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« Sauvetage de l’euro » : les voix discordantes de deux économistes

Les dirigeants de la zone euro ont conclu un accord en pleine nuit, pour tenter de sauver l'euro, ce qui semble devenu un but en soi, y compris au détriment des populations. Toute la bien-pensance europhile et mondialiste applaudit, ravie de cette occasion de faire encore une avancée sournoise en direction du fédéralisme, comme s'il ne suffisait pas d'avoir voté le traité de Lisbonne malgré le refus du peuple français exprimé par référendum.

Nous présentons ici deux voix discordantes, celles de deux économistes reconnus.

Je premier est Jacques Sapir, universitaire de gauche, spécialiste de feu l'URSS et des économies en transition.

Le second est Bruno Lemaire, professeur Emérite HEC, conseiller économique auprès de Marine Le Pen.

JACQUES SAPIR

Pour Jacques Sapir (source), l'accord signé ne fait que prolonger l'agonie de l'euro. De plus " il compromet très sérieusement l'indépendance économique de l'Europe et son futur à moyen terme. C'est en fait le pire accord envisageable, et un échec eût été en fin de compte préférable." Sapir conclut : "La seule solution, désormais, réside dans une sortie de l'euro, qu'elle soit négociée ou non."

Cet accord, Sapir l'analyse pour en faire ressortir huit mesures :

  • une réduction de la dette grecque en partie en trompe l'oeil ; un pourcentage de réduction que Sapir évalue à 27,8 % et non 50 % comme annoncé
  • le FESF moins richement doté qu'annoncé
  • une recapitalisation des banques qui sera plus importante qu'annoncé et crée un risque de "credit crunch"
  • un appel aux pays émergents lourd de risques ; Jacques Sapir souligne la divergence d'intérêt avec ces pays : ils ont intérêt à un euro fort, pas nous
  • un engagement de Berlusconi peu crédible au vu des désaccords au sein de son gouvernement
  • une demande faite à l'Espagne de "résoudre" son problème de chômage, demande bien incongrue au vu du plan d'austérité qu'on lui impose par ailleurs
  • l'implication de FMI accrue, donc un surcroit d'influence pour Washington
  • des rachats de dette de la BCE sur le marché secondaire qui limiteront la spéculation sans l'arrêter complètement

 Sapir estime que les conséquences suivantes sont à attendre :

  • une reprise de la spéculation dès que les marchés auront analysé les limites de l'accord
  • l'aliénation de notre indépendance à plusieurs niveaux (vis à vis de l'Allemagne et de la Chine en particulier)
  • la fin des illusions sur ce que l'Euro était censé nous apporter en matière d'indépendance et de protection

Il ajoute :

"Pour ces trois raisons, on peut considérer que cet accord est pire qu'un constat d'échec, qui eût pu déboucher sur une négociation concertée de dissolution de la zone Euro et qui aurait eu l'intérêt de faire la démonstration des inconséquences de la position allemande, mais qui aurait préservé les capacités d'indépendance des pays et de l'Europe.

Les conséquences de cet accord partiel seront très négatives. Pour un répit de quelques mois, sans doute pas plus de six mois, on condamne les pays à de nouvelles vagues d'austérité ce qui, combiné avec le « credit crunch » qui se produira au début de 2012, plongera la zone Euro dans une forte récession et peut-être une dépression. Les effets seront sensibles dès le premier trimestre de 2012, et ils obligeront le gouvernement français à sur-enchérir dans l'austérité, provoquant une montée du chômage importante. Le coût pour les Français de cet accord ne cessera de monter. "
 
 BRUNO LEMAIRE
 
Faut-il faire payer les pauvres pour sauver nos créanciers ? Telle est la question que pose Bruno Lemaire (source).
 
Il s'insurge que l'on préfère "le signe" (la monnaie) à l'économie réelle, la seule qui crée des biens et services tangibles pour le consommateur.
 
Il va jusqu'à poser la question de la légitimité de certaines dettes, parle de les renégocier et d'exiger un moratoire. Voici quelques questions et leurs réponses :
 
"Q. Et pour les dettes publiques en cours ?

Deux solutions complémentaires semblent s’imposer.

Tout d’abord, il faut renégocier les contrats pour que le taux d’intérêt réel soit indexé sur le taux de croissance (et ce, d’autant plus que l’on annonce une croissance zéro, voire ‘négative’ pour les prochains semestres). Si la croissance est au rendez-vous, même les créanciers en seront satisfaits. Sinon, il n’y a aucune raison que ces mêmes créanciers s’enrichissent à nos dépens.
Sur les 1700 milliards de dettes publiques françaises, 1400 à 1500 milliards sont dus aux intérêts qui nous ont été facturés depuis 1973, et la tristement fameuse loi Pompidou-Giscard.

Q. Et la deuxième solution ?

Exiger un moratoire de un an ou deux sur nos dettes, ce qui permettra de remettre l’économie française sur de bons rails.

Q. Pourquoi pensez-vous que nos créanciers accepteront cela ?

Parce qu’il n’y a pas d’autre choix. Entre ne pas être remboursés du tout, ou être remboursés avec retard, même les plus avides de nos créanciers comprendront que la deuxième solution est moins mauvaise pour eux."

A la question de savoir si l'on peut laisser le système financier s'effondrer, il répond :
 
"Pourquoi pas ? Si ce système conduit à la faillite de notre économie, à une récession « à la grecque » pourquoi faudrait-il le sauver ? S’il faut choisir entre sauver le monde financier, et sauver le monde réel, on peut au moins se poser la question."
 
Ce qui compte est de protéger nos concitoyens, et, pour Lemaire, cela n'implique pas forcément de soutenir toutes les banques :
 
"Depuis ce qui est arrivé, dit-on, au roi Midas, on sait que la véritable richesse n’est ni l’or, ni l’argent, mais les biens et services réels. Si l’économie réelle s’effondre, quelle sera la valeur de cette épargne, qui, en définitive, est nécessairement gagée sur du réel, pas sur du virtuel. Qu’est-ce qui est le plus important, les richesses réelles, ou le signe correspondant ?

Par ailleurs, qu’est ce qui empêcherait la banque centrale française – une nouvelle Banque de France, ou l’ancienne redevenue souveraine – de reprendre cette épargne à son compte. Que cette épargne soit inscrite directement dans les comptes de notre banque nationale au lieu d’être dans ceux de nos banques privées serait plutôt une bonne chose. De ce point de vue, les épargnants ont tout à y gagner. Là encore, on tente de faire peur à nos compatriotes en leur faisant croire que, pour sauver leurs économies, il faut donner encore plus d’argent aux banques."

 D'autres points sont plus techniques : comme Sapir, Lemaire note que l'allègement du fardeau de la Grèce est moins important qu'annoncé.

Il souligne lui aussi les pertes de souveraineté qui sont en filigrane dans ce plan.


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8 réactions à cet article    


  • Catherine Segurane Catherine Segurane 29 octobre 2011 10:27

    Salut, Julutch.



  • Dzan 29 octobre 2011 11:17
     +> > > > > 1. Le métro d’Athènes est climatisé et offre des écrans plasma pour distraire les voyageurs. Et il est gratuit pour les cinq millions d’habitants de la capitale. Plus exactement, il ne l’est pas, mais comme il n’y a pas de barrière pour empêcher les usagers sans ticket de passer, rares sont les passagers qui se soucient d’acheter leur billet. C’est le contribuable européen qui a payé le métro athénien qui a coûté près de 1,7 milliard d’euros. > > > > > > 2. Le salaire moyen des employés de la compagnie nationale ferroviaire grecque est de 70.000 euros, ce qui englobe les ouvriers et les agents de nettoyage des trains, et qui représente le triple des employés du secteur privé grec.  > > > > > > 3. Par ailleurs, le chiffre d’affaires annuel de cette compagnie est d’environ 90 millions d’euros, pour une masse salariale de près de 575 millions d’euros annuels, ce qui a même fait ironiser un politicien grec qui a remarqué qu’il eut mieux valu payer des taxis privés pour les déplacements des passagers.  > > > > > > 4. En une décennie, la masse salariale du secteur public a doublé.  > > > > > > 5. Plus de 600 professions bénéficient d’une retraite à 50 ans, avec une pension correspondant à 95% du salaire de la dernière année, en raison de leur caractère « ardu et périlleux ». Ces professions englobent les pâtissiers, les animateurs de radio, les coiffeurs et les masseurs des bains turcs.  > > > > > > 6. Les déclarations d’impôts sont rédigées par les contribuables eux-mêmes, et sont rarement vérifiées. Ainsi, seuls 5000 personnes sur un pays de 12 millions d’habitants admettent gagner plus de 100.000 euros annuels. Or, plus de 60.000 foyers grecs détiennent pour plus de 1 million d’euros d’investissements, sans parler des montants investis à l’étranger. Beaucoup de contribuables grecs affirment ne gagner que 12.000 euros annuels, même lorsqu’ils possèdent des bateaux, des résidences secondaires sur des îles grecques et des propriétés à l’étranger.  > > > > > > 7. Lorsque le percepteur s’en agace, ils lui remettent une « fakelaki », une enveloppe contenant des espèces. Il existe même une sorte de tarif informel qui vont jusqu’à 10.000 euros pour les foyers les plus riches (il se dit que la famille grecque moyenne paye 2.000 euros par an).  > > > > > > 8. Les grands armateurs grecs, les plus riches de la banlieue riche de Kifissia, sont exonérés d’impôts, en raison des bénéfices qu’ils sont supposés apporter au pays. Mais les chantiers navals sont maintenant vides, seules 500 personnes restent pour entretenir les navires des compagnies maritimes déclinantes.  > > > > > > 9. Seulement 300 résidents de la Kifissia (une banlieue riche d’Athènes) ont admis détenir une piscine. Le vrai chiffre est estimé à 20.000.  > > > > > > 10. Au total, ces évasions fiscales coûteraient au pays la somme de 45 milliards d’euros à l’année.  « Après avoir livré bataille avec la police anti-émeute, qui a fait usage de gaz lacrymogènes pour les disperser, des milliers de manifestants campent toujours sur la place en attendant le vote des politiciens grecs de la semaine prochaine qui doit statuer sur les mesures d’austérité imposées par l’Europe. Pourtant, ces manifestants devraient retourner leur colère contre leur pays, contre ces Grecs qui se sont damnés pendant des années pour dénier à leur Etat les sommes qu’ils lui devaient. », conclut amèrement le Daily Mail > > > > > >  
     

    • André-Jacques Holbecq André-Jacques Holbecq 29 octobre 2011 11:42

      Fondamentalement nous sommes en équilibre des recettes dépenses sur les budgets primaires (sans intérêts de dette) sur la période 1980 - 2008. Voir ce graphique et celui ci (données eurostats 1995 - 2010)

      En 30 ans nous avons payé (donc emprunté) 1400 Milliards d’euros d’intérêts . Entre fin 1979 et fin 2010, la dette a augmenté de 1348 milliards


      • Catherine Segurane Catherine Segurane 29 octobre 2011 13:05

        Autrefois, on appelait ça : être victimes d’usuriers.



      • BA 29 octobre 2011 12:15

        A propos du sommet européen :

         

        L’accord du jeudi 27 octobre n’a pas du tout rassuré les investisseurs internationaux. L’Italie est toujours obligée de payer des taux d’intérêt qui continuent à augmenter.

         

        Les taux d’intérêt de l’Italie sont repartis à la hausse.

         

        Italie : taux des obligations à 10 ans : 6,023 %.

         

        http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GBTPGR10:IND

         

        Vendredi 28 octobre 2011 : l’Italie a lancé un emprunt sur les marchés internationaux. Et ça a été un carnage.

         

        Malgré l’accord européen pour tenter de juguler la crise, le coût de financement de la dette colossale de l’Italie a encore grimpé vendredi lors d’une émission obligataire test, les marchés continuant de douter de la crédibilité du gouvernement Berlusconi.

         

        Signe le plus inquiétant, les taux d’intérêt des titres à échéance 2022 ont dépassé la barre symbolique des 6 %, seuil considéré comme dangereux par les analystes, en s’inscrivant à un niveau record de 6,06 %, contre 5,86 % le 29 septembre, date de la dernière opération similaire.

         

        Les taux des titres à échéance 2014 ont eux progressé à 4,93 %, contre 4,68 % lors de la précédente émission, ceux des titres à échéance 2019 à 5,81 %, contre 4,03 %, et ceux des titres à échéance 2017 ont progressé à 5,59 %, contre 2,33 %.

         

        http://www.romandie.com/news/n/CRISELe_cout_de_la_dette_italienne_grimpe_en core_malgre_l_accord_europeen281020111510.asp

         


        • Jason Jason 29 octobre 2011 17:44


          Merci pour l’article.

          La comparaison des deux parties semble intéressante, mais trop outrée. Nos deux compères vont un peu vite en besogne. L’Euro est un pari très risqué, comme on le voit. Les accords politiques, réglementaires, fiscaux, etc. ont été à minima. Si les rafistolages sont aussi défectueux que ce qu’on a vu jusque-là, la sortie sera calamiteuse. Mais je me méfie des choix radicaux des deux auteurs.

          Dans cette histoire les Etats sont à un grand désavantage. Le remboursement des dettes s’effectue à partir des revenus de ces Etats, càd. les impôts (en gros, car il y a eu les prêts aux banques avec intérêts).

          Par contre l’argent prêté par les financiers provient de sources diverses, spéculatives pour la plupart. Or, cette spéculation, non réglementée, crée d’immenses volumes d’argent. Il s’ensuit une puissance financière, et donc de négociation, énorme de la part du monde de la finance.

          Il me semble que les Etats, avec leurs revenus fiscaux seulement ne sont pas en mesure de lutter contre le monde de la finance spéculative. Les Etats, débiteurs, sont donc forcés de se soumettre aux diktats des investisseurs.

          C’est pourquoi, dans le système actuel, les populations sont forcément perdantes. Elles sont dans la position de faiblesse des demandeurs, par Etats interposés. Et personne ne peut, ou ne veut, changer cela.


          • Catherine Segurane Catherine Segurane 29 octobre 2011 17:53

            Je ne prendrais pas tout dans les propositions de Bruno Lemaire, mais par contre, je ne pense pas que la sortie (concertée bien sur) de l’euro soit très risquée.


            Qu’un pays ait sa propre monnaie ; que celle-ci soit créée par sa ban que centrale (et non par les banques commerciales) et prêtée sans intérêt (ou à peu près) à l’Etat, c’est la banalité même ailleurs qu’en Europe, et c’est comme ça qu’on vivait durant les Trente Glorieuses.

            Pour moi, le risque, c’est de rester dans l’euro, avec l’impossibilité que la BCE prête aux Etats directement.

            C’est vraiment se mettre dans les griffes des usuriers.



          • Jason Jason 29 octobre 2011 19:27


            Sortie de l’Euro. Je ne suis pas expert en la chose, seulement je vois des problèmes en ce qui concerne le nouveau cours du change du, mettons le Franc, avec les autres monnaies, l’exécution des contrats commerciaux en cours, la spéculation contre la nouvelle devise, et sans doute d’autres choses. 

            Sans parler des relations financières des banques très interconnectées au niveau international. La finance, encore, et avec qui il faut toujours compter. Aussi, l’espoir d’une harmonisation intra-européenne, quasi inexistante il est vrai, disparaîtra. Il faudra revenir aux traités au cas par cas, mais, est-ce bon ou mauvais ?

            Il faut retenir aussi que la masse économique que représente une monnaie unique pour 17 pays retient l’attention face aux géants que sont les USA, la Chine et bientôt le Brésil et l’Inde. On ne pèserait pas lourd.

            Evidemment, le retour à la situation de 1973 permettant aux pays d’émettre leur propre monnaie est tentante. Mais, gare à l’inflation et à la petite taille des nations européennes.

            Il n’y a pas de solution idéale. Et de même que les banques craignent le manque de confiane, les populations redoutent l’aventure.

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