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Représenter la crise

Lors du festival d'Avignon, Lordon et Orléan ont participé à une conférence-débat avec cet intitulé. Ils font une description de ce qu'on appelle la crise (la crise est le terme générique de la description du présent, à toutes les époques modernes). Cette description est assez orthodoxe, ils la font avec un air atterré. D'ailleurs, Orléan participe d'un mouvement des « économistes atterrés ».

Ils évaluent qu'une bonne analyse économique ne peut rester dans ce qui leur semble être une science (rationnelle, c'est leur mot) et qu'ils doivent aussi tenir compte des affects, et là quoi de mieux que des artistes, ces grands spécialistes des affects. Ils n'envisagent pas de faire eux-mêmes une analyse des affects et encore moins de faire une analyse par les affects. Chacun chez soi. Mais on se parle.

Orléan défend l'idée que la valeur n'est pas intrinsèque (il dit consubstanciel) à l'objet mais qu'elle est un accord collectif, qu'elle est externe, extérieure à l'objet. Il suggère rapidement que cela s'applique à toutes choses et aux objets d'art... Il ne cite pas les théories économiques. Je ne crois pas qu'il se rende compte à quel point cette définition est un éloge du marché ! On reste cependant confondu quand il donne l'exemple du billet et de l'or. Il n'y a aucune valeur réelle dans le billet, selon lui. Encore si c'était de l'or ! Pourtant, la valeur prêtée à l'or est tout aussi imaginaire et collective que la valeur prêtée à des billets.

Ces deux économistes me semblent être des prédicateurs. Ils croient que la parole résoud les problèmes. Tout se passe comme s'ils croyaient que l'économie étant gouvernée par des accords collectifs irraisonnés, insensés, il suffisait de créer de nouveaux accords plus raisonnables pour que les problèmes fondent comme neige au soleil. Lordon fait un couplet sur le fait qu'il écrit des livres depuis longtemps sans avoir aucune influence sérieuse. Il montre par là involontairement le travail qu'il attend de ses idées dans la société en se désolant, avec humour et légèreté, ce qui est très agréable, du fait que ce travail ne « vienne » pas.

Ils ne développent aucunes réflexions sur la transformation des choses, les rapports de force, les chemins pour passer de ce qui est à autre chose plus satisfaisant, les étapes. Le peu de mots que dira Lordon sur cet apsect des choses portera, à la fin de la conférence-débat, sur la consommation : ceux qui en sont privés en réclament. Et on ne peut leur reprocher ! Lui-même a un écran plat chez lui » ! Que faire ? Rien. A part citer cette « contradiction » en fin de parcours. La marginaliser.

Sur le vote démocratique, Lordon répond, en substance : « Je vote si j'ai l'impression de pouvoir faire changer les choses. » Ex : pour les présidentielles, il a voté au premier tour et pas au second. C'est tout ou rien.

Quelqu'un demande si Lordon a des accointances avec je n'ai pas entendu quel think tank qui a l'air de défendre un point de vue très proche. C'est impossible, il y a Rocard dans ce groupe ou pas loin et Rocard est tout-de-même quelqu'un qui est responsable de la situation actuelle. Comme s'il disait : Nous, on parle, on ne touche à rien. On ne veut avoir affaire qu'aux saints comme nous.

Des questions ont porté sur l'intitulé du débat, qui n'a pas été franchement honoré : « représenter la crise ». Les réponses ont botté en touche : on a les artistes pour ça et on a collaboré avec certains pour certains spectacles, « 15% » par exemple. Certes. Ils l'avaient dit dès le début.

On aborde toujours l'économie du côté de l'explication (des mécanismes) ou de l'indignation... Lordon et Orléan nous présentent les deux en même temps : l'explication indignée. Mais quid de notre participation à tous à cette indignité ? Et quid des mécanismes pour en sortir ? Et de la volonté d'en sortir ? Et des rapports de forces ?

Tout se passe comme si Lordon et Orléan prenait la parole économique des économistes pour performative : comme si elle créait ce qu'elle prétend voir par un accord collectif à certaines options : les plus favorables aux puissants, qui, d'autre part, sont capables de comprendre cette parole. (Avec plainte légère de ne pas faire partie de ces économistes performatifs et suggestion que si cela arrivait les problèmes seraient résolus).

La critique queje fais de la gauche de la gauche a du mal à passer. C'est une critique de gauche. Alors qu'on a du mal à imaginer quelquechose à la gauche de la gauche de la gauche. Ma critique porte sur le travail potentiel d'un tel discours sur la marche du monde.

Une question vient du public : « Pourquoi ne pas décider que les produits dérivés ne valent rien ? » On est vraiment dans la pensée magique. Y'a qu'à décider que... Si tout le monde pensait comme nous, le monde irait beaucoup mieux. On fabrique de l'entre-soi, généreux et même, presque génial. C'est tout ou rien. Avec de telles représentations, c'est et ce sera toujours rien.


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7 réactions à cet article    


  • Leo Le Sage 17 août 2012 06:50

    @AUTEUR/Aurélien Péréol
    Vous auriez pu titrer « J’ai été atterré par ces tarés » que cela ne m’aurait pas choqué.
     smiley

    Boutade à part, vous avez parfaitement raison de souligner cet incapacité des soidisant spécialistes de coller avec la réalité.

    On dirait des post it... [le truc qui ne colle pas et qu’on met partout]
    Le tout ou rien voire le tout et tout de suite est devenue une véritable gangrène pour la société d’aujourd’hui.
    J’entends souvent des « il suffit de » « Y a qu’à »...
    Je finis toujours par demander : « Vous prendrez bien sa place non ? »
    La réponse est toujours la même « Euh non, je n’en serais pas capable »
    D’où mon interrogation du pourquoi de la critique gratuite dans ce cas ?

    Ces économistes ne veulent pas présenter de solutions parce qu’ils ne risquent pas de trouver de sérieuses à proposer.
    Ils savent bien que la puissance américaine peut toujours tout contrecarrer, ils savent aussi que l’euro est un mastodonte qui ne se laisse pas dompter.
    La seule solution est de changer de paradigme mais ne me demandez pas comment je sais pas...

    La culture française qui est contre l’echec permet-elle de favoriser la sortie d’une crise de quelque nature soit elle ?
    Dit autrement :
    Puisque en France l’echec est une horreur, peut on commencer à supputer qu’il y avait eu un échec et ensuite chercher des solutions pour remédier à cet échec officiellement impossible bien que réellement ce soit le cas ?
    Je vois pas...
    Ou alors je suis aveugle.

     
    Cordialement

    Leo Le Sage
    (Personne respectueuse de la différence et de la pluralité des idées)


    • Orélien Péréol Aurélien Péréol 17 août 2012 16:39

      Je ne suis pas atterré, et je ne trouve pas Orléan et Lordon tarés. Pas du tout. Je ne trouve pas non plus que ce soient des soi-disant spécialistes.

      Je partage leur discours à 90%.
      Ce que je dis, en substance, c’est que le savoir est un savoir pratique, sinon, il est une morale ou une religion, on compte les adeptes et on cherche à en augmenter le nombre.
      Et là ce n’est pas 10% manquant, c’est une autre vision du monde, du rôle et du travail du discours et de la pensée parmi les humains.


      Pour le reste, je ne partage pas du tout votre vision en termes de France, Amérique, euro, mastodonte...

    • Leo Le Sage 19 août 2012 00:41

      @AUTEUR/Par Aurélien Péréol (xxx.xxx.xxx.170) 17 août 16:39
      Vous dites : « Ce que je dis, en substance, c’est que le savoir est un savoir pratique, sinon, il est une morale ou une religion, on compte les adeptes et on cherche à en augmenter le nombre »
      Non mon bon monsieur, le savoir n’est pas seulement pratique je peux très bien considérer votre article comme étant un savoir comme un autre mais il serait très probablement d’aucune utilité pour la majorité...
      En ceci, il n’est pas pratique et donc selon votre hypothèse, il est forcément à ne pas classer dans la case : savoir pratique.
      Ce qui, je le répète, est totalement faux.
      Une croyance peut être pratique et je doute que pour vous cela soit du savoir pratique.

      A moins que vous nous définissiez vous même votre acception de ce mot ou précisément ce que signifie pour vous le savoir pratique ?
      Car oser refuter ce qui me paraît être une évidence est une chose plus qu’osée.

      Vous dites : « Pour le reste, je ne partage pas du tout votre vision en termes de France, Amérique, euro, mastodonte »
      Désolé mais il faudra développer sérieusement pour me prouver que je suis dans l’erreur.
      La France n’accepte pas l’echec, c’est un fait !
      Tous les spécialistes tentent de trouver des solutions pour y remédier...
      J’ai lu un papier sur le sujet il n’y a pas longtemps...
      Relisez bien mon dernier paragraphe qui est la réalité française que cela vous plaise ou non.
      Si vous n’êtes pas de mon avis alors orientez moi vers une lecture plus saine.
      Des liens internet car je ne veux pas d’autre chose puisque j’estime que nous sommes ici pour partager, donc pour informer les autres.

       
      Cordialement

      Leo Le Sage
      (Personne respectueuse de la différence et de la pluralité des idées)


    • katakakito 17 août 2012 08:44

      Cet article est un tissu de mauvaise foi, de raccourcis. Mais surtout l’auteur n’a même pas eu le courage de mettre le lien vers la vidéo de la conférence, car les gens sont des crétins qui ne sont pas capables de se rendre compte par eux-même.

      http://pierrebourdieuunhommage.blogspot.fr/2012/07/ecouter-frederic-lordon-et-andre-orlean.html


      • Orélien Péréol Aurélien Péréol 17 août 2012 17:30

        Voilà un commentaire qui a nécessité beaucoup d’efforts pour creuser dans le contexte global.


        Je suis en vacances avec un liaison wi-fi pas terrible...

        Quant à la dernière phrase : « les gens sont des crétins qui ne sont pas capables de se rendre compte par eux-mêmes » on pourrait aussi l’appliquer aux « pédagogues » Lordon et Orléan.

      • Philippe MEONI Philippe MEONI 17 août 2012 12:02

        Vous faites l’erreur de politiser le discours des « économistes atterrés »... Leur but n’est que pédagogique et ne donnent aucune solution, simplement les pistes pour une réflexion hors carcan des lieux communs admis et propagés par une autre communauté « scientifique » qui s’épanche dans les médias « officiels »...
        Vous voyez là un postulat qui n’existe pas et vous invite à reprendre l’ensemble des publications de Lordon pour vous en rendre compte par vous même... Dans l’alchimie de cette crise, on ne peut se contenter d’émettre un jugement et encore moins en faire un article sur des extraits sortis d’un contexte global...
        Mais bien entendu, creuser dans le contexte global nécessite quelque effort qui n’est peut être pas à la portée de tous ?


        • Orélien Péréol Aurélien Péréol 17 août 2012 17:20

          Je vous remercie de me dire mon erreur et je vais la corriger de suite (je blague).

          Je ne partage pas votre idée qu’économie et politique seraient étanches et que les mêler serait une erreur.
          Tout au contraire, je dis le travail politique de ce que je vois et entends, y compris dans lms critiques de spectacles.
          Nous ne sommes pas d’accord. Si vous le voulez bien, je préfère épistémè à postulat, parce que le postulat est conscient et l’épitémè pas toujours.
          L’épistémè que je vois et que j’écris est bien là. Elle existe bien dans le discours de Lordon et Orléan.

          Quant à votre dernière phrase, dans laquelle vous considérez qu’il me manque certaines capacités, que vous avez très certainement pour pouvoir me dire aussi directement ce manque, cette phrase, selon moi, me donne raison : vous êtes dans l’entre-soi, la croyance, et vous jetez l’anathème sur ceux qui présentent une vision dérangeante.

          C’est précisément ce que je critique et qui est au coeur, selon moi, de ce type d discours.

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