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Accueil du site > Actualités > Economie > Réflexions sur la « colinéarisation des conatus » (Frédéric Lordon) dans (...)

Réflexions sur la « colinéarisation des conatus » (Frédéric Lordon) dans les stratégies de sauvegarde de l’Euro

"Rien n’interdit cependant, précisément parce qu’il est total, d’appeler totalitaire le projet néolibéral de la possession des intériorités."

Frédéric Lordon - Le totalitarisme, stade ultime du capitalisme ?, Cités n°41 (2010)

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Je vais tâcher de transposer la thèse de l'article précité de Frédéric Lordon avec la situation actuelle dans le traitement de la "crise de la zone euro". La transposition est assez aisée dans la mesure où ce traitement participe d'un même projet néolibéral et mobilise les mêmes élites vers un même but : la convergence des pensées, des "intériorités" vers des solutions présentées comme absolument nécessaires. L'important est autant la finalité vers laquelle la méthode est orientée que la méthode elle-même.

Résumé de l'article :

 Frédéric Lordon part d'une définition du capitalisme qui surajoute à l'économie de marché d'une part la vocation exclusive des entités productives au profit dans le but de mettre en valeur du capital, d'autre part une configuration institutionnelle fondée sur le rapport salarial.

 Il présente ensuite sa méthode : Compléter les apports du marxisme en termes d'appréhension du capitalisme sous l'angle des rapports sociaux par la mobilisation du concept spinoziste de conatus : "cette énergie fondamentale qui produit l’ébranlement du corps et initie son mouvement à la poursuite d’un certain objet".
Si cette poursuite du désir dispose d'une légitimité a priori, elle fait toujours l'objet dans l'histoire d'un contrôle du corps social qui définit les "variétés d'entreprises" licites. Il y a donc une contradiction entre la licéité a priori de la volonté de réaliser son propre désir et l'"enrôlement" d'autres potentialités désirantes dans la réalisation du sien propre.
De son point de vue, le rapport salarial n'est que la forme institutionnalisée (structurellement et juridiquement) de cet enrôlement d'individus. Il distingue la légitimité a priori du "faire" de l'entrepreneur capitaliste, à une légitimité conditionnée de son "faire faire".
De manière abstraite et hors un rapport d'entreprise : "Tous n’en sont pas moins des patrons, captateurs de l’effort (conatus) de leurs subordonnés, enrôlés au service du désir patronal" (que ce soit le souverain, le dirigeant d'une ONG, un chef de guerre etc...).

 L'enjeu se déplace alors sur la mobilisation de ces "subordonnés" qui passe historiquement, selon Lordon, par 3 stades : L'enrôlement par la faim, le compromis de consommation et la promesse de réalisation de soi.
Cette mobilisation résulte d'une colinéarité, d'un "alignement des désirs des enrôlés sur le désir-maître". L'objectif d'une entreprise (que je vais élargir ultérieurement) est de colinéariser les conatus enrôlés au désir-maître, de faire en sorte que les volontés s'alignent sur ce désir maître, de réduire l'intensité des oppositions, des divergences, des déviances au désir-maître.
Partant du postulat d'une volonté néolibérale d'alignement total des conatus, Lordon tâche d'en identifier les sources qu'il trouve dans les transformations récentes du capitalisme.
D'une part l'émergence du pouvoir actionnarial à travers la finance et la dérégulation concurrentielle des marchés qui a fait basculer le rapport capital/travail en faveur du premier réduisant d'autant la force de résistance mobilisable.
D'autre part la transformation des tâches productives qui exigent une plus grande adaptabilité, compétitivité, flexibilité à rebours d'un modèle fordien basé sur des "tâches déterminées et délimitées" tolérant un "reste". C'est désormais tout un état d'esprit qui nécessaire et non plus une seule mobilisation des forces physiques.
"l’entreprise néolibérale entend désormais conformer les désirs et les dispositions qui font faire les actions".

Lordon stigmatise ensuite le "délire de l'illimité" dans lequel a basculé cette entreprise, signe de l'état des résistances.
"Totalitarisme est donc un nom possible pour une visée de prise de contrôle si profonde, si complète qu’elle ne veut plus se satisfaire d’asservir en extériorité – obtenir les actions voulues – mais revendique la soumission entière de l’intériorité" (Lien avec la vidéo de Michel Beaud sur la naissance du capitalisme).
Il distingue ceux qui marchent volontairement en ce sens par gain monétaire, attrait d'un mode de vie, ambition et ceux qu'il faut "recolinéariser", pour produire des "sujets néolibéraux" (Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde). Il illustre par les pratiques du management, des ressources humaines, du contrôle quantitatif, comme qualitatif qui remodèle totalement la singularité de chacun.

 S'interrogeant sur les apories d'un tel refaçonnage il signale que : "L’entreprise d’aujourd’hui voudrait des oranges mécaniques, c’est-à-dire des sujets qui, d’eux-mêmes, s’efforcent selon ses normes, et comme elle est (néo)libérale, elle les voudrait libres en plus de mécaniques – mécaniques pour la certitude fonctionnelle, et libres à la fois pour la beauté idéologique de la chose mais aussi considérant que le libre arbitre est en définitive le
plus sûr principe de l’action sans réserve, c’est-à-dire de la puissance d’agir livrée entièrement. Comme on sait, le constructivisme de la spontanéité et le façonnage des libres arbitres sont des entreprises profondément aporétiques, par là vouées soit à rendre les sujets fous, soit à leur imposer une violence symbolique à un degré dont on dit ici qu’il peut être qualifié de totalitaire".
Rappelant que "refaire" les désirs de ses membres n'est pas un projet récent (exemple de Platon, de l'État hébreu empruntés à Spinoza) il précise ensuite que : "le corps de la société entière travaille, par autoaffection de la multitude, à former les désirs et les affects de ses membres. Mais ce procès de l’autoaffection du corps social est si vaste et surtout si diffus, si a-centrique, qu’il apparaît aux individus –quand il leur apparaît… – comme une nécessité sur laquelle nul n’a vraiment prise" ce qui le rend d'autant plus tolérable. Il touche ensuite un point très juste en soulignant que la force du capitalisme est de n'offrir à la face du monde par un "effet-système" aucune prise permettant de concentrer ses affects de rejet. A quoi peut on réellement identifier le capitalisme ? A un parti ? A un programme formalisé ? A une personne ? Non.
Cela est "propice à toutes les stratégies rhétoriques de « naturalisation1 », donc de dépolitisation" mais comporte un fort risque de mise à nu, de construction d'une intentionnalité assignable permettant de focaliser ses affects d'amour et de haine.
Il prend ensuite l'exemple de l'Église qui a eu pour projet visible de "construire l'intériorité de ses sujets". Cette construction a pu fonctionner en des temps où la tradition et l'autorité se conjuguaient à l'absence ou à un embryon de conscience de sa propre subjectivité. En revanche, le "matériau" est différent actuellement et le projet néolibéral se heurte à la difficulté de résoudre de le problème de la "construction volontaire de libre-arbitre "ajustés".

 Néanmoins ce problème se prolonge dans une aporie plus profonde pour le système : "Car la pratique totalitaire du refaçonnage néolibéral des âmes voudrait idéalement n’être que transitionnelle et rejoindre au plus vite son horizon (oxymorique) des libres arbitres définitivement conformes – et, la norme parachevée engrammée (gravée dans nos neurones), pouvoir retirer l’« échafaudage » normalisateur. Néanmoins le "libre-arbitre" est toujours susceptible de reprendre son propre cours.
C'est dans ce cadre qu'il s'interroge sur le modèle de l'artiste, de l'exaltation de la créativité, du plein-investissement de soi. Ce modèle en accordant "le désencadrement hiérarchique et la pleine latitude d’initiative et de collaboration comme les réquisits réels de la créativité productive, le capitalisme ne chemine-t-il pas, et de sa propre tendance… vers la libre association des travailleurs ? Si vraiment l’artiste se présente comme une incarnation possible et désirable du travailleur, et ceci du point de vue même du capital, alors c’est l’idée même du salariat comme rapport de subordination hiérarchique qui se trouve ondamentalement mise en question". Bien que concernant peu de personnes, elle offre à entrevoir un autodépassement du capitalisme par ses propres contradictions. "le capitalisme pourrait bien se mettre en danger lui-même de poursuivre jusqu’au bout un rêve de mobilisation productive fondamentalement porteur de son principe antagoniste : la liberté créative, la liberté collaborative et la rétivité à la direction hiérarchique telle que, d’ailleurs, elle détermine nécessairement l’organisation collective du travail sur une base délibérative-démocratique – soit le communisme réalisé".


Réflexions :

 C'est ici l'idée de colinéarisation des intérêts qui formera le coeur de mes réflexions :

- On assiste clairement dans les discours officiels, dans les médias, dans le traitement la crise actuelle à une tentative de faire converger les avis des citoyens autour du désir-maître de l'élite européenne : le maintien de l'idéal d'une Europe unifiée par une idéologie néolibérale qui passe par la préservation de ses éléments les plus structurants à savoir l'Euro. On pourrait même dire, du processus de cet approfondissement, de cette intégration européenne (purement économique et financière jusque la).

- Nous sommes dans cette configuration particulière sur le point d'atteindre une contradiction. En effet, la promesse de réalisation de soi, de progrès, de croissance etc, se heurte de plein fouet à la réalité quotidienne perçue. Néanmoins le désir-maître de l'élite européenne se heurte à un problème fondamental souligné par Lordon : l'absence de direction claire, de point précis vers lequel mobiliser ses "affects de haine". Il y a bien Bruxelles, il y a bien l'euro, il y a bien les élites qui nous mènent dans une situation intenable mais pour ces 3 cibles potentielles il se trouve une difficulté.
Bruxelles représente un "système" à elle seule et ne peut donc pas offrir une réelle aspérité de contestation d'autant qu'elle recouvre de multiples mécanismes institutionnels.
2° L'euro offre un élément structurant majeur, mais il s'est également imposé dans sa dimension strictement pratique comme notre moyen de paiement courant depuis plus de 10ans. Il est ainsi délicat de dissocier les fondements, et les sources de son introduction, la réalité derrière sans toucher à quelque chose de fondamentalement stable depuis des années. De plus la doxa véhiculée est celle d'un catastrophisme majeur en cas de retour à la monnaie nationale.
Les élites sont clairement identifiées mais protégées par le système démocratique qui donne l'illusion du choix, les élites de Bruxelles sont doublement protégées par l'échelon supplémentaire du suffrage indirect par les institutions européennes. De plus les élites sont une réalité sociologique difficilement appréhendables dans la mesure ou on sort du simple cadre politique, en visant l'élite politique on fait abstraction de l'élite financière qui la soutien et de l'élite médiatique qui la conforte.

- On peut analyser quelques stratégies de colinéarisation des "intériorités", elles sont principalement véhiculées par le biais des médias. Les médias doivent être la seule illustration correcte de l'effet "trickle down" (écoulement de la richesse du haut vers le bas). Sauf qu'à la place de la richesse ce sont l'idéologie et les manoeuvres psychologiques qui se répendent.

1° Tout d'abord la stratégie du choc qui rend nécessaire des mesures d'urgence. L'interconnexion des différentes places financières, des différents marchés, des banques etc (réalisé souvent sous l'emprise d'autres chocs (crise pétrolière, crise de la croissance etc...)) fait d'un problème localisé un problème global censé concerner l'ensemble des citoyens. Ceux ci sont intéressés au moindre choc qui se produit aux 4 coins du monde ce qui facilite la diffusion des solutions présentées comme nécessaires.

La présentation catastrophiste des conséquences d'une action non désirée par l'élite : la sortie de la Grèce de l'euro a été vendue comme un tsunami. On peut le recevoir comme cela, mais cela pose la question du consentement d'une telle situation ou il n'y a plus aucun choix.

La présentation d'une solution socialement intolérable pour faire avaler une solution qui tout aussi intolérable le paraît moins tout en faisant naître une réflexion sur la 1ère solution : Le cas de Chypre est révélateur (cf mon précédent article) on communique sur une mesure révoltante pour faire accepter ensuite une mesure moindre, mais néanmoins faire garder à l'esprit la 1ère solution (des sondages furent publiés dans la foulée en France). L'idée se diffuse et au final cela deviendra une solution acceptable.

4° Mobilisation de vieilles peurs et justification morale de mesures immorales : Peur de la Russie dans le dossier chypriote, justification de taxer de l'argent sale, de faire payer une faute morale aux grecs ou chypriotes pour justifier un vol de la propriété. Tout ceci se rattache à une autojustification constante et à une sublimation des apories (pour le moment).

- Aujourd'hui nous sommes dans une situation complexe où la tension est forte entre l'imputabilité de la responsabilité à la volonté de réalisation du désir-maître et l'imputabilité de la responsabilité à l'absence de mobilisation totale vers cet objectif : Trop d'Europe (dans son acception négative) ou pas assez d'Europe (dans une présentation vendue dans son sens "noble").
Il faut avoir en tête que l'idée de l'Europe telle qu'elle nous est vendue n'est pas celle contre laquelle de plus en plus de personnes s'élèvent. A la différence de cet idéal, la plupart des gens s'élèvent contre une réalité qu'ils parviennent de plus en plus à imputer à quelque chose de plus en plus concret.

Reste à présent à colinéariser nos propres conatus pour dépasser cela.


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14 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 25 mars 2013 10:09

    Frédéric Lordon - Le totalitarisme, stade ultime du capitalisme ?

    Non ! Le socialisme, stade ultime du capitalisme !

    Refondation du Capitalisme & Instauration d’un Dividende Universel financé par l’Épargne.

    http://www.sincerites.org/article-le-di ... 09790.html
    ou
    http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/3/40/ ... cerite.pdf


    • JL JL 25 mars 2013 12:19

      Nous savons que Llabrès, l’éternel incompris, ne lit même pas les articles (les comprendrait-il ?) qui parlent du capitalisme et sur lesquels il se précipite comme un vulgaire bestiau pour marquer ce qu’il considère comme son territoire, en espérant qu’un jour, quelqu’un d’aussi ’génial’ que lui mais disposant du pouvoir qu’il n’a pas, saura, faire valoir cette idée qui est à l’économie ce que le mouvement perpétuel est à la mécanique.


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 25 mars 2013 15:17

      Par JL (---.---.---.29) 25 mars 12:19

      Nous savons que jl, l’éternel incomprenant, ne lit même pas les articles (les comprendrait-il ?) qui argumentent pour démontrer que le stade ultime du capitalisme sera le socialisme et non pas le totalitarisme.
       smiley smiley smiley smiley


    • La mouche du coche La mouche du coche 25 mars 2013 16:41

      Attention piège.
      .
      Comme M. Michéa, M. Lordon anime le débat en critiquant sans RIEN proposer en échange. A quoi servent ils dans le fond ? Ils me font penser à ces clowns de cirque qui amusent le public pendant qu’une équipe technique installe la cage aux lions. ils sont sympas à regarder, mais qu’apportent ils vraiment ?  smiley


    • JL JL 25 mars 2013 12:14

      Bonjour Kiergaard,

      j’ai lu sur Internet ce même texte, mais impossible de retrouver l’adresse. Est-ce vous qui avez posté ailleurs ?

      Je n’aime pas bien ce genre de textes qui mélangent les réflexions des auteurs, en l’occurrence ici, celles de Frédéric Lordon et les vôtres. Vu que votre article est conséquent, il est difficile de savoir qui dit quoi.

      Je suis un lecteur assidu des ouvrages et articles de Frédéric lordon. Je connais cette thèse de Frédéric Lordon abondamment exprimée par l’auteur, notamment dans son ouvrage : Capitalisme, désir et servitude.

      Aux lecteurs ignorant tout du conatus, je propose la lecture de cet entretien publiée sous le titre : Lordon, communiste par inadvertance

      Extrait : « Le conatus, cet « effort que chaque chose déploie pour persévérer dans son être », est l’expression de ce que toute existence est fondamentalement activité, affirmation de soi et résistance à la destruction par des choses extérieures. On pourrait dire que le conatus, comme puissance, est en quelque sorte l’énergie fondamentale de toute action humaine. Mais comment, et vers quoi, cette énergie fondamentale va-t-elle diriger son effort ? La réponse de Spinoza est que ce sont les affects qui orientent nos efforts de puissance et de désir. Droite, gauche, mais c’est très simple.  »

      J’ajoute : les entreprises sont des êtres vivant totalement dénués de morale. Leurs dirigeants sont par définition, des êtres humains dont le conatus est linéarisé avec celui de l’entreprise. Cela est particulièrement observable dans les mafias. 

      ’’Le capitalisme contemporain est devenu par la force de la logique de l’accumulation, un « capitalisme de connivence ». Le terme anglais « crony capitalism » ne peut plus être réservé aux seules formes « sous-développées et corrompues » de l’Asie du Sud est et de l’Amérique latine que les « vrais économistes » (c’est à dire les croyants sincères et convaincus des vertus du libéralisme) fustigeaient hier. Il s’applique désormais aussi bien au capitalisme contemporain des États-Unis et de l’Europe. ... Dans son comportement courant, (cette classe dirigeante) se rapproche alors de ce qu’on connaît de celui des « mafias », quand bien même le terme paraîtrait insultant et extrême.’’ (Par Samir Amin, économiste et président du World Forum for Alternatives.)

      J’aime dire que Les mafias ne sont pas une spécificité du libéralisme, c’est le libéralisme qui est une spécificité des mafias.

      Si bien que la réflexion que m’inspire la lecture de cet article est la suivante : l’euro est la monnaie d’une mafia financière. Et nous utilisons cette monnaie.


      • Kiergaard Kiergaard 25 mars 2013 14:13

        L’article est de moi, il est sur mon site personnel que vous trouverez à côté de mon pseudonyme dans le titre (du moins je crois).

        Concernant la forme de l’article, j’ai tâché de livrer un résumé le plus fidèle possible en agrémentant le plus possible de citations. L’article original fait 16 pages et n’est pas disponible en accès libre (étant étudiant j’y ai eu accès en ligne), mais je pense en avoir fait un résumé clair sur ses principes. Ensuite je sépare clairement et je livre mes réflexions.

        L’entreprise se distinguerait de la mafia en ce qu’elle est légitimée a priori par ce qu’elle offre in fine (des biens et services « légaux ») mais également en ce que contrairement aux mafias les conatus des membres sont moins colinéarisés que dans les mafias (ou la discipline est plus stricte). Néanmoins l’entreprise tend à vouloir le faire et donc à devenir une mafia.


      • JL JL 25 mars 2013 16:06

        Kiergaard,

        ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, svp : si ce qui distingue l’entreprise d’une mafia c’est ce qu’elle produit (*), cela est difficile à avaler quand on connait certaines pratiques, dont notamment l’obsolescence programmée, l’organisation délibérée de la pénurie, ou tout récemment l’affaire dite de la viande de cheval. Je vous renvoie à la célèbre pièce de Bertholt Brecht, ’’La résistible ascension d’Arturo Ui’’.

        Par ailleurs, ce n’est pas la colinéarisation en soi qui pose problème, contrairement à ce qu’exprime cette phrase, je vous cite : ’’Néanmoins l’entreprise tend à vouloir le faire et donc à devenir une mafia. ’’

        mais bien le but poursuivi par les conatus colinéarisés, et vous le savez bien, en témoigne la dernière phrase de votre article qui vous contredit ici.

        (*) « Sérieusement, vous croyez vraiment que Peugeot produit des voitures, Michelin des pneumatiques et Aventis des médicaments ? Bien sûr que non ! Ils produisent des profits. » (Jean-Pierre Berlan)

        « La croissance est l’autre nom de l’accumulation du capital » Michéa in le libéralisme et la fin des valeurs communes cf. voir 22è mn, le § sur l‘obsolescence programmée et les usine de l‘est. ‘ce ne sont pas les ouvriers qui sont poussés par leurs syndicats pour saboter les usines ; ce sont les ingénieurs qui sont payés par les patrons pour saboter les objets‘. Les ouvriers ne sont pas ’colinéarisés’ ; les ingénieurs, si.


      • Uncommon Uncommon 25 mars 2013 12:15

        Point de vue et analyse très intéressants.

        Il faudra certainement compléter par la perception par les masses de la finalité des institutions européennes en place.
        L’attente du pourquoi est souvent primordiale et ces derniers temps négligée.


        • Montagnais Montagnais 25 mars 2013 12:37

          Il y a surtout colinéarisation du conatus de l’Europe au désir-du-Maître Américain, colinéarisation du conatus de Proprole au désir-paranoïaque-du-Maître oligarque orgiaque .. dont Proprole est la risée.


          Quant à nous, notre conatus, nous voulons absolument le colinéariser à celui de Maman Terre, qu’en peut pu d’être violée par devant par derrière dans l’indifférence générale et l’abjecte curée.

          Chomsky aurait pas du écrire « Occupy » .. mais détruire

          Hessel, ce brebis du star system lui aussi, aurait mieux fait de gueuler :

          « Réveillez-les ! » ou « désertez ! »

          S’indigner ? tout le monde s’en fout.

          • Kiergaard Kiergaard 25 mars 2013 14:18

            Derrière cela il y a évidemment un lien plus large avec l’alignement sur les USA et l’idéologie, la mystique mondialiste qui va avec. C’est particulièrement net avec le traitement de la crise chypriote et la diabolisation de la Russie ou avec la Syrie ou les USA tâchent de placer des hommes un peu partout.

            L’indignation n’a aucune portée opérationnelle c’est pour cela que ça marche dans la vieille France.

            J’en profite pour partager les 2 revues de presse que j’ai faite sur les 2 questions (Syrienne et Chypriote).

            http://points-de-vue-alternatifs.over-blog.fr/article-quelques-evolutions-recentes-en-syrie-revue-globale-116496590.html

            http://points-de-vue-alternatifs.over-blog.fr/article-le-sauvetage-de-chypre-l-europe-et-l-empire-revue-globale-116510057.html


          • ecolittoral ecolittoral 25 mars 2013 13:56

            Le totalitarisme. Quel projet hégémonique n’est pas totalitaire ?

            Pourquoi, un individu ou groupe d’individu s’arrêterait en route et abandonnerait ou limiterait volontairement une action qui lui réussi et un objectif qui semble sur le point d’être atteint ?
            Pas moi...et les autres non plus.
            « Le capitalisme pourrait bien se mettre en danger... »
            Vous oubliez que l’intériorité n’est pas un sac qu’on remplit.
            Une fois décollé et ayant atteint la stratosphère, on ne voit plus grand chose ! 
            C’est la marque de l’esprit totalitaire et du sous - produit que vous appelez capitalisme. 
            Plus de référence, plus de frein, la perte de conscience de la réalité...et la chute pour avoir oublié qu’ailleurs et beaucoup plus bas, les autres ont rempli leur intériorité à leur façon.

            N’oubliez pas la différence entre une idéologie et l’obstination de la vie.
            Une idéologie applique la colinéarité dans ses méthodes.
            La vie applique l’éparpillement et ne supporte pas une et une seule direction.

            • PhilVite PhilVite 25 mars 2013 16:18

              Juste au sujet des élites :

              « ... en visant l’élite politique on fait abstraction de l’élite financière qui la soutient et de l’élite médiatique qui la conforte. »

              L’élite financière soutenant l’élite politique comme un marionnettiste soutient sa marionnette, il est de fait impossible de mettre celle-ci en cause sans nécessairement cibler celle-là (sauf à considérer le pouvoir de la marionnette sur le marionnettiste, ce qui ferait assurément un beau sujet d’étude...).
              Quant à « l’élite médiatique », soit il s’agit d’un oxymore à vocation comique, soit la définition du mot « élite » est à revisiter.

              Se croire en démocratie engendre de graves aveuglements.

              En ploutocratie, le pouvoir est aux riches, et c’est bien ce qu’on constate tous les jours, non ?


              • leypanou 26 mars 2013 08:24


                "Il faut avoir en tête que l’idée de l’Europe telle qu’elle nous est vendue n’est pas celle contre laquelle de plus en plus de personnes s’élèvent." : je pense exactement le contraire. Justement, je pense que beaucoup de personnes ne veulent pas de cette Europe-là, d’une Europe bureaucratique où les non-élus de Bruxelles décident et se gardent bien d’être évalués en quoi que ce soit.

                Comment les gens peuvent accepter une Europe avec plus d’intégration qui leur a amené plus de chômage et de précarité ?


                • Kiergaard Kiergaard 26 mars 2013 17:37

                  Je n’ai pas été assez clair, en désignant l’Europe « vendue », je voulais dire, les mensonges du progrès, de la paix, de la prospérité en occultant toute la technocratie, le manque de démocratie etc...

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