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Sale temps pour le FMI et la Banque mondiale

Paul Wolfowitz, président de la Banque mondiale, secoué par un scandale. Hugo Chavez, président du Venezuela, annonce son intention de retirer son pays du FMI et de la Banque mondiale. L’ère de la toute-puissance des institutions de Bretton Woods est-elle finie ? Serait-ce un bien pour les pays pauvres ?

Tout pouvoir a une fin. Devenus incontournables grâce à la mode des « programmes d’ajustement structurel », sous fond de fin de guerre froide et de soumission de tous les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux à leurs analyses, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale étaient craints dans les palais présidentiels, les ministères des Finances et toutes les administrations financières des pays en développement. Grands prêtres de la bonne gouvernance, ses représentants-résidents et ses chargés de mission étaient révérés. Ils pouvaient faire sombrer les économies, les pays et les régimes. Ils étaient l’alpha et l’oméga.

Mais ces dernières années, les choses sont en train de changer. Les deux vénérables institutions ploient sous le poids des critiques et redoutent leur marginalisation.

La fronde est venue de l’intérieur. Notamment quand Joseph E. Stiglitz, ancien vice-président de la Banque mondiale, a publié, en 2002 son livre La Grande Désillusion, après avoir démissionné avec fracas. Dans son ouvrage, Stiglitz stigmatisait l’arrogance des « missionnaires » de ces institutions, qui portaient un regard condescendant sur les pays-clients du Sud et qui voulaient avoir raison même quand ils avaient tort. Il dénonçait, en gros, une technostructure irresponsable.

Les bouleversements de la mondialisation ont fait le reste. Se détachant des règles du FMI, la Chine, qui veut se positionner en puissance mondiale alternative et mobiliser les matières premières nécessaires à son expansion, s’est libérée des contraintes du FMI et a décidé de faire des prêts avantageux aux pays en développement, et différents types de business - on a ainsi vu la notion de « troc » revenir.

Isolés par le FMI et la Banque mondiale, certains pays ont testé la capacité de mobilisation de l’épargne intérieure, et en ont été édifiés. En Côte d’Ivoire par exemple, l’Etat lance un emprunt obligataire par appel public à l’épargne tous les ans, et récolte facilement ce qu’il attend - cette année, l’emprunt s’élève à 30 milliards, et le taux d’intérêt est de 6% sur trois ans.

Dans ce contexte, la révélation des malversations de Paul Wolfowitz, figure néoconservatrice américaine et actuel président de la Banque mondiale, vient comme le coup de grâce. Hugo Chavez, le président vénézuelien, n’a pas boudé son plaisir : il a annoncé, lundi dernier, le retrait de son pays du FMI et de la Banque mondiale. « Je veux formaliser la sortie du Vénézuela de la Banque mondiale et du FMI (...) Qu’on nous rende nos sous avant qu’ils nous les piquent, car ils sont en crise, le FMI n’a pas de quoi payer les salaires (de ses fonctionnaires, ndlr) ». Les pays d’Amérique latine ont déjà un système de financement alternatif...

Et l’Afrique ? Certes, le président ivoirien Laurent Gbagbo a évoqué, dans une interview au mensuel New African, l’idée de création d’un Fonds africain de solidarité, alimenté par des taxations sur les hydrocarbures notamment, pour financer « les grands projets » pensés par le continent. Mais la méfiance au sein du « syndicat des chefs d’Etat », les limites intellectuelles objectives et l’absence de vision de certains présidents africains, la tendance à ne considérer comme contrainte que ce qui vient de l’Occident peuvent ralentir un projet qui, de toute façon, n’est pas encore vraiment « sur le marché ».

De plus, quand on entend les ricanements de plaisir venus de Brazzaville, capitale congolaise championne de la mauvaise gouvernance, suite aux déconvenues de Wolfowitz, il y a de quoi être glacé. Il y a de bonnes et de mauvaises raisons d’en vouloir au FMI et à la Banque mondiale. On peut contester leur autisme, leur rigidité dogmatique qui les pousse à demander aux gouvernements d’affamer leurs peuples, leur manière incroyable de ne financer que les projets entrant dans les stratégies d’approvisionnement des grandes puissances - le pipe-line Doba-Kribi plutôt qu’un vaste projet d’irrigation ou de chemin de fer, par exemple. Mais on ne peut pas se révolter sournoisement contre le principe d’une utilisation honnête de l’argent du contribuable africain, ainsi que le fait un Denis Sassou N’Guesso kleptocrate et inconscient.


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17 réactions à cet article    


  • aquad69 3 mai 2007 11:17

    Bonjour Théophile,

    perte de vitesse du FMI et de la Banque Mondiale ? Excellente nouvelle, mais seulement si les économies du Tiers-Monde trouvent d’autres sources de financements qui soient fiables et qui leur permettent de rester autonomes ; il ne faudrait pas trop rêver...

    Je crois, quand à moi, que ces péripéties sont plus des symptômes que des causes : elles sont le signe d’une continuation de l’érosion de la structure occidentale moderne.

    C’est peut-être à court terme plus inquiétant que rassurant : celà peut mener au développement des tendances les plus radicales et les plus belliciste de ce monde occidental ; il ne faudrait pas s’imaginer qu’il acceptera de perdre sa prédominance sans tout essayer pour l’éviter, et la guerre peut devenir son dernier moyen de fuite en avant pour éviter de tomber.

    Les dix prochaines années paraissent dangereuses...

    Quoiqu’il en soit, on ne peut que constater que les seuls pays non occidentaux à avoir réussi à percer en matière d’économie, essentiellement le Japon, les « petits dragons », et maintenant la Chine, sont ceux qui se sont appliqué des préceptes de développement diamétralement opposés à ceux prônés et imposés par le FMI aux gouvernements trop faibles pour y résister.

    La morale de l’histoire, c’est que les pays en émergence, en particulier africains, devraient avant tout suivre une politique d’autonomie vivrière et de production, et conserver un minimum de protectionnisme pour éviter de tout sacrifier à l’exportation ; mais seule une solidarité et une entente commune pourrait leur en donner les moyens.

    Et ils devraient aussi se méfier de leurs milieux gouvernants, « noirs dehors et blancs dedans » selon l’expression de Mme Aminata Traoré, trop influencés par leur formation et leurs études dans les universités occidentales...

    Cordialement Thierry


    • Internaute Internaute 3 mai 2007 15:35

      @Aquad69

      Je partage votre point de vue quand vous écrivez « La morale de l’histoire, c’est que les pays en émergence, en particulier africains, devraient avant tout suivre une politique d’autonomie vivrière et de production, et conserver un minimum de protectionnisme pour éviter de tout sacrifier à l’exportation... »

      Ce principe de bonne gestion s’applique aussi aux pays non émergents, comme les nôtres. Le mercantilisme international ne doit être qu’un commerce de complément. Il induit des dépenses entre les nations et leur enlève tout possibilité d’autonomie, donc de développment. C’est vrai pour le Congo comme pour la France bien que dans des régistres différents.


    • aquad69 3 mai 2007 16:53

      Absolument d’accord avec vous ; mais, curieusement, c’est une chose qui n’est pas « politically correct » aujourd’hui, et qui ne saurait être abordé dans un débat électoral...

      Thierry


    • Bill Bill 3 mai 2007 11:50

      Bravo, très bon sujet, très bien traité ! Je me réjouis pour ma part que le FMI subisse des petits revers comme celui-là, et il ne me semble pas qu’il soit si utile, d’autant (mais c’est peut-être un préjugé de ma part) qu’il me semble un peu à la botte des USA...

      Bill


      • L'enfoiré L’enfoiré 3 mai 2007 12:28

        Bonjour,

        « Faites ce que je dis, pas ce que je fais », est la devise à placer ici. Quand on a placé le poulain de Bush à la tête du FMI, ce monsieur n’avait aucune expérience dans le domaine. « Bombardé », comment pouvait-il espérer un jour assumer le rôle du FMI qui quand on regarde les statuts, il s’agit d’aider les pays pauvres à se redresser. Quand l’argent est la raison de vivre, comment pense-t-on le partager ? Sinon avec des « intérets » personnels bien précis. Ceux-ci étaient connus, parait-il, dès le début et il s’en défend de la sorte. La « jolie personne » qui tourne les têtes ne créait pas de souci à condition qu’on n’introduit pas de nouvelles règles du jeux d’éthiques. Maintenant que le bouchon est tiré, il faut boire la tasse, pardon le verre de cristal. Les bulles du champagne sont là. smiley


        • L'enfoiré L’enfoiré 3 mai 2007 12:29

          J’oubliais, Chavez retire ses billes. Sera-t-il le seul ?


        • Internaute Internaute 3 mai 2007 15:41

          Petite mise au point. Il s’agit de la Banque Mondiale et pas du FMI. La Banque Mondiale mélange l’aide et la « morale » vue selon l’angle du pouvoir mondial, tandis que le FMI n’est qu’une froide mutuelle pour combler les trous de trésorerie des pays membres. Par exemple, la Banque Mondiale finance des campagnes à grande échelle de stérilisation des femmes et se fixe comme cela des objectifs sur ce qui est bon pour le futur ou mauvais pour le futur de l’humanité.


        • L'enfoiré L’enfoiré 3 mai 2007 18:46

          @L’internaute,

          Merci pour la correction. Tout a fait d’accord. Hugo Chavez les a mis dans le même sac aussi en les virant de ses « copains ». smiley


        • Leonard 3 mai 2007 17:11

          On peut se rejouir de ces pertes de vitesse meme si ce n’est pas du tout mon avis. Cela va tout a fait dans le sens de ceux qui vont a l’encontre de la « mondialisation ». Nerf les us ! El Che come back ! Bove aux creneaux !

          Cepenant, si la banque mondiale en vient a deposer le bilan, c’est toute l’economie occidentale qui tombe. Si cela se produit, tous les gouvernements europeens et us seront en cessation de payement. Imaginez vous vous retrouver dans la meme situation financiere que par exemple la Palestine ? Avec nos 22 milions de fonctionnaires a nourrir on aura l’air fin !

          Si la banque mondiale vient a ne plus avoir de fond, elle exigera de ses emprunteurs d’etre rembourser : 2000 milliards d’euro qu’on lui doit rien que pour la france ! Et les gouvernements en devenir ne planifient toujours pas de faire un quelconque remboursement mais plutot d’emprunter toujours un peu plus. Bref c’est pas bon pour nous !

          Le FMI, sur c’est pas cool pour les petites monnaies mais ca nous arrange de garder nos deniers occidentaux a un ratio superieur qu’a la « monnaie de singe » des pays africains. Ca fait du cafe et des bananes moins cheres. Cependant si le FMI perd sa cotation des petites monnaies que va devenir les taux d’echanges entre les monnaies ? Va t on avoir le kg de cafe a 50euro ? Ben c’est ce qu’on pourrait envisager avec la sortie du FMI de ces monnaies justement.

          Tous ces organismes sont bases sur des evaluations statistiques des monnaies incluant les deficites, emprunts, inflation, production, exportation et tout le bazar. Cependant il faut chercher un peu plus loin les fondations : La quantite d’or detenu par les etats garant de la stabilite de ces institutions. Cela fait bien longtemps que les monnaies se rient du court de l’or pour s’evaluer elle meme comme la corruption et la politique le veulent (Cf : crash 1929). Donc si on doit en revenir a la quantite d’or ou marchande detenue par les pays pour en evaluer la force de leur monnaie .. ben on est tres mal.

          Si la banque mondiale ou le fmi frissone et on devrait rapidement d’enrhumer.


          • ExSam 3 mai 2007 17:13

            Mais on ne peut pas se révolter sournoisement contre le principe d’une utilisation honnête de l’argent du contribuable africain, ainsi que le fait un Denis Sassou N’Guesso kleptocrate et inconscient.

            La dénonciation des manoeuvres autocratiques et de l’avidité d’un Wolfowitcz, faucon et vrai petit aristocrate qui va se barrer après avoir filé une montagne d’argent à sa femme sous un prétexte des plus fumeux, me semble très bien, comme la critique illustrée par des exemples, de la politique d’ajustement structurel.

            Mais je ne comprends pas ce que tu veux dire dans cette dernière phrase, et je n’ai pas vu ce qu’avait fait N’Guesso dans ton article...


            • Théophile Kouamouo Théophile Kouamouo 3 mai 2007 22:13

              Sassou N’Guesso, le président du Congo, détourne chaque année plusieurs dizaines de millions d’euros des recettes pétrolières de son pays, comme le démontre magistralement Xavier Harel dans son livre « Afrique, pillage à huis clos ».


            • lyago2003 lyago2003 3 mai 2007 20:31

              Wolfowitcz, à eût au moins l’intelligence de payer sa maîtresse alors qu’un certain Clinton abusait de la naïveté d’une stagiaire !

              Moralité : Il n’y en a pas, quand on a plusieurs femmes c’est de la bigamie quand on n’en a qu’une c’est de la monotonie.


              • agoravoix 3 mai 2007 22:47

                Bonsoir je connais bien le discours Joseph Stiglitz pour avoir écouté ses doléances et ses révélations.

                Toutefois je ne peux pas opiner du chef en lisant « sale temps pour le FMI », au contraire la consolidation ne s’est jamais passée aussi bien et l’Amero viendra couronner le tout pour leur faire plaisir. Ce n’est pas parce que Wolfowitz est dans un petit scandale dont il se moque éperdument que le vent tourne.


                • goc goc 4 mai 2007 03:22

                  il est aussi un aspect peu connu du FMI, celui de la vente forcée

                  car si le FMI prete de l’argent, il y a une contre-partie, celle d’etre obligé de depenser cet argent en achetant « sur catalogue » des produits biens definis.

                  je donnerais un exemple : a Madagascar en 98, l’etat ne pouvait acheter que des ordinateurs de marque HP (et a un prix bien plus elevé que dans la boutique du coin)

                  donc en gros, tous les pays riches donnent de l’argent, mais seuls les usa vendent des produits grace a cet argent

                  un peu comme si tous les epiciers d’une ville donnaient de l’argent aux pauvres, mais que ces derniers n’aient le droit de depenser cet argent qu’au supermarché carouf du coin


                  • aquad69 4 mai 2007 10:08

                    Bonjour Goc,

                    oui, et celà rappelle aussi les conditions d’embauches des ramasseurs de latex dans les plantations d’hévéa au Brésil naguère (et peut-être encore aujourd’hui) :

                    vous aviez des rabatteurs qui parcouraient les régions déshéritées en promettant du travail, et monts et merveilles, aux manoeuvres les plus pauvres ; tout était offert, et les frais du voyage vers les plantations avancés par le futur patron :

                    c’était le début de la dette, que le cueilleur devait rembourser par son travail, avant de faire fortune !

                    Sur la plantation, le système était simple : le ramasseur était payé à la pièce, au poids de latex ramassé ; il n’était pas salarié, mais « à son compte », en quelque sorte ; tout son approvisionnement, nourriture, habits, alcools,médicaments, etc, était acheté, d’abord à crédit, au magasin de la plantation ; celle-ci était tellement immense et située dans des zones reculées, qu’il était impossible de s’adresser ailleurs, et chaque cueilleur avait donc son compte dans ce magasin, crédité par ses « gains ».

                    Et c’est ainsi que, bizarrement, mystérieusement, la consommation de ces pauvres gens dépassait toujours leurs revenus, et donc que, loin de s’enrichir, il s’endettaient toujours plus, à perpétuité...

                    Celà accompagné, bien sûr, d’une culpabilisation permanente vis à vis du patron tellement généreux, et d’un service d’ordre plus que musclé.

                    Et voilà comment, astucieusement, on rétablit l’esclavage...

                    Cordialement Thierry


                  • zets zets 4 mai 2007 08:57

                    A signaler également le dernier livre de Stiglitz, « un autre monde », dans lequel il propose des systèmes alternatifs de politiques de la Banque mondiale. A noter également que le FMI a fait son mea culpa il y a quelques semaines et propose de revenir à « plus d’etat » notamment dans les pays pauvres, car les politiques de « tout déréguler » échouent lamentablement. La suite nous dira si ce ne sont que des mots....


                    • prgrokrouk 6 mai 2007 14:03

                      AgoraVox n’est pas un espace d’expression démocratique. C’est une maison de (pré)retraite où se bousculent des planqués et des fonctionnaires. Un tas d’incapables à la recherche de consécrations narcissiques se bousculent pour leurs CACAs éditoriaux. Des posts DRAMATIQUES à quoi il faut ajouter bien des notations SOURNOISES, ajoutent à ce RIDICULE.

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