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Accueil du site > Actualités > Economie > Relocalisation, mode d’emploi

Relocalisation, mode d’emploi

La relocalisation économique et politique se trouve au coeur de l’écologie-politique et ceci, non pas tant pour économiser de l’énergie, comme le croient ceux qui réduisent la question écologique à celle de l’énergie, mais bien pour équilibrer la globalisation marchande et préserver notre milieu, notre qualité de vie, nos échanges humains, pour réhabiter notre territoire enfin, en traduisant une pensée globale en agir local.

La relocalisation n’a pas les inconvénients d’un protectionnisme national ou européen qui pour être en partie nécessaire ne peut aller trop loin désormais au risque d’attiser les conflits. On peut donc s’étonner qu’on ne parle pas plus de relocalisation alors qu’elle constitue une composante essentielle de la sortie de crise et devrait être centrale au moins dans les programmes écologistes. On aimerait effectivement que les partis écologistes proposent les voies d’une véritable alternative et ne se contentent pas de vouloir accumuler des contraintes et des mesures isolées sensées réduire un productivisme qu’on sait pourtant consubstantiel au capitalisme, ne pouvant absolument pas se passer de croissance !

Changer de système de production

Encore faut-il savoir comment arriver à une relocalisation qui marche ainsi qu’à une sortie du productivisme salarial. Il ne s’agit pas simplement de grands mots ou de petits gestes, ni de prendre ses désirs pour la réalité, mais de nouveaux rapports de production qui doivent faire système et s’adapter aux nouvelles forces productives immatérielles (c’est le travail qui est devenu immatériel bien plus que les produits dont une bonne part reste évidemment matérielle).

Essayer de penser l’après-capitalisme n’est pas s’imaginer que son dépassement puisse être immédiat, comme s’il suffisait d’en prendre le contrôle pour que tout change alors que l’infrastructure resterait inchangée. Il ne peut y avoir de métamorphose immédiate que dans la politique ou les représentations alors que l’inertie matérielle est considérable dans l’économie. Un changement de système de production a besoin de temps pour se construire en suivant sa propre logique avant de pouvoir monter en puissance, tout comme l’économie de marché s’est développée d’abord dans les villes franches de la féodalité. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, c’est donc localement qu’il faut se donner les moyens de sortir du capitalisme et d’adopter un autre mode de travail.

Si André Gorz a pu diagnostiquer avec raison que la sortie du capitalisme avait déjà commencé, c’est sur ce temps long de l’histoire et sous la pression des nouvelles forces productives immatérielles. Nous devons cependant organiser cet exode de la société salariale qui nous condamne sinon à une précarité grandissante. Nous devons essayer de tirer parti de transformations qui se font contre nous si elles ne se font pas avec nous. Heureusement, la relocalisation peut commencer immédiatement, c’est le bon côté du fait qu’il n’y a que des alternatives locales à la globalisation marchande !

Il y a différentes temporalités et si la sortie de crise, qui n’est pas pour demain, ne sera certes pas la fin du capitalisme, cela devrait être tout de même l’occasion d’une large restructuration de l’organisation productive et des protections sociales, comme en 1946 après la terrible crise des années 1930. Le capitalisme ne disparaitra donc pas du jour au lendemain mais il devrait revenir à un régime plus social, comme pendant les 30 glorieuses, et surtout bien plus écologique cette fois. Il ne suffira pas pour autant d’un capitalisme repeint en vert. Il faudra donc profiter de la crise pour mettre en place les conditions d’une sortie du productivisme et du salariat (relocalisation et travail autonome),

Alors que l’absence de réelle alternative a pu susciter toutes sortes d’utopies et de discours idéalistes qui ne font que décrédibiliser l’écologie, il faut essayer d’avoir une représentation concrète de ce que pourrait être un système de production relocalisé dans une économie ouverte et plurielle, afin d’en éprouver toutes les potentialités et les limites. Il s’agit d’évaluer les options qu’il nous reste, les possibilités réelles de la situation mais surtout de les traduire en propositions pratiques. A l’opposé d’une approche technocratique, il s’agit bien de continuer les luttes pour l’émancipation, la justice et la solidarité sans répéter les erreurs du passé mais en tenant compte du nouveau contexte écologique et technologique.

Contexte

Il est bien difficile de hiérarchiser les problèmes comme de faire une évaluation de leur gravité effective. L’extrémisme consistant à noircir le tableau est aussi irresponsable que les inconscients qui minimisent les risques. Tout miser sur le manque d’énergie, c’est n’avoir plus rien à dire si ce n’est pas l’énergie qui manque ! Bien sûr on ne peut avoir aucune certitude sur notre avenir mais on ne se situe pas ici dans l’hypothèse bien peu probable d’une fin catastrophique du capitalisme, qui en a vu d’autres, ni d’une pénurie énergétique générale, encore moins d’une régression aux stades pré-industriels ou pré-numériques auxquels certains voudraient croire.

Nous ne manquerons pas d’énergie, malgré ce que certains prétendent, sauf dans une période d’adaptation peut-être, mais l’énergie sera peut-être un peu plus chère. Cela pourrait participer à limiter les transports mais il le faudra surtout pour réduire les gaz à effet de serre et, à cet égard, il y a encore bien trop de pétrole et de charbon ! Répétons-le, s’il faut relocaliser l’économie, ce n’est pas seulement pour ces questions énergétiques, c’est pour des raisons écologiques bien plus larges !

La crise est loin d’être terminée et il est illusoire de s’imaginer que tout pourrait repartir comme avant. On ne reviendra pas aux années folles d’un capitalisme financier vivant sur le crédit et la spéculation, ce n’est pas pour autant la fin d’un système qui en a vu d’autres et repart d’autant mieux sur un champ de ruines. On assiste plutôt (de G8 en G20, etc.) au renforcement de la globalisation marchande et d’une sorte de gouvernement mondial qui est en formation surtout depuis l’effondrement du communisme (OMC, conférences sur le climat, TPI, etc). L’unification du monde n’est certes pas achevée, ce n’est pas la fin de l’histoire. Il y aura encore du chemin à parcourir et bien d’autres crises sans doute avant qu’on puisse compter sur une véritable gouvernance mondiale mais il serait déraisonnable de penser que la globalisation puisse ne pas être irréversible et qu’on revienne aux bons vieux Etats-Nations, taillés pour la guerre. On ne peut compter non plus sur une Europe, devenue ingérable, même pour protéger son "marché intérieur", les nations vidées de leur substance restant malgré tout les instances de redistribution par l’impôt.

Il n’y a ni écosocialisme dans un seul pays ni écosocialisme mondial à espérer, ce qui laisse bien peu d’espoir semble-t-il mais, si un autre monde est possible pourtant, c’est en partant du niveau local avec des circuits alternatifs, dans le cadre donc d’une économie plurielle, ce que certains pays d’Amérique latine commencent à comprendre. L’économie a toujours été plurielle, au moins une économie mixte combinant les sphères publiques, privées et familiales auxquels se sont ajoutées les associations, fondations et tout ce qu’on a regroupé sous le terme de "tiers secteur". Il s’agit d’y ajouter un niveau local soustrait au marché mondial, sans avoir besoin de barrières douanières ni vouloir abolir le marché.

L’économie plurielle implique qu’il n’y aura pas de disparition immédiate du capitalisme mais qu’il faut en organiser une sortie civilisée, c’est-à-dire progressive. En se concentrant sur la relocalisation, on ne s’attardera pas ici sur les transformation du capitalisme lui-même, qui devrait se cantonner à une industrie de plus en plus automatisée, ni à la nouvelle économie numérique qui se met en place, économie de valorisation (des travailleurs et de la gratuité numérique).

Bien sûr, même si on ne peut s’en passer, agriculture et industrie devront se reconvertir à des pratiques plus écologiquement soutenables, ce qui est un défi considérable. Les technologies numériques aussi consomment des ressources. Dès lors qu’elles sont généralisées, il faut absolument se préoccuper de leur soutenabilité mais elles font néanmoins partie de la solution plus que du problème, aussi bien en optimisant les régulations (énergétiques entre autres) qu’en dématérialisant une part de la production et des transports (il faudrait banaliser beaucoup plus télétravail, téléconférences, téléachats). Les réseaux numériques font certes parti des acteurs principaux de la mondialisation et de la déterritorialisation mais tout autant de la conscience écologique planétaire. Il ne faut pas négliger non plus leurs potentialités décentralisatrices, favorisant donc la relocalisation ainsi que la constitution de réseaux alternatifs. On ne va pas revenir en arrière et abolir l’informatique de la Terre entière ni les téléphones portables, pas plus que l’industrie ! C’est perdre son temps que d’entretenir de telles illusions. Pas d’autre choix que d’en tirer le meilleur parti, en évitant le pire.

Objectif

On peut regretter qu’André Gorz soit encore trop méconnu des écologistes eux-mêmes car non seulement il est à peu près le seul qui ait su dessiner les voies de l’alternative pour sortir du capitalisme, après l’échec d’une prétendue appropriation collective des moyens de production, mais surtout il avait su clarifier dès le début ce que devaient être les objectifs d’une véritable écologie-politique, ses enjeux politiques contre un catastrophisme qui nous dicterait sa loi. Dans son texte inaugural "Leur écologie et la nôtre", il prend le parti d’une écologie émancipatrice en opposition frontale aux tendances autoritaires, technocratiques ou marchandes de l’écologie, rejetant expertocratie, écofascisme, contrôle des populations aussi bien que société de marché. Il y a bien sûr des écologies de droite, qu’il faut combattre fermement !

L’objectif ne peut être de nous sauver à tout prix (notamment au prix de nos libertés), ni une société idéale avec une harmonie naturelle retrouvée encore moins une utopie totalitaire imposant un même mode de vie communautaire à tout le monde. Bien sûr, il faut encourager ceux qui veulent vivre de façon naturelle, au moins le rendre possible mais pas vouloir l’imposer à quiconque. L’objectif reste de rendre compatible la défense de notre autonomie avec les contraintes écologiques, de réduire autant que possible les consommations matérielles tout en améliorant notre qualité de vie. Ce n’est pas par des préceptes moraux, des réglementations, des rationnements, des taxes qu’on pourra changer fondamentalement nos consommations et le fonctionnement du système mais seulement grâce à un système de production relocalisé et plus adapté au travail immatériel, basé sur le développement humain, la pluralité des fins légitimes et le travail autonome. Ce n’est qu’en changeant la production et le travail lui-même qu’on peut changer la vie et l’essentiel de nos consommations.

C’est au nom de cet objectif d’une émancipation du travailleur d’un salariat productiviste, plus que d’une pression sur le consommateur, qu’André Gorz a pu dessiner des alternatives locales avec les principaux dispositifs de la relocalisation qu’il n’a certes pas inventés mais.seulement rassemblés (parfois après les avoir combattus comme le revenu garanti) dans "Misères du présent, richesse du possible" où il leur donne toute leur cohérence. C’est la leçon de toute une vie dédiée à l’écologie et l’analyse du travail mais qui intègre les derniers bouleversement de la production immatérielle. Venu aussi bien du marxisme que de l’existentialisme, il a réussi à donner une toute autre vision d’un écosocialisme à visage humain, basé sur le local et qu’on peut voir comme un retour de la fédération et des communes à l’ère du numérique mais qui s’incarne dans 3 dispositifs principaux : distribution, production, circulation.

Revenu garanti, coopératives municipales et monnaies locales

Le premier instrument de la relocalisation de l’économie, ce sont les monnaies locales. Bien sûr une monnaie locale ne peut être qu’une monnaie complémentaire à la devise européenne, ne pouvant avoir l’ambition d’être une monnaie unique, pas plus que la relocalisation ne peut signifier une impossible autarcie. La monnaie locale vise uniquement à favoriser les échanges de proximité permettant de soustraire les prestations locales à la TVA qui fonctionne alors comme droit de douane pour les importations marchandes. Cela n’empêche pas d’encourager aussi les échanges non marchands, tout ne doit pas être monétisé, mais les monnaies locales visent à s’étendre à une part significative de l’activité économique locale. Non seulement cela s’avérerait fort utile en cas de désordres monétaires (imminents) mais il ne saurait y avoir une relocalisation digne de ce nom sans monnaie locale, c’est le premier point (même si cela paraît surréaliste à l’heure de l’Euro) : pas de pouvoir économique (local) sans pouvoir monétaire !

Il ne s’agit pas de tomber dans un nouveau monétarisme ne se préoccupant que de la circulation, il faut s’occuper évidemment en priorité de la production elle-même. Le deuxième instrument de la relocalisation, c’est des coopératives municipales organisant les échanges de proximité et les coopérations locales. Leur fonction ne saurait se limiter aux échanges alors que leur rôle doit être de fournir des moyens de production, de réparation, de recyclage et d’être les véritables institutions du développement humain comme développement des compétences et de l’autonomie de chacun. On devrait y trouver des ateliers de fabrication, y compris avec les instruments numériques disponibles comme des imprimantes 3D qui peuvent favoriser l’auto-production et la fourniture de pièces détachées, entre autres. Inspiré de Murray Bookchin, le caractère municipal de ces coopératives constitue une propriété publique locale (comparable à une nationalisation), propriété collective nécessaire pour soustraire cette production locale au marché concurrentiel et à son productivisme. Sans une telle structure productive, la relocalisation resterait marginale, c’est donc un enjeu essentiel (mais difficile comme toute entreprise). Il faut que la municipalité s’y engage en la dotant des moyens nécessaires pour assurer ses missions.

Un système de production ne se limite pas à la circulation et la production mais se caractérise aussi par la distribution des revenus et la répartition des richesses. Pour qu’une majorité de travailleurs puissent se passer de trouver un emploi salarié dans des entreprises capitalistes mues par le seul profit, il faut qu’ils aient un revenu garanti, revenu assuré éventuellement par la coopérative municipale mais c’est là où le local n’est pas suffisant et doit bénéficier d’une solidarité nationale. Le localisme n’est pas le repli sur soi, ni la négation de nos appartenances à des ensembles plus larges, tout au contraire, ce qui s’exprime au niveau de la redistribution, des impôts, des services publics et des réseaux nationaux (sans parler de l’intégration au marché qui reste effective pour les produits industriels au moins). Même si coopérative municipale et monnaie locale paraissent encore très exotiques, leur mise ne place peut être assez rapide à un niveau strictement local, il n’en est pas de même du revenu garanti qui devra être obtenu au niveau national (voire européen ?), par des luttes sociales et politiques. C’est le point nodal de l’anti-productivisme sur lequel il faudrait porter nos revendications nationales car sans revenu garanti il ne peut y avoir de production non concurrentielle. Ce n’est pas un revenu destiné à la consommation passive de marchandises mais qui doit permettre travail autonome et production locale hors de la pression du marché, ceci afin de se substituer à une part de plus en plus grande de la production marchande (même si c’est une part seulement). Heureusement, et bien qu’elle rencontre toutes sortes de résistances, c’est une revendication qui progresse petit à petit au sein du mouvement social devant la montée de la précarité et de l’intermittence. Un revenu garanti suffisant est indispensable au moins pour améliorer le rapport de force salarial et pouvoir arrêter la dégradation du droit du travail en refusant des emplois sous-payés (ce serait un "revenu de résistance", le contraire du RSA !).

Ces mesures ne doivent pas être isolées : il ne suffit pas d’un revenu garanti s’il n’y a pas les structures de valorisation des compétences locales. Revenu garanti et coopératives municipales permettent de sortir du salariat et de passer du travail forcé au travail choisi ou travail autonome, brisant la dépendance entre producteur et consommateur, salariat et société de consommation (où la baise de consommation met le travailleur au chômage). De l’autre côté, coopératives et monnaies locales permettent de trouver des débouchés locaux à cette production locale en se soustrayant, en partie du moins, au marché global. Le revenu garanti ne peut être entièrement en monnaie locale puisque tout n’est pas produit localement mais il pourrait l’être pour un tiers peut-être ? En tout cas, ces dispositifs complémentaires dessinent un tout autre système de production, bien moins productiviste et plus écologique, recentré sur le développement de l’autonomie et la valorisation des compétences ainsi que le vivre ensemble et les rapports de face à face. Tout cela sans revenir en arrière pour autant, ni augmenter les contraintes mais en libérant au contraire les potentialités des individus et leur capacité d’initiative.

Le revenu garanti constitue le point faible de ces mesures indissociables mais en attendant qu’il devienne une revendication phare des mouvements sociaux, on peut s’appuyer sur les dispositifs existants (car le revenu garanti existe presque, même s’il est très insuffisant, éclaté en une multitude de prestations : retraite, chômage, maladie, allocations familiales, revenu minimum, formations, etc.). Plutôt que de rêver à des transformations radicales au niveau global, on peut dès maintenant créer des monnaies locales (avec le SOL) et des coopératives municipales pour mettre en place sans attendre de nouvelles pratiques dont on ne peut attendre des miracles mais qui pourront s’étendre assez rapidement quand elles auront fait leurs preuves.

On peut discuter pour savoir si ce serait assez radical et à la hauteur des défis du temps, c’est du moins par là qu’il faut commencer, la relocalisation étant indispensable de toutes façons et n’étant pas aussi utopique qu’il y paraît, beaucoup moins en tout cas que bien des projets sensés nous sortir magiquement de la crise économique, sociale, écologique. Il ne s’agit pas de tout relocaliser, répétons-le, mais seulement de briser la dépendance entre emploi et croissance ainsi que de revenir à une échelle humaine en donnant un cadre à une relocalisation de la production, au développement du travail autonome et des échanges de proximité (jardins bios, artisanat, réparations, formation, création, services, etc.). Ce n’est qu’un point de départ à partir duquel tout reste à faire, à inventer, à expérimenter. S’il s’agit bien de transformer activement notre environnement et de se réappropier notre vie, impossible de s’imaginer un monde parfait à ce niveau local. Le plus grand des réalismes est de mise avec nos voisins de la Commune, obligés de tenir compte de tous dans un renouveau de la démocratie de face à face (au lieu de rester dans l’entre-nous communautaire).

Après la sensibilisation et la propagande, il faudra bien passer à l’action, il y a urgence, et plutôt que se réfugier dans un extrémisme contre-productif, il faut se persuader que la relocalisation est l’urgence du moment, la seule façon de sortir du capitalisme et de changer le monde sans tomber dans la barbarie. Il est certain malgré tout que ces propositions paraissent trop utopiques, y compris la réactivation de la démocratie locale par quoi tout commence. Surtout, elles ne sont pas du tout dans la ligne des revendications actuelles. C’est le genre de solutions qui ne s’imposent, hélas, qu’une fois que toutes les autres prétendues solutions ont raté, tellement plus simples ou plus exaltantes que ce retour au réel, à la vie locale et aux rapports humains ordinaires ! Heureusement, il y a déjà un peu partout dans le monde quelques tentatives d’aller dans ce sens, comme les transition towns qui doivent être radicalisées, mais on n’est qu’au début d’une ère nouvelle qui a bien du mal à émerger et que la crise pourrait aider à naître, l’ère de l’information, de l’écologie et du développement humain où nous pourrons peut-être apprendre à réhabiter notre territoire et nous réapproprier notre travail comme notre propre vie.

(EcoRev’ no 33, Penser l’après capitalisme avec André Gorz)


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21 réactions à cet article    


  • plancherDesVaches 16 juillet 2009 12:24

    Légère incohérence... : vous voulez une gouvernance mondiale et une relocalisation.... ???
    La « mondialisation » est justement un énorme avantage pour les multinationales qui profitent à fond des différentiels de niveau de vie.
    Déjà au sein de l’Europe, les différences sont notables. Allez faire vos courses en Allemagne ou en Espagne, vous verrez....( mais bon : ça, c’est du truandage franchouillard)

    Relocaliser entraîne forcément une mutualisation locale de la production et de l’économie.
    (si si : une banque mutuelle, c’est possible. Mais les grands truands de la finance n’aiment pas ça. Ca ne leur rapporte pas)

    Peut-être que cette gentille crise nous forcera à mettre tout ça en place. De gré, ou de force.


    • lavabo 16 juillet 2009 13:34

      @ l’auteur
      excellent article.... juste un point je ne pense pas qu’on sortira du capitalisme, on passera d’un capitalisme sauvage à un capitalisme « raisonné ».

      @PDV
      Je ne pense pas qu’il y ait incohérence entre gouvernance mondiale et relocalisation. L’une serait politique et l’autre économique.


      • plancherDesVaches 16 juillet 2009 14:59

        « L’une serait politique et l’autre économique. »

        Ouais... vaut mieux lire ça que d’être aveugle.


      • Jean Zin Jean Zin 16 juillet 2009 17:09

        Non, la gouvernance mondiale est un fait, la relocalisation est à faire, pour équilibrer justement cette mondialisation. Par ailleurs, le jour où il y aura un véritable gouvernement mondial, ce qui n’est pas pour demain, un certain nombre d’effets pervers de la mondialisation pourraient être résolus (par harmonisation des droits) et le pillage de la planète pourrait être arrêté mais tout cela ce sont des voeux pieux pour l’instant. L’Europe effectivement ne fait qu’aggraver les choses. Il s’agit de savoir que faire dans ce contexte, sans prendre ses désirs pour la réalité car on ne peut faire ce qu’on veut, ça aussi c’est un fait !

        Quand à sortir du capitalisme, comme je le dis, ce n’est pas sa fin, il s’agit seulement de sortir le maximum de salariés de leur dépendance des entreprises capitalistes, ce qui est bien en sortir.


      • plancherDesVaches 16 juillet 2009 20:22

        « on ne peut pas faire ce que l’on veut... »

        Plus con, tu meurs.

        Bien sûr que l’on peut sortir de la merde dans laquelle le libéralisme nous a enfermé.

        Vous devriez arrêter d’être nul ou esclave, ça vous changerait.

        ET CECI sans devenir bêtement éleveur de chèvres dans le Larzac comme les imbéciles de 68. Mais simplement en refusant la quote part à verser au système financier, tout connement.


      • Jean Zin Jean Zin 16 juillet 2009 20:57

        C’est effectivement tout con !


      • franck2009 16 juillet 2009 13:39

        « La relocalisation n’a pas les inconvénients d’un protectionnisme national ou européen qui pour être en partie nécessaire ne peut aller trop loin désormais au risque d’attiser les conflits. On peut donc s’étonner qu’on ne parle pas plus de relocalisation alors qu’elle constitue une composante essentielle de la sortie de crise et devrait être centrale au moins dans les programmes écologistes »

        Voilà relocalisons avec les écologistes notamment, mais sans Cohn Bendit et son néo-libéralisme délocalisateur....

        Pareil pour les énergies renouvelables contre le nucléaire. Et le nucléaire contre les centrales à charbon.

        Aprés évitons tout de même la décroissance, car en période de crise déflationniste c’est peut-être un peu radical....ou tout simplement pas possible *


        • Jean Zin Jean Zin 16 juillet 2009 17:17

          Le mot d’ordre de la décroissance est trop simpliste et quantitatif mais il a l’avantage de souligner qu’il faudra réduire nos consommations matérielles (ce qui ne signifie pas forcément une décroissance du PIB, ce n’est pas la même chose que la dépression). La réduction des consommations ne peut s’obtenir qu’en changeant le travail pour un travail plus épanouissant et moins productiviste, donc en gagnant moins, sinon il y a « effet rebond » et la réduction d’une consommation entraîne une hausse d’un autre côté puisqu’il n’y a pas de destruction monétaire.


        • ffi ffi 16 juillet 2009 21:00

          Vous avez quelques idées, au GRIT. J’avais lu autrefois (et mis en contact avec ma région) le projet SOL. Je suis actuellement en démarche pour monter un Césam (centre solidaire art et métiers) qui va dans le sens de l’idée de coopérative municipale. Mais vu les investissements, je suis totalement dépendant des institutions pour ce faire. Il est vrai que l’idée (je l’ai eu il y a 5 ans) plaît.

          Il y aussi quelques aveuglements, je trouve.

          Un certain sens de la morale publique est à retrouver pour reconstruire la convivialité. Les gens restent enfermés les 3/4 du temps. En fait, il n’y a quasiment plus de société, Ce n’est pas bien de se soustraire autant à la vie sociale. La conséquence en est que les projets collectifs sont devenus impossibles. C’est pas aujourd’hui que pourrait être créé une caisse d’épargne ou bien les grandes coopératives du XIXème / XXème siècle : les gens ne se cotoient plus.

          Le capitalisme ne prend pas le chemin de s’éteindre. Au contraire. Les politiques actuelles consistent à donner toujours plus aux opérateurs privés. En tant qu’appropriation privée des moyens de production, le capitalisme s’intensifie.

          Et c’est précisément l’action des organisations internationales que de pousser dans le sens de cette politique (Europe, OMC, FMI, Banque mondiale). Vu la faune qui y règne, il n’y a qu’un renforcement des politiques actuelles à attendre.

          L’exemple de l’Afrique est tout-à-fait éloquent. Absence de souveraineté monétaire pour pouvoir utiliser le crédit productif afin d’organiser le développement sans être étouffé par l’usure des banquiers privés. Traité de libre-échange forcé et privatisation des services publiques suite aux renégociations de la dette par le FMI (« ajustement structurel »). Résultat : des milliers de migrants à l’assaut d’une Europe idéalisée où il se retrouvent perdus, piégés et les autres qui crèvent par million, les institutions internationales ayant obligés ces pays à développer un agriculture d’exportation ce qui y a provoqué une hausse des produits alimentaires insoutenable.

          Voilà l’exemple du chaos indescriptible dans lequel la politique de la gouvernance mondiale (dont les dirigeants sont choisis soigneusement) a plongé le monde contemporain.

          Une autre confusion notable, celle entre impérialisme et souveraineté de l’état-nation. C’est l’impérialisme d’une nation qui la pousse à se lancer dans des guerres d’appropriation. Voyez-donc le discours de Jules Ferry argumentant pour la colonisation (http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/Ferry1885.asp), en particulier les arguments économiques, vous verrez que c’est le libre-échange et la concurrence qui a mis la France dans la disposition de se lancer dans la constitution d’un empire colonial. Hitler a fait de même avec sa notion d’espace vital. Mussolini, lui, s’est empressé d’envahir l’Ethiopie...

          Vous faites donc la confusion, générale pour votre génération, dont le cerveau a été lavé au slogan, « le protectionnisme, c’est le nationalisme, c’est la guerre » entre l’impérialisme issu du libre-échange et de sa culture faite de la poursuite des intérêts personnels d’avec la souveraineté nationale soucieuse des intérêts mutuels, qui peut être pacifique, comme la Suisse le montre depuis 1510.

          D’ailleurs, les épisodes guerriers se multiplient-ils pas aujourd’hui, période de libre-échange total ? Connaître l’histoire, c’est reconnaître l’implication des élites financières et industrielles dans l’établissement du fascisme en Europe pendant les années 30, en partie causée par la peur du communisme afin de sauver les privilèges acquis. Le fascisme fut un colonialisme des élites sur une « populasse » juste considérée bonne à travailler plus et à se faire embrigadée.

          Autre aveuglement. Mieux vaux avoir une entreprise hyper-productive, hyper-efficace, qui produit au coût minimal autant que 25 autres peu productives et inefficaces, ne serait-ce qu’en terme de pollution. C’est à cela que pousse le concept de micro-entreprise actuel - ce qui revient à de la démerde à « l’Africaine ».
          Il ne faut donc surtout pas abandonner le concept de productivité, mais dans son estimation, prendre en compte les effets à long terme et engager une politique de qualité de très haut-niveau.

          Autre confusion, celle du protectionnisme et de l’isolationnisme. Le protectionnisme n’interdit pas le commerce, il lui met des règles, ce qui permet à la nation d’organiser son développement. Si elle veut développer un certain type d’entreprise, il lui suffit de protéger son marché intérieur, le gros du commerce se faisant par des accords internationaux sur des produits précis entre nations dans un esprit d’intérêt mutuel.

          Le crédit productif public et le protectionnisme ont permis de reconstruire la France en 15 ans, après la guerre. Suite à la destruction des infrastructures économique, c’est la seule solution.

          Mais encore une fois, je doute que telle soit la volonté des élites économique puisqu’elle ne veulent pas perdre les privilèges, issus du fruit du travail de nos aïeux qu’elles ont appropriés par contrats depuis parfois plusieurs siècles et déménagés récemment vers les paradis sociaux.


          • tchoo 16 juillet 2009 23:08

            Article trop théorique pour être honnête et un rien nébuleux pour faire savant.

            La solution serait un gouvernement mondial avec harmonisation des lois, des contraintes, des charges, des droits du travail etc.....etc.........
            tout cela en relocalisant ?

            mais encore .........................................


            • Di Girolamo 17 juillet 2009 07:48

              Nous sommes passés de sociétés localisées ,enracinées dans un espace , organisées autour d’un lieu ,à des sociétés « libérées » de ces contraintes et délocalisées. Découverte et exploitation du pétrole ,industrialisation , concentration agricole et urbaine ...Nous connaissons tout cela . Ces évolutions font aujourd’hui « système » : nous sommes structurellement ,culturellement, politiquement ...dans une logique : sur des rails .
              Penser global ,agir local c’est d’abord :« penser » et donc revendiquer une maîtrise politique ,se libérer .C’est une révolution ;et c’est une méthode.
               Il y a un gouffre entre la conception de l’activité politique comme régulatrice avale d’un système et la formule penser global,agir local qui revendique d’une part une prise de recul et compréhension globale du système et d’autre part , et à partir de cette compréhension ,un nouvel enracinnement : le lieu fondant à nouveau la société .
              On a là deux visions du monde inconciliables : une vision économiste de la vie , la terre est une marchandise , l’économie est le moteur , la politique corrige dans un sens ou l’autre ..et une vision d’un monde lieu de vie qu’il s’agit d’organiser et d’aménager collectivement.
              C’est l’échec du système « libéral de marché » (je ne sais pas trop comment le désigner) qui nous oblige à nous intéresser au « localisme » ...Mais passer d’un régime représentatif « d’experts » gérant en aval un système complètement perverti par les lobbys de tous poils à une démocratie participative« pensante », cherchant à faire le diagnostic global et à agir local ,c’est à dire organiser le local ,et ce en amont , en projettant ,en planifiant ,en construisant ensemble collectivement un avenir local durable ..... C’est complètement hors du champs de la compréhension et du désir de la plupart des mortels que nous sommes , qui faisons système et ne souhaitent pas nous en libérer .
              Pourtant refonder la société sur l’aménagement , l’organisation et la valorisation d’un « lieu », c’est à dire penser la planète autrement que comme une usine pourrait être source de riches innovations et d’un nouveau bonheur humain ; reste à mieux conceptualiser ce deuxième choix , cette sortie du système , à l’expérimenter localement et à proposer politiquement cette alternative d’une démocratie participative active reprenant le pouvoir amont : troisième voie entre communisme et capitalisme ....Chemin montant malaisé difficile ,ligne de crête étroite ..Mais quel autre choix ?
              A noter aussi que relocaliser c’est volontairement se redonner des limites physiques et géographique ,c’est se contraindre ,c’est accepter la réalité d’une planète finie ,c’est ne plus tricher ,c’est refuser le colonialisme , c’est faire là où on est avec ce qu’on a ..C’est un vari défi ! source d’innovations techniques .... C’est s’engager sur le chemin d’une recherche et développpement sociétal :penser global.


              • frédéric lyon 17 juillet 2009 08:04

                Et voici un autre professeur Nimbus, qui s’est affublé lui-même d’un CV ronflant, « philosophe », « économiste », « professeur » ou « créateur d’entreprises », qui nous invite à « sortir du capitalisme », à réformer le monde, la galaxie, l’univers et les univers parallèles et qui nous propose ses remèdes de charlatan et ses poudres de perlinpinpin.


                Agoravox s’honorerait en limitant la publication de pareilles niaiseries.

                Même si l’on peut comprendre que la liberté d’expression s’applique aussi à tous les toqués de France et de Navarre !

                • JL JL 17 juillet 2009 08:16

                  Au sujet de cet article signé par l’un des auteurs les plus intéressants d’Agoravox, Lyon écrit : « Agoravox s’honorerait en limitant la publication de pareilles niaiseries. »

                  Lyon a publié un seul article sous lequel le disert Morice a écrit : « Saluons une excellente analyse de Mr Lyon et qui n ’est  pas le lui et... qui date de... 1996 et qui figurait déjà dans un rapport de Dianne L. Smith  »

                  Conclusion : Lyon est un âne qui ne mérite pas qu’on s’intérresse à lui. Ce matin j’avais deux minutes à perdre ...


                • ZEN ZEN 17 juillet 2009 08:19

                  @ Lyon

                  Même si l’on peut comprendre que la liberté d’expression s’applique aussi à tous les toqués de France et de Navarre !

                  C’est pour cela qu’on vous laisse la parole...


                  • frédéric lyon 17 juillet 2009 08:23

                    Quand on parle du loup, on en voit la queue. Zen et JL n’ont pas mis longtemps à sortir du bois ! 


                    • ZEN ZEN 17 juillet 2009 09:50

                      Les loups adorent manger du Lyon...
                      Miam !...


                    • JL JL 17 juillet 2009 08:30

                      Bonjour Jean Zin, je vais relire ce texte, mais en attendant je voudrais évoquer un aspect qui me chagrine dans la période actuelle : je veux parler de la perte de nos savoirs faire et des brevets détenus par nos entreprises rachetées par des firmes étrangères. Ces problèmes de délocalisations-relocalisations peuvent-ils vraiment être traités indépendamment des aspects géopolitiques ? Que deviennent les Etats nations dans la mondialisation libérale ? Et que deviendront-ils dans une éventuelle post-mondialisation libérale ?

                      Aujourd’hui quand on remet en cause le « progrès » industriel on se fait traiter d’obscurantiste. En effet, le retour à l’ère de la bougie n’est plus possible, les ponts ayant été coupés avec la nature par la ruine de notre environnement. Je crains que, de la même façon, les ponts avec notre histoire nationale ne soient bientôt  définitivement coupés par cette mondialisation folle.


                      • Jean Zin Jean Zin 17 juillet 2009 12:04

                        Je n’y suis pour rien mais il me semble effectivement que les nations sont à peu près mortes même si leur fantôme nous hantera encore très longtemps. C’est une des raisons pour lesquelles il faut revenir au local. Cela ne veut pas dire qu’il faut baisser les bras au niveau national qui est le cadre des mouvements sociaux mais cela ne sera pas facile...


                      • Le péripate Le péripate 17 juillet 2009 08:36

                        Le poisson socialiste dans son bocal : et si on refaisait le monde, et si on refaisait le monde, et si on refaisait le monde, et si on refaisait le monde, et si.......


                        • JL JL 17 juillet 2009 18:01

                          Le péripate, vous avez une belle occasion de montrer votre attachement à la liberté, en vous prononçant contre la vaccination obligatoire, en ce moment sur l’article de Dugué. J’y ai fait un commentaire spécialement en pensant à vous.


                        • ZEN ZEN 17 juillet 2009 09:49

                          Et si Péripate avait besoin de soins pour radotage...

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