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Accueil du site > Actualités > Economie > Salaire maximum : des patrons moins bien payés pour des entreprises moins (...)

Salaire maximum : des patrons moins bien payés pour des entreprises moins compétitives ? Pas forcément

Alors qu’en Suisse l’hypothèse de la création du salaire minimum le plus élevé du monde faisait débat il y a quelques semaines, avant d’être balayée par référendum, l’instauration d’un salaire maximum est elle aussi de plus en plus discutée. Une solution également envisagée ailleurs dans le monde, notamment en France.

Des inégalités en hausse constante

A en croire le dernier rapport en date du High Pay Center, publié mi-juillet, entre le début des années 1980 et 2012, le revenu annuel moyen des PDG des cent entreprises britanniques les mieux capitalisées à la bourse de Londres est passé de 200 000 livres à 4,3 millions de livres. Si, il y a 30 ans, ces grands patrons gagnaient environ 20 fois plus que la moyenne des travailleurs britanniques, en 2012 c’est 160 fois plus.

Aux Etats-Unis, les rémunérations des PDG des grands groupes sont passées de 20 fois le salaire ouvrier moyen en 1980 à 85 fois en 1990 et… 531 fois en 2000. Des données édifiantes, alors que l’accroissement des inégalités en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, mais aussi en France, résulte essentiellement de l’augmentation beaucoup plus rapide que la moyenne des 1% des plus hauts revenus.

D’où une question, pertinente, alors que le sujet de l’instauration d’un salaire minimum est sur toutes les lèvres : et si on réfléchissait aussi à la création d’un salaire maximum ? En Suisse, où l’on se creuse décidément beaucoup la cervelle avec ces histoires de salaires, on a encore une fois soumis l’idée à un référendum. C’était en novembre 2013, et le projet proposait de limiter le salaire des patrons à douze fois le salaire le plus bas de leur entreprise. 65 % des Suisses ont rejeté cette option, ce qui fait tout de même 35 % de personnes favorables à l’instauration d’un salaire plafond. Pas si mal.

La même idée avait été défendue par le Front de gauche en 2012. Il proposait alors, par la voix de Jean-Luc Mélanchon, de limiter le salaire des patrons à 20 fois le salaire le plus bas de leur entreprise. Avant lui, au début des années 80, Georges Marchais, emblématique Secrétaire Général du Parti Communiste, s’illustrait déjà par ses prises de position radicales sur la question, affirmant au micro de Jean-Pierre Elkabbach : « Au-dessus de 40 000 francs, je prends tout ! ». A bien y regarder, l’idée même d’un salaire maximum remonte à la nuit des temps. Au Ve siècle avant JC, Platon estimait qu’il appartenait au législateur d’ « établir quelles sont les limites acceptables à la richesse et à la pauvreté », et proposait un rapport, ambitieux, de 1 à 4.

Les estimations de Platon, il y a 2 millénaires et demi, n’ont pas tant bougé. En 1998, Thomas Piketty demandait aux Français quels devraient être selon eux les revenus mensuels respectifs d’un cadre supérieur d’une grande entreprise et d’une caissière de supermarché. Réponses : 27 300 francs pour le premier, 7 477 francs pour la seconde, soit un rapport de 1 à 3,6 – alors que l’écart réel de ces deux catégories était, à l’époque, au moins de 1 à 9.

Le salaire maximum, pas forcément démotivant – le cas Henri Proglio

Les enquêtes d’opinion publiées sur le sujet l’affirment régulièrement, plus de 80 % des Français estiment que les inégalités sont trop fortes dans notre pays. Oui mais voilà, si le sujet de l’instauration d’un plafond des salaires joue l’Arlésienne depuis plus de 2 000 ans, ce n’est pas tout à fait un hasard. Délicat à mettre en œuvre, il est l’objet de nombreuses critiques. Première d’entre elles, la réduction de l’incitation à innover qu’entrainerait une telle politique. Autrement dit, des employés hautement qualifiés moins bien payés seraient moins motivés et, par ricochet, rendraient l’entreprise dans laquelle ils évoluent moins compétitive.

Pour vérifier l’exactitude de cette proposition, rien de tel que de la confronter aux faits. Dans l’actualité, un exemple illustre bien son ineptie. PDG d’EDF, Henri Proglio vient d’officialiser sa candidature à un second mandat. Pourtant, si sa rémunération en 2013 n’avait rien de chiche, avec 450 000 euros empochés, l’homme était en queue de peloton du classement des patrons les mieux payés : 111e sur 124.

Entre 2012 et 2013, son salaire a été divisé par trois. 450 000 euros, ça paraît énorme, c’est pourtant dérisoire au regard de ce à quoi il pourrait prétendre en passant dans le privé. Dérisoire à côté de la rémunération moyenne d’un patron du CAC 40 (2,3 millions d’euros/an) et de celle de Maurice Lévy (4,8 millions d’euros/an), équivalente à 357 fois le smic annuel. Dérisoire, enfin, comparé à la rémunération en 2013 de Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez, autre fleuron français de l'énergie (2,2 millions d'euros). 

Voilà donc un homme dont le salaire a été divisé par trois en un an, et qui en redemande pourtant. Une simple planque, la direction d’EDF ? Pas vraiment. En même temps que son souhait de briguer un second mandat, Proglio a communiqué sur les résultats de l’électricien lors du premier semestre 2014. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : un résultat net ayant bondi de 8,3 %, un titre en hausse de 2,79 % à la Bourse de Paris. Bref, Proglio n’a pas chômé, et semble plus motivé que jamais : « J’aime mon travail, ma mission me passionne, j’ai envie de poursuivre » confiait-t-il à qui voulait bien l’entendre lors de la publication des résultats d’EDF, jeudi 31 juillet.

Le cas Proglio est intéressant, puisqu’il montre que la diminution drastique du salaire d’un patron n’est pas corrélée à celle de sa motivation pour la mission qui lui incombe. Le plafonnement à 450 000 euros annuels du salaire des dirigeants d’entreprises publiques est une des seules promesses électorales concernant la limitation des rémunérations les plus élevées que François Hollande a tenues. Las, les autres sont passées à la trappe : taxe à 75 % sur les plus hauts salaires, fin des stock-options, limitation des bonus, etc. Le plafonnement du plus haut revenu d’une entreprise à un multiple du revenu le plus bas aurait pourtant du bon pour notre économie, puisqu’en liant salaire maximal et minimal, on inciterait les patrons à défendre des salaires minimaux plus élevés. CQFD. 


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13 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 6 août 2014 13:56

    À l’auteur :

    L’instauration d’un salaire maximum n’améliorera en rien les salaires minimaux.

    Depuis la fin des Trente Glorieuses, vers 1975, soit depuis 39 ans, nous avons dû nous accommoder du chômage massif.
    Il serait peut-être enfin temps de remettre en question notre paradigme sur le « Plein-Emploi » qui est devenu une sorte d’Arlésienne...
    Sans doute faut-il adopter un nouveau paradigme en la matière qui éradiquerait définitivement le concept même de chômage.

    ¿ Et si les Français(es) adoptaient un 
    paradigme SOCIO-ÉCONOMIQUE réellement innovant et véritablement progressiste ?

    Cependant, a
    u
    Revenu de Base financé par la Fiscalité, sans Refondation du Capitalisme
    on peut préférer le
    Dividende Universel financé par l’Épargne, avec Refondation du Capitalisme.
    ​​
    Refondation du Capitalisme & Instauration d’un Dividende Universel financées ​par l’Épargne.

    Lire, SVP :
    Refondation du Capitalisme & Dividende Universel
    ou/et
    http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/3/40/ ... cerite.pdf

    RÉSUMÉ :

    Le Parti Capitaliste Français ( PCF ) propose une synthèse socio-économique permettant d’instaurer une authentique compatibilité entre compétitivité et cohésion sociale ; entre compétitivité et solidarité.

    Ce projet de « Refondation du Capitalisme et de création d’un Dividende Universel » se compose d’un Objectif Principal et de deux Objectifs Spécifiques qui découlent de l’objectif principal.

    Objectif Principal :
    Acquisition Citoyenne & Collective du Pouvoir Économique
    Par un effort préalable d’épargne soutenu, les « démunis » (par opposition aux « nantis ») acquerront collectivement des actions du capital des entreprises du secteur marchand, banques incluses.
    Cette participation au capital pourra être minoritaire (minorité de blocage) ou majoritaire.

    Objectifs Spécifiques :
    I)
    Transformer le « capitalisme ordinaire » en un véritable Capitalisme Écologique, Anthropocentrique, Philanthropique et Équitable.
    Les représentants des « démunis », démocratiquement élus, géreront ce patrimoine financier de manière à infléchir Recherche, Développement, Production & Commercialisation des entreprises contrôlées : Refondation du Capitalisme.

    II)
    Faire bénéficier chaque citoyen, même mineur, d’un Dividende Universel évolutif qui, de facto,éradiquera définitivement le concept même de chômage ainsi que celui de la « lutte des classes ».

    II.1)
    À terme, les profits des entreprises sous contrôle des « démunis » seront partiellement distribués à l’ensemble des « démunis » sous forme de Dividende Universel.

    II.2)
    a) Ceux qui le souhaiteraient pourraient s’arrêter de travailler et se satisfaire du Dividende Universel.
    b) Ceux qui souhaiteraient gagner plus que le seul Dividende Universel pourraient travailler dans l’économie marchande et, éventuellement, y gagner des rémunérations faramineuses sans plus jamais être accusés d’exploiter qui que ce soit.

    II.3)
    Si plus personne ne souhaitait travailler dans l’économie marchande, celle-ci s’effondrerait totalement et, avec elle, le patrimoine accumulé des « démunis » deviendrait stérile et interdirait le bénéfice du Dividende Universel (Auto-régulation automatique : Activité économique / Dividende Universel).
    ​On n’ose imaginer que l’Humanité serait si stupide pour se lancer dans cette dernière voie suicidaire ! ! !​



    • Le421 Le421 7 août 2014 09:15

      Solidarité ?? Vous avez écrit « solidarité » !!
      Il y a bien longtemps que ce mot a été rayé du Petit Larousse et remplacé par « assistanat »...
      Le mot à la mode.

      Les politiques de ces dernières années ont ancré définitivement dans le crâne des citoyens le système du « chacun pour sa gueule, les autres peuvent crever ».
      Avec le résultat que l’on constate !!


    • sylvie 6 août 2014 14:36

      labrès, le but n’est pas d’améliorer les salaires « d’en bas » mais l’équité, vous connaissez ?


      • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 6 août 2014 18:57

        Par sylvie (---.---.---.218) 6 août 14:36

        Je comprends.
        Et ce serait d’autant mieux si, vous, vous compreniez ce que vous lisez ! ! ! ...


      • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 6 août 2014 19:15

        Par sylvie (---.---.---.218) 6 août 14:36

        Partant du principe que je parle des salaires minimaux et des salaires maximaux...


      • foufouille foufouille 6 août 2014 14:51

        Proglio est un super exemple : de nombreux amis de ploutocrates ont été embauché par EDF


        • foufouille foufouille 6 août 2014 14:54

          http://www.marianne.net/Henri-Proglio-le-Pole-emploi-des-fils-a-papa_a227499.html

          « Rachida Dati, à laquelle on prêta une longue idylle avec le PDG ? « C’est grâce au concours de son ami Henri Proglio, le patron de Veolia, que j’ai obtenu un boulot », confessait en 2009 son frère Jamal dans un livre d’entretiens. Une technique bien rodée : au siège du groupe, on estime à « sept ou huit » le nombre de frangins et sœurettes de l’ancienne garde des Sceaux qui émargeraient encore dans les effectifs ! Genève pour Jamila, Singapour pour Noura... La fratrie de l’actuelle candidate aux primaires UMP pour la Mairie de Paris a vu du pays. Après Chicago, Baltimore et Hongkong (décidément...), Najat, la benjamine, diplômée de Dauphine, ne travaille plus pour Veolia. Elle s’est installée à Londres il y a deux ans. Pour y faire quoi ? Du trading de matières premières. Mais pas n’importe où : dans la filiale d’EDF dédiée à ce business. On ne change pas un réseau qui gagne. »


          • fcpgismo fcpgismo 7 août 2014 08:46

            Comme il y a un salaire minimum il est impératif qu’il y ait son contraire un salaire maximum mais pour ma part je rajouterai :

            Le revenu de base pour tous.
            Le maximum serait de cinq fois le minimum mais étendu à toute forme de revenus ou rente.
            Abolition de l’héritage et de la propriété privée.
            Égalité Fraternité Sobriété matérielle.seraient les devises de la République.

            • gogoRat gogoRat 7 août 2014 15:22

              Petits joueurs ! Y compris Elkabbach : « Au-dessus de 40 000 francs, je prends tout ! »

               La solution la plus efficace, la plus logique et la plus simple pour instaurer un salaire maximum, donc une limitation de l’échelle des salaire, c’est de devenir honnêtes, et de tenir les promesses que l’on prétend honorer, à savoir : une (rélle) progressivité de l’impôt !

               J"avais essayé d’expliquer cela dans le seul article que j’ai présenté sur ce forum ...
               mais peut-être que les choses les plus évidentes sont les plus difficiles à accepter, car elles obligeraient à remettre en question trop de faussetés institutionnalisées et passées dans les moeurs ...
               La Boetie ne disait-il pas que c’est la force de l’habitude qui conduit à la servitude volontaire ?


              • Xenozoid Xenozoid 7 août 2014 15:24

                la boetie avais surtout voulus dire que la servitude n’est pas un choix


              • gogoRat gogoRat 7 août 2014 18:24

                citations de http://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_de_la_servitude_volontaire :
                 * ...« Mais la principale raison est qu’une partie de la population se met au service de la tyrannie par cupidité et désir d’honneurs. »
                ... « Ce sont donc les courtisans qui se font les complices de la tyrannie, perdant du même coup leur propre liberté. »
                * ...« Pour sortir de cette domination il faut sortir de l’habitude. »
                ____

                citations de http://www.singulier.eu/textes/reference/texte/pdf/servitude.pdf :
                * « 

                Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes,
                tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qu
                i n’a de puis
                -
                sance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien
                l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que
                 Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes,
                tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qu
                i n’a de puis
                -
                sance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien
                l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que
                 tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire »

                * ... Mais l’habitude, qui exerce en toutes chosesun si grand pouvoir sur nous, a surtout celui de nous apprendre à servir [...] de nous apprendre à avaler

                le venin de la
                servitude sans le trouver amer."

              • rocla+ rocla+ 8 août 2014 10:37

                Si on ne peut empêcher un homme de rester pauvre pourquoi faudrait il 

                empêcher le même homme d’ être riche ? 

                Sur quelle base un pauvre dicterait sa loi ?



                • zygzornifle zygzornifle 8 août 2014 11:14

                  En France......Faut pas rêver ..... 

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Guillaume


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