndicat, je suis désolé de poser encore et encore la même question, mais où est la nouveauté ?


      • JL (---.---.73.200) 10 mars 2007 09:59

        règle 3 «  »3 Mais je vous impose des prérequis (directives) dans lesquelles j’exige que vous vous inscriviez.«  » ???

        Pouvez-vous nous en dire plus ?


        • fredm fredm 10 mars 2007 18:23

          Je pense que l’auteur fait allusion aux exigences à long terme de l’Etat.

          Par exemple, on peut très bien imaginer que l’Etat impose à l’autorité de régulation de trouver des solutions compatibles avec le développement durable.

          Bref, l’Etat impose une orientation et une stratégie à long terme que l’autorité est obligée d’intégrer dans sa réflexion.


        • JL (---.---.73.200) 13 mars 2007 08:59

          Ikoff, vous dites : «  »EXEMPLE : un acteur qui choisirait de répondre à la réglementation à minima va payer moins à court terme, mais il pourra prendre le risque de payer 2 fois sur une longue période.«  »

          On ne le dira jamais assez, le diable est dans les détails.

          Suis-je stupide si j’objecte que l’acteur que vous évoquez n’a peut-être pas l’intention de faire long feu dans la profession ?


        • idoric (---.---.239.57) 10 mars 2007 19:27

          > « Bref, l’Etat impose une orientation et une stratégie à long terme que l’autorité est obligée d’intégrer dans sa réflexion. »

          Ou dit autrement, ils font ce qu’ils veulent dans la limite des règles imposées par le législateur, encore une fois, où est la nouveauté ?


          • JL (---.---.73.200) 11 mars 2007 17:32

            «  »« Bref, l’Etat impose une orientation et une stratégie à long terme que l’autorité est obligée d’intégrer dans sa réflexion. »«  »

            C’est du genre blabla cool ? smiley


          • ikoff (---.---.181.108) 12 mars 2007 20:12

            Bonsoir,

            Merci pour tous ces commentaires, voici quelques précisions :

            Ce qui est nouveau c’est que dans un cas (l’ancien modèle) le régulateur cherche à obliger l’acteur du marché à respecter la règle sans se soucier de son comportement et de la manière dont il va y répondre. C’est l’attitude qu’on souvent les députés par exemple dans la régulation de l’utilisation de l’alcool dans les boisson alcolisées du type Prémix. En 2005, le député Le Guen se plaignait de l’impuissance de l’Assemblée Nationale à pondre un texte qui ne soit pas sans cesse détourné...(sur une émission de France 2 sur l’alcoolisme je crois). Car une fois la règle édictée et promulguée, le sport national des acteurs consiste à trouver la parade et les voies « légales » de contournement. Car dans le principe de cette forme de régulation TOUT CE QUI N’EST PAS INTERDIT EST AUTORISE !!!. Quel gâchis peut on penser !!! Mais la réalité, à chaque fois, c’est que la règle n’est pas faite pour faire en sorte de règler le problème mais plus pour dire qu’on a fait une loi qui dans la réalité ne fait que déplacer le problème. A qui profite le crime ? Je laisse à votre sagacité la réponse à cette question...

            Dans ces nouvelles formes de régulation du type Bâle II, Reach ou Offshore, la forme même de la régulation prend en compte l’ensemble des réponses que l’acteur du marché peut choisir de mettre en oeuvre. Et l’intérêt du régulateur est de faire en sorte que les scénarios qui vont aller dans le sens qu’il souhaite sont gratuits (pas pénalisables) et ceux qui vont à l’opposé de sa volonté de gendarme du marché deviennent les plus coûteuses (jusqu’à une interdiction d’exercer sur le marché !). Charge à l’acteur du marché de choisir librement ce qu’il a envie de suivre comme stratégie. C’est directif, mais cela laisse à l’acteur du marché les moyens, le planning et la manière d’y parvenir. Par conséquent, les mesures qui sont les plus vertueuses deviennent les moins coûteuses pour lui. Quand on sait ce que coûte la mise en conformité, mais surtout le risque de ne pas être en conformité réglementaire, cela laisse à réfléchir aux décideurs des acteurs.

            EXEMPLE : un acteur qui choisirait de répondre à la réglementation à minima va payer moins à court terme, mais il pourra prendre le risque de payer 2 fois sur une longue période. A contrario, un acteur qui choisirait la stratégie d’utiliser l’opportunité de la mise en conformité comme une modification de sa culture d’entreprise, devrait payer un peu plus la première fois, mais il n’aurait pas à payer 2 fois. En plus, en modifiant sa manière de concevoir sa production et ses processus de façon à se placer dans l’esprit de la règle, cela va lui permettre de gagner du temps lorsqu’il va créer de nouveaux produits. Un temps qui lui permettra d’être plus vite autorisé à vendre ses produits et services, un gain qui se traduira en chiffre d’affaire et en avance concurrentielle sur ses concurrents. Voici un exemple de cascade de conséquences que peut provoquer l’utilisation de la contrainte réglementaire comme une source de gains de productivité et de réduction des risques donc des coûts...

            Ce cas, pour Bâle II s’est vérifié en France entre la Société Générale et BNP Paribas. Au début de Bâle II, ce qui se dit dans les coulisses c’est que le PDT de la SG a tenté de faire du lobbying auprès du comité de Bâle et de la Commission Européenne pour faire en sorte que Bâle II se passe dans une continuité de ce qu’avait été Bâle 1 ( c’est-à-dire une réglementation à l’ancienne). Au contraire, la BNP a investi massivement sur son projet de conformité réglementaire (tout comme le Crédit Agricole) dés le départ. Mais aprés quelques mois ou le projet BII de la SG restait assez peu vigoureux, car son pdt espérait faire changer la façon dont la règle devait s’appliquer, il y a eu un très vif rappel à l’ordre de la SG et l’équipe projet à soudain considérablement gonflée car perdre du temps devenait un risque de ne pas être prêt pour la date de mise en œuvre de Bâle II. D’autres banques on préféré suivre et se mettre à minima... Au final, les banques qui ont appris à bien connaître et gérer leurs risques opérationnels ont pris une avance sur les autres acteurs du marché, ne serait ce que par la création d’historiques de données qui renforcent leurs modèles...

            Prenons Reach maintenant, le nombre initial de substance prévue était de 100 000. Aprés la négociation le chiffre final est de 30 000. L’effort de mise en conformité représente un effort financier considérable de toute l’industrie chimique européenne. Mais les 70 000 autres substances non prise en compte par Reach restent tout autant nocives ! Mais il suffira que la nocivité de certains produits pour les populations soit prouvée et la liste de ces 30 000 augmentera. Le régulateur jouera son rôle et l’esprit de la règle aura permis de faire en sorte qu’à l’avenir, « inventer une nouvelle substance chimique » passe par le filtre d’une analyse des risques que ce produit puisse faire prendre à des utilisateurs, des voisins, des salariés (des parties prenantes ou stakeholders) et ce ex anté, c’est à dire avant la mise sur le marché du produit. Car l’acteur sera averti des risques qu’il prend dans son modèle économique : la rentabilité du produit vendu devra être calculée en fonction des coûts de R&D, des coûts traditionnels d ’autorisation de mise sur le marché, mais devra aussi inclure les risques que le produit puisse éventuellement faire prendre aux parties prenantes qui l’utiliseront.

            Pour conclure, je dirais que ce mode de régulation permet de faire en sorte que le producteur intègre dans sa démarche plus de pro activité et plus d’anticipation des coûts à moyen et long terme qui peuvent apparaître. Pour une entreprise cet élément peut laisser dubitatif certains des lecteurs d’Agoravox. Mais pour des investisseurs, ces coûts cachés peuvent représenter des risques qui pèsent potentiellement (ou non) à long terme sur les entreprises où ils placent des capitaux. Donc peser sur les probabilités de gains à acheter telle ou telle action. Et les investisseurs ont horreur des incertitudes sur les informations qui sont transmises aux marchés (d’où la pression qui leur est imposée notamment avec Sarbannes Oxley, LSF...) et recherchent en permanence des informations parfaites (au sens des probabilités conditionnelles de Bayse) Et là apparaît toute la logique de la corporate gouvernance qu’elle soit d’entreprise ou d’état. Car quel CEO va prendre la responsabilité dans ses analyses de risques et dans ces choix stratégiques de ne pas prendre en compte les coûts d’images et de réputation sur la mise sur le marché de produits non fiabilisés ?

            Je m’arrête là car on voit tout de suite qu’il n’est pas possible de dissocier le mode de régulation (les nouveaux) des principes de corporate gouvernance que les entreprises instaurent pour elles mêmes, imposées d’abord par leurs actionnaires (shareholders) puis ensuite par leurs parties prenantes (stakeholders), des principes imposés par les Etats et les groupes d’Etats (G10 et Bâle II), Reach et Commission Européenne.

            Enfin, ce propos était proposé en partage en faisant mention du candidat François Bayrou car il a mis en doute l’indépendance des médias dans le concert des politiques et que cet outil (les Safety cases) peut être utilisé dans cette logique. Merci pour votre temps...


          • JL (---.---.73.200) 13 mars 2007 09:00

            Ikoff, vous dites : «  »EXEMPLE : un acteur qui choisirait de répondre à la réglementation à minima va payer moins à court terme, mais il pourra prendre le risque de payer 2 fois sur une longue période.«  »

            On ne le dira jamais assez, le diable est dans les détails.

            Suis-je stupide si j’objecte que l’acteur que vous évoquez n’a peut-être pas l’intention de faire de vieux long feu dans la profession ?


            • ikoff 13 mars 2007 20:03

              Devenir l’acteur d’un marché quel qu’il soit (industrie, services, utilities) sur une zone déterminée (par exemple en Europe pour un asiatique ou un Indien), est un acte toujours visible, toujours identifié par le gendarme de ce marché (prenons l’exemple de Mital ?) Il me semble donc que le fonctionement qui existe pour des marchés aussi importants et structurés que la chimie, la banque, l’exploitation de pétrole offshore (qui fonctionnent avec ces modes de régulations « modernes » obligerait un candidat à peser les effets de telles contraintes réglementaires sur son investissement et sur les différentes sources de bénéfices qu’il pourrait y trouver. Faire un aller retour dans ces cas ne me semble pas trés sérieux...


            • (---.---.107.93) 19 mars 2007 08:51

              Permettez-moi de souligner quelques détails qui ont leur importance : Ne pas confondre règles minimales et règles respectées a minima. Dans un cas cela introduit la responsabilité du régulateur qui ne fait pas son boulot et qui est trop laxiste. Dans l’autre, il s’agit de la stratégie qu’adopte un acteur du marché vis à vis d’une règle. On pourrait dire qu’une autre façon d’exprimer cette idée se situe dans « tout ce qui n’est pas interdit est autorisé ». Où l’acteur cherche à biaiser la règle et la détourner.


            • (---.---.107.93) 19 mars 2007 08:45

              Désolé de le rappeler mais l’Etat en tant que régulateur garde le niveau des exigences qu’on appelle les directives. EN aucun cas elles sont plus faibles qu’auparavant. Donc on n’est pas dans un rêve édéniste mais bien dans le concret. Sauf que ce mode de régulation s’applique aux comportements réactifs, c’est à dire qu’il intègre la dimension psychologique de la réaction d’une population d’acteurs à un texte pour s’assurer que ce texte ou ces directives seront bien appliquées. Ce mécanisme psychologique est parfaitement décrit par la thérapie systémique, notamment par l’école de Palo Alto. Si le sujet vous intéresse, vous pouvez lire « changements de Paul Watzlawick » qui est le philosophe du groupe de recherche du Mental Research Institute de Palo Alto...

              Pour prendre votre exemple de l’automobiliste, non il ne peut pas choisir la limitation de vitesse parce que c’est le rôle du législateur. Mais comme il sait que s’il roule vite il prends le risque de se faire sévèrement verbaliser, il a la possibilité d’adapter son comportement à la règle. Donc il reste libre de rouler vite, mais il peut aussi décider de respecter les limitations de son propre chef. C’est d’ailleurs ce qui se passe pour une majorité d’automobilistes. Car entre la décision de conduire vite et se faire plaisir et d’accroître la probabilité de perdre son permis et de se voir saisir sa voiture par la police ET respecter la vitesse donc conserver sa liberté et sa voiture, beaucoup ont fait un choix de raison. Ce qui prouve que la grosseur de la sanction agit sur les critères de choix. MAis il faut arriver à intégrer le principe de ce système d’action et de réactions, car il s’applique autant à une entreprise qu’à un particulier.

              J’utilise cette technique dans le management des personnes que j’ai à diriger et cela fonctionne parfaitement bien. C’est simple, c’est efficace et chacun se place dans une communication avec l’autre (supérieurs ou subalternes) dans un rapport d’adulte à adulte. IL en va de même entre une entreprise et le régulateur du marché car ce modèle de régulation établit un rapport d’adulte à adulte avec une entreprise, alors que l’ancien reste dans une logique où l’acteur est considéré comme un éternel enfant rebelle. Réfléchissez à la manière dont se comporte votre entreprise et vous serez surpris


              • ikoff 22 mars 2007 17:34

                Je ne cherche à convaincre personne et je n’ai pas l’impression d’être agressif dans mes propos ni de porter des jugements de valeurs ce que vous faites. Vous n’êtes plus dans le débat mais dans un raccourcissement d’une démonstration. Quant à en arriver à tous pourris, l’expérience de la vie m’a montré au moins une chose, c’est que lorsque je ne trouve que des cons autour de moi, c’est que j’ai besoin de me remettre en question...intelligenti pauca...

                Je vais prendre un dernier exemple et ensuite je vous laisserai à vos accrimonies et vos raccourcis. Preuve en est qu’on ne peut pas tenter de convaincre quelqu’un s’il n’a pas envie de comprendre.

                Prenons l’exemple dans le management que vous semblez décrier :

                En prenant comme pré requis que si vous employez une personne, ou qu’elle se trouve dans votre équipe, c’est qu’elle a les qualifications, les compétences, le savoir, l’expérience nécessaire pour occuper un tel poste.

                Vous expliquez à cette personne que vous avez des contraintes (équivalent aux directives) et que parce qu’elle est experte dans son métier, vous lui demandez comment elle pense qu’elle doit concevoir son action dans votre équipe pour atteindre les objectifs de son groupe, mais en prenant en compte ces contraintes que vous lui avez décrites. Cette personne va vous proposer un chemin pour y arriver et vous, en tant que responsable de l’atteinte des objectifs, vous allez pouvoir juger si oui ou non ce que le membre de votre équipe vous propose permet de les atteindre ou non. S’installe une discussion qui permet de comprendre les limites de l’autre et de choisir, ensemble, un moyen d’atteindre ces objectifs en impliquant le membre de votre équipe puisque c’est lui qui choisi les moyens. Ensuite, le rôle du manager consistera à contrôler que ce qui a été prévu est bien réalisé, pour quelle raison il y a des écarts et comment on peut les réduire.

                Dernier exemple : Vous avez un enfant qui va à l’école. EN tant que parent, vous avez la responsabilité de faire en sorte que votre enfant aquière un savoir, des savoirs faires, une éducation, un savoir être. Mais si vous obligez quiconque, enfant compris, à faire ses devoirs sous la forme de "tu le fais, sinon..., vous entrez dans une escalade qui se termine toujours par le fait que vous en tant que régulateur et contrôleur de l’éducation de votre enfant, allez devoir être derrière lui en permanence.

                EN utilisant ces nouveaux modes de régulation appliqués au quotidien, voilà comment la relation peut se transformer :

                le père : « tu sais que je suis ton père et que je suis responsable de toi et de ton éducation, que je dois faire en sorte que tu puisses apprendre à prendre des décisions pour te rendre autonome dans la vie. Tu le sais ? » « ben oui » " tu sais que tu vas à l’école pour apprendre et que tu le souhaites ou non, tu dois faire tes devoirs. DOnc tu comprends que pour faire mon travail de parent, je dois contrôler que tu fais bien tes devoirs.

                Mais tu vois, je te considère comme un grand garçon, et je te propose une autre manière de fonctionner pour que la vie soit plus facile et pour toi, et pour moi. Tu veux ? « Ben explique pour voir ! »

                « C’est trés simple : je voudrais que tu me dises comment tu souhaites que je contrôle ton travail. Je voudrais que tu fixes toi-même les règles que je vais appliquer pour contrôler ton travail » Mais tu sais que si tu mets des règles trop favorables pour toi, je ne vais pas les accepter, parce que j’ai été un petit garçon avant toi et je connais les ficelles... Mais si tu me proposes des règles trop contraignantes pour toi, là aussi, on va discuter ensemble pour que ces règles soient justes, parce que mon rôle n’est pas de t’embêter pour le plaisir, mais uniquement pour que je puisse faire mon boulot de Papa...

                Essayez le et vous serez surpris du résultat. POurquoi ? Parce que vous avez mis en oeuvre un principe d’acceptabilité, possible parce qu’avant vous avez informé et que vous avez permis à l’autre de comprendre ce qu’en tant que gendarme, régulateur, contrôleur, (peu importe) vous attendiez de lui. Si vous appelez cela de la vaseline, c’est que vous ne vous êtes jamais posé la question de « qu’est ce que la vision du monde de l’autre ». COmment il voit le monde et comment avec sa vision du monde il pourrait avoir aussi raison que vous. Et si ce n’est pas le cas, le meilleur remède s’appelle : un miroir...

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