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Accueil du site > Actualités > Economie > Sécu : Les ménages trinquent... à la santé des entreprises

Sécu : Les ménages trinquent... à la santé des entreprises

Depuis quelques années, le financement de la Sécurité Sociale se voit profondément remanié. L’effort des entreprises est allégé tandis que celui des ménages est systématiquement alourdi. Décryptage d’un transfert pondéral aux conséquences sanitaires dangereuses...

La structure du financement de la sécurité sociale se modifie, lentement mais sûrement, et à tous les niveaux. En août 2008, une enquête de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) relevait qu’en 1990, les entreprises contribuaient à 42% du financement de la protection sociale (toutes branches confondues), l’administration publique 27% et les ménages 31%. En 2006, les entreprises ne s’acquittaient plus que de 36% (-6), contre 24% (-3) pour l’administration et 40% (+9) pour les ménages.

Un glissement fondamental en toute discrétion

Sans avoir l’air d’y toucher, ce rapport de 2008 expliquait qu’en 1990, "le financement répondait ainsi à une logique selon laquelle les prestations correspondent au remplacement des revenus d’activité ou à leur prolongement [mais on constate aujourd’hui] une évolution significative du système français avec le développement de prestations universelles et leur financement par l’impôt". En clair, il y a 20 ans, on considérait que la Sécurité Sociale remplaçait l’employeur en cas de pépin. D’où la prépondérance du financement par les cotisations sociales des entreprises.

"1990, l’heure de la conscientisation" dit la chanson...

Mais aujourd’hui, les choses ont changé et l’Assurance maladie devient une assurance individuelle comme une autre. La santé s’assure comme une voiture, comme dirait Sarko (justifiant les franchises). Cynique, quand on sait que les entreprises grugeraient l’Assurance Maladie jusqu’à 1 milliard d’euros tous les ans en ne déclarant pas les maladies professionnelles (chiffre régulièrement révisé à la hausse). D’autant qu’une enquête Eurostat vient de montrer qu’en 2007, 8,6% des travailleurs européens avaient eu un problème de santé lié au travail durant l’année précédente et que 41 % des travailleurs de l’Union Européenne sont exposés à des facteurs qui peuvent affecter leur santé physique, tandis que 28% travaillent dans des conditions qui peuvent affecter leur bien-être mental (lire "La Sécu n’est pas une maladie"). Pour résumer, travailler devient de plus en plus dangereux, mais les employeurs se désengagent du financement de la protection sociale. Dont acte.

Les assurés passent à la caisse

Un nouveau rapport de la DREES a été publié en septembre 2009, qui concerne spécifiquement les dépenses santé de la Sécu. Et le résultat est du même tonneau : entre 2004 et 2008, la part payée par la Sécurité Sociale est passée de 78,5 à 76,8%, tandis que celle des mutuelles augmentait de 13,2 à 13,7% et celle des assurés grimpait de 8,3 à 9,4%. Déficit oblige, aujourd’hui, ce sont plus de 3 milliards d’euros qui sont annuellement transférés de la Sécu aux ménages, dont 1 milliard via les mutuelles qui ont été contraintes d’augmenter leurs tarifs de 50% entre 2002 et 2008 devant le désengagement de l’Etat, selon le Canard Enchaîné du 21/10/2009. La faute aux franchises médicales (pour 890 millions d’euros), aux multiples majorations du ticket modérateur, aux déremboursements de médicaments, dépassements d’honoraires, taxe sur les accidentés du travail... La liste des charges transférées de l’assurance maladie vers les ménages ne cesse de s’allonger, tandis que celle des employeurs s’allège toujours un peu plus.

Notre société se transforme en profondeur, et en silence

Résultat, 40% d’entre nous ont déjà retardé ou renoncé à au moins un soin en raison de son coût ; Pour 14% des Français, c’est le cas chaque année (Irdes). Et 8% (5 millions de personnes) sont dans une situation telle qu’ils renoncent à s’offrir une couverture complémentaire santé, majoritairement pour raisons financières. Une idée de cadeau pour Noël ?

La suite à suivre, sur "Les mots ont un sens"...


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5 réactions à cet article    


  • lechoux 30 novembre 2009 15:37

    « via les mutuelles qui ont été contraintes d’augmenter leurs tarifs de 50% »

    Celles-là, elles peuvent continuer à nous voler impunément tant que des gens comme vous les prennent pour le messie.

    Lors de mon intégration dans une entreprise, la mutuelle m’a été imposée ; la visite médicale aussi, parce que si vous êtes malade, ils ne vous prennent pas en charge ; nous avons eu l’obligation d’être radié de l’ancienne mutuelle ; pendant 6 mois, ni moi ni mes collègues n’avons reçu de carte tiers payant ou de justificatif pour la prise en charge des frais de soin pendant cette période ; nous n’avons pas cotisé non plus. En fait, c’est au bout de 6 mois que les cotisations ont été prélevées sur nos salaires et bien sûr, aucun frais de santé effectué n’a été pris en charge pendant les 6 premiers mois.

    La mutuelle s’appelle : MEDERIC ; le PDG : SARKOZY, dit le frère.


    • HELIOS HELIOS 30 novembre 2009 16:41

      et tout le monde le sait, le rêve des Sarko and Co, c’est que la secu ne soit plus financée QUE par les menages... elle deviendra alors privatisable !

      Et, pour se faire soigner, on vous demandera un cheque en blanc et l’empreinte de votre CB a la porte de la clinique... clinique reservée selon votre « assurance ». Les meilleures, bien sur, pour ceux qui payent le plus.

      Vous rigolez ? comment cela se passe, selon vous, aux etats unis ? au Chili et dans de nombreux autres pays mis en coupe reglée par les predateurs de la finance et du liberalisme débridé !


      • Traroth Traroth 30 novembre 2009 19:00

        Fort avec les faibles, faible avec les forts : Nicolas Sarkozy !

        Aux armes, citoyens !


        • titi 30 novembre 2009 21:20

          « En 2006, les entreprises ne s’acquittaient plus que de 36% (-6), contre 24% (-3) pour l’administration et 40% (+9) pour les ménages. »

          Ces chiffres intègrent-ils les jours de carences , c’est à dire les premiers jours d’arrêts maladie où la sécu ne prend pas le relai, et ou l’entreprise continue de payer le salarié à rester chez lui ?
          Ce qui est devenu la norme dans la plupart des conventions collectives.


          « les entreprises grugeraient l’Assurance Maladie jusqu’à 1 milliard d’euros »
          Ca me fait bien rigoler.
          Mon expérience personnelle me prouve tous les jours que les organismes « sociaux » sont complétement à coté de leurs pompes. Ils sont incapables de sortir une reddition de comptes sans erreurs. Alors de là a évaluer la fraude : c’est soit 10x moins, soit 10x plus.


          • Daniel Roux Daniel Roux 1er décembre 2009 08:44

            Avec une estimation de 30 000 morts par an causées par l’utilisation des produits chimiques dans les entreprises, et beaucoup plus encore de maladies d’origine professionnelle, type cancers, allergies et maladies opportunistes très coûteux à soigner, le milliard d’euros me paraît une goutte d’eau dans un océan d’hypocrisie et de non-dits.

            Le problème de la Sécu, qui n’est qu’une caisse dans laquelle on verse de l’argent et qui le redistribue, c’est son financement.

            Les entreprises pas plus que les salariés, n’ont vocation à financer la Santé. Le rôle de l’entreprise est de vendre, celui des salariés est de travailler et chacun devrait récolter le fruit de son travail. Ce que l’on appelle les charges sociales sont répercutées sur le prix de vente, et au final sont payées par le consommateur comme un impôt.

            C’est pourtant une évidence, quelque soit le système, c’est toujours le consommateur final qui paie l’impôt social. Sauf que dans le système actuel, les produits importés des pays à bas coûts en sont exemptés.

            La solution est connue, c’est la TVA SOCIALE. Par pure démagogie, "Encore un impôt", la droite et la gauche la dénonce lorsque l’autre est au pouvoir.

            Les grandes entreprises et surtout les multinationales sont contre parce que cela diminuerait les bénéfices monstrueux qu’ils réalisent en faisant fabriquer à bas coûts sociaux, fiscaux, écologiques, dans des pays autoritaires et en les revendant dans les pays « riches ». Sans compter que ces bénéfices sont réalisés dans les paradis fiscaux et qu’ils servent, en autre, à la corruption des élus et aux salaires occultes des grands patrons.

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