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Accueil du site > Actualités > Economie > Réformer l’Etat est-il possible ?

Réformer l’Etat est-il possible ?

Je voudrais vous signaler les réflexions d’un économiste, professeur à l’Université Paris Dauphine, auteur d’un livre récent sur le Libéralisme, sur les difficultés que l’Etat rencontre à se réformer, Monsieur Pascal Salin.

D’après lui, l’Etat refuse de se réformer parce que c’est dans sa nature de ne pas le faire ! Il est par définition monopolistique et régalien, structuré et rigide. La seule raison qui pourrait le pousser à se réformer serait l’existence d’un contre-pouvoir comme il en existe dans le secteur privé avec la concurrence. Imaginons un secteur privé d’ailleurs sans concurrence, il n’aurait aucune raison non plus de se reformer. Conclusion douloureuse donc de Monsieur Salin, l’Etat n’est pas réformable, et il est illusoire de s’imaginer qu’on le réformera...

Une autre raison qui rend l’Etat irréformable est l’état d’esprit dans lequel ses dirigeants et ses employés sont vis-à-vis de la masse de leurs administrés. Il a été d’ailleurs brillamment illustré par une phrase de notre Président à l’égard d’un de ses ministres mais qui s’applique parfaitement à la relation Administration/administré : "Je décide et vous exécutez !". Car le comportement d’une administration et de ses personnels est celui de la volonté discrétionnaire vis-à-vis de ses "usagers" ou même celui de la contrainte. Par opposition, toutes vos relations journalières avec votre employeur, vos commerçants, vos artisans, vos fournisseurs de services dans la vie de tous les jours se font sur la base d’un équilibre ou tout au moins d’un échange et d’un intérêt réciproque à cet échange. Vous avez besoin d’un produit ou d’un service mais en face de vous le vendeur a aussi besoin de vous vendre ce produit ou ce service. Même votre employeur a besoin de vous ! Bien sûr la balance penche toujours un peu plus d’un côté que de l’autre dans ces situations, mais vous avez un réel pouvoir dans cet échange. Dans le cas de votre relation avec l’Etat, vous êtes "tenu de" payer vos impôts, de suivre le code de la route, de vous présenter à un examen, de vous faire soigner chez tel docteur etc etc, la liste serait longue.

L’attitude de l’administration et de ses personnels pendant longtemps a reflété cette position monopolistique. vous devez vous plier à ses horaires, vous devez faire la queue, vous devez subir la mauvaise humeur ce jour-là de tel ou tel employé etc etc. Entendons bien, cette attitude n’est pas générale, elle est parfois compréhensible (manque de moyens) et surtout elle est en train de changer de par les efforts internes de nos administrations à réformer leurs pratiques d’accueil et de réponse et aussi de par la prise de conscience des personnels qu’ils étaient devenus des mal aimés. 

Que faire donc alors que nous savons que la clé du retour à la compétitivité du Pays repose sur la réforme de l’Etat pour en accroître l’efficacité et en réduire le coût ? La réponse de Pascal Salin est, non pas de le réformer, mais de le RÉDUIRE.

Très bien, mais qu’est ce que cela veut dire ? C’est revoir les missions actuelles de l’Etat et définir celles qui sont vraiment régaliennes - qui ont vocation à rester dans cet Etat - et celles qui ne le sont pas, et qui donc pourraient être confiées à un système concurrentiel et donc privé. Si on s’amuse à faire cette liste, on peut classer dans les missions régaliennes, les missions de Défense, de Police et de Justice, la mission législative, celles de "battre monnaie", de fixer les budgets et les impôts, toute la gestion sociale, la diplomatie, les traités, etc etc. Dans les missions non régaliennes, on pourrait classer tout ce qui est production industrielle, la fourniture de l’électricité, les chemins de fer, les autoroutes, le courrier, les télécoms, l’audiovisuel, etc.On pourrait aller très loin dans ce domaine, ne serait-ce qu’en comparant avec ce qui se fait dans d’autres pays. Une fonction aussi fondamentale que l’éducation pourrait se concevoir par exemple comme un système dans lequel chacun serait libre de s’adresser à l’École de son choix mais chacun recevrait une subvention par enfant, par année et peut-être par secteur d’éducation, éventuellement définie avec une connotation sociale. A l’intérieur de certaines fonctions régaliennes, il y a d’ailleurs des activités qui n’ont pas nécessairement une vocation régalienne comme les prisons dans la Justice.

Vous me direz, c’est exactement ce que fait l’Etat en privatisant et en se désengageant de certaine activités. C’est vrai à ceci près qu’il le fait avec une noble lenteur et par la nécessité de récupérer des fonds plus que par conviction.C’est vrai aussi que dans certains secteurs cohabitent pour des raisons historiques les deux systèmes avec dans ce cas-là des différences de traitement entre administrés. Pour reprendre le cas de l’Education, nous avons bien un système public et un système privé, et ceux qui vont dans le privé paient deux fois en quelque sorte. Autre exemple toujours dans l’Education, la France paye l’enseignement de ses ingénieurs dans les Écoles d’Ingénieurs financées par l’Etat, par contre pas celui de ses diplomés d’Ecole de commerce qui sont toutes payantes.

Je laisse ce sujet à votre réflexion. Il interpelle quelque part, n’est-ce pas ?


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