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Salon du Bourget : l’apogée aéronautique ... avant le déclin ?

Les transports sont essentiels pour le bon fonctionnement d’une société. Le pétrole permet d’aller toujours plus loin, toujours plus souvent et toujours plus vite : il est aujourd’hui indispensable à 96 % des transports européens. Plus de neuf millions de personnes travaillent dans les services de transport, deux millions dans l’industrie automobile, un demi-million dans la construction aéronautique, sans compter les très nombreux emplois indirects et induits. Des dizaines de millions de personnes dépendent donc de ce secteur économique, par ailleurs devenu indispensable pour toute la population, qui utilise quotidiennement les biens et services qu’il propose.

Premier vol de l'A380 à Toulouse, photo : Benoît Thévard

Aujourd’hui, le secteur aéronautique fait la une de l’actualité. Premier vol du tout nouvel Airbus A350, salon du Bourget, séries d'embauches et manque de main d’œuvre, ce secteur semble ne pas connaître la crise. En effet, un rapport récent de la Commission Européenne montre une réelle ambition, comme par exemple l’objectif de pouvoir joindre n’importe quelle destination d’Europe, « de porte à porte », en moins de quatre heures ou celui de multiplier par six le nombre de vols annuels d’ici 2050. Par ailleurs, le Directeur commercial d’Airbus a indiqué récemment que l’entreprise prévoit un doublement de la flotte en circulation et une hausse de 150 % du trafic en vingt ans. Dans un scénario de doublement du prix du pétrole brut et donc du kérosène, la réalité est bien différente.


Rappel : Le seul carburant alternatif sérieusement envisagé pour les avions, ce sont les agrocarburants dont j'ai déjà parlé dans deux articles de mon blog : "quel carburant pour les avions ?" 1ère et 2ème partie

La construction aéronautique

Ce secteur est l’un des rares qui puissent se satisfaire des effets de la mondialisation. En effet, les USA comme l'Europe sont en récession, donc les ventes se font essentiellement vers deux types de territoire :

- Les pays émergents, car ils sont dans une dynamique de croissance économique forte. Le problème, c’est qu’ils sont largement importateurs de pétrole et la hausse de la facture provoque une stagnation, voire un fléchissement de leur consommation depuis 2010. Il est donc peu probable que la croissance soutenue de ces pays puisse continuer longtemps avec un prix du pétrole aussi élevé.

china-oil-price-and-consumption.png

Evolution de la consommation de pétrole par habitant en Chine (courbe bleue) et du prix du baril de Brent (courbe rouge). Source : resilience.org

- Les pays de l’OPEP, exportateurs de pétrole par définition, qui gagnent beaucoup d’argent depuis la forte hausse des prix. En quatre ans, la consommation de pétrole par habitant a augmenté de  50% en Arabie Saoudite et de 15 à 20% dans les autres pays de l’OPEP.

saudi-arabia-oil-price-and-consumption.pngEvolution de la consommation de pétrole par habitant en Arabie Saoudite (courbe bleue) et du prix du baril de Brent (courbe rouge). Source : resilience.org

On peut légitimement se demander pendant combien de temps ces pays vont-ils continuer à acheter nos avions. Comme les grattes-ciel de Dubaï qui sont vides à 90%, verra-t-on bientôt des Airbus et des Boeing cloués au sol par manque de clients ?

De plus, il n'est pas du tout assuré que les nouveaux programmes comme l’Airbus A350 ou le Boeing 787 Dreamliner puissent être rentables un jour. Le développement du B787 a coûté pas moins de 32 Md$ (celui de l’A350 et de l’A380 a coûté chacun 12 Md€) et une analyse de 2011 évalue que le programme commencera à gagner de l'argent en 2046 (!) après la livraison de 3650 appareils ! Le très gros porteur A380 ne s’en sort pas beaucoup mieux puisqu’il vient seulement d’enregistrer ses premières commandes de l’année au Bourget et que neuf exemplaires seulement ont été commandés en 2012.

Les compagnies aériennes

Au-delà de ces choix industriels, il est évident que le prix du pétrole influence considérablement l’évolution du secteur aéronautique. Au début des années 2000, le carburant représentait environ 15 % des coûts d’exploitation pour les compagnies aériennes. Dix ans plus tard, ce taux est passé à 35 % (45 % pour les vols « long courrier ») ce qui en fait la première dépense, devant les frais de personnel (28 %). L’absence de taxes sur le kérosène pour des raisons de compétitivité internationale a permis d’obtenir un coût faible et une certaine démocratisation du transport aérien dans les pays industrialisés, mais elle ne permet pas d’amortir les variations importantes du prix du pétrole brut.

prix-jet-fuel.JPG

Prix du pétrole brut et prix du kérozène

Avec les prix de 2012, l’IATA (International Air Transport Association) prévoyait une perte cumulée annuelle de 1100 M$ pour les compagnies européennes et dès à présent, elle envisage une perte de 600 M$ pour 2013.

Actuellement, de nombreuses compagnies européennes sont dans la tourmente, à l’image du récent dépôt de bilan des compagnies hongroise Malév et espagnole Spanair début 2012. Depuis mars 2012, la compagnie danoise Cimber Sterling, les compagnies suédoises Skyways Express et City Airlines, la compagnie finlandaise Air Finland, les compagnies polonaise OLT Express Poland et OLT Express Regional ainsi que la compagnie espagnole Iberiaworld Airline ont toutes été déclarées en faillite  ou en liquidation judiciaire.

Et demain ?

Soyons fous ! Imaginons que le prix du pétrole atteigne 200$ par baril, pour des raisons géopolitiques, techniques et/ou environnementale :

Le carburant représente jusqu’à 70 % des coûts d’exploitation des compagnies aériennes et cette hausse est forcément répercutée sur le prix du billet, à l’exemple de la surcharge de 200€ appliquée en 2012 sur les vols de 7h par British Airways et Air France.

Les voyageurs les plus modestes ne prennent plus l’avion, les autres préfèrent la classe économique et les passagers des vols intérieurs choisissent le train. Les coûts fixes du transport aérien (aéroports, contrôle aérien et prestataires divers) sont donc reportés sur un nombre moins important de voyageurs, ce qui augmente encore davantage le prix de leur billet. En Europe, les 400 000 emplois directs des compagnies aériennes disparaissent progressivement et les professionnels du secteur sollicitent le soutien des gouvernements, considérant qu’ils sont prioritaires pour l’économie, le tourisme, l’emploi et le transport des marchandises.

La durée de vie des flottes d’avions est allongée et les commandes d’avions sont annulées. Le secteur de la construction aéronautique, qui concerne près de 500 000 personnes, dont un tiers en France, est dès lors confronté aux mêmes difficultés. La région Midi-Pyrénées est particulièrement touchée car elle concentre plus de 50 000 emplois directs, indirects ou induits liés à la présence d’Airbus. Au total, ce sont 5,1 millions d’emplois du secteur aérien qui sont potentiellement concernés en Europe.

Avec l'aéronautique, c'est carpe diem !

Qu’il est doux à l’oreille des économistes et du gouvernement de voir un secteur qui semble ne pas connaître la crise, en France, en 2013. J'ai moi-même quitté ce secteur à la fin de 2006, après avoir participé à la certification de l’A380 et je suis particulièrement inquiet des conséquences du manque d’anticipation des décideurs. Lorsque l’industrie aéronautique s’effondrera (comme celle de l’automobile), les actionnaires quitteront le navire (le parachute est de rigueur) et iront chercher ailleurs la croissance dont ils ont besoin. Mais pour les ouvriers, techniciens, ingénieurs, pilotes, hôtesses et stewards, contrôleurs et autres professionnels de ce domaine, que se passera-t-il ?



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Les réactions les plus appréciées

Réactions à cet article

  • Par adeline (---.---.---.1) 25 juin 2013 17:01

    Bonsoir Mr, l’aérien comme la presse (en france) sont sous perfusion, n’est’il pas temps de réfléchir à un monde sans ?

  • Par yt75 (---.---.---.136) 25 juin 2013 18:02

    A propos de pétrole, rappelons que l’on en est là :
    http://iiscn.files.wordpress.com/20...
    Dernières synthèses et principaux graphiques de Laherrère (President ASPO France) :
    http://goo.gl/LzmGp

  • Par lulupipistrelle (---.---.---.135) 25 juin 2013 19:48

    Je viens de regarder le journal hebdomadaire de la Voix de la Russie... Les Russes ont l’air très contents de leurs nouveaux modèles, militaires et civils... Bon eux le pétrole n’est pas un problème... Et cette trouvaille d’un avion civil de 100 places pour concurrencer les longs courriers de Boing, c’est une vision du futur ? quand l’avion redeviendra un service pour privilégiés ? 

    • Par Benoît Thévard (---.---.---.2) 26 juin 2013 10:27
      Benoît Thévard

      Le pétrole pas un problème pour la Russie ? je pense que si pour deux raisons :
      - si la crise économique mondiale s’amplifie (ce qui est fort probable), la demande pétrolière et donc le prix du pétrole vont s’effondrer et causer la ruine de la Russie qui, sans la vente de pétrole ne peut plus joindre les deux bouts.
      - la production pétrolière russe va décliner dans les mois qui viennent car les investissements nécessaires sont colossaux pour exploiter le pétrole sur ce territoire très vaste. Ses exportations vont donc diminuer et les rentrées d’argent avec.
      je vous rejoins sur le fait que l’aviation civile va redevenir un service pour privilégiés, même si c’est déjà un peu le cas aujourd’hui.

    • Par Ruut (---.---.---.197) 26 juin 2013 15:15
      Ruut

      vue les réserves sous la banquise, la fin du pétrole je n’y crois plus.

      de plus les agros carburants sont au point pour compenser le manque.

      La crise est virtuelle pour gonfler les prix et mieux nous plumer.

  • Par Jean-Philippe (---.---.---.26) 26 juin 2013 10:12

    Bonjour Mr Thévard,

    Je crains que la situation de l’aérien ne représente la situation de nos sociétés toutes entières, qui mettent toute leur énergie, au propre comme au figuré, à durer le plus possible, plutôt qu’à accepter de prendre en compte les contraintes déplaisantes qui se font jour.

    Il est tard, très tard, bien plus tard que les gens ne l’imaginent. Car pour durer encore un peu, nous sabotons notre futur, à savoir les ressources qui auraient été nécessaires à une adaptation raisonnée et en ordre aux futures contraintes, et notre environnement.
    Je pense bien sûr aux schistes, mais au-delà de ceux-ci et du climat, nous continuons dans la logique de rentabilité de court terme, avec des modèles économiques qui ne valorisent pas les ressources naturelles, et qui nous font donc tendre vers l’exploitation prioritaire des ressources les plus accessibles, nous laissant pour l’avenir les moins accessibles ... que nous serons bien en peine d’aller chercher. Ce sont toutes les catégories de matières premières, énergie ou autres, qui sont concernées par cette triste pratique. Le problème n’est pas qu’énergétique, loin de là.

    Et l’avenir se rapproche à grands pas, sans que cela se voie, tant nous distordons le présent pour cacher cet avenir.
    Pour le gestionnaire que je suis, la situation présente est apocalyptique. Les principales économies mondiales, après avoir puisé dans l’épargne via l’endettement autant qu’il était possible, ont industriellement créé de la monnaie pour dissimuler les lignes de fracture.
    Mais cette stratégie elle-même semble proche de sa fin, et derrière, il n’en existe plus d’autre pour durer encore.
    C’est donc la récession mondiale et définitive qui nous semble promise dans les années qui viennent, et je doute que nos organisations économiques et sociales survivent longtemps dans un tel contexte.

    Nul besoin d’une nouvelle hausse du prix de l’énergie pour moi : le niveau actuel n’est pas tenable, même à moyen terme. Nous ne tenons que par un artifice, la création de monnaie, qui présentera bientôt plus d’inconvénients (bulles économiques, inflation) que d’avantages.

    Il était hélas prévisible que nous en arriverions là. Nous sommes davantage cigales que fourmis.
    Mais attention, aussi incongru cela puisse-t-il paraitre à ce jour, l’hiver approche.

  • Par wawa (---.---.---.162) 26 juin 2013 10:16
    wawa

    Il est évident que le secteur aérien sera le premier a trinquer en cas de pénurie d’hydrocarbure.
    quand aux agrocarburant aéronautique c’est un summum de « greenfootage de gueule ».

    En effet les molécule biologique sont souvent oxygéné (il contiennent des atomes d’oxygène dans leur molécule) alors que l’oxygène a quasiment disparu des hydrocarbure pétrolier au cours des million d’année. hors ces atomes d’oxygène constitue un « poids mort » ne dégageant pas d’énergie lors d’une combustion (c’est une baisse de la densité energétique)et l’aviation est un domaine où la chasse aux poids mort est une obsession.

    Il faut donc « desoxygener ces carburants avant de les mettre dans un reservoir d’avion, ce qui entraine une dépense énergétique et un cout supplémentaire.

    Il sera plus rationnel, dans un monde carencé en pétrole, de réserver le kéroséne résiduel aux rares avions qui voleront encore et de mettre les agrocarburants dans les moteurs terrestre ou marin, moins contraints par une densité énergétique moindre.

    Les agrocarburants ne pourront pas remplacer totalement le pétrole, mais »adouciront" une pénurie pétrolière

    • Par Cassino (---.---.---.185) 30 juin 2013 22:21
      Cassino

      Le transport aérien disparaîtra dans le futur mais pas le transport automobile qui pourra avancer grâce à l’électricité ou à l’air comprimé.
      Je pense que mettre dans le même sac transport aérien et automobile est une erreur.

    • Par Croa (---.---.---.194) 1er juillet 2013 09:56
      Croa

      Le transport aérien, tout comme les transports terrestres, ne disparaîtront jamais, c’est le gaspillage qui disparaîtra !

      Il faudra renoncer à la vitesse. Nous savons déjà après l’aventure Concorde que le supersonique était une erreur mais il faudra aller très au delà et en revenir aux hélices.

      à terme ce sera environ 99 % de km en moins par rapport au maximum de km parcourus ( maximum auquel nous arrivons maintenant.)

      Les agrocarburants et surtout l’électricité permettrons encore de voler en effet mais le transport aérien redeviendra un luxe et surtout une activité professionnelle réduite à l’essentiel, n’en doutons pas !

  • Par Benoît Thévard (---.---.---.2) 26 juin 2013 10:30
    Benoît Thévard

    En effet, les agrocarburants ne remplaceront pas grand chose et posent de toutes façons des problèmes techniques. Mais c’est actuellement ce qui se rapproche le plus du besoin des compagnie (par rapport à l’hydrogène liquide ou au gaz liquéfié).

  • Par megawatt (---.---.---.177) 26 juin 2013 10:31

    Pour abonder dans le sens de Wawa, l’agrocarburant est un footage de gueule sur terre et dans les airs car je doute que son bilan énergétique soit positif : 


    C’est à dire la différence entre l’énergie dépensée pour la production de la plante (labour, engrais, récolte), plus l’énergie dépensée pour produire l’éthanol (distillation) et l’énergie récupérée par la combustion de cet éthanol.

    Si un lecteur dispose de ce bilan, je serais intéressé de la connaître,.

    Je pense que la production d’agrocarburant est faite pour faire plaisir aux agriculteurs, mais c’est une mauvaise nouvelle quant aux capacités de produire de la nourriture.


    • Par Benoît Thévard (---.---.---.210) 26 juin 2013 10:37
      Benoît Thévard

      En fait, cela dépend des agrocarburant. Pour l’éthanol de maïs américain, on a un taux de retour énergétique de 1, c’est à dire 1kWh investi pour 1 kWh récupéré (1:1), donc cela n’apporte aucune énergie supplémentaire à la société. Dans tous les cas, avec les agrocarburants de première génération, on ne dépasse pas les 1:2 voire 1:3.
      Je vous invite à aller lire mon article sur le sujet :
      http://www.avenir-sans-petrole.org/...

  • Par viva (---.---.---.90) 30 juin 2013 20:44

    Personne ne sait réellement les quantités d’hydrocarbure restant, sans la spéculation sur les matières premières et les taxes les prix seraient ridiculement bas, ce qui n’est pas un signe d’un déclin proche.


    A notre niveau, c’est la seule chose que nous puissions savoir, 

    Pour les soi disant experts, il y a les pessimistes qui spéculent à la hausse, de l’autre coté les optimistes qui veulent acheter cette ressource le moins cher possible.

    Alors qui connait les réserves réelles, ils ne sont pas nombreux c’est une certitude, c’est même un des secrets les mieux gardé, pour des raisons évidentes .....



    • Par Benoît Thévard (---.---.---.220) 2 juillet 2013 09:35
      Benoît Thévard

      Bonjour Viva,
      Effectivement, les déclarations officielles sont manipulées. Ce qui n’empêche pas d’avoir une idée des ordres de grandeur et d’observer les évolutions tendancielles. Actuellement, selon les cabinets indépendants, experts à la retraite et des croisements de littératures, on peut dire que l’on dispose de 1000 Gb de pétrole brut et 500 Gb de pétrole extra lourd dans les réserves 2P (prouvées + probables), avec un degré de précision de l’ordre de +- 20% (C’est énorme mais les incertitudes sont nombreuses).
      Les explications détaillées ici : http://www.peakoil-europaction.eu/

      Sans se focaliser sur les réserves, la grande question concerne plutôt l’évolution de la production : sommes nous capables de produire ce pétrole au même rythme pendant les prochaines décennies ? Rien n’est moins sûr.

  • Par rhea 1481971 (---.---.---.46) 1er juillet 2013 08:47

    Un syndicat des impôts français en 2010 à réaliser la courbe énergie disponible en joules/par habitant de la planète/par jour, de son origine 1929 jusqu’en 2006 elle croit, elle plafonne en 2007,2008,2009 , elle commence à décroître en 2010.

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